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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 08:46

Jeudi 28 avril 2016

CGT : court bilan d'un petit congrès...

 

Ambiance congrès sous le soleil de Marseille… Chaleureuse, content(e) de se retrouver entre gens du même monde et des mêmes combats, réconfortante.

Pendant une semaine, on s’est retrouvés un peu à l’abri, à partager des moments communs, c’était reposant, l’occasion de retrouver des connaissances, de débattre, d’échanger.
C’est l’ambiance des congrès, du congrès confédéral bien sûr, mais aussi en général des congrès fédéraux et départementaux – sortis des exceptions comme le gazage au Congrès du Commerce à Poitiers en 2011 ou des turpitudes du Congrès des Transports à Saint-Malo en 2015 par exemple…

 

Mais pour juger d’un congrès, il faut savoir avoir un peu de recul et faire le point de ce qui s’est dit et fait. Oh, pas tellement sur les textes votés, on sait tous bien que c’est un peu la grand’messe obligée, mais qu’en fait tout est joué en coulisses. Les amendements aux textes (document d’orientation) n’ont même pas été rendus publics, et seuls quelques membres de la commission ad-hoc en ont eu connaissance, aucun vote en séance… La démocratie a ses limites, n’est-ce pas. En ce sens, la succession des interventions à la tribune, assez hétéroclite, avait plus valeur de « prise de température » et de soupape pour l’expression que de véritable démocratie.

 

Alors que retenir ?

  1. Lors des affaires Lepaon début 2015, on nous annonçait une révolution interne venue de la base. L’exigence d’un congrès extraordinaire était forte partout et nous étions bien seuls à penser qu’il n’en serait rien et que la direction confédérale (CCN + CEC), assistée des directions des structures sauraient reprendre les affaires en main. Voir notre article « La CGT de Martinez ».
    Malheureusement, l’histoire nous a donné raison. On a vu un congrès pacifié, avec les quelques vagues habituelles, très bien pris en mains par Martinez et son équipe. Commencer par la chanson « Sans la nommer » de Moustaki, c’était du grand art… Effectivement la révolution n’était pas à l’ordre du jour du Congrès, puisqu’elle est « permanente », message subliminal adressé aux opposants !
    Le 51ème Congrès a été en fait très sage, à quelques interventions près et la nouvelle direction confortablement élue avec des scores habituels (80 à 95%...).

  2. L’attente autour du Congrès était renforcée par le mouvement contre la loi El Khomri, dans lequel les équipes CGT sont très actives – d’ailleurs à la différence du CPE en 2006. Pourtant, l’ambiance n’était nullement électrique, et on n’arrivait pas à sentir la combattivité et la révolte parmi les congressistes. Peu ou pas d’interventions pour enflammer la salle contre le gouvernement Hollande/Valls/Macron, pas de vraie colère… Probablement plus la marque des difficultés de la période que du verrouillage délibéré. En tous le cas, le concert de HK était autrement plus dynamique !

  3. Les seules contradictions du Congrès se sont polarisées sur l’appel à la Grève générale, ou reconductible dès le 28 avril, essentiellement les deux premiers jours avec de nombreuses interventions, jusqu’à l’Appel proposé le mercredi matin (voir l’article spécifique « Un appel du Congrès pas vraiment à la hauteur »). La situation un peu tendue a été habillement déminée par Martinez et son équipe : le congrès souverain voulait un appel ? Il l'a eu. Bien-sûr, le contenu est aussi utile pour la construction de la riposte face à l'offensive patronale que le sera le document d'orientation pour faire évoluer les lignes de confédération... Mais l'essentiel est là pour la nouvelle direction élue : le congrès a été souverain, les contestataires ont eu leur appel, et rien de sérieux n’a été mis en cause…

  4. Il y a quand même quelques acquis positifs à ce congrès.
    Lepaon copieusement sifflé et insulté dans les couloirs, au point qu’il n’est resté que le lundi. Un bouc émissaire, chargé du tous les péchés du passé ? Il s’en est quand même trouvé quelques-uns qui ont demandé que l'on cesse de parler de Lepaon prétextant l'utilisation qu'en faisait la presse (!)…
    Il y a aussi la rupture de fait avec la CFDT, largement acquise dans nos rangs depuis bien longtemps, ce « syndicalisme rassemblé » défendu avec acharnement par tout le courant le plus droitier depuis des années, on semble être enfin passé outre. Mais attention : ce n’est qu’un moment, et ce n’est à coup sûr que partie remise. Gageons qu’avec le retour de la droite la plus dure en 2017, le front réformiste va se reconstituer au nom de la lutte contre l’ennemi commun…
    Egalement la charge généralisée contre le gouvernement qui n’a vraiment plus de défenseur…
    Quelques petits pas donc, mais qui ne doivent pas tromper, la marque de la période, mais encore trop fragiles pour qu’on puisse parler de renouveau d’une orientation de classe.

