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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 17:55

Vendredi 11 septembre 2009

Molex : avec la crise, le consensus national se renforce


Cet article ne va pas faire plaisir à tout le monde, tant se répand l’idée qu’il s’agit d’un conflit exemplaire.
Exemplaire par la détermination et la combattivité des ouvriers, c’est sur et certain, et nous saluons leur combat. C’est de cette manière et de nulle autre, à la suite des Conti, Goodyear, SBFM, New Fabris et autre Freescale (sans oublier les dizaines de luttes partout en France) que l’on peut gagner sur l’emploi, gagner contre les licencieurs, contre cette guerre économique qui n’est pas la nôtre et qui nous broie jour après jour toujours plus…
La détermination des camarades est impressionnante et ils ont tout notre soutien.

Mais nous voulons parler de l’arrière-plan, de l’emploi et de la manière dont cette lutte est menée, des arguments qui sont échangés.

Un cas d’école, Molex : un patron américain, un guerrier sans foi ni loi, qui rachète en 2004 une entreprise à la SNECMA pour récupérer un brevet clé, qui moissonne les subventions et au final ferme la boîte et licencie tout le monde sans se préoccuper une seule seconde du respect du Code du Travail.
« Voyou », ce patron ? C’est bien le moins que l’on puisse dire !

La cause des licenciements est vite trouvée : un patron étranger, "anti-national". Le retour de l'Anti-France, quoi !

Bien sur, tout ce qui est dit est vrai. Mais cela n’a rien à voir avec la nationalité du capital. Que fait France Telecom à pousser ses salariés au suicide ? Que fait Total en Birmanie à arroser les mafieux birmans ? Que fait Renault en Colombie à couvrir les assassins de syndicalistes ? Ils font tous pareil, avec des variantes selon les moments, selon les contextes.

Le problème n’est pas que ce soit un patron américain, c’est que c’est le capitalisme.
Et la réponse n’est pas dans l’intérêt national, mais dans l’intérêt ouvrier. Et c’est là que ça fait mal. Mal de voir les Molex défiler Asterix en tête, affiches bleu-blanc-rouge bien visibles. Mal de voir Thibault revenir au « Fabriquons Français » (voir ci-contre une interview de janvier dernier toujours à propos de Molex "pour consommer français, il faut produire français") chauvin des années noires qui ont propulsé le Front National. Mal de voir les élus de tous bords se retrouver ensemble sans contradictions, embrassons-nous Folleville, comme si on pouvait leur faire confiance pour défendre les ouvriers...

Malgré un ton qui se voulait parfois offensif,
tout le discours de Thibault à Villemur a été sur la situation de Molex pour faire une vraie-fausse annonce d'un énième repreneur (apparemment une confidence de Sarkozy), alors que les patrons de Molex ne veulent tout simplement pas vendre ! Mais pas un mot sur les licenciements qui continuent de pleuvoir, partout ! Pas un mot sur la manif du 17 septembre ! Même pas une allusion aux travailleurs de la région, de Ford Blanquefort, de Continental Toulouse ou de Freescale, qui sont en grève illimitée, et qui tous étaient présents ! [Mise à jour 19 septembre] Quant à la vidéo qui vient d'être mise en ligne le 18 sur le site confédéral, c'est édifiant : toutes les questions chaudes ont été escamotées, trop fort, non ?
Les autres, ils n’étaient pas là pour défendre les ouvriers. Ils n’étaient pas là pour défendre l’emploi. Ils étaient là pour défendre l’industrie et l’intérêt national. Et Sarkozy peut sans difficulté reprendre la proposition de Thibault d'Etats Généraux pour l'emploi industriel, car au fond, ils partagent une conception proche de défense de l'impérialisme français... [ICI également, tous les articles de ce blog sur la défense de l'emploi industriel].
La petite vidéo ci-dessous est un extrait du journal régional de FR3, suite à la visite de Thibault à Molex le 9 septembre… c’est éclairant, et inquiétant.



Bernard Thibault à Molex le 9 septembre


Car de tous temps, la crise du capital a fait le lit de l'union nationale et des nationalistes. Les plus grands « socialistes » se sont ralliés – contre Jaurès – au militarisme de la première guerre mondiale, ainsi que Jouhaux, secrétaire de la CGT. Une frange des « communistes » (Doriot etc…) a sombré dans le nationalisme – contre Duclos, Péri et tous les autres  – sous l’occupation nazie. Le FN a un temps raflé une partie de l’électorat ouvrier du PC.
Aujourd’hui, on voit réapparaître ce consensus inquiétant, la défense du fabriquons français, Thibault déclarer sa confiance en Sarkozy, dans la vidéo comme dans
le reportage de Sud-Ouest.

