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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 11:26

Mercredi 12 avril 2017

Précarité : ils ne savent plus quoi inventer !

 

Nous publions ci-contre un tract CGT d’une entreprise de la métallurgie de Toulouse qui fait le point sur la précarité. On y découvre ce qu’on connaît déjà bien, intérim et CDD, on y découvre les nouveautés connues comme le CDI Intérimaire créé par l’ANI de 2013 et dont nous avons déjà parlé (« 300 CDI Intérimaires à PSA Mulhouse ! ») , et on y découvre aussi le dernière nouveauté l’AFPR, où là c’est carrément Pôle Emploi qui paye les salariés sans que le patron débourse un sou…

 

On le sait, la flexibilité de la main d’œuvre peut prendre deux formes : internes avec les horaires n’importe quoi, la nuit, le dimanche, les reprises en fin de journée, le temps partiel, le travail posté etc. et externe avec la précarité, la main d’œuvre ajustable selon les commandes et les exigences du marché, sous-traitance, intérim et CDD, travail détaché, contrats de chantier, jusqu’aux sans-papiers.

Constamment le capital expérimente des formes les plus souples, et les plus « profitables » celles qui vont donner les meilleurs gains de productivité dans la concurrence et la guerre économique mondialisée.

La seule revendication sur ce terrain de l’emploi et de la précarité est bien connue, claire et sans ambiguïté :

Une seule classe ouvrière, un seul statut en CDI, embauche de tous les précaires, régularisation sans condition des sans-papiers.

C’est ce que la CGT revendique de plus en plus nettement, qu’il s’agisse de PSA Sochaux ou Mulhouse, ou ici de la métallurgie toulousaine. Des exemples à suivre.

 

L’occasion de revenir sur ce qu’en disent les candidats, histoire de faire le point.
Déjà, il faut noter qu’on en parle un peu plus que de la pénibilité, effacée des propositions et des programmes des candidats (« Pénibilité : que disent les candidats ? »). La précarité est plus visible, et donc plus choquante et provoque plus de réactions.

 

On laissera de côté Le Pen, Fillon et Macron, ce dernier qui propose d’élargir encore la loi Travail qui a déjà largement aggravé la précarité (voir notre dossier sur ce combat, ICI). On laissera de côté Cheminade, Lassalle, Dupont-Aignan ou Asselinneau, candidats de droite extrême qui n’ont que discours patriotique et national à la bouche et se moquent comme d’une guigne du sort des travailleurs.

 

Arrêtons-nous sur les quatre restants, au final celle et ceux qui affirment parler en notre nom.

  • La seule proposition de Benoit Hamon face à la précarité est le Revenu Universel d’Existence. Sans rentrer dans le débat de fond sur le sujet, cela veut dire en tous les cas que rien ne change en termes de précarité, simplement qu’on crée un petit socle salarial (et encore quand on voit l’évolution progressive au rabais de la proposition du candidat, on se demande ce qu’il en restera au final) pour limiter les dégâts de l’exploitation capitaliste, sans toucher à ce fléau qu’est la précarité et ses conséquences sur la vie et la santé de plus en plus de travailleurs. Sans même compter les chômeurs, les sans-papiers et les travailleurs détachés, c’est 12% de la population salariée…
  • Mélenchon va plus loin, avec une série de revendications :
    - Abroger la loi El Khomri
    - Instaurer un plafond de contrats précaires dans les entreprises : maximum 10% dans les PME, maximum 5% dans les grandes entreprises
    - Régulariser les travailleurs sans-papiers
    - Titulariser tous les précaires de la fonction publique
    - propos ambigus sur les travailleurs détachés
    Deux revendications positives (si elles sont mises en œuvre) : la régularisation des sans-papiers, la titularisation dans la Fonction Publique. Mais concernant les contrats précaires, c’est plus que modeste. Limitation des effectifs précaires, soit, mais maintien quand même. Pas un mot sur la multiplicité des statuts précaires, sur le retour général au CDI et la réinternalisation de la sous-traitance. Mélenchon reste « raisonnable » au regard de la bonne marche de l’économie (capitaliste) et on voit très bien que les contraintes du marché vont imposer leurs lois, et que comme Mitterrand en 1983 on verra très bien la rigueur et la raison arriver à grands pas sous la pression du capital…
  • Nathalie Arthaud parle régulièrement en général de la précarité, souvent associée au chômage, ce qui est évidemment juste. Par contre, on cherche en vain (en dehors de l’interdiction des licenciements) quelque proposition forte, qui parle aux travailleurs pour en finir avec la précarité, pour illustrer en quoi ce n’est que la concurrence capitaliste poussée jusqu’aux gains de productivité sur l’emploi et le travail salarié. On en reste à un programme très pauvre et très « identitaire », pour affirmer le camp des travailleurs, sans trop de  précision, en attendant sans doute des jours meilleurs… Du coup, difficile de savoir ce que la candidate propose vraiment sur ce terrain…
  • Poutou fait également le lien du combat contre le chômage, la précarité et les licenciements, et avance dans son programme de campagne, outre l’interdiction des licenciements, la réduction du temps de travail avec l’embauche des chômeurs, « Un CDI, un emploi statutaire pour toutes et tous ». Voilà une revendication qui parle bien aux travailleurs. Après, et on sort de la revendication immédiate, c’est l’absence de l’explication de la crise, de la vraie nature du capitalisme. Pour Poutou et le NPA, le capitalisme est d’abord un système injuste et mal réparti, dans lequel il faudrait remettre de l’ordre, de la justice. Mais ce n’est pas cela, le problème : le capitalisme c’est un système de concurrence, de guerre économique mondialisée, d’exploitation d’une classe par une autre, et la seule issue, c’est la révolution au sens non pas de changer quelques têtes,  mais de bouleverser toute la société. Alors la revendication, c’est bien, c’est la bonne, mais il faut dire comment on fait pour l’obtenir… c’est ça le problème, un peu…

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Publié par Où va la CGT ? - dans Précarité
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