Dossiers

Sommaire et dossiers accessibles
ICI
15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 10:52

Samedi 15 janvier 2011

CHU de Nantes : lettre d'un des inculpés à Bernard Thibault

 

CHUNantes1301.jpgNous avons déjà fait un bref compte rendu de l'audience au Tribunal mercredi, en parallèle avec la mobilisation de lundi dernier à Tenon.

Un camarade du CHU nous transmet le message suivant, accompagné d'une lettre que nous publions intégralement. Pour bien comprendre les choses, il faut savoir comme nous l'a déjà rapporté une lectrice, que Bernard Thibault était précisément à Nantes le jour du procès, et qu'il a refusé ne serait-ce qu'un passage rapide au rassemblement de soutien... Pourtant, toujours aussi peu avare en apparition médiatique, il tenait le même jour à 11h une conférence de presse !

 

"Salut les camarades , pour vous donner un compte rendu de mercredi 12 janvier sur le procès des camarades du CHU de Nantes, nous étions environ une bonne centaine devant le TGI le jugement sera rendu le 9 février 2011, le ministère public a requis deux amendes, une de 300€ et l'autre de 200€...
Il manquait malheureusement ce jour là LE secrétaire général Thibault qui était au congrès fédéral de la construction du bois et de l'ameublement à 1Km du TGI.
Il n'a pas voulu nous soutenir malgré plusieurs demandes ... ni lui ,ni la secrétaire de l'UD....
Je vous envoie la lettre ouverte du camarade Gilles Brunot qui était convoqué au tribunal que vous pouvez publier
Fraternellement"

 

print-pdf.gifCette lettre fait honneur au syndicalisme de classe, et par ailleurs est particulièrement nette face à la gauche gestionnaire, à savoir JM Ayrault, député maire PS de Nantes.

Nous joignons la version en pdf pour diffusion éventuelle !

 


 

Gilles BRUNOT                                                                                  Nantes, le 14 janvier 2011
Militant CGT du CHU de Nantes
Permanence CGT
3 rue Gaston Veil
44093 NANTES CEDEX 1

 

Bernard THIBAULT
Secrétaire Général de la CGT
MONTREUIL


Camarade,

 

Tout d’abord je me présente. Je suis en retraite depuis le 1er juillet 2009 après avoir travaillé 37 ans au CHU de Nantes. J’ai totalisé 34 ans de militantisme CGT et occupé diverses responsabilités syndicales notamment comme secrétaire du syndicat du CHU de Nantes, à l’Union Locale CGT de Nantes, à l’Union Départementale CGT 44 et à la CE fédérale de la Santé. Pendant près de 20 ans j’ai été administrateur du CHU de Nantes.

Je rentre directement dans le vif du sujet. Le 12 janvier 2011, avec un autre camarade du syndicat CGT du CHU de Nantes nous avons été traduits devant le tribunal correctionnel de Nantes pour avoir jeté des œufs dans les locaux de la direction générale du CHU et dégradé la porte d’entrée. Comme tu le sais déjà, puisque le syndicat t’a adressé en temps utile les informations nécessaires ainsi qu’à Marie-Claude ROBIN – secrétaire de l’UD CGT 44 – le syndicat a souhaité ta présence pour apporter ton soutien.

Tu as donc pu constater que seule la CGT a été inquiétée puisque que le jour de l’action (le 29 juin 2009) pas moins de six organisations syndicales appelaient les salariés du CHU (CGT, CFDT, FO, SUD, CFTC et UNSA) à manifester devant le siège social de l’hôpital. Aucune des cinq autres organisations n’a été citée à comparaitre au tribunal correctionnel. C’est comme si elles n’existaient pas… et pourtant elles aussi ont été très actives !

Cela ne nous étonne pas beaucoup car on sait très bien que la seule organisation qui empêche la direction de tourner « rond » c’est la CGT.

Il s’avère que le mercredi 12 janvier tu te trouvais à Nantes pour assister au Congrès de la Fédération CGT de la Construction. Comme je l’ai dit plus haut, le syndicat CGT du CHU t’a convié à venir nous soutenir devant le Palais de justice avant que nous rentions dans la salle d’audience. C’était l’affaire d’un quart d’heure ou ½ heure pas plus.