Nous le répétons, la lutte pour l’emploi est âpre et difficile, source de nombreuses confusions.
Certains abandonnent ce combat pour revendiquer
des compensations financières. Ce n’est pas une solution.
La CGT propose la Sécurité Sociale Professionnelle, projet de capitalisme à visage humain qui occupe le centre du
document d’orientation pour le Congrès, mais qui est tellement peu crédible que Thibault n’en a pas dit un seul mot lors de son intervention fleuve du 8 septembre à Paris…
Et maintenant revoilà le consensus nationaliste autour de la défense de l’industrie française, qui avait toujours un peu existé mais s’était quand même atténué à l’heure de la mondialisation… Voilà où mène le réalisme, l’acceptation des règles du jeu, le consensus avec la bourgeoisie au pouvoir…


Il y a une seule boussole dans un monde divisé en deux camps par l’exploitation : défendre l’intérêt ouvrier, et rien d’autre. Refuser de rentrer dans la logique du capital, de la concurrence, du marché, logique où nous serons de toutes les façons perdants. Se battre pour l’emploi, férocement, en imposant aux patrons, aux politiques, aux réformistes d’assurer du travail pour tous, sans dégradation des conditions de travail. Notre mot d’ordre, c’est « Zéro licenciement » !
Refuser le nationalisme et le patriotisme, afficher notre internationalisme contre la guerre économique mondiale. Afficher la solidarité internationale des prolétaires, comme nous le ferons à Hanovre, pour
le Conseil International des Travailleurs de l’Automobile, le 16 octobre prochain.

Camarades de Molex, de Freescale, de Ford, de General Motors, de Renault et de PSA, ne vous laissez pas entraîner par les sirènes du nationalisme !
Votre combat pour l’emploi est juste, nous le soutenons totalement !
"La force des ouvriers, c'est la grève", pas la confiance en Sarkozy !


Refusons le « Fabriquons français ! », les prolétaires n’ont pas de patrie !
« Zéro licenciement ! »
Imposons à l’état et aux patrons de trouver une solution pour garantir nos emplois !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les sujets qui fâchent
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commentaires

Xuan 19/09/2009 00:19

Suite et fin de Setila aujourd’hui:

Excusez-moi de poursuivre cette parenthèse au milieu du débat sur les Molex, mais l’actualité m’y oblige un peu.
- 1997 à l’usine Rhône Poulenc de Valence, démantèlement et délocalisation des ateliers de texturation.
- 1998 création par Rhône Poulenc de Setila, dernier fabricant français de fil polyester.
Dix ans d’agonie s’ensuivent sous la direction plus ou moins occulte des anciens cadres de Rhône Poulenc.

Sur cette vidéo :
http://www.dailymotion.com/video/xa7ro1_manifestation-des-setila-devant-la_news
Manifestation des Setila devant la Société Générale pour obtenir la levée des agios.

A la fin de la vidéo on verra avec intérêt l'intervention de Christiane Puthod, Conseillère régionale P"C"F, qui reproche au Préfet d’être « inefficace ».
C’est tout sauf la lutte de classe. Résultat :

Vendredi 18 septembre 2009 le tribunal de commerce de Romans/Isère prononce la liquidation judiciaire. 113 personnes vont être licenciées.

Xuan 16/09/2009 23:29

Les Molex se sont battus avec toute leur énergie. Qui songerait à les blâmer, aucun d’entre nous bien sûr. Tous ceux qui se battent contre l’exploitation méritent le respect.
Il ne s’agit pas de distribuer des notes mais de tirer les leçons de nos réussites et de nos échecs.
Tout en sachant que la lutte contre la classe patronale n’est jamais finie tant que subsiste l’Etat et le système capitaliste, nous devons nous interroger sur l’orientation des luttes ouvrières.
En particulier, l’expérience montre que les illusions sur la nature de l’Etat engendrent des échecs cuisants.

