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7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 07:56

Mardi 7 mai 2019

La FNIC et le 52ème Congrès de la CGT

 

Le Congrès intéresse peu de monde, nous l’avons dit (« 52ème Congrès : que nous propose la direction confédérale ? »).

Il faut pourtant s’arrêter sur un document diffusé par la Fédération de la Chimie (voir en intégral ci-contre). Intitulé « éléments de réflexions sur enjeux et documents du 52ème Congrès confédéral de la CGT ». C’est un texte (un peu brouillon) qu’il faut absolument lire parmi d’autres pour se faire un point de vue. D’autant que la Chimie est un secteur combatif, que l’on a vu en pointe avec la mobilisation des raffineries contre la loi El Khomri et la loi Travail entre autres.

 

Nous le disons nettement, quelles que soient ses lacunes, ce texte pointe un certain nombre d’évolutions et questions importantes.

En laissant pour l’instant de côté la solidarité internationale et les contradictions à ce propos (nous y reviendrons un peu plus tard), voilà ce que nous en avons retenu.

 

A propos des revendications

 

C’est un sujet qui tient à cœur à la FNIC depuis bien longtemps, à juste titre. Non pas des repères revendicatifs flous élaborés en catimini par quelques conseillers et validés à la louche par le CCN, mais une plateforme de combat claire et concise pour la lutte des classes.

  • La FNIC interroge : pourquoi donner la priorité à « changer le travail » par rapport à l’ensemble des revendications traditionnelles emploi, salaires (la FNIC fait remarque que la notion de SMIC n’apparaît même pas), libertés, protection sociale, défense des services publics ? Bonne question, qui s’explique tout naturellement par l’accentuation du réformisme dans la confédération, l’adaptation aux évolutions libérales du capitalisme mondialisé. Il ne s’agit pas de contester l’exploitation des travailleurs, mais d’imaginer transformer de l’intérieur (« par effraction » dit le texte confédéral) le système. Dans l’interview au  Monde Diplomatique (« Le Monde Diplo parle de la CGT »), Martinez confirme explicitement la poursuite de cette évolution.
  • Dans la foulée, la FNIC poursuit ses interrogations : pourquoi tant parler de la révolution numérique et aussi peu des gains de productivité ? Là aussi bonne question qui renvoie à l’acceptation de la logique capitaliste.
  • Concernant la réapparition de la revendication sur le Nouveau Statut du Travail Salarié, la FNIC souligne à juste titre – c’est ce que nous disons depuis 2005, que se focaliser sur le statut, cela revivent à abandonner la lutte pour l’emploi. Nous rajoutons la lutte contre la précarité, pour l’embauche des précaires et l’internalisation de la sous-traitance. Le NSTS, c’est une revendication d’adaptation à la précarité croissante du capitalisme, l’abandon du combat pour l’emploi.
    De manière annexe, la FNIC souligne qu’un « vrai » NSTS, garanti par le Code du Travail, « nécessiterait un rapport de force à un niveau rarement atteint et des perspectives politiques claires et radicales » dont la Confédération ne parle pas. C’est le moins qu’on puisse dire, ce qui nous conforte dans le sentiment que le NSTS est bien un rabaissement réformiste du combat des travailleurs.
  • Par contre n’apparaît pas dans ces éléments de réflexion la bataille sur les conditions de travail et la pénibilité. Absente des textes confédéraux, on aurait aimé voir une fédération combative porter le combat contre le cœur de l’exploitation, d’autant que la Chimie est particulièrement concernée.
  • Enfin, la FNIC insiste sur l’importance de l’interpro dans la définition des revendications pour faire l’unité la plus élevée en refusant toute dérive corporatiste ou sectorielle. On ne peut que souscrire.

 

A propos de la Confédération

 

Les éléments de réflexion de la FNIC sont nombreux.

  • Sur l’absence de réflexion stratégique nationale et interprofessionnelle, de vision d’ensemble pour guider les syndicats et structures. Car il faut bien constater que la stratégie proposée (pour autant qu’elle existe) a été un échec lors de tous les grands mouvements récents. Aujourd’hui, la Confédération propose de replier sur les revendications d’entreprise, ça ne va donc pas s’arranger.
    La FNIC souligne le même problème que nous avons abordé, à savoir que s'il y a une crédibilité réelle de la CGT dans les entreprises et les branches, c'est la disparition au niveau interpro et national, une vraie fracture. Beaucoup de textes, d’analyses, mais pas de rôle sur le terrain (on l’a vu avec les Gilets Jaunes).
  • Sur la priorité au dialogue social – et nous rajoutons (quoique cela fasse grincer des dents dans nos rangs) au paritarisme. La FNIC affirme avec justesse que la politique contractuelle n’est que « la réponse patronale à la lutte des classes » et qu’il faut n’y consacrer que le minimum de forces pour se concentrer sur le terrain, et en particulier dans l’interpro des ULs. Elle critique l’importance largement excessive à ce volet de l’activité confédérale, d’autant que ses résultats sont de moins en moins visibles (le patronat ne veut plus lâcher de miettes pour maintenir la paix sociale).
  • Au final, la FNIC pose une question piège : mais à quoi sert donc la Confédération ? Si on ajoute le renforcement du fédéralisme (Martinez explique bien que FDs et UDs sont absolument maîtres chez elles), on a le droit de s’interroger. 

 

A propos des modifications statutaires

 

La FNIC souligne l’importance des changements en cours dans la structuration de la CGT, par le biais des modifications statutaires.

