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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 18:11

Mercredi 16 février 2011

Disneygate : 500 000 € disparus au CE !

 

Dans les milieux syndicaux combatifs, il est courant d'expliquer que si la CGT prend un tour réformiste, si elle se CFDTise, c'est à cause de la direction, ou des directions pourries. On en arrive vite à opposer une supposée base saine, empêchée de se battre par une direction pourrie et réformiste. Autrement dit, changeons de dirigeants, ou poussons-les au cul, et on résoudra le problème de la lutte de classes.

Sur ce blog, nous avons toujours affirmé que cette opposition était totalement fausse. Que le clivage entre syndicalisme de collaboration et syndicalisme de classe traversait toute la confédération, évidemment, plus on monte plus c'est pourri, c'est sûr. Ce que nous voulons dire, c'est qu'à la base, on retrouve les mêmes phénomènes de corruption, de collaboration, de décadence qu'au sommet. Nous avons consacré toute une section de ce blog à dénoncer les turpitudes et dérives que nous connaissons tous dans la CGT également, bien qu'elles soient soigneusement étouffées... Un article des retraités mineurs lorrains résumait un peu la question il y a trois ans.

La bureaucratie ouvrière, elle se construit tous les jours quand des délégués détournent leur fonction à leur propre privilège, qu'il s'agisse du "macadam" syndical (les heures de délégation utilisées à fin personnel), au cumul des mandats pour éviter de retourner au boulot, à la compromission et la collaboration parfois sans honte avec les directions.

Celles-ci savent parfaitement utiliser ces dérives qu'elles tolèrent sans difficultés, car ainsi, elles tiennent les délégués, les syndicalistes et par ricochet gardent un certain contrôle sur le mouvement ouvrier.

 

Nous publions aujourd'hui un article tiré du Parisien, accompagné d'un commentaire d'un camarade, délégué CGT à Disneyland Paris et surtout animanteur d'un blog (connu). Voilà des années qu'il dénonce les dérives, compromissions, corruptions syndicales sur le site, aussi à l'heure où le scandale est rendu public, il est tout à fait autorisé à parler, parce que sa dénonciation ne date pas d'hier et que ses motivations sont saines. A la suite nous publions un deuxième article où le camarade insiste à nouveau sur les responsabilités de la direction

La corruption et la collaboration de classe commencent à la base, et c'est dès ce niveau que commence le combat pour un syndicalisme de classe.


 

CE-Disney.jpgMEAUX — La somme des détournements de fonds présumés au comité d'entreprise (CE) d'Eurodisney entre 2006 et 2009, est désormais estimé à 558.000 euros contre 300.000 jusqu'à présent, selon une expertise judiciaire.

Ce rapport a été remis fin janvier au juge d'instruction de Meaux (Seine-et-Marne) en charge de l'enquête, a-t-on appris de source syndicale confirmant une information du Parisien.

En novembre, le secrétaire et un ancien salarié du CE ont été mis en examen à Meaux.

Jusqu'à présent, des sources concordantes faisaient état de 300.000 euros de préjudice. Mais selon le rapport d'étape remis par l'expert judiciaire, ce serait "558.000 euros" qui auraient été détournés "entre le 1er octobre 2006 et le 30 septembre 2009".

Et le total des "anomalies" pourrait être encore plus élevé. En effet, dans les comptes du 30 septembre 2009, "275.000 euros" de "stocks de billetterie" sont "non justifiés".

Les pertes sur les ventes de tickets de cinéma, de théâtre et d'activités culturelles diverses s'élèvent sur trois ans à "413.000 euros". S'y ajoutent "99.000 euros d'espèces non déposées en banque" et 46.000 euros de "charges non justifiées sur les achats".

L'auteur du rapport dénonce une situation "anormale" et déplore que des documents de contrôle des comptes ne lui ont pas été remis par le cabinet comptable du CE.

