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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 09:02
Samedi 11 Octobre 2008
Où en est le Forum pour un syndicalisme de Classe et de Masse ?

Nos lecteurs savent que depuis deux ans, nous avons participé activement à l'organisation et la tenue de forums pour un syndicalisme de classe et de masse, à l'initiative de plusieurs collectifs et syndicats de classe :
Un certain nombre d'initiatives ont eu lieu en 2007 et 2008 : premier forum national en mai 2007, suivi de la publication d'un premier bulletin, une rencontre lors de la grève des Cheminots à l'automne 2007, un deuxième forum national en janvier 2008, accompagné d'un deuxième bulletin, d'un forum régional du Sud-ouest le 14 juin 2008, et depuis, plus rien.
Le travail accompli est important, l'unité réalisée est certaine même si chacun sait qu'elle est très relative, que les désaccords ont été délibérément laissés de côté pour construire en commun. Il faut noter que tout cela a été mené dans un esprit d'ouverture, sans sectarisme avec pourtant des militants d'horizons assez différents. Si l'on reprend le contenu des deux bulletins, réunissant un peu le travail réalisé ensemble, c'est franchement positif et c'est un premier jalon dans la construction d'un syndicalisme de classe.

Pourtant depuis le deuxième forum, les collectifs à l'origine du projet n'ont pas réussi à se voir, et on a même franchement l'impression que l'affaire est enterrée. Comme il n'est pas dans nos habitudes de masquer la réalité et la vérité, quelles qu'elles soient, nous mettons les pieds dans le plat et rendons public l'état des lieux.

Il semble bel et bien que pour la plupart des participants, ce Forum ne soit plus une priorité, voire même pour certains un obstacle à leurs propres objectifs.
  • Le CGT-E, on le sait, est dans une situation difficile, dont nous avons encore récemment parlé à propos du procès en Prud'hommes d'Evelyne Gaillet, soumis à une pression constante et épuisante de l'alliance entre la direction et les syndicats corrompus, pression doublée d'une multitude de procès en justice qui pèsent lourdement sur l'activité syndicale. Ces camarades pourtant pour une large part à l'origine du projet, n'ont manifestement pas réussi à se donner les moyens et les priorités de le poursuivre, sans doute d'autant plus qu'ils se retrouvent désormais à SUD avec une logique et des contraintes qui peuvent être différentes. Leur présence était toujours problématique entre les différentes échéances, ces derniers mois elle s'est considérablement diluée.
  • La FSE, syndicat étudiant, ne peut pas jouer un rôle moteur dans ce projet, et il n'y a aucun reproche à lui faire. Il faut qu'il y ait une présence effective du syndicalisme du monde du travail, pour que des étudiants puissent se positionner par rapport à leur avenir de classe, par rapport à la classe ouvrière et aux travailleurs exploités. Si les syndicalistes de classe sont absents, ils ne peuvent pas de fait soutenir une coquille vide.
  • Le Comité Unitaire pour Un Front Syndical de Classe a disparu, pour concentrer ensuite son activité autour de la Lettre ouverte aux directions syndicales, avec à la clé des rencontres régionales (dont celle de Douai du 27 septembre) et perspective de rencontre nationale, de préparation du 49ème congrès de la CGT. Nous avons dit ce que nous pensions de cet appel, très en retrait des positions du Forum. Manifestement les camarades ont choisi d'élargir la base d'unité, d'abandonner une forme de radicalité pour, comme on dit « ratisser plus large ». C'est un choix que nous ne partageons pas,  même si l'initiative de la lettre ouverte attire de nombreux militants qui ne supportent plus l'attentisme des directions syndicales. Le problème, escamoté, c'est la question de l'orientation, de la collaboration de classe, de caresser dans le sens du poil un certain nombre de camarades de l'appareil qui ont du mal à digérer une critique incisive de la Direction confédérale. Par ailleurs, le CUFSC n'a même pas eu la correction la plus élémentaire d'informer les autres participants du Forum de ses initiatives, alors que nous avons quand même presque deux ans de travail en commun... Il semble en tous les cas bien que ces camarades aient de fait abandonné le forum.
  • Le Collectif « Continuer la CGT » s'est désengagé sans explication claire (sinon d'obscures raisons internes) dès la fin du deuxième forum, et depuis n'a plus donné signe de vie, y compris pour informer de son activité, que nous connaissons par ailleurs dans le collectif lyonnais. Nous découvrons par hasard sa volonté d’organiser conjointement avec le Collectif Métallurgie du Nord Pas de Calais un meeting de lutte, dont le contenu semble être encore  plus en retrait que l’initiative de la Lettre ouverte, en particulier plus un soupçon de critique à la direction de la CGT, et appel seulement à l’unité des luttes, ainsi qu’à la remise en cause de l’accord sur la représentativité. Nous aurons bien sûr l’occasion d’en reparler. Bien entendu, et c’est sans surprise, nous avons été soigneusement laissés de côtés de cette nouvelle proposition, comme de celle de la Lettre Ouverte, car nous portons une autre orientation syndicale de classe : celle de caractériser ouvertement et directement les directions syndicales comme des ennemis qui se cachent et pas des amis qui se trompent, celle de mener le débat ouvertement et explicitement comme nous l’avons fait pour la journée de l’indécence. Cette opposition frontale et ouverte ne plait manifestement pas à tout le monde…
  • Enfin le Collectif Intersyndical de lutte de classe anti-bureaucratique a été présent jusqu'à la dernière rencontre (avortée) mais n'a pas depuis manifesté d'initiatives spéciales pour relancer le forum, aux plans régionaux comme national, ses militants étant (par ailleurs) très investis dans la polémique autour de la constitution du NPA
Quant à nous, nous avons tenté (avec nos moyens limités) de suivre le chemin initié par le Forum national. Nous avons été parmi les principaux organisateurs du forum régional du Sud-ouest, qui a été un beau succès, nous participons à des tentatives de regroupement lyonnais qui vit difficilement du fait de problèmes locaux, et bien entendu nous continuons à faire vivre le blog dont l'audience ne se dément pas, comme nous avons pu le constater autour de la journée de l’indécence, du soutien aux Goodyear, comme à Evelyne Gaillet à Caen.

