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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 13:38

Samedi 15 juillet 2017

La pénibilité, Macron... et la CGT

 

Tous les articles (30 quand même...) de ce blog sur la pénibilité, ICI

 

Il a fallu attendre quelques jours, histoire d'y voir clair. Pas tant sur les projets de Macron, bien connus, que sur les réactions de notre Confédération - elles ont tardé, bien après les communiqués de FO, la CFDT et même l'UNSA.

 

Les projets de Macron sont donc sur la table (pour info, la lettre du Premier Ministre), et on connaît grosso modo le contenu de l’ordonnance à ce propos. Ils ont été rappelés et répétés en boucle toute cette semaine, nous ne ferons donc qu’un renvoi à l’article du Monde ci-contre pour les détails.

 

Nous ne défendons pas le Compte Personnel de Prévention de la Pénibilité (C3P), dont nous avons déjà dit tout le mal qu’il fallait en penser (voir entre autre notre plaquette de formation syndicale, ICI). Le combat contre la pénibilité, pour la réparation et la prévention continue, aujourd’hui comme hier.
Mais il faut néanmoins examiner ce que veut Macron, et ce qu’il y a derrière.

 

1)    La diminution de 10 à 6 des critères standards reconnus. On rappelle ceux qui viennent d’être « effacés », ce n’est pas anodin :

  • Manutentions charges lourdes
  • Postures pénibles
  • Vibrations mécaniques
  • Risques chimiques

On a vu des commentaires qui  parlaient de la chimie et de la construction. Mode évidence, bien sûr. On a lu des références à des « milliers » de travailleurs concernés. L’impression étrange qu’on ne vit pas dans le même monde, qu’on n’a pas la même vie.
Car ce ne sont pas « des milliers » de travailleurs qui sont concernés par cette modification, mais des « centaines de milliers ». Voire des millions.

Bien sûr les travailleurs de la construction (BTP) et de la chimie. Mais aussi de la santé (produits agressifs, port des patients). Tout le personnel de nettoyage, femmes de ménages et autres. De la métallurgie (chaudronnerie, traitements de surface etc.). Les transports et la manutention. Le commerce. L’agriculture. Pfff… la liste n’est pas finie quand on a compris qu’il y a toutes les conséquences des manutentions et de l’usage croissant des produits de l’industrie chimique dans tous les domaines (voir l’affaire des perturbateurs endocriniens).
La loi Macron c’est une régression incroyable sur la reconnaissance de la pénibilité, ne serait-ce qu’en revenant sur une liste des critères qu’il avait fallu des décennies pour gagner, désormais divisée en deux catégories…

Tous les travailleurs sont concernés, partout, dans tous les secteurs, c’est un scandale.  Macron, c’est le mépris de classe, et pas seulement dans les mots. Nous ne sommes « rien », et il nous le fait comprendre. Et la CFDT de se féliciter que maintenant on va pouvoir traiter les « risques chimiques », de manière spécifique… Allo ? Quand on commence par retirer ce risque de la pénibilité, on a du souci à se faire pour la suite !

 

2)    Le deuxième aspect, c’est bien sûr le retrait de la responsabilité patronale, et le report sur les régimes d’assurances sociales. Les patrons sont exemptés de toute responsabilité : on retrouve le sens véritable de la loi de 1898 sur les accidents du travail, qui établissait un régime spécifique en échange explicite de l’abandon des poursuites juridiques – responsables, pas coupables. Comme pour le sang contaminé, comme pour l’amiante, il y a une vraie continuité de la jurisprudence française.

Les quatre critères concernés sont renvoyés à un régime d’invalidité, comme l’avait fait Sarkozy en 2010. C’est-à-dire qu’il faudra être reconnu invalide à 10% (nette amélioration – lol – par rapport à Sarkozy qui définissait 20%) pour avoir le droit à une retraite anticipée, après procédure etc. (lire notre article de 2010 « La pénibilité, symbole d’une réforme de classe »). Rien n’a changé, retour 7 ans en arrière…

 

Bon l’affaire est claire, en fait Macron avait annoncé la couleur, dans la droite ligne des exigences de Gattaz (lire « Pénibilité : Gattaz en veut toujours plus – mais où est la CGT ? »). Il faut reprendre le combat contre la pénibilité de l’exploitation capitaliste, pour la prévention, pour la réparation. A l’heure où notre confédération est silencieuse depuis des années sur le sujet, où les structures ont abandonné ce combat, il revient aux syndicats de relever le drapeau, sachant qu’ils auront immédiatement l’appui de tous les travailleurs concernés, tellement la souffrance et la pénibilité sont lourdes dans tous les aspects de notre vie !

 

Bon, alors et la CGT là-dedans ?

