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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 10:58

Mercredi 21 avril 2010

Retraite : quelques questions, quelques réponses...


A défaut de véritable mobilisation, le débat est lancé.

Nous subissons quotidiennement un bombardement médiatique intensif et permanent, visant à nous amener à accepter l'inacceptable. A savoir le recul de l'âge de la retraite et la baisse des pensions, car au final c'est bien à cela qu'on veut nous mener.

Dans un article précédent, nous avons exposé, de manière plutôt décalée à quoi correspondait la retraite dans la société capitaliste, et quelles revendications générales nous voulions défendre :

La retraite à 55 ans, pour tous, sans aucun critère de nombre de trimestres cotisés

Un taux de pension à 75% du salaire complet


Le système des retraites en France est un énorme méli-mélo, avec régimes différents, compensations, construit au fil des ans, des rapports de force et des réformes successives... Alors pour savoir quoi en dire, pas facile aujourd'hui.

Essayons dans cet article de répondre à quelques questions, point par point.

 

1) Les chiffres du COR, la démographie etc.

Nous assistons via le Conseil d'Orientation sur les Retraites à une gigantesque manipulation de l'opinion. Sous couvert d'experts, on nous balance à la figure des colonnes de chiffres pour 2040 ou 2050, des sommes astronomiques à trouver, un descriptif véritablement apocalyptique qui bien entendu veut nous mener naturellement à accepter la réforme à venir. Or,

  • Comment  le capitalisme peut-il faire des prévisions à 40 ou 50 ans, alors qu'il est aveugle à 6 mois ? Il n'a pas vu venir la crise, il est absolument incapable d'organiser l'avenir immédiat et on veut nous faire croire aujourd'hui qu'il peut voir au loin ? Le capital est aveugle sur l'avenir,  par définition : contradiction entre intérêt privé, dans la concurrence et la mondialisation et nécessaire vision d'ensemble pour une vision à long terme. Chaque capitaliste individuel, chaque pays capitaliste est aveugle, car il ignore ce que font ou prévoient ses concurrents, tout simplement ! D'ici 2040 il peut y avoir d'autres crises, une guerre  mondiale, une révolution, une catastrophe naturelle, ou quoi d'autre pourquoi pas ?
    Jean-Luc Mélenchon a produit une très bonne tribune dans Libération à ce propos, montrant en quoi les chiffres du COR ne sont que l'organisation d'une "panique organisée".
  • Jean-Christophe Le Duigou, comme Eric Aubin s'appuient sur les chiffres du COR (évidemment, le premier en fait partie !!!) et prétendent que les commentaires sont manipulés mais que les chiffres sont justes. Ils ouvrent la porte à l'acceptation de la réforme, au nom de prétendus critères objectifs comme la fécondité des femmes ou la démographie. Or ces chiffres mêmes n'ont aucun caractère rigoureux, le chiffre de la fécondité d'aujourd'hui ne correspond par exemple pas du tout à celui des prévisions d'il y a dix ans !!! Et voir en plus Le Duigou nous expliquer que c'est "la crise" qui a tout aggravé et qu'on ne pouvait pas la prévoir, c'est à pleurer... Voir Eric Aubin affirmer qu'il faut trouver 5 à 6 points de PIB pour garantir les retraites en 2050 et une plaisanterie purement manipulatrice, car personne, absolument personne n'est capable de prévoir quoi que ce soit du contexte économique mondial à cette échéance.

2) La productivité du travail et la prise en charge des retraites

Tout le monde, patronat et gouvernement en tête bien sûr, fait l'impasse sur les hausses de productivité.

On nous chiffre les besoins de financement à la somme monstrueuse de 2600 milliards d'euros sur les prochaines 30 ans, alors que sur la même période, le Produit Intérieur Brut sera de l'ordre de 120 000 milliards d'euros. 2% en gros, les chiffres se dégonflent...

