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24 avril 2006 1 24 /04 /avril /2006 07:43
Lundi 24 avril 2006
Samedi 22 Avril, il y avait la réunion publique du blog "Où va la CGT ?"


45 personnes se sont retrouvées à Paris, pour débattre de l'état du syndicalisme de classe aujourd'hui dans la CGT, et des perspectives pour avancer. Cheminots, Agent GDF, Chimie, Restauration, Territoriaux, Santé, Verre, Education, les camarades venaient de diverses fédérations et régions de la CGT.
45 personnes, c'est un demi-succès, nous aurions souhaité plus, mais il s'agissait d'un meeting plus politique que syndical (et cela peut faire peur à certain(e)s), et par ailleurs plusieurs camarades s'étaient excusé pour cause de travail ou de vacances scolaires... En même temps, une bonne discussion, assez approfondie, riche des points de vue (parfois contradictoires !) et des expériences des un(e)s et des autres.
Commençons par le rapport introductif :

Chers camarades bonjour à toutes et à tous,

Pour commencer, répondons à la question qui vous préoccupe. Qui sont les militant(e)s du blog ? Et bien ce sont des militant(e)s de la CGT, et ce sont en même temps des militant(e)s politiques de Voie Prolétarienne. Nous sommes présents dans plusieurs fédérations, dans plusieurs régions de France. Nous sommes des militants de base, souvent avec des mandats de délégués, parfois de petites responsabilités somme secrétaire de syndicat, membre d'un bureau d'UL, jamais plus. En gros, nous ne faisons pas partie de l'appareil de la CGT, et ce blog n'est pas un complot interne contre la direction confédérale ! La question nous a été posée, assez souvent au début du blog, voilà la réponse !

Nous avons donc décidé de lancer ce blog en novembre dernier, et nous sommes assez contents de pouvoir dire que c'est un vrai succès. Plus de 13000 visites à ce jour, à 90% du fait de syndicalistes CGT, avec trop peu de femmes et de jeunes, malheureusement comme parmi les militants actifs et combatifs de la CGT. Nous avons publié 80 articles en gros, près de 150 commentaires laissés par les uns et les autres, tous d'une bonne tenue (nous n'avons dû en supprimer que vraiment très peu). Un blog désormais connu dans toute la CGT, une centaine de lecteurs très réguliers, un millier de lecteurs réguliers et beaucoup d'autres !

Pourquoi ce succès de notre blog, lancé par une poignée de militants ? Car il ne s'agit pas d'un blog syndical, mais d'un site politique de Voie Prolétarienne, activé à l'occasion d'une échéance syndicale. Nous avons choisi de ne pas nous précipiter dans la construction d'un collectif syndical, d'une opposition structurée dans la CGT. Nous avons privilégié le débat de fond, sans bien sûr négliger l'organisation du combat, mais cela nous distingue de tous les autres collectifs.
Pourquoi ce choix ?
Parce que la situation du syndicalisme en général, dans la CGT en particulier, est plus complexe qu'on nous le présente souvent, plus confuse que la simple opposition entre une direction pourrie et une base combative et de classe. C'est trop facile.

