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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 07:47
Dimanche 26 avril 2009
Pendant la crise, la lutte des sans-papiers continue !

Il y a 8 jours nous publiions un article faisant le point de la lutte des sans-papiers, qui reste toujours d'actualité. Nous livrons aujourd'hui trois documents qui viennent compléter cet état des lieux, à la fois pour apprécier où en est la confédération à l'égard des sans-papiers et comment se poursuit la lutte par ailleurs.
  • Critères de tri sélectif dans des "métiers sous tension" ça donne quoi en période de crise ? ICI
  • Commémoration du 15 avril, et les sans-papiers de la Bourse du Travail ? ICI
  • Le racket des cotisations sociales des travailleurs sans-papiers, une campagne de Droits Devants ! ICI
Trois correspondances, pour une seule lutte de classe !


Un camarade a participé à un petit raout officiel à Montreuil... Il raconte.

"Ce jeudi 23 avril s'est tenu au siège de Montreuil un pot de solidarité avec les travailleurs sans-papiers pour le premier anniversaire de la lutte de ceux-ci pour leur régularisation.

Nous avons eu droit à quelques discours bien sentis, dont un de Bernard Thibaud, sur les succès de ce mouvement qui a vu environ 2400 travailleurs et travailleuses sans-papiers se mettre en grève, pour certains pendant plus de 8 mois. Ces luttes ont effectivement permis d'obtenir un nombre non négligeable de régularisations, y compris, dans la foulée, celle d'environ 500 travailleurs isolés dans des petites boîtes qui ont, grâce au rapport de force que cela a momentanément créé, obtenu leur titre de séjour.

Mais pas un mot sur ce qui fâche :
  • Rien sur le fait qu'environ 2000 régularisations, c'est très bien pour ceux qui en ont bénéficié, mais en même temps très peu en regard des 3 ou 400 000 sans papiers qui continuent à vivre dans l'angoisse sous la pression constante des flics et des patrons.
  • Rien sur le fait que la situation est aujourd'hui complètement bloquée ; que l'État a tiré les leçons et réagi en durcissant de façon drastique les conditions de régularisation, et qu'aujourd'hui les refus pleuvent alors que le rapport de forces est retombé.
  • Rien sur le fait qu'entre temps la société est entrée en crise aiguë ; que la bourgeoisie en profite pour "dégraisser" à tour de bras et que les métiers qui étaient considérés il y a quelques mois encore comme étant "en tension" ne le sont plus aujourd'hui. Et de fait, les préfectures ne fonctionnent plus sur une liste de 150 métiers reconnus comme tels, mais au coup par coup, au mois le mois, en fonction des chiffres statistiques qui lui sont fournis par le Pôle emploi.
  • Rien sur le fait que la stratégie de la Confédération de négocier les régularisations sur cette base des besoins de l'économie nationale en main-d'œuvre était un piège, qui s'est retourné d'abord contre les travailleurs sans emploi, et qui se retourne aujourd'hui y compris contre ceux qui en ont un mais qui travaillent dans des secteurs menacés ; ce qui est dans la conjoncture le cas dans pratiquement toutes les branches où se situent ces emplois.
  • Rien sur le fait que ce n'est pas "la CGT" qui a mené ce mouvement, mais certaines structures : l'union départementale de Paris et certaines unions locales de banlieue ; disons même, dans la plupart des cas, quelques militants à l'intérieur de ces structures, qui ont mouillé la chemise de façon souvent bien isolée. Un seul exemple, la grève de 30 ouvriers sans-papiers de la déchèterie Fayat, à Montlignon, qui a démarré au fin fond du Val d'Oise sans la présence d'un seul militant de ce département, soutenue uniquement par des camarades de Paris, des Yvelines et du 93.
Combien de travailleurs sans-papiers nous disent être reçus comme des pestiférés dans certaines UL ou UD ?
La plupart des bureaucrates qui se sont incrustés dans notre syndicat n'ont pas compris — mais peuvent-ils le comprendre — qu'il ne s'agissait pas d'un pensum de dossiers à remplir et à faire la queue pour les déposer dans les préfectures, mais d'un combat de classe des travailleurs les plus exploités : pour leurs droits, pour leur dignité, pour leurs conditions de travail et de vie, et pour que leur précarité, que leur vulnérabilité, cessent de peser sur la situation de l'ensemble de la classe ouvrière.
Il faut en finir avec les attitudes condescendantes, à la limite du racisme parfois, vis-à-vis des ouvriers sans-papiers dans notre syndicat.
Que toute la CGT se mette sur cet enjeu fondamental pour notre classe.