  5. Il n’y a pas eu vraiment de débat de fond, comme on aurait pu l’imaginer dans la foulée des affaires Lepaon, « que cent fleurs s’épanouissent » disions-nous à l’époque. On est resté sur sa faim. En particulier, la question du débat des repères revendicatifs devient cruciale, débat escamoté des congrès confédéraux depuis le 46ème congrès, et renvoyé au CCN, ou plus exactement à des commissions du CCN qui mettent à jour épisodiquement les textes… Qui a lu les derniers repères qui datent de novembre 2015 ? La question de la sous-traitance a seulement été suggérée avec l’intervention à la porte lors de l’accueil des délégués et dans quelques interventions ; qui connaît les fortes contradictions internes à ce propos, qui connaît la fiche (N°10) des repères revendicatifs sur le sujet ? Autre exemple, un camarade de la Construction qui intervient sur la fin pour noter que presque plus personne ne parle de la pénibilité, alors que ce devrait être au cœur du programme revendicatif… et ainsi de suite.
    Il y a là un vrai problème de débat démocratique, alors que ce serait précisément le moyen de mobiliser les syndiqués sur les sujets qui les préoccupent au premier chef, sur le terrain – alors qu’aujourd’hui ils sont carrément indifférents au Congrès qui ne les concerne vraiment pas…

  6. En matière revendicative, on a le droit à trois grands axes proposés par le Congrès : la Sécurité Sociale Professionnelle, les 32h et le Code du Travail du XXIème siècle. Nous l’avons déjà dit : ces axes ne peuvent pas mobiliser dans le contexte actuel, ils sont trop éloignés des préoccupations de la masse des travailleurs. De plus, tous ces mots d’ordre font problème, pour des raisons différentes :
    • La Sécurité Sociale Professionnelle est une revendication qui date maintenant de plus de dix ans (47ème congrès, 2003) et qui n’a jamais pris dans nos rangs. Probablement parce qu’elle ressemble un peu trop à une adaptation aux restructurations dans un contexte de guerre économique mondialisée. Nous l’avons discutée, critiquée, combattue, et ce que nous disions à l’époque n’a pas pris une ride (voir la section du blog à ce propos), à l’heure où l’on voit le gouvernement et une fraction du patronat pousser en ce sens…
    • La défense d’un Code du Travail modernisé est une revendication sans contenu. Elle nécessiterait précisément un retour sur les repères revendicatifs… Justement ! Nous n’oublions pas que c’est le Code du Travail qui fixe toutes les règles de l’exploitation, qu’il s’agisse du contrat de travail, de la discipline, des licenciements individuels ou collectifs, de la sécurité, de la précarité et de la flexibilité et ainsi de suite. Le Code du Travail est le carcan juridique que nous imposent nos exploiteurs pour empêcher la révolte. Qu’il gêne aussi les patrons voyous et que le MEDEF veuille en permanence le modifier en son sens n’est rien d’autre que logique…
    • Enfin, la revendication des 32 heures est juste, mais mériterait des explications et un combat multiforme, sinon ça ne restera qu’un rêve utopique dans la conscience des travailleurs. En effet, ce que nous vivons tous, c’est au contraire la remise en question permanente et de mille petites manières du temps de travail, et son augmentation réelle derrière des aménagements sournois. Regardez la grève des cheminots mardi dernier : c’est exactement ce qui leur arrive, l’allongement de la durée de travail annuelle…
      Voilà des axes qui ne vont pas mobiliser les foules… Sans compter que d’autres axes essentiels ont disparu des textes confédéraux, comme la pénibilité…

  7. Mais alors les votes ? Entre 30 et 40% selon les scrutins, d’abstentions et de votes contre. C’est marquant et inédit dans la confédération. Cela reflète-t-il une « radicalisation » de la CGT comme la presse s’en est fait l’écho ? Et comme semblent le penser certains camarades ?
    C’est compliqué. D’abord parce que le contenu de ces votes « abstention et contre » n’est pas similaire d’un vote à l’autre. Ont voté contre à la fois des gros réformistes qui trouvaient les textes trop radicaux, et des radicaux qui trouvaient les textes trop réformistes. C’est symptomatique dans le vote à la CEC de voir par exemple que les moins bien élus sont Virginie Gensel et Frédéric Imbrecht (Energie) réputés très réformistes et Genevière Vidalet (UD 31) réputée très radicale…
    Cela dit, on a bien noté que les Services Publics comme la Santé étaient radicalement contre la direction confédérale, et aussi que les Cheminots étaient radicalement fayots… (mais il y a des exceptions partout, on ne va pas se fâcher !).
    L’explication des votes tient plus selon nous à la tendance que l’on voit nettement à l’œuvre dans les structures de la CGT depuis quelque temps, et plus particulièrement depuis les affaires Lepaon. La confusion s’accroit d’une part sur le contenu de l’action syndicale, et d’autre part, les structures ont pris leur autonomie, n’obéissent plus aux consignes le petit doigt sur la couture du pantalon.
    Auparavant, quand il y avait un doute, une contradiction, sauf cas extrême on votait « pour » les résolutions de congrès, par discipline et esprit d’organisation. Aujourd’hui, on s’abstient, on vote contre bien plus facilement, sans que cela marque vraiment une opposition claire d’orientation.
    C’est bien sûr quelque part un progrès démocratique, le début de rupture du soutien inconditionnel à la direction légitime, une défiance. Mais s’il faut savoir encourager cette tendance, c’est en construisant une véritable opposition de classe, sur le contenu, sinon tout va partir dans tous les sens, dans un éclatement politique, un repli sur des considérations particulières (fédérales ou locales), tendance qui existe déjà…

En résumé, un Congrès bien loin des attentes qu’il avait suscité à son annonce il y a un an. Un Congrès qui n’est pas à proprement parler une remise au pas, mais un retour à la normale, avec une direction légitimée, sans avoir vraiment touché à ses orientations… On ferme la parenthèse ouverte autour de la succession de Thibault, le passage Lepaon, et on reprend la route un peu plus divisés qu’avant...

 

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