Il y a des acquis solides pour construire un syndicalisme de classe
  • Il y a maintenant le rejet des négociations en coulisse, la lutte contre les accords de couloirs ou de ministère. C'est cette force des militants de classe de la CGT (et d'ailleurs, aussi) qui a empêché la trahison de la direction confédérale que l'on voyait poindre à chaque échéance lors de la lutte contre le CPE. Par exemple tout le monde se souvient des déclarations de Maryse Dumas (pourtant pas la pire !), contre la grève générale le 11 février, au début du mouvement...
  • Il y a le rejet du syndicalisme d'adaptation, d'acceptation de la précarité et de la flexibilité. On ne va tout de même pas accepter dans les textes de Congrès de la CGT la précarité qu'on a combattue dans la rue, contre le CPE, le CNE ou le CESEDA ! La Sécurité Sociale Professionnelle et le Nouveau Statut du Travail Salarié que la direction confédérale veut faire passer au forceps sont de plus en plus rejetés. Il y a une compréhension croissante dans la CGT que le consensus qui se développe de Sarkozy à Thibault n'est vraiment pas acceptable. Et aujourd'hui, on mesure les ravages des dérapages réformistes quand on voit les conflits autour du Contrat de Transition Professionnelle dans la Confédération.
  • Il y a bien sûr le NON à la Constitution Européenne, contre la Direction Confédérale, NON massivement porté dans la CGT, contre ce qui est ressenti confusément comme une accentuation de l'offensive capitaliste au niveau européen. Et le rejet de la CES a progressé chez les militants les plus conscients !
  • Enfin, il y a la méfiance croissante des militants de classe à l'égard des directions, face à l'absence totale de démocratie réelle dans la CGT. Le verrouillage pour l'envoi des délégués au Congrès en a été une preuve de plus, et cela se manifeste autour du rejet de la réforme des structures et du système de cotisations.
Ces acquis sont bien réels, la marque du potentiel qui existe dans la Confédé pour reconstruire un syndicalisme de classe, qui rappelons-le est une nécessité impérative pour le travailleur dans son affrontement permanent contre l'exploitation capitaliste.

Les limites et le chemin qui reste à parcourir

Mais ces acquis bien réels ne doivent pas nous faire oublier les limites et le chemin qui nous reste à parcourir. Nous l'avons déjà dit : notrre objectif n'est pas de revenir à la CGT de Frachon, Séguy ou Krasucki. Il y aurait énormément à dire. Sans revenir sur l'histoire, reprenons quelques problèmes syndicaux pour aujourd'hui.
  • Parmi les camarades les plus combatifs, la compréhension est faible que l'évolution de l'orientation confédérale dans le réformisme est la suite logique de l'abandon depuis des années, des décennies, du syndicalisme de classe. Le Nouveau Statut du Travail Salarié n'est pas d'abord à critiquer comme un statut individuel (ce qu'il est, bien sûr), mais d'abord parce qu'il est l'acceptation des nécessités et des exigences du capitalisme mondial dans la guerre économique. La Sécurité Sociale Professionnelle c'est l'intégration de la revendication syndicale dans le cadre de la concurrence mondiale et du marché capitaliste, considérés comme inévitables. Depuis des décennies la CGT a abandonné toute perspective révolutionnaire, son orientation est celle de la réforme du capitalisme. Abolition du salariat, lutte des classes, capitalisme, exploitation ont disparu depuis longtemps du discours confédéral, et la prochaine modification des statuts risque fort de l'entériner. D'ailleurs les statuts actuels ont déjà disparu du nouveau carnet d'adhérent, comparez à l'ancien !
  • Il y a encore une confusion complète sur ce qu'on appelle le Service Public, et l'idée fausse que la gestion par l'Etat serait "moins capitaliste" que la gestion par le privé. Nous militants de Voie Prolétarienne n'acceptons pas comme ça la défense d'un service public qui n'est souvent que la défense d'un capitalisme d'Etat et donc de l'impérialisme français. Capitalisme d'Etat qui a fait faillite avec la gauche au gouvernement en France, comme dans les Pays de l'Est. C'est en tous les cas le bilan que nous faisons, nous, et qui impose qu'on aille au delà des prétendues évidences sur la question.
  • Il y a de vrais désaccords sur ce qu'on appelle le système social paritaire et la participation des syndicats à la gestion de la Sécu, des mutuelles, de l'UNEDIC etc. qui sont en fait des appareils d'Etat capitalistes, et qui n'échappent absolument pas à la loi du marché contrairement à ce qu'affirment la direction de la CGT comme nombre d'opposants d'ailleurs !
  • Enfin, il y a encore beaucoup de confusions sur l'Europe, Bruxelles, la CES, Maastricht présentés comme la cause de tous nos malheurs, avec parfois des accents souverainistes et nationalistes que nous ne pouvons pas reprendre. Malheureusement, cela a été peu abordé sur le blog, c'est une lacune. Mais nous ne pouvons que combattre le nationalisme, en restant fidèle à l'internationalisme ouvrier, "les prolétaires n'ont pas de patrie", comme l'écrivait Marx dans le Manifeste du Parti Communiste.
Il y a donc des acquis, il y a aussi des limites.
C'est l'état des lieux, c'est à partir de là que nous devons travailler, avancer pour reconstruire un syndicalisme de classe. Nous militants de Voie Prolétarienne dans la CGT disons que l'enjeu aujourd'hui est plus d'en finir avec une confusion politique que de se précipiter pour construire une opposition syndicale qui ne pourra pas déboucher si elle partage des idées fausses avec l'orientation réformiste majoritaire.
Nous n'avons pas peur de le dire, l'heure est à la politique révolutionnaire, à avancer vers le socialisme véritable en faisant le bilan des échecs passés. Cela, c'est le travail d'une organisation politique, c'est la tâche que nous nous fixons à Voie Prolétarienne.

