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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 10:36

Mardi 7 février 2018

CGT Maubeuge : un syndicat gagne en cassation contre l'Union Locale

 

Un conflit de 18 mois réglé par la Cour de Cassation en faveur d’un syndicat d’entreprise, voilà qui n’est pas banal. Quelques explications, car derrière les apparences il y a beaucoup de choses cachées qui nous intéressent tous…

 

Le Fennec. Une association qui gère depuis 1990 un foyer d’accueil pour adultes handicapés à proximité de Maubeuge, environ 65 adultes et autant de personnel (là, il y a le "un pour un" !!). Un syndicat CGT qui existe depuis 1993 (et qui a tenu un blog actif), reconnu bien sûr par l’UD et la FD et qui représente plus de 76% des suffrages aux élections de CE, tous collèges confondus.

Et voilà qu’en juin 2016 le syndicat apprend avec stupeur que l’Union Locale CGT a déposé une liste de candidats concurrente, validée par la direction du foyer qui refuse désormais de reconnaître le syndicat d’entreprise…

Juste ahurissant. Bien entendu, procédure judiciaire du syndicat, victoire au tribunal en première instance (voir le jugement à droite), l’UL s’obstine, va en Cassation et perd à nouveau en ce début d’année 2018 (voir le jugement).
Dit comme cela, c’est incompréhensible et le résultat est logique.

 

Mais rien n’est simple.

Début 2016, Le Fennec souffre de graves difficultés financières (comme pas mal d’associations dans le domaine du social d’ailleurs, avec la baisse des dotations gouvernementales) avec des menaces de baisse de budget de 8 à 12% de la part du département, de retrait d’agrément par l’ARS etc.

Deux éducateurs spécialisés sont licenciés pour motifs personnels, la CGT qui fait son travail de syndicalisme revendicatif et efficace exige leur remplacement, à la fois pour le personnel et pour les résidents. Tentatives de mobilisation, voilà qui ne plaît bien sûr pas à la direction – proche du PS il faut le préciser…
Car on est dans le domaine social, dans le secteur associatif, dans la région Nord Pas-de-Calais. Et l’on sait bien que c’est un endroit où le PS et le PC « en croquent » depuis des décennies via ces multiples postes de direction dans le paritarisme, le secteur social, la formation etc. ce supposé « secteur non capitaliste de l’économie » cher à tous les réformistes. Au-delà des disputes électoralistes, ils s’entendent copains comme cochons pour se partager le gâteau…

Et il ne fait pas bon critiquer les camarades patrons gestionnaires, du département, de la mairie, des associations, quand bien même ils feraient les pires saloperies patronales…

 

Il se trouve que ce sont les mêmes qui se retrouvent depuis 2014 à la tête de l’UL CGT de Maubeuge, à la suite d’un congrès en forme de coup d’Etat (voir un compte rendu d’un camarade du Fennec). Tiens, sûrement un hasard ? Ces « camarades gestionnaires », incrustés dans les institutions publiques ou semi-publiques, attentifs à la bonne gestion et à résoudre les difficultés économiques en bons bourgeois qu’ils sont – et qui ont pris d’assaut à la hussarde la direction de l’UL contre le courant combatif présent jusque-là.

Les inquiétudes économiques sur le foyer, doublées de la pratique combattive de la CGT du Fennec, voilà qui ne plaît pas à l’UL (en particulier les militants du PC collabos du PS) : il faut au contraire accepter les sacrifices, faire des efforts, main dans la main avec la direction (les copains, l’UL CGT avait appelé à voter PS aux élections…).

D’où la présentation d’une liste concurrente aux élections professionnelles, avec bien sûr la bénédiction de la direction du Foyer, même pas cachée… A tel point que la collusion ouverte de l’UL CGT avec la direction sera un point d’un procès-verbal d’entrave fait par l’Inspection du Travail fin mars 2017) – voir ci-contre à gauche.

 

Ce n’est pas le premier exploit de l’UL à Maubeuge. Plusieurs syndicats ont été écartés : Métaux de Maubeuge, Papillons blanc (social), Pharmacie Mutualiste, Impôts, Stibus (transports), Sambre et Meuse, Jeumont Electric et Cerec Recquignies (métallurgie)… On se rappelle aussi les démêlées de la CGT à l’UDEVE (mutualité, un camarade patron au PG…) dont nous avons déjà parlé en 2012, d’ailleurs la camarade vient finalement d’être licenciée après quatre tentatives infructueuses… Sans un mot de soutien de l’UL, bien sûr…

Et aujourd’hui, la même chose est en train de se passer avec les Territoriaux d’Hautmont, juste à côté de Maubeuge, où une liste concurrente est présentée contre le syndicat en place (voir le courrier).