C’est un sujet indigeste, et nombre de camarades laissent le débat aux « spécialistes », au risque de laisser passer les choses sans réaction. Au 50° Congrès de Toulouse, nous avions alerté (« 50ème Congrès : l’évolution des structures de la CGT c’est pas gagné ») sur les modifications statutaires qui introduisaient ce que nous appelions la « verticalisation » de la CGT. C’est-à-dire que l’échelon supérieur prime l’échelon inférieur. Une construction du haut vers le bas et non du bas vers le haut. Cela est déjà appliqué par certaines fédérations (comme le Verre) où les Congrès Fédéraux ne sont explicitement que des applications des décisions confédérales, et plus un lieu de débat contradictoire et ouvert.

La verticalisation portait alors sur les statuts, elle va s’élargir à l’orientation, avec une hiérarchie des décisions du haut vers le bas. Assez contradictoire, là encore avec le fédéralisme.

 

La FNIC souligne plusieurs orientations confédérales qui vont se mettre en place :

  • La création d’une carte CGT, où le travailleur ne sera plus syndiqué dans un syndicat, mais directement à la Confédération. D’où la réapparition du débat sur les syndiqués isolés (77 000 sur 640 000, ça fait quand même 12% - avec les cotisations qui vont avec).
  • La modification des Comités Régionaux qui prennent de plus en plus d’importance et d’autonomie, avec bien entendu une place renforcée dans la gestion paritaire et les structures de dialogue social, l’institutionnalisation d’un syndicalisme à l’allemande (ou à la sauce CFDT…).
  • L’intégration des fédérations dans les comités régionaux avec leur territorialisation, ce qui revient bien sûr à les affaiblir. C’est la poursuite logique de la fin des syndicats nationaux décidée il y a belle lurette mais pas encore effective, et qui ne correspond pas du tout à la réalité syndicale d’entreprise ou de branche et pose de vraies questions sur le combat autour des Conventions Collectives.
  • Le renforcement du rôle de l’UGICT présentée comme une sorte de sous-confédération réservée aux ICT, alors que cela doit rester du ressort des syndicats et fédérations.

Une fois tout ça mis sur la table, on peut imaginer le projet qui se dessine et la réponse à la question piège « à quoi sert la Confédération ? »

Une structure bureaucratique très centralisée et très formelle, très verticalisée – et très réformiste.

Un recentrage sur le paritarisme et le dialogue social d’un côté, via la régionalisation. Et sur le travail d’entreprise de terrain. Une CFDTisation accentuée, tournée d’abord vers les « nouvelles couches du salariat », avant tout les ICTAM.

Ca ne vous rappelle rien tout ça ? C'est exactement ce que met en œuvre la CFDT depuis vingt ans.

 

Les limites du document

 

Loin de nous l’idée de sous-estimer ces éléments de réflexion. Au contraire, le rôle de cet article est de les faire connaître plus largement.

 

Cela dit, ils souffrent d’au moins deux défauts :

  • Il n’y a aucune analyse du capitalisme contradictoire à celle de la Confédération. Nous avons souligné l’absence du mot « concurrence » du discours confédéral, de la notion de guerre économique mondialisée, on ne trouve pas non plus d’explications dans le texte de la Chimie. De même que la Fédération ne revient pas sur le mot « pénibilité » - également absent dans les textes confédéraux, alors qu’elle est au cœur de l’exploitation et de la compréhension de ce qu’est le capitalisme. Or c’est bien là-dessus que devrait s’appuyer ce qu’est le « changement de société », qu’il ne faut pas « escamoter » comme dit le texte. Faute d’éclaircissement à ce propos, on peut tout aussi bien en arriver à des conceptions qui ont déjà fait faillite, comme le capitalisme d’Etat et ses nouveaux bourgeois – vous savez les nationalisations + les experts qui savent ce qui est bien pour le peuple…
    C’est ce débat qu’il ne faut pas escamoter. Nous renvoyons pour notre part au petit glossaire présent sur ce blog, un bon outil de formation toujours d’actualité.
  • La question du fédéralisme empoisonne la vie de la Confédération depuis des décennies, et la Chimie le défend toujours fermement. Alors que la confusion idéologique actuelle provoque un éclatement de notre syndicat, chaque structure défendant becs et ongles positions et surtout privilèges. Et la Confédération reste la tête dans le sable à attendre que ça se passe. Il suffit de voir la catastrophe de la Fédération du Commerce, où un petit dictateur mafieux n’en fait qu’à sa tête sans que personne ne bouge le petit doigt à la Confédération. Ou les pratiques également mafieuses de la Fédération des Ports et Docks dans le nettoyage, qui va très loin dans la collaboration de classe et les briseurs de grève.
    On ne peut pas en même temps exiger le respect du fédéralisme et une Confédération ambitieuse et offensive, il faut être clair. Si on veut pouvoir faire le ménage dans nos rangs, il faut que la Confédération puisse intervenir, cela met à mal le fédéralisme. Ce qui veut dire, bien entendu, remettre sur la table tous les volets de la démocratie interne, la fameuse « qualité de vie syndicale » qui n’est, nous le savons tous, qu’une formule creuse. Ça aussi, c’est toute une histoire !!!

 

Quoiqu’il en soit, un bon texte pour les débat du Congrès – pour celles et ceux que ça intéresse du moins, un texte à faire connaître.
 

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