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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 19:36

Jeudi 30 juin 2016

Pénibilité : Gattaz en veut toujours plus - mais où est la CGT ?

 

En 2014, on nous annonçait la prise en compte de la pénibilité des ouvriers dans la définition de retraites anticipées… Un article de ce blog détaillait à l’époque les articles de la loi du 20 janvier 2014, appuyée sur le rapport de Virville (« Décrets Pénibilité, où en est-on exactement ? »).
Deux autres articles (« Pénibilité : la CGT se fout de nous » et « Compte pénibilité : à quoi sert-il vraiment ? ») complétaient cette série d’articles à l’époque.

 

En effet, d’une belle idée à caractère évident (les ouvriers se tuent littéralement au travail et doivent partir plus tôt à la retraite) on est arrivé à un projet où il ne reste pratiquement plus rien, reporté d’année en année, réduit à une « usine à gaz » ingérable, ce n’est pas nous qui le disons, c’est la FTM en septembre 2014… (voir ci-contre à droite).

 

Nous invitons nos lecteurs à reprendre ces trois articles d’époque pour avoir le détail.
Les éléments à retenir :
- La pénibilité n’est plus traitée qu’en termes individuels, et plus du tout en termes collectif, par la création d’un Compte Personnel de Prévention de la Pénibilité. C’est l’employeur qui décide au cas par cas de l’exposition de chaque travailleur à une série de dix critères d’exposition. C’est une régression par rapport à l’amiante qui au contraire définit la notion de « site amiante » où l’exposition est réputée identique pour tous.
- La récupération de retraite anticipée par la pénibilité est très inférieure à celle acquise au titre de l’exposition à l’amiante : 1/10ème du temps récupéré au lieu de 1/3 pour l’amiante.
- La série de dix critères d’exposition, affligés de coefficients correcteurs donne effectivement une situation ingérable, une usine à gaz où les DRH vont s’arracher les cheveux, sans parler de la situation dans les PME.
- Les conflits vont donc se multiplier, au détail près qu’ils ne passeront plus aux prud’hommes mais au Tribunal des Affaires Sociales.

Après avoir obtenu le report de mise en place au 1er juillet de cette année, Gattaz menace maintenant de ne même pas appliquer la loi – et on peut presque le comprendre… Car ce qui est sûr et certain, c’est que ça va être le grand n’importe quoi, sauf peut-être dans les cas évidents, style les travailleurs postés en continu toute leur carrière.

 

Alors où est la CGT là-dedans ?

En 2014, nous disions de manière provocatrice qu’elle se fout de nous. Ca n’a pas changé ! Après une grande campagne en 2007-2008 dont l’objectif était de faire pression sur le gouvernement de l’époque, l’échec a conduit à l’abandon de ce volet revendicatif de l’action syndicale.

Dans les repères revendicatifs de novembre 2015, il n’y a pas de fiche sur la pénibilité et seulement deux vagues références aux travaux pénibles dans la fiche N°22 sur le droit à la santé, qui ne débouchent de toutes les façons sur aucune revendication… Et une allusion dans la fiche N°23 à « un droit à départ à taux plein anticipé en retraite pour les salariés ayant exercé des travaux pénibles » mais surtout pas de chiffrage, n’est-ce pas. Donc rien de contradictoire avec le Compte Pénibilité… Bravo la CGT !

 

Au même moment (novembre 2015), la confédération s’est aussi fendue d’une déclaration – restée tout à fait confidentielle, protestant contre la « simplification » des critères pénibilité (voir ci-contre à droite). La protestation est précise et juste et nous pouvons l’utiliser autour de nous. Par contre, on cherche en vain une proposition, un « repère revendicatif », hormis la vague référence « à faire évoluer ce dispositif alliant prévention et réparation par une approche métier », ce qui n’est pas faux, mais ne mange pas de pain quand il n’y a pas de concret derrière…

 

Toute la CGT n’est pas sur cette position, il y a de fortes résistances, en particulier dans les secteurs ouvriers directement confrontés à la dureté du travail. Ainsi, la Construction d’un côté, le Verre de l’autre ont maintenu la pression, et surtout la revendication de la « Retraite à 55 ans pour les travaux pénibles ». Voilà les exemples à suivre !

 

Pour sortir de l’imbroglio ingérable des critères individuels du Compte pénibilité, la revendication est simple et collective : définir des métiers pénibles, définir des entreprises pénibles (de la même manière qu’on définit des sites amiantes).
On verra alors bien vite que c’est le capitalisme dans son ensemble qui est pénible, et qu’il faut en finir avec l’exploitation !

 

Quelles batailles mener ?

En juillet 2014, nous définissions en fin d’article une série de revendications à défendre. Nous les reproduisons aujourd’hui, et invitons nos lecteurs à nous faire retour de leur expérience !
Collectiviser la pénibilité, et se battre pour la reconnaissance de la pénibilité au niveau d’une entreprise dans son ensemble, d’un atelier, sans distinctions. De la même manière qu’on s’est battus pour le classement des usines en site amiante. Revendiquons la notion « d’entreprise pénible » !!
• Se battre pour que la déclaration de pénibilité ne soit pas du ressort de l’employeur, mais de recours extérieurs (comme les sites amiante, une fois de plus), le tribunal administratif, les CARSAT ou la CNAV.
Exiger des vraies réparations, et se battre pour la généralisation du « tiers temps », encore une fois comme l’amiante : trois ans de travail pénible = un an de pré-retraite. Imposer le cumul des facteurs de pénibilité.
• Reprendre des vieilles revendications aujourd’hui oubliées, par exemple la retraite à 55 ans pour les travaux pénibles, voire moins comme pour les égoutiers qui peuvent partir à 52 ans (50 ans avant la réforme). Et sans conditions de trimestres !
• Faire vivre des revendications essentielles comme l’interdiction du travail à la chaîne, du travail de nuit (sauf métiers d’urgence sociale), la baisse drastique des cadences et le partage du travail, la suppression du travail posté.
• Mettre au premier plan la prévention collective, supprimer les causes de pénibilité à la source (bruit, toxiques, chaleur, manutentions, vibrations…), contre la généralisation des EPI (Equipements de Protection Individuels) qui ne changent rien et nous transforment en extra-terrestres insupportables : combinaison + masque + lunettes + casque + bouchons d’oreille et casque anti bruit + chaussures sécurité + gants et surgants, vous avez déjà pratiqué ???

 

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Publié par Où va la CGT ? - dans Pénibilité
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