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1 janvier 2023 7 01 /01 /janvier /2023 15:00

Dimanche 1er janvier 2023

Usure prématurée, carrières incomplètes, les vrais enjeux des retraites !

 

On va, une nouvelle fois, rentrer dans le « dur » avec une nouvelle réforme des retraites, une de plus après les précédentes, et bien sûr avant les suivantes. Macron a même éprouvé le besoin de nous assurer qu'elle serait en œuvre pour l'été - mode pas de charge !

Voir notre dossier sur les réformes successives des retraites depuis 2007 ICI

 

Car c’est un enjeu essentiel pour le capitalisme : il s’agit, encore et toujours, de rentabiliser au maximum la force de travail, ce qui veut dire augmenter sa durée, son intensité, et quand ce n’est pas possible, diminuer son coût – ici en diminuant les pensions, en particulier avec le système des décotes.

 

Nous en sommes aujourd’hui, pour le régime général, à la retraite complète à 62 ans, avec 42 ans de cotisations (et ça va encore augmenter jusqu’à 43 ans) ; plus des régimes spéciaux d’ailleurs en voie d’érosion par effet d’âge et de conditions d’embauche différentes au fil des générations, par exemple à la RATP.

Toutes les revendications syndicales se calent sur cette double logique, âge + annuités, la plus répandue étant 60 ans et 37,5 ans de cotisations – le retour en fait à la situation de 1982.

Quant aux projets du gouvernement, on ne les connaît pas clairement (on y verra un peu plus clair en janvier), ils chicanent entre 64 et 65 ans et n’ont toujours pas dit le moindre mot sur la pénibilité.

 

Mais il y a un problème, largement occulté sauf dans les secteurs les plus directement concernés. Une retraite complète dans ces conditions, qui la touche désormais en vrai ? Pourquoi nous parle-t-on régulièrement des « vieux dans la misère », du minimum vieillesse, et autres catastrophes ?

Tout simplement parce qu’une part très importante des prolétaires ne touche pas et n’a jamais pu toucher une retraite complète. Quand il n’est pas mort avant.

 

Alors faisons le point. Du point de vue des prolétaires, des travailleurs en général, les deux grands enjeux des retraites et de toutes les réformes passées et à venir ont toujours été

  • L’usure prématurée
  • Les carrières incomplètes

Car arriver à la retraite en bonne santé et avec une carrière complète est évidemment un privilège dans la société actuelle. Il faut défendre évidemment en principes l’abaissement de l’âge de la retraite, en forme de RTT liée aux gains de productivité, mais chacun comprendra que ce n’est pas le cœur du problème. Pour les bourgeois, les journalistes, les communicants, les cadres supérieurs, travailler jusqu’à 70 ans n’est pas un problème, c’est même un sens à leur vie, à tel point qu’il existe même une clause de mise à la retraite d’office à cet âge pour celles et ceux qui ne veulent pas partir !

Mais pour les travailleurs, c’est une autre affaire.

 

L’usure prématurée

C’est bien entendu l’usure physique et mentale liée à l’exploitation durant toute une vie. Le dos, les mains, les cervicales cassées. Les intoxications chimiques et les organes atteints par tous les poisons connus ou inconnus, de l’amiante aux HAP. L’insomnie, les ulcères, le stress, les maladies de peau, la surdité. Les cancers suspects. Et la liste est longue, sans parler de tous les morts d’usure qui ne profitent pas de la retraite et décèdent soit avant, soit juste après, la machine qui casse quand elle s’arrête.

 

A tel point, que le capitalisme lui-même a inventé un nouveau concept – pas faux : l’espérance de vie en bonne santé, c’est-à-dire le nombre d’années que l’on vit sans affection ou handicap majeur. Mais cet indicateur est encore très embryonnaire dans la mesure où il n’existe pas encore d’indice différencié selon la profession. Comme nous l’avons dit, la bonne santé d’un journaliste, d’un maçon ou d’une femme de chambre en hôtel, ce n’est évidemment pas la même chose – surtout à 60 ans.

 

Néanmoins, on découvre ainsi dans les statistiques officielles que l’espérance de vie en bonne santé à la naissance est de 64,4 ans pour les hommes, de 65,9 ans pour les femmes – répétons toutes catégories professionnelles confondues. On attend avec impatience les différences selon les métiers.