Des camarades du syndicat ont même pris l’initiative d’adresser à l’entrée du Congrès (palais de congrès à Nantes – à deux encablures du palais de justice) des tracts d’information. Tu n’as pas pu ne pas en prendre connaissance.

Tu as décidé de ne pas te déplacer… tu avais sans doute de bonnes raisons ! Pourtant, ta présence ainsi que celle de l’UD n’auraient pas empêché le déroulement des travaux du congrès puisque le syndicat te conviait de 13H30 à 14H00 et que la reprise des travaux du congrès était prévue à 14H30.

Alors, il y a sûrement d’autres raisons… Tu peux comprendre que je suis amer car après avoir milité 34 ans en tant qu’actif à la CGT je pensais avoir un peu plus de considération de la part de la Confédération que tu représentes. Loin de moi l’idée que l’activité syndicale est l’affaire d’un seul homme, mais avec mes camarades j’ai contribué à ce que le syndicat CGT du CHU de Nantes soit dans les plus importants sinon le plus important en nombre de syndiqués CGT du département de la Loire-Atlantique voire de la Région des Pays de la Loire. La contribution financière dégagée par les adhésions au CHU de Nantes n’est pas négligeable dans les diverses structures de la CGT. Non ?

Non, il y a des raisons non avouées qui ont fait que tu n’as pas voulu venir au palais de justice. La CGT que tu représentes n’est pas la CGT pour laquelle j’ai milité sans compter. Autant te le dire tout de suite mais tu l’as sûrement perçu, cette CGT là je la trouve (et peut-être pas le seul) un peu molle… pas assez révolutionnaire. Ce n’est pas un vilain mot, bien au contraire. J’ai connu l’époque (sans nostalgie) où la CGT était combative, revendicative et à l’écoute des salariés. C’est cette CGT là qui m’a fait adhérer en juin 1975. Et c’et aussi cet état d’esprit qui a guidé mon parcours syndical.

La répression syndicale, les brimades, les attaques tant personnelles que professionnelles, les différents passages devant les tribunaux (correctionnel et administratif) furent échelonnés tout au long de mon activité professionnelle. Mais à chaque fois j’ai trouvé les soutiens des différentes structures de la CGT et des syndiqués. Ceux qui me connaissent pourront te le dire, je n’ai pas changé dans ma conception du syndicalisme CGT. Et sans vouloir être pompeux, certains salariés se sont syndiqués et pris des responsabilités dans les différentes structures de l’organisation en voyant ma façon d’être.

Avec une telle attitude, je comprends mieux le désarroi et la colère des « Molex », des « Continentals » (pour ne citer qu’eux) qui se sont sentis sur le bord de la route. Ce n’est pas çà la CGT ! La CGT c’est une école de la vie, de fraternité et de solidarité. Quand un militant CGT est considéré comme un voyou de la part d’un employeur et traduit devant les tribunaux… c’est toute l’organisation qui doit réagir et non pas le considérer aussi comme un voyou !

Je pourrais comprendre que si le jour du procès tu avais eu des impératifs immuables tu ne sois pas venu (un(e) autre camarade de la confédération aurait pu être présent(e)), mais en l’occurrence, comme rappelé plus haut, ce jour là tu étais à Nantes, à 1 kilomètre du palais de justice.

Tu as osé dire à un journaliste (présent à ta conférence de presse le matin-même du 12 janvier) que tu t’opposais à la criminalisation de l’action syndicale mais que sur le procès précisément tu n’avais pas d’élément. Faux ! Camarade, car tu as reçu toutes les informations en temps nécessaire par mon syndicat… et de plus, Marie-Claude ROBIN, secrétaire de l’UD, présente à tes côtés pouvait « te renseigner ». D’ailleurs, elle aussi a brillé par son absence.

Je te rassure quand même, vos absences n’ont pas nuit à notre défense !
Un militant qui totalise 34 ans (carte syndicale d’actif) à la CGT en a vu d’autre et ne quémande rien. La présence de camarades de notre entourage y compris de l’interprofessionnelle nous a fait chaud au cœur. C’est humain après tout. Si l’UD s’est fait plus que petite sur sa présence, celle de Serge DOUSSIN (ex secrétaire de l’UD) a été bien accueillie par l’ensemble des camarades présents.