Vive la lutte des ouvriers sans-papiers.
Régularisation de tous les sans-papiers.
Mettons leur régularisation en tête de nos revendications.
Vive l'unité de la classe ouvrière.


Toujours pour une prétendue commémoration, ça n'a pas été triste le rassemblement à Saint-Michel. Des camarades nous ont confirmé l'exactitude des faits rapportés dans ce communiqué...

Communiqué de presse - CSP75

Mercredi 15 avril 2009 a eu lieu, à l’appel de la CGT, un rassemblement à la place Saint-Michel, à Paris, pour l’anniversaire du lancement des grèves des travailleurs sans-papiers, le 15 avril 2008.

À peu près 600 personnes étaient présentes, dont environ 200 de la coordination des sans-papiers 75, celle-ci ayant été invitée par le secrétaire de l’UD-CGT de Paris.

Francine Blanche, secrétaire confédérale CGT, a ouvert les interventions. Elle a fait l’apologie des luttes des travailleurs sans-papiers. Mais quand Sissoko, le coordinateur de la CSP 75, a demandé la parole, elle la lui a personnellement refusée.

Par la suite, la CSP 75 a plus d’une fois demandé la parole, mais elle a à chaque fois essuyé des refus. Pendant ce temps, plusieurs de ses soutiens ont été apostrophés par des cégétistes avec des mots tels que : « Pauv’ cons ! », « Saloperies ! », « Vous continuez à soutenir ces gens-là ! » [les travailleurs sans-papiers isolés qui occupent la Bourse du travail] « Ces gens-là qui ne comprennent rien ! »

Raymond Chauveau a pris aussi la parole. Son discours a vite tourné en une attaque en règle, très virulente, contre l’occupation de la Bourse du travail. « Il faut que ça finisse ! », et il est allé jusqu’à alerter les autres travailleurs sans-papiers présents (pour la plupart des intérimaires) contre la CSP 75, criant que celle-ci serait un danger pour les autres sans-papiers et pour tous les travailleurs.

S’ils étaient de bonne foi, il suffirait à ces deux syndicalistes de prendre connaissance du nombre de licenciements (largement supérieur à celui des régularisations) que la « régularisation par le travail » a jusque-là occasionnés, pour se rendre compte de toute leur erreur. S’ils étaient de bonne foi, réfléchir à ce nombre leur éviterait de se lancer dans des cris de victoire ou dans des invectives, aussi déplacés les uns que les autres.

La CSP 75 interroge donc directement, sur ces faits, Bernard Thibault, secrétaire général, et l’ensemble des inscrits de la CGT.

Est-il normal que deux responsables CGT s’approprient de la parole pendant une manifestation publique consacrée aux travailleurs sans-papiers ? Est-il normal qu’ils cherchent à semer la division parmi ceux-ci ? Est-il normal qu’ils nous refusent la parole, à nous les sans-papiers intéressés et qui avons aussi nos cartes CGT ? Est-il normal qu’ils nous privent de ce droit démocratique élémentaire, alors même que nous étions invités (évidemment dans le seul but de faire nombre), et qu’enfin nous soyons verbalement agressés, menacés, et nos soutiens insultés ?

Paris, 18 avril 2009



Enfin et de manière plus positive, Droits Devants ! (qui a pris ses distances avec la CGT suite à l'abandon de la troisième vague de grève et à la négociation des critères, malheureusement sans vraiment le dire tout haut) a lancé de son côté une campagne contre le racket des cotisations sociales sur les travailleurs sans-papiers.
Nous en publions ci-dessous l'appel de départ.
Depuis la mobilisation se développe, par exemple lors de rassemblements devant les consulats et ambassades, le dernier en date visé étant celui du Maroc le Mercredi 29 avril.


Racket sur les cotisations sociales des travailleurs sans-papiers :
2 milliards d’euros par an ?


KEITA Diawoye, Malien : Arrivé en France en juin 93, expulsé en novembre 2008. A perdu 72.000 euros de cotisations après 15 années de travail dans le nettoyage et le Bâtiment.
BROURI Abdelhakim, Marocain : En France depuis mai 2001. A travaillé dans la sécurité de cette date à décembre 2006 où il a subi un licenciement économique,. A déjà perdu 29.000 euros de cotisations et n’a touché aucune indemnité ASSEDIC lors de son licenciement. Travaille depuis « au noir ».
MEZIANI Arezki, algérien : Arrivé en France en octobre 2002. Depuis cette date, cumule trois emplois : grande distribution, intérim pour un institut de sondage (chef d’équipe) et dans une association de prévention routière (animateur). A déjà perdu 24.000 euros de cotisations.
KADJI Fadimatou, Camerounaise : Arrivée en France en décembre 2003. Depuis cette date, a travaillé dans l’aide à la personne jusqu’à sa régularisation en novembre 2008. A perdu 23.500 euros de cotisations.