Car voyez-vous, la conception du syndicalisme à l’UL c’est la cogestion et le partage des miettes, des sièges et des avantages…

Et tous les coups sont bons pour continuer. La direction de l’UL vient de se faire retoquer par l’UD elle-même sur les conditions de préparation du Congrès de novembre dernier, avec d’énormes magouilles sur les mandats (voir ci-contre à droite). L’UL s’est assise sur ce courrier, le congrès a eu lieu, on attend avec impatience les mesures annoncées par l’UD…

 

Où en est-on aujourd’hui ?

Le syndicat a gagné au plan juridique et donc moral, mais sur un champ de ruines…

L’Association Le Fennec a été reprise par une autre grosse association, l’AFEJI, dont le président n’est autre que Michel Delebarre, ancien ministre du travail PS (lol !), et dont la CGT est bien dans le moule de l’Union Locale… La CGT ne représente plus que 30% des suffrages au Fennec et a perdu 8 élus. La fusion des deux associations s’est faite avec perte des avantages acquis, une hausse du temps de travail sans augmentation de salaire, « acceptée » par la presque totalité du personnel le couteau sous la gorge (alors que l’Inspection du Travail vient – janvier 2018 – de déclarer l’illégalité de cet accord de substitution lors de la fusion…), avec des élus qui ont perdu leur mandat et certains leur travail.

 

Le représentant local du PC se permet un cynisme insupportable en affirmant que les salariés ont « désavoué » la CGT du Fennec, que les emplois ont été maintenus et en reprochant à un délégué d’avoir quitté l’entreprise alors qu’il n’aurait plus eu de mandat et juste à attendre son licenciement… Représentant du PC qui d’ailleurs regrette que toute cette affaire soit rendue publique (de même que le secrétaire de l’UD), alors que le conflit n’est qu’une suite de coup d’états et de magouilles de la bureaucratie de la CGT qui se moque de la démocratie syndicale comme d’une guigne et qui de plus collabore honteusement avec les directions tant au Fennec qu’à l’AFEJI.

 

Enfin, et plus grave. Le syndicat a gagné en cassation, mais pas vraiment sur le fond de l’autonomie et de la priorité du syndicat sur d’autres structures. Juste sur le fait qu’il avait présenté sa liste avant celle de l’UL. Et cela ouvre les portes de l’enfer pour d’autres conflits locaux – et il n’en manque pas.

D’autant que depuis la modification des statuts votée lors du 50ème congrès confédéral, la CGT est désormais « verticalisée » avec la primauté de l’échelon supérieur sur l’échelon inférieur, en particulier pour ce qui est des UL. Nous avions alerté à l’époque sur la question (voir « 50ème congrès, l’évolution des structures de la CGT, c’est pas gagné ! »), mais nous étions bien seuls, et c’est passé comme une lettre à la porte.

 

En conclusion provisoire :

  • La question, ce n’est pas selon nous l’indépendance des syndicats par rapport aux partis politiques, c’est l’orientation de fond : cogestion et collaboration de classe pour partager des miettes et des privilèges, ou lutte de classe anticapitaliste pour défendre les travailleurs, sans concession.
  • La question des UL est toujours une question clé dans la CGT. Avec le syndicat d’entreprise, c’est la structure la plus proche des salariés sur le terrain, pour leur défense immédiate, leur organisation (les syndicats multipro par exemple, l’aide à la création de sections syndicales), le lien avec la population sur tous les sujets de proximité (écologie par exemple).
  • La question de la démocratie syndicale dans la CGT est une nouvelle fois pointée du doigt, pour souligner son caractère factice et bidon. Comme nous le disons depuis l’origine de ce blog, il va falloir faire le ménage dans nos rangs, nettoyer les écuries par nous-mêmes, chasser les collaborateurs patronaux ! A l’UL de Maubeuge comme partout, débarrassons-nous de ces faux syndicalistes !

A bas les réformistes gestionnaires !
Conscience, organisation, action, lutte de classe anticapitaliste ! Voilà notre orientation !

 

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