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18 décembre 2005 7 18 /12 /décembre /2005 15:39

Dimanche 18 décembre 2005

Privatisation à EdF : le service public n'est pas un service public !


Privatisation à EDF et grosse mobilisation à EdF et dans toute la CGT. Pétition nationale contre la privatisation, l'évidence semble s'imposer : EdF nous appartient et nous ne voulons pas l'abandonner...
Pas si simple. L'article suivant (publié dans le journal "Partisan" du mois de décembre 2005) prend le contre-pied du prêt à penser syndical et médiatique.
Au risque de froisser et de faire grincer les dents, mais surtout pour forcer le débat sur une question essentielle : qu'est-ce qu'une entreprise "nationale" dans une société capitaliste ?



 SNCM, RTM, EDF, SNCF : les luttes médiatisées d'octobre-novembre avaient un point commun, elles refusaient la privatisation. Alors, pourquoi pas un mouvement d'ensemble ? Pour défendre quoi ? Car le « service public » n'est pas vraiment au  service DU public ! Oui, il faut se battre contre les privatisations, mais comme on se bat contre une baisse des salaires, sans laisser entendre que les salaires actuels sont acceptables ! Essayons donc de démêler le Vrai du Faux.

 
Les privatisations sont autant de mauvais coups contre les travailleurs : VRAI.
Ce sont d'abord des mauvais coups contre les travailleurs du secteur concerné. Sous forme de suppressions d'emplois, de perte d'acquis sociaux, etc. La privatisation de France-Télécom, par exemple, a été une horreur en ce qui concerne les conditions de travail. Le CHSCT a été rapidement confronté à un problème nouveau et spectaculaire : une série de suicides, tellement la « pression » était forte. Ne pas être poussé au suicide, était-ce un privilège de fonctionnaire ?
Mauvais coups aussi contre les « usagers ». Remises en cause du principe de l'égalité d'accès, de l'égalité des tarifs, de la modération de ces tarifs, de la continuité des services, etc. Les engagements de de Villepin à propos d'EDF sont significatifs (et temporaires !) : pas de coupures de courant chez les chômeurs pendant l'hiver, augmentation modérée des prix, garantie de sécurité...
Tout changement important à l'initiative des capitalistes, délocalisations, externalisations (mises en sous-traitance), changements de propriétaires, s'accompagne toujours de tentatives de marquer des points dans la lutte des classes : supprimer des emplois, des avantages acquis, rogner sur les salaires. Sommes-nous contre tout changement ? Non, contre toutes les attaques !
 
Il faut défendre les services publics, c'est évident : FAUX.
Ce n'est pas évident. On ne peut pas défendre les services publics tels qu'ils sont actuellement. Ils sont au service des usagers ? Faux. Il y a usagers et usagers. Ils font des tarifs préférentiels aux entreprises, mais pas de cadeaux aux travailleurs. Le « service » va donc prioritairement aux patrons.
Même confusion entre patrons et travailleurs quand on défend « l'EDF », « la SNCF », « la Poste », etc. Est-ce qu'on défend TotalFinaElf, Renault ou LU-Danone ? Ceux qui défendent la France, oui, ils conjuguent le nationalisme avec le patriotisme d'entreprise. Mais nous, Non, nous défendons les travailleurs contre les patrons. Au sein comme en-dehors de l'entreprise. Et il faudra nous prouver que le service du pétrole, de l'alimentation ou de l'eau est moins utile collectivement que celui de l'électricité et du gaz !
Il est vrai qu'il y a une juste aspiration à ce que ce qui est collectif soit réellement collectif. A ce qui ce qui est commun soit réellement commun. C'est une aspiration au collectivisme et au communisme ! Mais il faut distinguer entre aspiration, ou illusion, et réalité. Les services publics actuels ne sont pas au service du public au sens de service collectif des travailleurs. Ou ils le sont très peu, très mal, et indirectement. Les transports, par exemple, sont conçus, et mal conçus, comme des moyens d'alimenter les entreprises en personnel.
Il faut défendre des services publics qui soient réellement au service du public !
 
