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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 10:31
Dimanche 3 février 2008
Pourquoi nous démissionnons du Collectif Confédéral CGT Immigration

Lettre de démission trouvée sur le site Indymedia Paris. Bien que  la liste des signatures ait été supprimée pour des raisons d'anonymat (???),  le contenu nous paraît suffisamment crédible et cohérent avec ce qui se passe dans la confédération à ce propos.  Depuis des années, la CGT avait abandonné le terrain de l'unité de classe avec les plus précaires des travailleurs. Des militant(e)s, des structures (CGT de l'Essonne, des Bouches du Rhône, des unions locales) avaient décidé d'aller à contre courant, et se sont trouvées en pointe, en particulier autour des travailleurs sans-papiers (Modeluxe, Buffalo Grill, OSP etc.), et les rafles, la répression, l'activité de RESF forçaient la confédération à reprendre les affaires en main, provoquant  maints débats, par exemple dans le Rhône...
Mais il ne sufit pas de parler des sans-papiers. Il faut savoir quelle orientation on défend. "Une seule classe ouvrière", "régularisation sans condition de tous les sans -papiers", "libre circulation" voilà l'orientation de classe. Ou aménagement, compromission avec le gouvernement, tentative de gérer le cas par cas. Le refus d'appeler à la manifestation du 19 janvier contre les centres de rétention a été manifestement la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, provoquant le courrier ci-dessous.
Nous y reviendrons dès que nous aurons plus d'informations, et invitons les militant(e)s concerné(e)s à commenter cet article en fournissant le maximum d'informations à ce propos !undefined

CGT, le 21 janvier 2008

POURQUOI NOUS DEMISSIONNONS DU COLLECTIF CONFEDERAL IMMIGRATION

Des inflexions surprenantes et injustifiées sont actuellement apportées dans notre CGT tant dans sa démarche revendicative que dans ses positionnements publics sur les questions de l'immigration et des sans-papiers.

Les interviews que l'on a pu lire dans "Libération" en p.4 du 29 octobre 2007 comme dans « Ensemble ! » p.16 du n°3 de décembre 2007, laissent songeurs.

 Libération : « Les étrangers présents en France doivent être régularisés. C'est ce que prévoit l'article 40 de la nouvelle loi Hortefeux sur l'immigration » (dixit la secrétaire confédérale chargée des droits des salariés).  Dans les colonnes du mensuel confédéral, c'est rien moins qu'un satisfecit qu'elle donne -avant de se reprendre- à la politique liberticide de l'UMP : « j'ai salué l'adoption de l'article 40 de la loi Hortefeux. Nous allons enfin pouvoir agir au sein des entreprises en montant des dossiers de régularisation... »

Nous sommes scandalisés de lire sous la plume d'une responsable "politique" de la confédération qu'elle ait pu applaudir le vote de l'amendement Lefèvre (UMP) qui n'était rien moins qu'un bétonnage de la loi Hortefeux. Il sera effectivement plus facile pour le patronat de puiser dans le vivier des travailleurs sans-papiers présents dans le pays, plutôt que d'en faire venir d'Afrique ou d'Asie !

La première des listes de métiers instaure le principe de discrimination dans le pays. On va extraire nos sans-papiers de leurs emplois actuels et les déraciner de leur environnement, pour les obliger à aller dans le bassin de l'emploi où le patronat a besoin d'eux. Lefèvre n'innove pas, il a simplement concrétisé ce qui était depuis longtemps annoncé : choisir les bons immigrés, pour le meilleur profit du patronat.

La seconde liste, ouvrant de nouveaux emplois aux travailleurs de l'Est européen aura pour principale conséquence de "blanchir" l'exploitation du travail jusqu'alors clandestin. Les jugements récents de la cour européenne laissent pressentir une aggravation de la directive Bolkestein qui avait suscité un tollé quasi général en février 2006. On se réoriente vers des emplois rémunérés au tarif du pays d'origine.

Par ailleurs, l'amendement Lefèvre ne clôt pas les listes effrayantes de renvois à la frontière, ni non plus les politiques de rafles exigées par l'ancien ministre de l'intérieur, aujourd'hui aux manettes présidentielles. Parler de régularisation "est une contre-vérité" indique le GISTI qui dénonce le fait que déjà, la circulaire de régularisation de 2006 avait permis le fichage des familles, comme cet article 40 permettra le fichage des étrangers célibataires.

Ne pas se dresser clairement et fermement contre cet article indique un ralliement au principe d'immigration choisie (c'est-à-dire choisir des étrangers en fonction des métiers et ne pas prendre en compte les familles, femmes et enfants). C'est rayer le sens des luttes menées entre autres par des dizaines de milliers d'enseignants, de parents d'élèves et de militants cégétistes, écourés par la traque des sans-papiers, par leurs familles brisées.

Tous, nous défendons le respect du droit au regroupement et à la vie familiale ; nous voulons la régularisation de tous les sans-papiers.