Mais nous ne pouvons (et ne voulons pas) faire vivre une structure artificiellement. Nous enregistrons donc la situation qui existe de fait et ne proposerons pas d'initiatives de relance tant que d'autres camarades ou collectifs ne s'engageront pas sérieusement dans le processus.
Nous continuerons à travailler au plan local, dans les collectifs régionaux que nous impulserons chaque fois que cela est possible et nous alerterons nos lecteurs sur notre disponibilité à y participer. Nous proposerons  localement des réunions de lecteurs du blog pour se rencontrer et discuter. Un des acquis du forum reste bel et bien le développement des liens entre des  militants lutte de classe longtemps isolés.

En forme de bilan, l'échec (nous espérons provisoire) du Forum montre que nous n'en sommes qu'au début, comme en témoigne les différentes initiatives depuis deux ans. Dernière en date, la rencontre  appelée par le collectif des métallos du Nord,  le 29 novembre à Paris (premier rendez-vous donné par eux depuis le meeting à l'occasion du 48ème Congrès), à laquelle nous participerons même si nous trouvons que l'appel escamote encore une fois le vrai débat.

Cela renforce notre opinion sur la situation du syndicalisme de classe dans notre pays dans la période actuelle : le principal frein n'est pas l'éparpillement des luttes auquel le « Tous ensemble » serait une sorte de recette miracle. Le principal frein n'est pas le sectarisme puisque pendant deux ans des collectifs d'orientation différente ont réussi à travailler ensemble.
Le principal frein est la confusion politique, la tentation permanente de reproduire les positions du syndicalisme du passé, avec toutes ses erreurs qui l'ont mené à l'échec : défense des nationalisations, du service public, de l'état, nationalisme, sous-estimation de la question de classe et du rôle des ouvriers, défense (plus exactement silence dans la critique) des structures de cogestion du capitalisme que sont la Sécu, les organismes de retraite, de formation professionnelle, ces structures  qui sont le nid permanent de création de la bureaucratie de cogestion et de collaboration de classe.

C’est vers le renforcement de cette institutionnalisation que la direction confédérale se dirige, avec des représentants légitimés périodiquement par des élections professionnelles ou prud'homales, et un financement (autre sujet épineux qu’il faudra bien aborder) garanti par des fonds publics plutôt que basé sur des cotisations et donc la nécessité d’un travail de terrain et d’organisation des travailleurs.
C’est déjà clairement inscrit dans la réforme de la représentativité, dont nous n'avons pas encore tiré toutes les conséquences, qui se feront réellement sentir d'ici un ou deux ans, mais qui va concrètement renforcer le syndicalisme de cogestion en faisant dépendre l’activité syndicale des élus d’entreprises ce qui aura aussi des répercutions sur le travail interpro et d’UL.
Il faudra bien comprendre pourquoi la CGT l'a signé, et face au durcissement de l'exploitation mené par Sarkozy, la direction confédérale a clairement fait ses choix.

A ce propos, il est intéressant de relever le point de vue de la bourgeoisie sur la question, par la bouche d'Entreprise & personnel (structure de conseil au patronat réunissant les DRH de grosses entreprises françaises), c'est édifiant.
« La CGT a changé et s'oriente vers un syndicalisme de négociation, mais toutes ses composantes sont loin d'être acquises à cette "révolution". Il n'y a plus une CGT, mais des CGT. Pour décrire le positionnement actuel des organisations syndicales, cinq critères peuvent être retenus, dépassant l'opposition traditionnelle entre "réformisme" et "syndicalisme de classe" : le rapport à l'économie de marché, la vision du rôle de l'Etat et la place du contrat, l'approche de la négociation collective, les modes d'action privilégiés, l'intégration dans le mouvement syndical international. »

Ils n’ont pas perdu de temps à tirer les enseignements de l’accélération des changements intervenus ces dernières années dans le paysage syndical ! C’est bien un choix de syndicalisme qui est en jeu, qui ne peut se calquer sur une réalité du passé, aussi il y a urgence à s’emparer de la question jusqu’au bout.

Depuis l'origine, nous disons que la priorité est politique, c'est d'ailleurs pour cette raison que nous n'avons jamais voulu créer une structure syndicale qui n'aurait été que bidon et que ce blog est explicitement animé par les militants politiques de Voie Prolétarienne, même si c'est sans sectarisme et de manière très ouverte.

Si le Forum national pour un syndicalisme de classe et de masse est pour l’instant retombé en sommeil, les autres initiatives qui ont lieu méritent notre attention. Elles ne font que poser avec plus d’acuité les questions politiques essentielles de la période. Les objectifs du blog « Où va la CGT ? » (qui existait d’ailleurs avant le forum) sont plus que jamais d’actualité,  nous invitons nos lecteurs à poursuivre le débat soit en ligne soit en prenant contact.

Ceux et celles qui sont intéressés peuvent d’ores et déjà lire :
•    L’extrait sur le travail syndical issu du dernier congrès des militants qui animent ce blog
•    Le manifeste pour un syndicalisme de classe
•    Les textes de l’histoire sur le syndicalisme de classe, en particulier ceux d’Alexander Losovsky

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Publié par Où va la CGT ? - dans Syndicalisme de classe
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