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17 octobre 2022 1 17 /10 /octobre /2022 15:51

Lundi 17 octobre 2022

Converger pour défendre les salaires !?

 

Ce n’est pas le mécontentement qui s’accroit. C’est juste le coût de la vie qui devient insupportable, on ne s’en sort plus : le panier du supermarché qui a pris 20%, l’énergie qui s’affole (et ce n’est pas fini), tous les prix explosent, les loyers vont suivre…

En même temps, les salaires et les pensions stagnent, la précarité et les temps partiels continuent comme avant et il devient juste impossible de boucler les fins de mois. La révolte gronde, à défaut d’être générale. On a raison de se révolter.

 

Car du côté des bourgeois, des exploiteurs, des larbins des médias, des fonctionnaires du capital dans les ministères, tout va bien merci. C’est d’ailleurs la hausse de 52% du salaire du PDG de Total qui a mis le feu aux poudres, de même que l’explosion des profits dans tous les grands monopoles de l’industrie, des banques, des services. Et ils osent affirmer droit dans les yeux qu’un raffineur gagne 5000€ par mois… Quelle honte !

Les grèves se multiplient donc, partout et celle des raffineurs n’est que la plus emblématique, la plus visible, la plus immédiatement efficace. On a raison de se révolter ! Hier, les politiques manifestaient à Paris, contre la vie chère et l’inaction climatique. Demain, les syndicats appellent à la grève générale pour les salaires. C’est un point de départ.

 

Mais pourquoi ce malaise, ce sentiment d’une nouvelle journée d’action, certes importante et légitime, mais sans perspective ? C’est quoi l’objectif ? C’est quoi le mot d’ordre ?

Des augmentations de salaires ? Evidemment, mais combien, pour qui, sur quel projet ?
Personne n’en sait rien, on part à l’aveugle.

 

D’un côté les vrais collabos, à la sauce CFDT ou CGC, inquiets de cette révolte qui gronde, les chiens de garde du capital et du MEDEF, les larbins de Macron. Ceux qui sont fébriles du porte-plume, qui appellent à la reprise quand ils ne représentent que les chefs.

Mais il y a aussi tous les réformistes, plus ou moins radicaux, qui nous expliquent qu’il faut « partager » les profits, qu’on a bien le droit à une miette du gâteau un peu moins ridicule – et en plus vous avez vu les profits ??? Ce n’est pas « juste » entend-on. Mais pour quelle justice, pour quel partage se bat-on ? Sans vouloir revenir aux fondements de la CGT et à l’abolition du salariat, tout marxiste sait bien que le combat salarial n’est pas affaire de meilleure répartition, mais d’exploitation, de rapport social capitaliste, d’extorsion de plus-value. Et que notre combat, ce n’est pas réclamer des miettes, c’est revendiquer le droit de vivre selon NOS besoins, sans nous préoccuper des profits et de la bonne marche du capitalisme. Que va-t-on dire sinon dans les entreprises en difficulté dans la guerre économique mondialisée de nos ennemis, on va accepter la baisse des salaires, le retour aux 40h, le travail de nuit, les fermetures ? Ca c’est vu, et c’est inacceptable. Et c’est ce qu’on nous annonce déjà avec le futur à venir de la crise énergétique et de l’explosion des prix.

 

Et puis quel grand silence sur quelle revendication salariale… Des hausses de salaire, pour qui ? Les sous-traitants ? Les précaires, intérimaires et autres ubérisés ? Les sans-papiers ? Les éparpillé.e.s des PME ? Les femmes de ménage à temps partiel ? Ou d’un autre côté, pour les cadres et les techniciens supérieurs ? Tout est noyé dans « Ensemble pour des augmentations de salaire », plus flou tu meurs…

 

Certes, les travailleurs en fixe ou statutaires dans des entreprises stratégiques (énergie, transports) ont plus de facilité pour rentrer dans la lutte, ils en profitent, on ne va pas les critiquer. Quelque part, ils indiquent la voie à suivre.

Ce qu’on va critiquer c’est l’absence totale de plan de bataille général pour toutes et tous. C’est cette supposée convergence gazeuse qui reste totalement floue et silencieuse sur ses objectifs et perspectives. Le rassemblement des mécontents, déjà celles et ceux qui peuvent, une journée d’action quoi. Comme d’hab. Après la journée du 29 septembre, et avant les élections professionnelles dans la fonction publique…

Mais que fait la CGT ? Où sont les quelques revendications simples et précises qui vont donner de l’espoir, comme « 200€ pour tous » (l’équivalent de 10% pour un salaire de 2000€, rappelons que le salaire médian est de 1789€, 50% des salariés touchent MOINS !!!). Comme le « plafonnement des salaires à 6000€ », comme « l’arrêt des retraites chapeau » etc. Même « le SMIC à 2000€ », pourtant revendication de la CGT est bien absent pour ce 18 octobre, alors que c’est un mot d’ordre juste et qu’il devrait être bien visible au cœur des revendications. Des revendications de justice et de limitation des inégalités. A la fois pour nous permettre de souffler face à l’explosion des prix, et pour montrer le chemin à suivre de la société que nous voulons.

Nous renvoyons à un article précédent de ce blog « Augmentations : en somme fixe ou en pourcentage ? » pour mieux comprendre ces discussions.

Là, on en reste à « Augmentez nos salaires »... Au moins ça ne mange pas de pain et ça ne fâche personne !

 

Demain, tous les secteurs combatifs seront dans la rue, et c’est une bonne chose. Mais il ne faut surtout pas se gargariser du résultat à venir. C’est la suite qui va compter, et là, on est un peu à poil… 

Au mieux, le mouvement actuel va s’élargir et chaque secteur se retrouvera seul face à son patron, son rapport de force local, pour négocier comme il peut. Au pire, ce sera un coup d’épée dans l’eau.

Alors, il y a bien sûr les forcenés de la grève générale, incapables de prendre en compte la situation réelle de notre classe, de savoir quoi proposer, comment mobiliser les secteurs précaires abandonnés, comment faire l’unité contre notre ennemi commun, le capital exploiteur.

 

Nous ne sommes pas défaitistes, mais réalistes. Dans chaque structure, syndicat, UL, fédération, UD, les syndicalistes de classe doivent proposer de mettre au premier plan ces revendications précises et unifiantes. Ils doivent démasquer tous celles et ceux qui s’y opposent sous des prétextes embarrassés de compromis avec le capital et l’exploitation.

Ne leur laissons pas le terrain, affirmons l’unité de notre classe dans ces journées de lutte. Même si nous sommes encore faibles, c’est ainsi que nous préparons l’avenir !
 

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