Depuis 1974 (fermeture des frontières en France), de même que ces 4 exemples, des centaines de milliers de travailleur(e)s sans-papiers se sont retrouvés piégés dans l’hexagone, ne pouvant quitter le territoire sous peine de n’y pouvoir revenir. Ce processus a livré cette main d’œuvre à un véritable esclavagisme moderne dont ont largement profité le patronat et l’état français, alors même que ces travailleur(e)s déclarent, payent des impôts et cotisent pour des prestations qui ne leurs sont jamais versées.

Ainsi, l’État français, par l’intermédiaire de services administratifs (URSSAF, ASSEDIC, Caisses de retraite...) encaisse en fermant les yeux et les rouvre quand il s’agit de décaisser. Lorsque le gouvernement français expulse un travailleur sans-papiers, il inflige à celui-ci la double peine de l’expulsion et d’un licenciement sans préavis ni indemnité.

1. DANS QUELLES CONDITIONS VIVENT LES TRAVAILLEUR(E)S SANS-PAPIERS  ?
- EN DEHORS DU TRAVAIL : La clandestinité, synonyme de peur et de harcèlement policier.
- AU TRAVAIL : Précarité, pénibilité, flexibilité, surexploitation dans les emplois non délocalisables (BTP, nettoyage, restaurant-hôtellerie, gardiennage, aide à la personne...).

2. SOUS QUEL STATUT TRAVAILLENT-ILS ?
-  TRAVAIL « AU NOIR » d’une minorité : pas de cotisations sociales à payer pour les patrons, travailleurs taillables et corvéables à merci, payant malgré tout la TVA.
-  TRAVAIL DÉCLARE pour la majorité en CDI, CDD ou intérim renouvelé. Ceux-là payent cotisations sociales et impôts sans en récupérer le moindre dividende.
-  En cas d’accident du travail, non-déclaration patronale et pas d’indemnisation
-  CHÔMAGE : Refus de l’ANPE/Assedic de leur verser les indemnités auxquelles ont pourtant droit tous les travailleurs
-  RETRAITES : Non payées en cas d’expulsion du territoire.

3. QUE DEVIENNENT LEURS VERSEMENTS EN TANT QUE TRAVAILLEURS ?
SÉCURITÉ SOCIALE :
-  Couverture de l’Aide Médicale d’État (AME), mais discrimination de la part d’une grande partie du corps médical, et risque d’expulsion du territoire même en cas de maladie grave.
-  Pour ceux qui obtiennent la régularisation, les années de cotisation antérieures à la régularisation ne sont jamais prises en compte.
IMPÔTS :
Bien qu’ils payent l’impôt sur le revenu (IRPP) et la TVA, ces travailleurs ne bénéficient pas en retour de nombreux droits : protection de l’État en cas de vol ou agression, accès au logement social ou, parce que sans-papiers, ne peuvent ou n’osent saisir l’inspection du travail...

Ces spoliations sont d’autant plus scandaleuses lorsqu’elles touchent des travailleurs expulsés après avoir cotisé pendant des années en France et qui se retrouvent sans aucune ressource dans leur pays d’origine.
Quand ils quittent leur pays pour venir travailler en France, les sans-papiers, par leurs envois réguliers d’argent, soutiennent financièrement leurs proches et/ou deviennent des acteurs du développement (constructions de puits, écoles, dispensaires...).
Aussi, ce racket de l’État français pèse t-il sur l’économie des pays d’origine en réduisant d’autant les possibilités financières des immigrés et de leurs familles. Quand on sait que les envois dans les pays d’origine des travailleurs immigrés, avec ou sans papiers, représentent au niveau mondial environ 3 fois les sommes versées par les pays développés au titre de l’aide publique au développement (APD), on comprend mieux l’importance de ce racket.
Une fois de plus, c’est le Nord qui s’enrichit aux dépens du Sud.

POUR METTRE UN TERME à CE RACKET :

ARRÊT DES EXPULSION
RÉGULARISATION DES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES SANS-PAPIERS !
RÉCUPÉRATION DES DROITS POUR TOUS !

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