Le syndicat FO a demandé dans un courrier daté du 10 février au président d'Eurodisney Philippe Gas, "qu'une réunion extraordinaire soit convoquée sur le sujet". Il regrette que la présidente du CE les "renvoie à la fin du mois d'avril".

Contactée, la direction d'Eurodisney n'a pas souhaité faire de commentaires "à ce stade".

L'affaire a éclaté fin octobre 2009 par une plainte contre X pour "malversations" et "escroquerie" du syndicat FO.

L’expertise demandée par un juge d’instruction conclut que plus de 500 000 € ont été détournés des caisses du comité d’entreprise entre 2006 et 2009. L’essentiel de la fraude porte sur la vente de billets aux salariés d’Euro Disney.

Il y a plus d’un an, « le Parisien » - « Aujourd’hui en France » révélait que plus de 230 000 € avaient été détournés des comptes du comité d’entreprise d’Euro Disney en 2009. Une expertise judiciaire avait alors été lancée à la demande du géant des loisirs, qui emploie quelque 14000 salariés dans ses parcs et hôtels de Disneyland Paris. Les résultats, remis fin janvier au juge d’instruction de Meaux (Seine-et-Marne), dépassent largement les premières estimations. Selon l’expert, une somme de 558000 € manque dans les comptes du CE établis entre le 1er octobre 2006 et le 30 septembre 2009, à laquelle pourraient s’ajouter 275000 € de stocks de billetterie non justifiés, portant les irrégularités constatées à 833000 € sur trois ans.

Les moyens de détournement. Selon l’expert, l’essentiel des pertes inexpliquées porte sur les ventes de billets aux salariés d’Euro Disney pour les activités culturelles et sportives. Sur trois ans, 413000 € manquent ainsi dans les comptes « billetterie » du comité d’entreprise. S’y ajoutent 99000 € d’espèces perçues par le CE, qui n’ont jamais été déposées à la banque. L’expertise mentionne enfin n’avoir obtenu « aucune explication » concernant la nature et la justification d’une « opération diverse » réglée début 2009 à un voyagiste pour 46000 €. 

Des documents manquants. Ces trous abyssaux pourraient être encore en deçà du montant réel des détournements. Le rapport précise qu’en dépit de ses demandes répétées auprès des responsables du comité d’entreprise et de son comptable Acecom l’expert n’a pas pu obtenir l’inventaire détaillé des stocks de billetterie achetés pour un montant de 275000 € en 2009.

Une situation dénoncée comme « anormale » par l’auteur du rapport. Il précise en outre que son analyse « s’est trouvée impactée et limitée » car des documents de contrôle des comptes ne lui ont pas été remis par le cabinet comptable du CE.

Pas de commentaires à Euro Disney. Au siège d’Euro Disney, le document a été accueilli avec peu d’empressement par la direction, pourtant commanditaire de l’expertise. La responsable des relations sociales du groupe a programmé une réunion du comité d’entreprise sur le sujet… en avril. Contacté jeudi, un porte-parole d’Euro Disney a donné par écrit la « position de Disneyland Paris quant aux malversations au CE » en ces termes : « Afin de laisser la justice faire son travail, nous ne souhaitons pas commenter une enquête en cours. » Impossible, donc, de savoir pour l’instant si le mandat de l’expert sera étendu aux années précédant 2007.

Même silence chez Amadou N’Diaye, secrétaire CGT du CE jusqu’à novembre. Accusé par son ex-employé Raymond Myon d’avoir commandité les détournements à son profit, l’ex-patron du CE a été mis en examen avec son ancien subordonné en novembre par la doyenne des juges d’instruction de Meaux.

rapetou1.jpg 

 

Malversations au CE de Disneyland Paris : la CGT en prend plein la figure

 

L'amalgame est facile qui consiste à rejeter la responsabilité de quelques uns sur tous.

Je tiens donc à m'inscrire en faux sur bon nombre des commentaires ci-dessous (écrits par les lecteurs du parisien) qui font la part belle au patronat et crachent sur la CGT.