Voici un autre exemple dans le même sens :
Le 15 septembre, à l’occasion d’un rassemblement devant la préfecture de Valence regroupant des délégués et représentants syndicaux de plusieurs entreprises de la région, l’UD CGT Drôme Ardèche distribuait une double page sur la filière textile.
En voici un extrait sur l’entreprise Sétila :
« Depuis plus de dix ans, Sétila, issu de Rhône-Poulenc comme Rhodia, et après avoir été sacrifié par les différentes directions de l’époque se bagarre pour démontrer que le textile a un avenir et beaucoup de potentiel.
Rappelons, que Sétila reste le dernier producteur de fil Polyester en France et qu’il a en la matière un savoir faire inestimable.
La nouvelle Sétila dépose ses premiers brevets et sa première marque avec LUXIFLOR (fil photo luminescent) et le fil non feu en juin dernier au salon Techtextile. Ces deux premiers succès sont les précurseurs d’une filière encore longue dans les fils techniques où Sétila s’est fortement positionné.
Depuis des années, et afin d’assurer définitivement sa pérennité, Sétila demande des aides (600 000 €).
Si Sétila devait mourir faute de financement, ce serait un double gâchis. Humain bien sûr avec des dizaines de familles jetées au pôle emploi sans compter les emplois induits (plusieurs milliers).
A-t-on le droit de laisser disparaître, après tant d’autres, cet énième savoir-faire qui fait la richesse de la France ?
Mais au-delà des cent treize salariés de Sétila et des milliers de la filière textile, cet abandon serait aussi un gâchis financier. En effet Sétila est le principal moteur et partenaire du projet SPL à Flaviac (en Ardèche) dans lequel le Conseil Général a investi un million d’euros. Sans pouvoir réaliser les différents et nombreux développements dont Sétila est porteur, le service du SPL parait bien menacé. En cette période de crise, que représentent 600 000 € lorsque des centaines de milliers d’emplois sont détruits. 600 000 € à rapprocher des milliards donnés aux banques pour éponger leurs dettes issues de gestions douteuses et irresponsables. Sétila doit continuer à vivre et à travailler. »


Plus grave qu’un « gâchis financier » tu meurs

En substance l’UD CGT s’en remet à l’Etat pour financer l’entreprise ou faire pression sur les banques dans ce sens.
Mais tandis que les salariés touchent leur paie avec un mois de retard, en attendant de ne plus la toucher du tout, n’ont plus ni mutuelle ni CE et font les cent pas dans l’usine parce qu’elle n’a plus de quoi acheter la matière première, l’UD CGT s’applique à défendre l’industrie française, au point d’en oublier les salariés eux-mêmes.
« Mais au-delà des cent treize salariés de Sétila et des milliers de la filière textile, cet abandon serait aussi un»…
Oui, qu’y a-t-il au-delà de tous ces licenciements ? On s’attend à quelque chose de grave. De plus grave pour tous ces salariés que leurs propres licenciements n’est-ce pas ?
Eh bien, camarades c’est le « gâchis financier » !!!

Ce n’est pas un commentaire du Figaro, ni de Boursorama, ni des Echos, ni de l’Expansion, c’est la plainte douloureuse de l’UD CGT Drôme Ardèche, qui voit ainsi dilapider le montage financier du Conseil Général.
Et derrière tout ça, des années de démarches du camarade conseiller régional Bochaton pour « secouer le cocotier » des administrations de l’Etat.
Que devient la lutte de classe dans tout cela ? Que devient la lutte contre le système capitaliste et pour son abolition ?
Plus rien ne différencie l’orientation de la CGT au 49e congrès de la propagande de Sarkozy sur la France industrieuse.


Ou comment livrer les salariés à la merci de l’ennemi de classe

Mais surtout, voilà encore un exemple de la manière dont la ligne confédérale aboutit à livrer les salariés à l’ennemi de classe, en demandant à l’Etat capitaliste de jouer les médiateurs entre le patronat et la classe ouvrière, soit en collectant les deniers publics pour les entreprises, soit en « orientant » l’investissement des banques vers les profits industriels.
Le Préfet a répondu que la mobilisation ne lui semblait pas significative autour de ces objectifs, qu’il souhaitait développer les synergies industrielles dans le futur, mais que pour le présent il avait fait tout son possible auprès des banquiers… circulez, y a rien à voir.

CGT Philips EGP Dreux 16/09/2009 18:42

La CGT PHILIPS EGP DREUX réitère sa solidarité aux MOLEX

Nous clamons notre entière solidarité et toute notre estime aux salariés et aux Syndicalistes de MOLEX et qui ont combattu dignement et courageusement depuis plusieurs mois, contre la lâcheté de décisions purement capitalistes et autoritaires menant au chaos de toutes une économie locale.