C'est ce que la CGT a affirmé en votant sa 13ème résolution de notre 48ème congrès. Mais ceci semblerait ne plus être la position de la CGT d'aujourd'hui ! L'article 40 de la loi Hortefeux, pour la seule régularisation des travailleurs, contribue à l'instauration d'un célibat de fait pour les travailleurs qui échapperont à l'expulsion. Ignorer le regroupement familial, comme il est fait dans les textes de Libération ou d'"Ensemble !" renvoie aux nouvelles impulsions que le Bureau accepte de donner aux luttes, et qui condamnent l'immigré au mieux à la chasteté au pire à la fréquentation des maisons closes.

Verrons-nous le retour aux pratiques d'abattage ? L'immigré doit avoir le droit à son épanouissement par la vie familiale. Mais aussi à une vie sentimentale sans censeurs moraux.

La résolution du 48ème congrès s'exprimait clairement en faveur de la régularisation de tous les sans-papiers, pas des seuls travailleurs ! De même, nous restons surpris par la remise en cause, par omission, dans les repères revendicatifs de la CGT, du droit de vote des étrangers, dans la cité comme de leur droit d'être élus aux prud'hommes.

Autre déconstruction qui voit l'activité immigration dépossédée de toute la thématique relavant du racisme, celui-ci n'étant pris en compte que dans le cadre de la discrimination au travail. Or, s'il est vrai que nous devons combattre toutes les formes de discrimination au travail dont le racisme, nous ne pouvons ignorer toute l'idéologie contenue dans le racisme qui permet l'expression xénophobe et stigmatise l'étranger, l'émigré comme étant le bouc émissaire, le fauteur de trouble. Heurtefeux ne s'y est pas trompé qui intègre dans sa loi relative à l'immigration les statistiques ethniques. On ne peut soudain nier le caractère politique de l'idéologie raciste !

Nous voulons aussi revenir sur la déstructuration du contenu des stages confédéraux et sur la démarche d'une dirigeante confédérale et de l'animatrice de l'espace Société qui éliminent les camarades qui les animaient jusqu'à présent pour s'en arroger la direction : du jamais vu de la part de dirigeants confédéraux. Qu'on en sache, ces stages n'ont reçu que des avis extrêmement favorables de la part de tous ceux qui les ont suivis, pour leur contenu comme pour leur animation. Or, les stages prévus sur les « flux migratoires » ou sur le « Droit des étrangers » viennent d'être tout simplement annulés et les camarades qui avaient obtenu des détachements en tant que formateurs n'en ont même pas été avertis. Quel mépris pour les camarades qui font le travail !

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant, bien que fort décevant, que l'on n'ait pas jugé opportun d'apposer la signature de la CGT sur l'appel à manifester le 19 janvier contre l'enfermement des étrangers dans les centres de rétention. Cet appel a été massivement signé par tout le mouvement solidaire des Sans-Papiers, y compris par la CFDT. Il ne l'a été par la CGT, malgré les nombreuses demandes qui lui ont été faites par les UD, les fédés et par nous-mêmes.

Nous ne pouvons enfin éviter de revenir sur la réussite du 21 mars 2007. Cette journée de "mobilisation internationale contre le racisme", n'a eu lieu que grâce à l'acharnement des quelques camarades du groupe de travail « immigration ». De nombreuses difficultés ont compliqué la préparation de cette journée :

 bureau confédéral prévenu trop tardivement et par conséquent difficulté d'en informer l'ensemble des structures dans les délais, refus de voir participer des militants cégétistes notoirement engagés dans le combat antiraciste (par exemple refus par la responsable de l'activité d'inviter Daniel Sanchez, que nous avons cependant contacté et qui a accepté de revenir de vacances pour participer à cette journée)... tracasseries diverses...

Malgré toutes ces "obstructions", cette journée fut une réussite dont certaine responsable a su se prévaloir. A l'issue de cette rencontre, des engagement confédéraux ont été pris, qui n'ont connu aucune mise en oeuvre. Les actes de cette journée sommeillent dans un tiroir.

Pour tous ces éléments portés à votre connaissance, nous refusons de cautionner les nouvelles orientations décidées unilatéralement par la direction confédérale ou tout le moins par une partie de la direction confédérale.

Quel mandat autorise des camarades à remettre en cause une résolution de Congrès et en particulier le droit à mener une vie de famille, reconnu par toutes les institutions internationales ?

C'est pourquoi nous démissionnons, ce jour, du collectif d'animation confédéral Immigration. Nous restons évidemment actifs dans notre combat de cégétistes engagés auprès des Sans-papiers et susceptibles de nous réinvestir en la structure lorsque la CGT retournera à ses fondamentaux.

ps : les noms des personnes ont été supprimé par soucis d'anonymat...

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Publié par Où va la CGT ? - dans Sans-papiers
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