La privatisation d'une entreprise la fait rentrer dans une logique de rentabilité financière contraire à la notion de service public : FAUX !
La logique de rentabilité financière, elle y est déjà ! Soit directement, comme EDF, soit indirectement. N'avez-vous pas entendu parler de la situation financière alarmante de la SNCM - SN signifiant société nationale ? Est-ce qu'on parle ainsi de la non-rentabilité de l'armée ou de l'Elysée ?
« L'Etat gère EDF, depuis dix ou quinze ans, de plus en plus comme une entreprise privée » (Huma, 25 octobre). Et quelle était la logique avant ? Elle est bien résumée par la formule « nationalisation des pertes, privatisation des profits ». L'Etat, en tant que capitaliste collectif, a historiquement pris en charge des secteurs économiques nécessaires à l'ensemble des capitalistes, tels que le charbon, l'électricité, les chemins de fer, pas forcément structurellement déficitaires, mais nécessitant des masses énormes de capitaux, ou des investissements à très long terme, ou liés au monopole spécifiquement étatique du militaire (nucléaire). Si la logique financière n'était pas d'entreprise, elle était globale, nationale, mais elle était bien, entièrement et dès le départ, capitaliste.
 
Une entreprise comme EDF est une entreprise nationale, elle appartient à l'ensemble de la nation. FAUX.
C'est l'argument de base de la pétition nationale de la CGT : « La nation doit préserver de manière exclusive le contrôle et la maîtrise de ce secteur vital ».
D'abord, l'EDF n'est pas une entreprise nationale. C'est une entreprise internationale, ou multinationale, en un mot impérialiste. Elle se présente actuellement, dans le cadre de la campagne « Devenez actionnaire », comme une entreprise européenne : 1er distributeur d'électricité au Royaume-Uni, 2e en Italie, 3e en Allemagne. 28 millions de clients en France, 42 millions dans le monde... EDF sponsorisait en même temps la candidature de Londres et de Paris pour les Jeux Olympiques de 2012 ! [pour plus de détails sur le groupe, allez voir ici ou ]
Mais on sait que toutes les multinationales ont une base nationale. En gros, c'est là qu'elles rapatrient leurs profits. La propriété d'EDF-impérialiste peut donc être nationale-française.
Le tract argumentaire de la CGT va jusqu'à dire : « Chaque citoyen est copropriétaire de cette entreprise. Vous êtes en droit d'exiger un vrai débat pour déterminer l'avenir de cette entreprise nationale ». Faux ! Nous ne sommes tellement pas copropriétaires d'EDF que justement on nous propose de le devenir, en achetant des actions ! EDF nationalisée appartient peut-être formellement à la « nation », mais comme la nation, elle, appartient à la bourgeoisie...
Plus sérieusement, ne jamais évoquer la dimension impérialiste d'une entreprise comme EDF revient à se couper, par principe, des travailleurs des autres pays. A se taire sur les privatisations ailleurs, en Europe, en Amérique latine, dont EDF a « profité », ou a tenté de profiter (voir l'Argentine !). C'est même s'interdire de comprendre la logique d'EDF en France : elle a demandé au gouvernement en janvier 2005 une augmentation des tarifs de 7,5% essentiellement pour se donner les moyens d'acheter des concurrents internationaux.
 
Les privatisations renforcent la logique de la concurrence : FAUX.
La concurrence commence par des frais énormes, scandaleux, de publicité. Elle aboutit à des situations de monopoles. On passe donc d'un monopole public à un monopole privé. Exemple, l'électricité. Elle a déjà été « libéralisée » en Europe et ailleurs. Au « bénéfice », entre autres, d'EDF.
« Contrairement à ce que l'on pouvait espérer, l'ouverture des marchés n'a pas entraîné une concurrence plus forte, mais a eu pour conséquence d'accélérer les concentrations dans le secteur de l'électricité. Et de consolider la position dominante de quelques géants, tels que l'allemand EON, ou encore l'italien ENEL » (Le Parisien, 25 octobre).
« Les trois sociétés de téléphone portable en France ont fait un Yalta des parts de marché. S'accordant des tarifs qui leur rapportaient gros – et nous coûtaient très cher -, ils s'interdisaient toute guerre des prix, chacun gardant ses clients qu'ils pouvaient tondre tranquillement » (extrait du bulletin « Cinquième Zone », 30 octobre).
 
–       Non aux privatisations – dégradations !
–       Pour des services publics au service du public, pas des patrons !
–       Oui au communisme et au collectivisme !
–       Non aux coupures pour ceux qui sont déjà victimes d'un licenciement !
–       Gratuité des biens de première nécessité !
–       Public, privé, tous ensemble, pour l'emploi, les salaires !
 
 
Vrai – Faux,  prochaines questions :
 
6.    La Gauche est contre les privatisations : FAUX
7.    Ils privatisent parce qu'ils veulent toujours plus de profit : VRAI
8.    Les travailleurs du secteur public défendent leurs privilèges plutôt que les intérêts des usagers : FAUX
9.    Le programme du communisme passe tout de même par l'étatisation : VRAI et FAUX.
 
Marc Crépin

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Publié par Marc Crépin - dans Les sujets qui fâchent
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