Il parait évident que l’annonce faite d’accepter ce que vous refusez en juillet, en entérinent le plan social, augure des semaines difficiles. Cette annonce demeure préoccupante et inquiétante pour les 283 salariés qui seront licenciés et la soixantaine qui rejoindront d’investissement américains HIG.

Le syndicat CGT PHILIPS EGP souhait réitérer aux salariés et syndicalistes de MOLEX, notre soutien et notre solidarité.

Bravo pour la lutte "Tous Ensemble"
L'Equipe du Syndicat CGT PHILIPS EGP DREUX

moi 16/09/2009 09:09

Article du Figaro, et voilà...

Les salariés de Molex acceptent le plan social

Le vote qui a eu lieu mardi soir a finalement débouché sur une acceptation du plan social proposé par l’équipementier américain Molex, avec 283 licenciements a la clé.

Les salariés de l’usine Molex de Villemur-sur-Tarn ont accepté mardi soir, lors d’un vote à bulletins secrets, le plan social qui devrait se traduire par 283 licenciements. Cette décision met un terme à la guerre de tranchée que se livrait l’administration de Molex et les syndicats français depuis près de 11 mois. La direction du groupe américain souhaitait ardemment terminer les négociations sur l’indemnisation des licenciements avant le 15 septembre.

Les votes ont eu lieu juste après l’annonce faite mardi matin par le ministre de l’industrie, Christian Estrosi, d’une reprise partielle du site industriel par le fonds de pension américain HIG. Une reprise qui pourrait concerner jusqu’à 60 ou 70 salariés à terme sur les 283 qui seront licenciés. C’est dans cette ambiance lourde qu’ont dû se prononcer les salariés avec 140 voix en faveur du plan social et 74 voix contre.

Le contenu de ce plan n’a pas encore été publiquement détaillé mais les syndicats parlent d’un mois de salaire par année d’ancienneté ainsi que du paiement des jours de grève de juillet et août.

« On en vient à accepter ce qu’on refusait en juillet »

En réaction à ce vote, Christian Estrosi a publié un communiqué qualifiant le dénouement de « positif », et ce « grâce à un plan de sauvegarde de l’emploi de grande qualité ». Il a ajouté que « les 283 salariés conserveront 100% de leur rémunération pendant 9 mois et un cabinet de reclassement interviendra durant 15 mois ». Il a estimé dans le même temps que l’enveloppe dédiée à l’indemnisation des salariés devrait atteindre les 17 millions d’euros.

Une réaction plus nuancée de la part des syndicats, comme l’a expliqué le délégué CGT Guy Pavan « On en vient à accepter ce qu’on refusait en juillet ». Thierry Bonhoure (FO) ajoutait: « En combattant, on a gagné huit mois sur la date des licenciements, et pour l’emploi c’est un peu mieux que rien ».

Lili 15/09/2009 12:50

Ouai, en fait, t'as entièrement raison Eugène, et je suis plus d'accord avec toi qu'avec moi-même!
Tu vois, tu connaissais ma grande capacité d'auto-critique et de remise en cause, mais connaissais-tu la rapidité avec laquelle je suis capable de le faire???

Lili

moi 15/09/2009 10:56

Estrosi annonce le sauvetage du site industriel de Molex

Article trouvé sur lefigaro.fr 15/09/2009

Selon le ministre de l'Industrie, le fonds d'investissement américain HIG a signé mardi matin un protocole pour la reprise partielle de l'usine. «Entre 60 et 70 emplois» seront préservés.

Le feuilleton estival sur l'avenir du site industriel de Molex à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne) semble prendre fin. Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi a annoncé ce mardi matin sur France 2 la signature d'un accord pour «la reprise partielle de l'usine Molex» et pour «la relance de l'activité industrielle». C'est finalement le fonds HIG qui devient le repreneur de l'équipementier américain. Ce fonds d'investissements américain disposait d'une enveloppe de 600 millions d'euros dédiée à l'Europe, et tout particulièrement à la reprise d'entreprises en difficulté.