Bernard Friot, économiste des salaires et retraites fait une analogie amusante :

"Imaginons le ridicule de Mme Parisot prédisant, en 1900 : un Français sur trois travaille aujourd’hui pour l’agriculture ; or, il n’y en aura plus qu’un sur trente en 2000, donc la famine en France en 2000 est inévitable, ce n’est un constat ni de droite ni de gauche, mais arithmétique. En cinquante ans, la production double avec le même nombre d’actifs, et l’arithmétique de Mme Parisot relève du café du commerce…"

La question du financement des retraites est d'abord et avant tout un choix de priorités et donc un choix politique. Il se sert à rien de s'empailler sur la démographie, sur 2030 ou 2050, c'est à ce choix qu'il faut répondre...

 

3) Aucun critère de trimestres, aucune référence au caractère "complet" d'une carrière

Le débat sur les 37,5 ans de cotisations a progressé. Nous avançons, nous, que la retraite doit être entière à 55 ans, sans aucun critère de trimestres. Car tout critère entraîne exclusion et problème.

Le cas le plus visible est bien sur celui de nos camarades immigrés et sans-papiers.Il y a aujourd'hui des générations d'anciens immigrés dans la misère, en plus harcelés par la CRAM pour des remboursements astronomiques alors qu'avec leurs carrières souvent incomplètes ils vivent en foyer à la limite de la misère.

Un collectif s'est d'ailleurs monté à partir de Toulouse, "Justice pour les Chibanis", pour organiser les anciens et refuser l'innacceptable.

C'est dire s'il y a un enjeu avec nos camarades aujourd'hui sans-papiers, près de 400 000 travailleurs qui s'interrogent sur leur avenir comme sur leur présent.

Nous sommes responsables de l'avenir de tous les prolétaires, et nous exigeons que la retraite soit "sans aucune condition de trimestre", pour eux, comme pour les femmes qui ont arrêté de travailler, comme pour tous les accidents de la vie, comme pour celles et ceux qui ont pu travailler à l'étranger dans les méandres de la mondialisation...

A tous ceux qui jugent cela utopique, rappelons la mise en place du système des retraites par répartition en 1945. Immédiatement, sans aucune condition d'ancienneté, toute une génération est partie à la retraite avec une pension complète. Et cela a duré jusque dans les années 70... par simple arithmétique.

C'est cela que nous revendiquons. Nous n'avons pas à rentrer une nouvelle fois dans des "critères" de bonne ou mauvaise carrière. Nous avons à affirmer que dans le cadre de cette société de destruction, nous partirons à 55 ans, sans condition, simplement parce que c'est le capital qui nous a essoré et que maintenant nous voulons le repos - sans condition !


4) Allez rajoutons quelques sujets faciles, histoire de convaincre sans risques autour de nous.

On nous parle beaucoup des retraites des parlementaires, bon c'est scandaleux, mais symbolique. Ce n'est pas cela qui va récupérer le financement nécessaire et changer radicalement les priorités. C'est un peu amuser la galerie, pour éviter de toucher à tout le reste. D'autant qu'apparemment, on ne va toucher qu'à la marge...

On pourrait plutôt élargir les cotisations aux salaires dit "périphériques" (c'est théoriquement une revendication de la CGT), comme l'intéressement., les tickets restaurants, chèques vacances etc. Selon la Cour des Comptes, 34,5 milliards d'euros (vous avez bien lu)...

On pourrait parler des fameuses "retraites chapeau" des grandes entreprises. Pas pour parler cotisations sociales, non tout simplement les supprimer. Jusqu'à présent, on en parle au cas par cas, Proglio après Fourtoux, Messier après Beffa. Mais il y a des petits pervers qui se sont amusés (ah les salauds) à perdre leur temps à faire une synthèse, à regrouper les chiffres... Et ça donne quand un même un tableau édifiant, surtout à ne pas rater et à diffuser largement tant il illustre le capitalisme dans toute sa splendeur :

RetraitesChapeau.jpg

 

5) A connaître et à savoir

Deux sites militants sur la réforme des retraites, à connaître et consulter car ils fourmillent d'informations, d'argumentaires, de documents, parfois sur des positions différentes, mais assez intéressants. A connaître donc et à utiliser :

Et une association à connaître et à combattre pour toutes les saloperies qu'elle diffuse partout. Il s'agit de "Sauvegarde Retraites", association ultra-libérale qui multiplie les interventions en ce moment en s'appuyant sur les oppositions public-privé. On lira avec profit une critique de la Confédération FO à propos de cette association.

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