Cela dit, ces ambitions énormes (que nous vous appelons à partager avec nous) ne nous empêchent pas d'intervenir concrètement dans la CGT. Au contraire même ! C'est la compréhension politique qui nous permet d'y voir clair dans les débats, dans les conflits, lors de la préparation du congrès confédéral.
Le succès du blog est là pour montrer ce qu'il est possible de faire, pour redonner du courage aux militants isolés, pour organiser la résistance, pour commencer à construire un solide pôle d'opposition.
Nous voulons avancer, élargir notre intervention, arriver à dépasser les limites de nos (petites) forces avec l'intervention et la participation de toutes et tous. Pour paraphraser Thibault et les autres et lancer le débat, "Et vous, l'opposition syndicale de classe dans la CGT, vous la voyez comment ?"
Commençons donc un peu par faire le point de la manière dont ce Congrès a été préparé par chez vous !


Sans rentrer dans le détail de la discussion qui sera donné dans le prochain numéro de notre journal "Partisan" (à demander à notre adresse BP48 - 93802 EPINAY/Seine Cedex), on peut relever quelques thèmes importants :
  • Parmi les limites et les difficultés à surmonter, il y a le repli de la majorité des adhérents et même des militants, qui ne veulent plus s'intéresser à l'orientation, au sens du syndicalisme et qui en restent à leur petite activité locale. Voilà où on en est arrivé, et cela fait bien l'affaire de la direction confédérale !
  • Quand on parle des directions syndicales, ce n'est pas de syndicalisme d'adaptation qu'il faut parler, formule confuse, mais bien de collaboration de classe, dans la mesure où le syndicat contribue à nous enchaîner à l'exploitation capitaliste
  • Cela fait grincer des dents de contester "la CGT de Frachon", mais au delà des personnes, c'est tout le bilan de l'histoire du syndicalisme sur lequel il faut revenir. Et dans ce cas, la remise au travail par le PCF et la CGT de la classe ouvrière à la Libération, pour reconstruire la France impérialiste.
  • Tout un débat sur le syndicalisme : est-il réformiste en lui-même ? Longue discussion... Pour nous, militants syndicaux à Voie Prolétarienne, la résistance du travailleurs à l'exploitation est inévitable, spontanée : quand on prend un coup, on a envie de se défendre. C'est la base du syndicalisme. Mais il y a deux orientations : l'une, réformiste, qui veut insérer cette résistance dans le cadre de l'ordre existant : "on ne peut pas faire autrement, c'est mieux que rien". C'est la tendance spontanée, dominante, parce qu'on vit dans un système de marché où le travailleur cherche à vendre sa force de travail le moins mal possible. L'autre orientation s'appuie sur les idées qui surgissent de la vie, de la lutte et qui remettent en cause complètement le monde dans lequel nous vivons : "De cette société là, on n'en veut pas !" Ces idées ne peuvent se développer que s'il y a des militants révolutionnaires, des syndicalistes de classe pour les regrouper et les faire vivre, dans les mots d'ordre, dans l'organisation.
  • Beaucoup d'exemples ont été apportés par les uns et les autres, soit sur le verrouillage complet de la démocratie dans la CGT, sur la collaboration de classe avec le patronat etc. Nous y reviendrons sans doute.
Voilà donc une réunion instructive pour toutes et tous, en regrettant que nous n'ayons pas été un peu plus nombreux !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Le débat tel qu'il a lieu
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