Dossiers

Sommaire et dossiers accessibles
ICI
13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 17:05

Mardi 13 novembre 2012

14 novembre : une première syndicale européenne

 

Banniere-450x205px-FR.jpgDemain journée d'action européenne,à l'initiative de la CES contre l'austerité, pour l'emploi et la solidarité en Europe.

 

Une première : grève générale en Espagne et au Portugal, 3 heures de grève en Grèce (après les grandes grèves des 6 et 7 novembre), 4h de grève en Italie, et plus ou moins partout en Europe des actions conjointes sur le même mot d'ordre (voir ICI la carte européenne des actions).

 

Une première bien-venue, à l'heure des plans d'austérité empilés dans tous les pays, des "ajustements structurels" (comme on disait il y a vingt ans à propos des pays d'Afrique, de l'Argentine ou du Brésil), des vagues de licenciements, des coupes sombres dans les services publics de l'éducation, la santé, des attaques contre les retraites ou le régime de sécurité sociale. Et aussi de la révolte croissante des travailleurs attaqués frontalement dans un certain nombre de pays.

Une première convergence à souligner, à l'heure des replis nationaux, voire nationalistes.

 

On aurait donc tort de trop faire la fine bouche, mais il n'y a  pas non plus de quoi grimper aux murs.

Tout d'abord parce qu'il s'agit de protestation et de solidarité (très bien), mais dont on ne sait pas très bien à qui elle s'adresse : aux gouvernements ? aux décisions européennes ? à Bruxelles en général ?

Quel est l'ennemi dans cette affaire ?

On en retrouve deux versions (qui peuvent d'ailleurs s'entremêler) :

  • ceux qui pensent que toute la faute vient de l'Europe, de l'Euro, de Maastricht, du TSCG ou que sait-on encore... Ceux qui déplorent les "abandons de souveraineté" face aux "diktats" européens - voire allemands, JL Mélenchon n'a pas peur des dérapages ambigus...
  • ceux qui pensent que les dirigeants européens font fausse route sur la voie de la "financiarisation" de l'économie, et qu'il faut relancer l'économie par la hausse des salaires et mieux partager les profits.

Dans les deux cas, jamais les fondements de la crise ne sont abordés : la guerre économique mondialisée, la recherche de taux de profits croissants avec leurs volets planétaires, délocalisations, misère, pauvreté, flexibiltié, dégradation des conditions de travail.

En ce sens, le fait qu'il s'agisse d'une journée européenne  masque que le problème est mondial et que c'est le capitalisme qui est en cause.

Quand les syndicats demandent (voir le tract confédéral  ICI)

"Avec les syndicats européens, nous exigeons :
• une véritable coordination des politiques économiques intégrant les dimensions sociales et des mesures de solidarité concrètes vis-à-vis des peuples les plus en difficulté ;
• la négociation d’un « contrat social » européen pour mettre fin au dumping social entre État ;
• des mesures de relance au plan européen pour renouer avec une croissance durable et favoriser l’emploi."

peut-on imaginer une seule seconde ces prétendues solutions  limitées à l'Europe ? Même pas en rêve... Le capitalisme est totalement mondialisé,  la réponse solidaire ne peut être que totalement mondialisée et internationale !

 

On pourrait dire que nous faisons la fine bouche, que quand même nous exagérons, que c'est un premier pas etc. Soit, c'est vrai pour ce 14 novembre. Mais si cette rencontre n'est pas le premier pas vers une solidarité mondiale des prolétaires, avec nos camarades de Foxconn en Chine, des mines d'Afrique du Sud, de Hyundai en Corée, de Opel GM au Brésil ou en Inde, des sans-papiers chassés d'un pays à l'autre, et bien on restera sur une solidarité étriquée, entre pays européens et sans le gigantesque potentiel de solidarité de la classe ouvrière et des peuples du Monde, confrontés au même ennemi mondial, l'impérialisme et le capitalisme. Ennemi qui ne connaît pas les frontières, se joue des réglementations et circule librement d'une région du monde à l'autre, toujours à la recherche du "moins disant social", qui veut tout simplement dire plus grande exploitation... ("La classe ouvrière est multinationale, la classe ouvrière est internationale")

Aujourd'hui c'est particiulièrement flagrant dans l'automobile. On ferme PSA Aulnay et Ford Genk, on restructure en Europe, mais c'est le monde entier qui est concerné, toute l'Amérique du Sud, l'Asie, les Etats Unis et c'est pour cela que le Conseil International des Travailleurs de l'Automobile s'est constitué et veut encore se renforcer : pour être capables de construire la solidarité concrète, contre l'ennemi concret (les monopoles de l'automobile) - comme avec le Manifeste international des Travailleurs de PSA-GM signé massivement fin juin dans trois pays directement concernés.

 

Quoiqu'il en soit, cette journée est un bon point d'appui, et un bon support pour développer la solidarité internationale.

C'est bien ce qu'on peut comprendre par exemple de cette première grève générale conjointe Espagne/Portugal qui brasse beaucoup entre les deux pays ibériques !

 

Pour ce qui est de la France...

Deux raisons limiteront à la fois l'impact et l'intérêt de cette journée

  • D'abord, l'ambiance générale. Après l'effervescence du 9 octobre et de sa préparation, tout est retombé comme un soufflé. Attentisme vis à vis du gouvernement Hollande (que les confédérations ne veulent pas trop brusquer...), découragement, crainte de se retrouver dans la situation de la Grèce sans pour autant avoir la volonté d'agir avec l'illusion que "nous, on va peut-être y échapper"... Il n'y a pas de courant de révolte et de colère comme en Grèce, en Italie, en Espagne au Portugal et ailleurs, du fait du nouveau gouvernement de gauche et des illusions encore solidement ancrées que "ça pourrait être pire". On peut imaginer que si Sarko était repassé, la mobilisation européenne aurait largement percé dans notre pays.

     

    14_novembre_couleur.jpgPremière leçon donc : se débarrasser des illusions sur ce gouvernement de gauche en apparence, de droite en réalité et au final parfait gestionnaire des difficultés de nos exploiteurs - on va voir les incidences du rapport Gallois, ou de la négociation sur la flexibilité, ça va pas être triste !

    Donc compter sur nos propres forces, construire notre camp, contre nos exploiteurs et leur gouvernement Hollande/Montebourg/Gallois/Parisot, construire la solidarité internationale des prolétaires contre le capital !

  • Ensuite, et c'est lié, la préparation de cette journée a été bâclée. Annoncée fin octobre, pendant les vacances scolaires, elle est restée ultraconfidentielle, à tel point que la plupart ne savent même pas qu'elle a lieu. Vraiment l'apparence d'une journée institutionnelle bidon, pour donner l'illusion qu'on fait quelque chose alors qu'on ne fait rien... La mobilisation ne va regrouper que les équipes de délégués, et encore !

     

    La mobilisation vite fait a été construite sur une accumulation fourre-tout de revendications particulières, voire catégorielles, avec l'idée de "ratisser large", mais pas vraiment pour la solidarité internationale des travailleurs, bien absente... (voir le tract ci-contre de la Région Parisienne). Fourre tout qui bien entendu ne convaincra personne...

C'est ce qui explique le faible engagement (réel, le vrai, à la base) pour ces manifestations de demain. C'est dommage, mais l'avenir est bel et bien à la solidarité internationale des prolétaires !

Partager cet article

Publié par Où va la CGT ? - dans International
commenter cet article