«Entre 60 et 70 emplois» préservés

A la suite des négociations qui se sont poursuivies jusque tard dans la nuit, le ministre français a pu rassurer les syndicats qui craignaient que ne soient préservés «qu'à peine 15 emplois», comme l'avait déclaré Denis Parise, un représentant CGT. Christian Estrosi a ainsi tenu à préciser dans l'annonce de ce mardi que la reprise concernait «dans un premier temps entre 60 et 70 personnes», mais qu'il souhaitait «une remontée en puissance de 200 à 300 salariés dans les trois ans».

Cette crainte de la part des syndicats français est due en partie à la forte détérioration des relations entretenues avec la direction américaine : le plan de reprise aurait ainsi été lié à l'acceptation, par les syndicats, du plan social établi par la direction.

Jusqu'à la signature intervenue ce matin, les représentants des syndicats auront dénoncé l'attitude de la direction. «Le gouvernement n'a pas pris les choses à la légère, mais il a eu les mêmes difficultés que nous face à des murs !», constate Denis Serres, représentant CDFT.

Eugène 15/09/2009 11:25


Et voilà la confiance qu'on peut avoir en Sarkozy... Tu en penses quoi, Bernard ?


Lili 15/09/2009 09:43

J'ai mal du me faire comprendre xuan. S'opposer aux licenciements ne me parait pas idéaliste du tout, c'est même comme tu dis le seul intérêt des travailleurs!
Par contre, quand la lutte est menée au niveau locale, et que le rapport de force n'est pas en notre faveur, il me semble normal que les ouvriers négocient leur départ le plus cher possible. J'ai été virée d'une boite au bout d'un an et demi, je suis partie avec 480 euros de prime, et effectivement, ça ne m'a pas vraiment aidé pour bouffer et me loger. Je me suis fait virée comme un chien et mon combat se continue aujourd'hui devant les prud'hommes, dernière solution que j'ai pour me battre contre mon patron, car il n'y a pas eu de vrai lutte collective. J'espère ainsi pouvoir prouver la répression syndicale et aussi obtenir davantage de fric que ces quelques euros....

Je dis juste qu'une bataille contre les licenciements ne peut se mener qu'au niveau national (voir international), avec un syndicat de classe qui défende des intérêts de classe.
Et pour conclure, je suis tout à fait d'accord avec Mao!

Eugène 15/09/2009 11:24


D'accord bien sur pour dire que lorsqu'il n'y a pas le rapport de forces n'est pas en notre faveur, on essaye de vendre sa peau le plus cher possible. Normal, basique...

Par contre, il ne me semble pas juste de renvoyer le combat pour l'emploi, contre les licenciements au plan national. S'il y a un rapport de forces, s'il y a la volonté d'élargissement, de
construire la solidarité, de mouiller les politiques, je ne vois pas pourquoi il serait impossible de se battre au plan local, et les expériences ne manquent pas. Quelque part, et quelles que
soient les conditions particulières, c'est ce qui s'est passé à la SBFM, non ? Et ils ont gagné, non ?
Victoire provisoire, victoire qui ne fait que garder l'emploi et pas du tout "anticapitaliste", mais victoire dans la lutte quand  même.

Si l'on prend les Goodyear aujourd'hui, par exemple, ils ont le potentiel pour mener ce combat. Après, c'est pas gagné d'avance, c'est clair. Et peut-être que ça se terminera par des indemnités.
Mais au moins du point de vue de "l'union grandissante des prolétaires" comme disait Marx, on aura marqué des points. Et en plus se battre de manière radicale sur l'emploi est au fond la manière la
plus efficace d'obtenir des contreparties les plus copieuses...


Eugène 15/09/2009 07:10

Les vidéos sur Reynolds transmises par Xuan sont particulièrement édifiantes et effectivement exactement du même tonneau qu'à Molex ! Et la chanson de Saez derrière "Fils de France", c'est assez terrible dans le contexte !!!

Xuan 15/09/2009 00:31

Il y a toujours des salariés et des syndicalistes qui tombent dans le panneau, parce que la frontière est mince entre la lutte pour l’emploi et celle contre la concurrence par exemple.
Les patrons ne se privent pas de jouer sur l’argument « serrons les coudes, notre groupe a augmenté le prix de la matière première et la concurrence va être obligée de licencier ».
Si on les accuse d’être responsables de ces licenciements-là, ça les déstabilise.
Je crois qu’ils ont un peu perdu l’habitude de l’internationalisme prolétarien.