Demandez à la Direction de Disneyland Paris pourquoi le Comité d'Entreprise connaît des scandales récurrents depuis 18 ans, et comment cela se fait-il que la Direction ne prenne jamais ses responsabilités face à ces manquements à répétition?

La Direction de Disneyland Paris assure la présidence du CE et a même octroyé une enveloppe supplémentaire de 500 000 euros dans le cadre d'un accord atypique.

500 000 euros, ce n'est pas le montant détourné dans le cadre des malversations présumées ?

Quant à la CGT, elle existait avant ce scandale et existera après, même si la nécessité de reconstruire sur de nouvelles bases se fait de plus en plus urgente, et qu'un bon nombre de changements devront être effectués. Nous y travaillons avec l'ensemble des instances

[Note du blog : le camarade publie par ailleurs un courrier de l'UD 77 qui prend très nettement position sur cette affaire. Il ne reste plus à l'UD qu'à retirer le mandat syndical au délégué corrompu, ce que les structures savant très bien faire dans d'autres circonstances...]

 

"Afin de laisser la justice faire son travail, nous ne souhaitons pas commenter une enquête en cours."

 

Telle est la position officielle de la Direction de Disneyland Paris, selon un porte parole. Ah, le porte parole... quel beau métier (profil bac + master en communication appliquée + doctorat en communication es animal +10 ans d'expérience). Comme vous vous en doutez, c'est très compliqué. Il faut apprendre 2 phrases par coeur en plusieurs langues : "le salarié avait des problèmes familiaux" et "la Direction ne souhaite pas commenter".

Vous me direz ça fait 20 ans que ça dure, il aurait pu apprendre d'autres phrases depuis, mais pas du tout. Quand on frise la perfection en termes de communication, on ne change rien !

Mais quand même !!! C'est pas un peu exagéré ???

On nous informe qu'une expertise judiciaire rend son rapport, on pourrait s'attendre à un peu mieux quand même. Je sais pas..... du style "C'est tout? On s'attendait à plus", ou bien "vous avez oublié l'année 2010, c'est pas sérieux tout ça...", ou encore "combien ça va nous rapporter ?".

Personnellement, s'il me manque 20 euros dans le portefeuille, je ne fais pas d'expertise judiciaire, mais les gamins ils m'entendent gueuler illico presto! "c'est qui qui a piqué les soussous dans la popoche à Papa?"

A Disneyland Paris, l'ambiance est tout autre : "Tu as vu Charles, il manque 500 000 euros dans la trésorerie du Comité d'Entreprise...", "Vraiment, en es tu sûre ma chérie, ça fait la combien de fois? Ces syndicalistes, ils sont vraiment pas sérieux!", "Mais qu'est-ce que l'on va dire à la presse?", "Ne t'en fais pas ma chérie, Rodolphe saura bien calmer ces fauves en furie."

Et là, on se retrouve avec à l'arrivée, le communiqué officiel "la Direction ne souhaite pas commenter".

Hé oui, Disneyland Paris est bien le pays du rêve pour une seule et simple bonne raison, on ne vit pas dans le même monde, nous n'avons donc pas les mêmes valeurs.

En revanche si nous interrogeons un salarié de base, la réponse ne se fait pas attendre : "C'est dégueulasse, pendant que je me crève le c.. à bosser comme un c.. pour un salaire de m...., il y en a qui s'en mettent plein les fouilles avec mon pognon, et la Direction, elle laisse faire!"

Ah, évidemment, ce n'est pas exactement le même langage, il s'agit d'un salarié de la Brie profonde, veuillez donc excuser ces écarts de langage que nous avons été obligés de censurer.

Tout ça pour vous dire qu'il serait sans doute bon que les choses changent à Disneyland Paris, car la situation ne fait plus rire grand monde.

Lyric ORAZAL pour Rue Belle 77

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