Ce qui m’agace dans tout cela c’est le sentiment que peut avoir un jeune militant qui voudrait s’investir pleinement dans le syndicat. Quand il va réfléchir deux secondes sur ce qui vient de se passer, il va se dire, à juste raison, que si le secrétaire général de la CGT présent à Nantes le jour du procès de deux militants de la CGT dont l’un totalise 34 ans de militantisme et plus de 10 ans pour l’autre, ne vient pas les soutenir, qu’il lui faudra plutôt peut-être revoir sa « copie ».

Ce sont à tous ces jeunes et qui sont l’avenir de la CGT auxquels je pense. Je pense aussi à tous ces salariés du CHU de Nantes (plus de 400) qui se sont vus, du jour au lendemain, jetés à la rue parce que le plan anti-social a été validé, en juin 2008, par le député-maire socialiste Jean-Marc AYRAULT (président du conseil d’administration du CHU de Nantes). C’est ce plan qui est à l’origine de ce procès.

Ce même socialiste qui tient désormais le conseil de surveillance du CHU hors des murs de l’hôpital de peur de voir les réunions perturbées par la CGT et les salariés dont les conditions de travail se dégradent à une vitesse vertigineuse. La faute à qui ? Pire, ces conseils se tiennent à la Préfecture sous présence policière !

Ce même député-maire que tu as accueilli lors du 49ème congrès de la CGT qui s’est tenu à Nantes et où les militants CGT du CHU ont été priés de ne pas le huer (?!). Au motif sans doute que la salle du congrès a été louée à des prix défiants toute concurrence ! Et ce même socialiste que tu as congratulé lors de la fête des retraités (j’y étais) à l’automne dernier à Saint-Herblain et qui se refuse toujours à recevoir la CGT du CHU pour que l’on puisse traiter des vrais problèmes rencontrés par les salariés de l’hôpital.

Ne pas soutenir les militants de la CGT devant le tribunal correctionnel est enfin de compte une constance chez toi. Je ne me rappelle pas ta présence lors du procès du jeune militant qui, lors des manifs sur les retraites a été condamné à sept semaines de prison ferme pour avoir soi-disant lancé des canettes de bière sur les forces de l’ordre à Saint-Nazaire.

Pendant ce conflit, nombreux ont été les arrestations et les maltraitances occasionnées sur les manifestants (beaucoup de la CGT). Pourtant, la CGT a eu l’occasion de s’exprimer dans les médias nationaux et toi notamment à l’émission de France 5 « C politique » chez Demorand.

Lors de cette émission que j’ai regardée attentivement… tu n’as pas eu un seul mot pour condamner les agissements des CRS et des Pouvoirs Publics à l’encontre des manifestants frappés, maltraités, emprisonnés… et pourtant tu aurais pu trouver le temps, cela ne demande pas trois heures. Ayant été dans toutes les manifs contre la réforme des retraites et sur différents barrages filtrants sur Nantes et son agglomération, je peux t’affirmer que le mutisme de la confédération en général et de son secrétaire général en particulier ne passe pas chez beaucoup de militants.

Alors, en fin de compte quand on réfléchit bien, a-t-il fallu être naïf de croire que des militants avec leur syndicat auraient pu avoir la présence de la confédération ?

En revanche, je remercie toutes celles et tous ceux (les anonymes) qui sont venu(e)s manifester leur soutien en se trouvant un peu de temps… par simple solidarité.

Je reste à ta disposition mais d’ores et déjà je t’informe que je rends cette lettre publique.

Salutations distinguées !

Partager cet article

Publié par Où va la CGT ? - dans Répression
commenter cet article

commentaires

Gilles BRUNOT 17/01/2011 09:42


J'amène des précisions à propos de la lettre ouverte que j'ai adressée à Bernard Thibault. J'ai eu confirmation sur le pourquoi de la non participation de Thibault au palais de justice. Ce jour là,
il déjeunais avec Jean-Marc Ayrault... Quant au soir, il faisait la ribouldingue avec le groupe "Emile et image". Merci d'avoir passé ma lettre.