Les Reynolds à Valence ont stigmatisé les stylos chinois qui ne marchaient pas, etc. et appelé à boycotter la marque Reynolds.
Ca vaut le jus d'aller jeter un coup d'œil sur le site du collectif Reynolds et sur les différentes vidéos :
http://www.wat.tv/collectifreynolds
Avec une mention spéciale pour le passage épatant de Besancenot au meilleur de sa forme (de ses sondages je veux dire), la photo sur fond de drapeau tricolore sur l'air de "fils de France" :
http://www.wat.tv/video/reynolds-est-mort-9sq8_8u5b_.html

De fait ça n'a pas empêché les licenciements. Deux ans après la fermeture, une centaine de salariés a obtenu 25.000 euros de dommages et intérêts pour licenciement abusif.
Sur 256 salariés, seuls 96 d’entre eux ont aujourd’hui un CDI. Alain Gueydon, le directeur départemental de l’Emploi se félicite du résultat : « Notre objectif était de recréer autant d’emplois que ceux qui avaient disparu : il est donc atteint. En cela, cette opération est une réussite exemplaire. »

Ce n’est pas un hasard si Sarkozy essaie de détourner la colère des salariés contre les patrons étrangers. Ca lui donne un air social et ça ne mange pas de pain. En attendant il se fout du peuple et en particulier des salariés qui vont se retrouver au chômage.
Mais les salariés ne se leurrent pas sur Sarkozy.
Que Thibault lui fasse la courte échelle est tout bonnement crapuleux, venant d’un « syndicaliste ».

Sur la question des primes au départ, s’opposer aux licenciements paraît idéaliste comme dit Lili.
Mettons-nous d’accord sur ce principe : « partir des besoins des masses et non de nos propres désirs, si louables soient-ils. » comme disait Mao.

Dans la situation actuelle, la prime au départ n’est pas une garantie pour le salarié. Que va faire un jeune avec un mois de salaire pour 5 ans d’ancienneté dans le textile ?
Un de mes collègues a quitté son emploi en décembre pour un job qui s’est avéré être une planche pourrie. Il a un bon métier et de l’expérience : il galère toujours en intérim.
Je pourrais citer d’autres exemples de gars qui se sont mis « à leur compte » et qui se sont retrouvés plus bas qu’avant.
Bref, même une bonne prime ne sauve pas des restos du cœur.
Ce n'est pas une solution ni pour bouffer ni pour se loger.

La négociation des primes au départ ne doit être abordée qu’en dernière extrémité et parce que les salariés la demandent, mais elle ne doit pas occulter la lutte contre les licenciements qui doit rester l’objectif premier.

D’autre part, les suppressions de postes ont des conséquences sur la charge de travail de ceux qui restent, le but étant d’augmenter la productivité. Donc même les mutations ou les mesures d’âge ne sont pas des solutions satisfaisantes s’il n’y a pas d’embauche correspondante en CDI.

Le mot d’ordre « pas de licenciement » ou « interdiction des licenciements », etc. n’est pas une chimère mais correspond à l’intérêt bien compris des ouvriers, employés et techniciens. C’est un mot d’ordre qui devrait aussi être défendu à l’échelle nationale.

Lili 12/09/2009 12:18

Vous écrivez "Certains abandonnent ce combat (pour la défense de l'emploi) pour revendiquer des compensations financières. Ce n’est pas une solution."
Ca dépend une solution à quoi....Si c'est une solution pour pouvoir bouffer et se loger, alors oui, c'en est une. Si c'est une solution pour gagner contre le capital, bien sûr que ce n'en est pas une, mais celle-ci ne dépend pas que d'eux. Les Conti, New Fabris et autres ont mené la lutte, mais à un moment, s'il n'y a pas une lutte d'ampleur, ils n'ont pas d'autre solution que d'essayer de partir avec le plus de fric possible, c'est ça ou rien du tout! Quand la lutte pour l'emploi est perdue d'avance, quand elle n'est menée que par une partie des ouvriers à l'échelon local face à un grand groupe capitaliste (qu'il soit français ou américain), que doivent faire les ouvriers?
Je trouve cet article très bien, il dénonce des réalités fort justes sur l'emploi et le nationalisme, mais je trouve aussi que sur la défense de l'emploi, vous êtes parfois idéalistes, dans le sens où ce que vous proposez comme solution ne correspond pas à l'analyse de la situation concrète, et que pour le coup, ça fait quand même un peu donneur de leçon.
Enfin, sans rancune, Lili