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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 17:55

Vendredi 11 septembre 2009

Molex : avec la crise, le consensus national se renforce


Cet article ne va pas faire plaisir à tout le monde, tant se répand l’idée qu’il s’agit d’un conflit exemplaire.
Exemplaire par la détermination et la combattivité des ouvriers, c’est sur et certain, et nous saluons leur combat. C’est de cette manière et de nulle autre, à la suite des Conti, Goodyear, SBFM, New Fabris et autre Freescale (sans oublier les dizaines de luttes partout en France) que l’on peut gagner sur l’emploi, gagner contre les licencieurs, contre cette guerre économique qui n’est pas la nôtre et qui nous broie jour après jour toujours plus…
La détermination des camarades est impressionnante et ils ont tout notre soutien.

Mais nous voulons parler de l’arrière-plan, de l’emploi et de la manière dont cette lutte est menée, des arguments qui sont échangés.

Un cas d’école, Molex : un patron américain, un guerrier sans foi ni loi, qui rachète en 2004 une entreprise à la SNECMA pour récupérer un brevet clé, qui moissonne les subventions et au final ferme la boîte et licencie tout le monde sans se préoccuper une seule seconde du respect du Code du Travail.
« Voyou », ce patron ? C’est bien le moins que l’on puisse dire !

La cause des licenciements est vite trouvée : un patron étranger, "anti-national". Le retour de l'Anti-France, quoi !

Bien sur, tout ce qui est dit est vrai. Mais cela n’a rien à voir avec la nationalité du capital. Que fait France Telecom à pousser ses salariés au suicide ? Que fait Total en Birmanie à arroser les mafieux birmans ? Que fait Renault en Colombie à couvrir les assassins de syndicalistes ? Ils font tous pareil, avec des variantes selon les moments, selon les contextes.

Le problème n’est pas que ce soit un patron américain, c’est que c’est le capitalisme.
Et la réponse n’est pas dans l’intérêt national, mais dans l’intérêt ouvrier. Et c’est là que ça fait mal. Mal de voir les Molex défiler Asterix en tête, affiches bleu-blanc-rouge bien visibles. Mal de voir Thibault revenir au « Fabriquons Français » (voir ci-contre une interview de janvier dernier toujours à propos de Molex "pour consommer français, il faut produire français") chauvin des années noires qui ont propulsé le Front National. Mal de voir les élus de tous bords se retrouver ensemble sans contradictions, embrassons-nous Folleville, comme si on pouvait leur faire confiance pour défendre les ouvriers...

Malgré un ton qui se voulait parfois offensif,
tout le discours de Thibault à Villemur a été sur la situation de Molex pour faire une vraie-fausse annonce d'un énième repreneur (apparemment une confidence de Sarkozy), alors que les patrons de Molex ne veulent tout simplement pas vendre ! Mais pas un mot sur les licenciements qui continuent de pleuvoir, partout ! Pas un mot sur la manif du 17 septembre ! Même pas une allusion aux travailleurs de la région, de Ford Blanquefort, de Continental Toulouse ou de Freescale, qui sont en grève illimitée, et qui tous étaient présents ! [Mise à jour 19 septembre] Quant à la vidéo qui vient d'être mise en ligne le 18 sur le site confédéral, c'est édifiant : toutes les questions chaudes ont été escamotées, trop fort, non ?
Les autres, ils n’étaient pas là pour défendre les ouvriers. Ils n’étaient pas là pour défendre l’emploi. Ils étaient là pour défendre l’industrie et l’intérêt national. Et Sarkozy peut sans difficulté reprendre la proposition de Thibault d'Etats Généraux pour l'emploi industriel, car au fond, ils partagent une conception proche de défense de l'impérialisme français... [ICI également, tous les articles de ce blog sur la défense de l'emploi industriel].
La petite vidéo ci-dessous est un extrait du journal régional de FR3, suite à la visite de Thibault à Molex le 9 septembre… c’est éclairant, et inquiétant.



Bernard Thibault à Molex le 9 septembre


Car de tous temps, la crise du capital a fait le lit de l'union nationale et des nationalistes. Les plus grands « socialistes » se sont ralliés – contre Jaurès – au militarisme de la première guerre mondiale, ainsi que Jouhaux, secrétaire de la CGT. Une frange des « communistes » (Doriot etc…) a sombré dans le nationalisme – contre Duclos, Péri et tous les autres  – sous l’occupation nazie. Le FN a un temps raflé une partie de l’électorat ouvrier du PC.
Aujourd’hui, on voit réapparaître ce consensus inquiétant, la défense du fabriquons français, Thibault déclarer sa confiance en Sarkozy, dans la vidéo comme dans
le reportage de Sud-Ouest.

Nous le répétons, la lutte pour l’emploi est âpre et difficile, source de nombreuses confusions.
Certains abandonnent ce combat pour revendiquer
des compensations financières. Ce n’est pas une solution.
La CGT propose la Sécurité Sociale Professionnelle, projet de capitalisme à visage humain qui occupe le centre du
document d’orientation pour le Congrès, mais qui est tellement peu crédible que Thibault n’en a pas dit un seul mot lors de son intervention fleuve du 8 septembre à Paris…
Et maintenant revoilà le consensus nationaliste autour de la défense de l’industrie française, qui avait toujours un peu existé mais s’était quand même atténué à l’heure de la mondialisation… Voilà où mène le réalisme, l’acceptation des règles du jeu, le consensus avec la bourgeoisie au pouvoir…


Il y a une seule boussole dans un monde divisé en deux camps par l’exploitation : défendre l’intérêt ouvrier, et rien d’autre. Refuser de rentrer dans la logique du capital, de la concurrence, du marché, logique où nous serons de toutes les façons perdants. Se battre pour l’emploi, férocement, en imposant aux patrons, aux politiques, aux réformistes d’assurer du travail pour tous, sans dégradation des conditions de travail. Notre mot d’ordre, c’est « Zéro licenciement » !
Refuser le nationalisme et le patriotisme, afficher notre internationalisme contre la guerre économique mondiale. Afficher la solidarité internationale des prolétaires, comme nous le ferons à Hanovre, pour
le Conseil International des Travailleurs de l’Automobile, le 16 octobre prochain.

Camarades de Molex, de Freescale, de Ford, de General Motors, de Renault et de PSA, ne vous laissez pas entraîner par les sirènes du nationalisme !
Votre combat pour l’emploi est juste, nous le soutenons totalement !
"La force des ouvriers, c'est la grève", pas la confiance en Sarkozy !


Refusons le « Fabriquons français ! », les prolétaires n’ont pas de patrie !
« Zéro licenciement ! »
Imposons à l’état et aux patrons de trouver une solution pour garantir nos emplois !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les sujets qui fâchent
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