 

Camarades, on n’a que nos yeux pour pleurer. On a attendu une semaine pour faire cet article, voir les réactions des fédérations, de la confédération, des syndicats, quelque chose quoi. Ah, il y a eu des trucs, et comme on est honnêtes on va donner toutes les preuves ci-dessous. Mais quelle misère…

Alors dans l’ordre :

 

 

La déclaration de Martinez, le dimanche 9 juillet sur F3. On met l’extrait vidéo. Qu’est-ce qu’on retient au premier chef : 1) Les syndicats n’ont pas été prévenus à l’avance, bouh, c’est pas bien. Pathétique, et alors, t’attendais quoi d’autre de Macron, tu n’étais pas prévenu ? Minable Philippe, minable. 2) Ensuite tous le discours sur le financement, la responsabilité du patronat etc. Bon, OK, bien sûr, mais là encore, tu t’attendais à quoi d’autre Philippe, franchement ??? 3) Et pratiquement rien sur les travailleurs,  la santé au travail, les revendications de la CGT (mais au fait, tiens, question à 10 balles, y en a-t-il ?? Quelqu’un pourrait nous éclairer ?).
Ah si, sans jamais s’opposer ouvertement à Macron et au C3P, Martinez parle de la nécessité de poursuivre la négociation sur le burn-out des cadres… OK, les prolos, ils peuvent crever, c’est ça ? Loin de nous le fait de contester l’extension de la pénibilité à tous les travailleurs, c’est la réalité. Mais quand même, le cœur initial du problème il est quand même du côté des ouvriers et des travailleurs…
Martinez discute à l’intérieur du capitalisme, du point de vue du paritarisme et de la cogestion, il ne discute pas du point de vue de classe, des intérêts des travailleurs. On exagère ? Allez, regardez la vidéo, une nouvelle fois.

 

 

Une vidéo diffusée sur Facebook d’un conseiller CGT sur le sujet (pareil, la maison ne recule devant aucun sacrifice, on la met). Là, on pleure. Ce Tony Fraquelli, juste, il n’y connaît rien. Rien de rien. Même pas un point de vue sur le C3P qu’il semble défendre (mais en fait, la Confédération n’a jamais pris position officiellement sur ce C3P, un hasard ???). Il bafouille, mélange tout, est même incapable de rappeler l’essentiel, que le C3P est un compte individuel et pas collectif, qu’il est indéfendable, que les travailleurs n’ont en fait aucun moyen de contrôle et de contestation… Bref, c’est nul, archi nul, même le communiqué de l’UNSA est presque plus acceptable, c’est pour dire…

 

Et la déclaration confédérale du 11 juillet (pareil, on met tout ci-contre, au point où on en est…). On retrouve le contenu des déclarations de Martinez à la télé, à peine quelques lignes sur le sort des travailleurs concernés et l’essentiel sur le financement et la responsabilité du patronat.

Mais camarades, c’est le capitalisme notre vie quotidienne. L’exploitation, la productivité, le taux de profit, qui se gagnent sur notre sang, notre sueur et notre santé physique et mentale. C'est où, ça ?

 

Pour ce qui est des fédérations les plus concernées, et a priori les plus motivées (Construction, Verre), c’est le silence radio… Allez quoi, un petit communiqué symbolique, non ? Non, même pas.

 

Voilà plusieurs années que la Confédération a complètement abandonné ce terrain de lutte, et aujourd’hui, cela commence à se voir, à dire tellement de bêtises.

Alors une nouvelle fois, un appel à tous les camarades. N’attendez rien de la Confédération, n’attendez rien des autres, il faut compter sur ses propres forces. Il faut relancer le combat, sur ce blog nous n’abandonnerons JAMAIS, car la pénibilité, c’est le cœur de l’exploitation capitaliste ! C’est une des racines de notre haine et de notre révolte, un socle de notre action anticapitaliste !

 


Un bon article de la revue Alternatives économiques

Cette revue a publié un article de fond sur la pénibilité (que nous avons sauvegardé ICI), fort intéressant. Outre une analyse du projet Macron, proche de la nôtre, il fait un bilan du dispositif du C3P depuis sa création.

Alors, disons-le franchement, l’article est assez conciliant sur le Compte Pénibilité, et nous ne partageons pas ce point de vue, pas un mot sur l’individualisation, sur le peu de contreparties au final, sur l’impossibilité de contrôle et de contestation. Bon, ce n’est pas notre tasse de thé.

Mais cet article est quand même à lire, quelques perles à la clé. On y découvre par exemple que les seules contestations viennent quand il n’y a pas de déclaration patronale. Ce qui confirme ce que nous disons, à savoir que s’il y a déclaration, la contestation est absente, car impossible, en fait. Ou les chiffres sur l’ampleur de la fraude au prétexte de la complexité (ce que nous reconnaissons, nous avons toujours défendu des critères collectifs, comme pour l’amiante : reconnaissance globales d’ateliers pénibles, de métiers pénibles, d’entreprises pénibles).

Un article à lire et à méditer, avec bien sûr un  peu de recul, mais un bon travail – une fois n’est pas coutume dans la presse, il faut le souligner !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Pénibilité
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