Autrement dit, déjà au départ, imaginer une retraite au-delà de 60 ans pour les prolétaires, c’est manifestement « la retraite de la mort », métro – boulot – caveau.

 

Et on tombe évidemment immédiatement sur la pénibilité (le mot que Macron n’aime pas parce qu’il laisse entendre que le travail est pénible – lol !), l’intensité du travail, la productivité instantanée, la vraie pénibilité qui casse les corps et détruit les esprits. D’ailleurs il n’y a pas que Macron qui n’aime pas le terme, les discours syndicaux officiels (jusque dans la CGT) parlent désormais de « qualité de vie au travail », re-lol !

 

A ce moment de la discussion, on peut se poser la question de la proportion de travailleurs encore au travail après 55 ans. Alors écoutons notre télé préférée (re-re-lol !!) BFM-TV le 26 octobre dernier : « Selon un rapport de la Dares, publié en avril 2022, en France, le taux d'emploi des 55-64 ans se situe à 56%. Une moyenne qui cache de profondes disparités, car ce chiffre fond drastiquement après 60 ans : il passe de 75,1% pour les 55-59 ans à 35,5% pour les 60-64 ans ». Toujours sans distinction professionnelle.

Là-dedans, il y a les chômeurs, les invalidités (près de 10% selon l’INSEE) – nous renvoyons à l’excellente émission de Cash Investigation en 2017 sur la pénibilité à Lidl (voir l’article sur ce blog).

Autrement dit, toujours sans distinction professionnelle, 64,5% des travailleurs ne sont plus en emploi après 60 ans… On notera que l’argument est utilisé avec justesse par la CGT, même si la polémique n’est pas assez féroce contre tous les plumitifs qui mélangent les classes d’âge, les métiers pour faire à tout prix baisser fictivement le pourcentage.

 

Nous reviendrons dans un prochain article sur la notion d’usure et de pénibilité, à partir des propositions du gouvernement et des réponses syndicales.

Dans l’immédiat, ce qu’il faut retenir c’est l’importance de la relation entre retraite et usure/pénibilité, et de la distinction selon les professions. Nous sur ce blog, partons des intérêts des ouvriers, des prolétaires et plus largement des travailleurs. Nous ne nous perdons pas dans des statistiques fumeuses qui mélangent tout !

On peut relire aussi avec intérêt les 46 (excellents !) articles déjà parus sur le sujet sur ce blog, dans la section de ce blog dédiée à la pénibilité.

 

Les carrières incomplètes

Tous les discours, officiels comme syndicaux, discutent sur la base de carrières complètes, comme s’il s’agissait une évidence. Mais pas du tout !!

A nouveau les statistiques parlent : les chiffres de la Drees publiés sur le ministère de la santé, indiquent une proportion de 60% seulement de carrières complètes (69% pour les hommes, 53% pour les femmes) !

Autrement dit, en gros 40% des salariés ont une carrière incomplète. Ça devrait faire réfléchir.

 

Qui ? Les femmes, évidemment, on ne le répétera jamais assez.

Mais aussi les précaires, les travailleurs.ses à temps partiel, les étudiants d’aujourd’hui qui ne commencent un « vrai » boulot qu’autour de 25 ans (faites vos calculs…). Nota pour mémoire : pour valider un trimestre de retraite, il faut travailler 150h au SMIC sur les trois mois…

Bien sûr, les sans-papiers même régularisés, ne parlons pas des illégaux.

Et cette proportion va évidemment augmenter à l’avenir avec l’arrivée à l’âge de la retraite des générations précaires et flexibles. Ce qui va provoquer de fait une diminution des pensions, amputées des décotes qui vont encore s’aggraver avec les nouveaux projets gouvernementaux – et c’est peut-être là le véritable objectif du gouvernement.

 

Pour conclure provisoirement

On le voit raisonner strictement en termes d’âge et de trimestre, c’est escamoter la réalité profonde de la vie des ouvrier.e.s, des prolétaires. Au moins la moitié des retraité.e.s sont en mauvaise santé (quand ils ne sont pas déjà morts), et touchent de plus une retraite de misère. Voilà la vraie vérité qu’on nous cache, vérité de classe vécue partout autour de nous.

C’est cela qui doit guider les revendications et les axes de lutte pour la période à venir.

Nous y reviendrons.
 

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