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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 16:01

Jeudi 18 septembre 2008

Hardi, camarades de Goodyear et Dunlop, que la force soit avec vous !


Plusieurs camarades du blog "Où va la CGT ?" sont venus mardi dernier à Amiens, pour participer à la manifestation de soutien aux Goodyear. Plutôt que de faire un compte-rendu traditionnel, voilà une adresse aux camarades en lutte qui rapporte l'ambiance de la manifestation et les questions qui ont été abordées !



Cher(e)s camarades de la CGT, de SUD et tou(te)s les autres, nous militants du blog « Où va la CGT ? » venus à votre manifestation, nous nous adressons à vous.

Même si nous étions trop peu devant le portail (400 personnes), ça valait le déplacement. Quasiment tous les Goodyear Dunlop étaient dans l’action puisqu’à 95 % en grève. Cette journée du 16 septembre ainsi que votre victoire d’aujourd’hui devant les tribunaux confirme une fois de plus la crédibilité de votre long combat contre les 4x8 et contre le chantage aux licenciements. De nombreuses délégations sont venues vous apporter leur soutien : Procter, CHU, pôle chimie du littoral de Dunkerque, Aluminium Dunkerque, Sampérite, Michelin, Kleber, Dunlop Montluçon et Riom, Ford, Continental, Rhodia Lyon, Saint-Gobain…
Nous sommes repartis réchauffés par votre accueil et dopés par  votre détermination. Face aux menaces qui planent sur la fermeture de la boîte, le bail sur le terrain qui se termine en 2010, la vétusté de l’usine telle qu’il faut absolument interdire l’entrée à la presse (un accident du travail par jour, ça ne tombe pas du ciel !), les investissements massifs à l’Est ou en Chine, vous êtres farouchement déterminés, l’arme au poing pour la guerre de classe, prêts au combat. Cela transpirait dans toutes les conversations, toutes les déclarations, et ça risque d’être chaud le jour où les premières lettres vont arriver…
Si nous sommes venus de si loin, c’est parce que nous avons senti que la vraie rentrée sociale était là, et votre lutte est la nôtre, celle du travail contre le capital, celle pour une autre société.

Votre lutte est exemplaire et nous montre la voie. Vous avez tenu tête à tous ceux qui vous ont dénigré et accusé d’être responsables des licenciements en refusant les 4x8. A Dunlop, votre lutte a été jusqu’à balayer l’équipe syndicale cgt collabo qui venait de signer un accord 4x8 dans votre dos !  Ils sont maintenant démasqués,  tout le monde a vu leur vrai visage avec leur tract contre la grève,  tout le monde a vu où ça menait la collaboration de classe.

Cette expérience à Dunlop doit ouvrir encore plus nos yeux et nous rendre méfiants contre les faux amis. Des syndicalistes collabos, des bureaucrates complètement déconnectés des ouvriers qui souffrent au travail et se battent, il y en a jusqu’à la tête de nos syndicats.  Pas étonnant qu’on se soit retrouvés si peu nombreux hier. Pas un seul appel clair à se mobiliser n’a circulé dans les boites. Juste
un tract de la fédé de  la Chimie au mois de juillet qui parle du 16 septembre. Et puis, plus rien. Et la confédé elle a bougé ? Que dalle ! Plusieurs d’entre nous sont intervenus au micro hier pour appeler la direction de notre syndicat à faire converger nos luttes. Oui, il y en a marre des luttes dispersées, boites par boites, chacun dans notre coin. Marre des journées d’action sans lendemain, secteur par secteur. Oui nous voulons la convergence de toutes nos luttes pour stopper le patronat et le gouvernement dans leur frénésie anti-ouvrière ! Mais posons-nous la question : pourquoi ne convergent–telles pas ? N’y aurait-il pas d’autres pseudo syndicalistes ouvriers à limoger et à remplacer pour incompétence ? D’autres syndicalistes collabos plus occupés à négocier et signer des accords avec les patrons ou le gouvernement qu’à organiser la résistance. Des syndicalistes comme Thibault et Chérèque qui, tandis que Dimoff signait les 4x8 avec les patrons à Dunlop, signaient avec le gouvernement un accord de représentativité syndicale autorisant des expérimentations d’allongement du temps de travail. Tout ça dans le dos des travailleurs pour obtenir des garanties sur leur représentativité, en réalité leur gâches de bureaucrates. Nous pouvons toujours les interpeler, mais tout ce que nous voulons, nous devrons l’imposer !

L’union fait la force. Une véritable union solide et forte se forge à travers les luttes mais aussi les débats. Une union sans débattre en toute franchise de nos désaccords et sans aller au fond des choses, serait une union de façade qui se briserait au premier obstacle sérieux.  C’est pourquoi, il y a un point sur lequel nous souhaitons échanger et débattre avec vous. Vous avez bien mené votre barque jusque là et les patrons ont reculé. Mais vous n’êtes pas arrivés à bon port. Et nous nous inquiétons de l’écueil sur lequel vous êtes en train de vous diriger. Vous écrivez que vous avez des contre-propositions à faire au patron pour qu’il fasse des gains de productivité mais autrement qu’en vous faisant passer en 4x8.  Nous vous le disons en toute amitié et en toute fraternité, ne mettez pas le doigt là dedans ! Ne vous laissez pas entraîner sur ce terrain de la productivité, c’est le terrain des patrons.  Gagner en productivité, ça veut dire augmenter les profits…en baissant les coûts ! Ca c’est le besoin des patrons. Pas le nôtre ! Partez de vos besoins à vous : un rythme de travail moins fatigant, l’amélioration de la sécurité de vos machines, le maintien des postes de travail, l’embauche des intérimaires, la fin du travail aux pièces…Il ne faut pas se leurrer : toutes nos revendications ont un coût et sont incompatibles avec la hausse de leurs profits. A chaque fois que nous gagnons sur nos revendications nous les faisons cracher au bassinet. Et c’est bien pour ça qu’ils ne cèdent pas si facilement et qu’il nous faut un rapport de force. Et à chaque fois qu’ils baissent les coûts, nous le subissons d’une façon ou d’une autre. La lutte entre patrons et ouvriers est une lutte classe contre classe. Et puis toute l’énergie et le temps que vous passerez à réfléchir et à expliquer comment faire des gains de productivité ce sera ça en moins d’énergie et de temps passés à les empêcher de broyer vos vies.  Surtout ne les aidez pas à chercher  un autre moyen d’augmenter la productivité ! A ce jeu là, nous perdons à chaque fois. Ils ne sont pas aussi incompétents que vous le dites. En essayant de vous imposer les 4x8 et en vous menaçant de licenciements, ils cherchent à baisser leurs coûts de production. Du point de vue de leurs intérêts de patrons, ce n’est pas de l’incompétence. Les dirigeants de Goodyear font ce pour quoi ils sont grassement payés.

Nous ne vous dirions pas tout cela et nous ne vous mettrions pas en garde de façon aussi directe si nous ne voulions pas tout comme vous la victoire et si nous n’en n’avions pas marre de voir nos luttes se fracasser toujours sur les mêmes écueils.
Chaque jour où vous tenez tête et où vos patrons se retrouvent contraints de reculer est un jour savoureux. Ce 17 septembre de succès devant les tribunaux est une victoire….qui en fait désirer d’autres plus importantes !

Hardi, très cher(e)s camarades de Goodyear Dunlop, que la force soit avec vous !

 

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Publié par Où va la CGT ? - dans Emploi
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