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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 09:29

Samedi 6 juillet 2013

Polémique autour d'une grève au centre de rétention du Mesnil Amelot

 

Depuis le 1er Juillet, le personnel de la société DEFI Restauration, qui gère les repas au Centre de Rétention du Mesnil Amelot sont en grève, à l'occasion du changement de prestataire, le nouveau - ONET - refusant de reprendre les travailleurs selon les usages conventionnels dans ces métiers.

Un tract des salariés (ICI) a provoqué une polémique sur la liste de soutien aux travailleurs sans-papiers de RESF, au double motif que 1) le tract ne dit pas un mot sur les retenus, travailleurs sans papiers menacés d'expulsion 2) que le tract vante le "professionnalisme reconnu de tous" des salariés, double motif qui crée effectivement un malaise à la lecture.

 

La polémique enfle, jusqu'à une mise au point hier de l'Union Locale CGT de Roissy, que nous reproduisons ci-dessous en totalité.

Cette mise au point est intéressante d'une part par le contenu, d'autre part par l'autocritique, nous félicitons les camarades d'autant plus facilement que c'est une UL qui a vraiment "mouillé la chemise" en défense des sans-papiers. Mais c'est vrai que tel quel, le tract provoquait un malaise, les camarades le reconnaissent et corrigent, dont acte.

 

Cela dit, nous voudrions pour l'occasion élargir le débat, parce que ça provoque des difficultés dans notre syndicat.

Quelle position des salariés doivent  prendre quand c'est leur propre employeur qui est en cause, quand ils font un boulot, disons réputé "de merde", par exemple les travailleurs des usines d'armement, les matons, les travailleurs du nucléaire etc. (à chacun de faire sa liste...) ?

  • La première chose qu'il faut dire c'est qu'un prolétaire ne choisit pas son exploitation (ce n'est pas le cas d'autres travailleurs comme les cadres, les travailleurs intellectuels etc.). Il travaille parce qu'il faut manger, payer le loyer, élever les enfants etc. Un prolétaire, un ouvrier, un travailleur n'est responsable en rien des saloperies faites par son exploiteur. Il y a deux camps, deux mondes, deux présents et deux avenirs qui s'affrontent, sans conciliation possible.
  • La deuxième chose qu'il faut dire, c'est qu'aucune profession n'échappe à la critique de la soumission aux exigences du capital,  même les médecins, même les enseignants, même les boulangers, même les éboueurs, même les métiers qui semblent les plus "utiles" et les moins susceptibles de la critique. Dans le monde dans lequel nous vivons, il n'y a aucun espace de liberté, aucun métier "propre" qu'on pourrait opposer à des métiers "sales"... Il y a des utilités sociales qui sont toutes formatées par le capital.
  • Cela dit, la troisième chose qu'il faut dire c'est que c'est là le basique d'une position de classe, mais qu'elle n'est pas largement partagée dans la confédération - c'est le moins qu'on puisse dire. La FNME défend becs et ongles le nucléaire, avec quelques courageux pour s'y opposer, bien sûr ("La CGT et le nucléaire"), les personnels de l'état défendent les exportations d'armes ("Livre blanc sur la défense : FNTE et FTM défendent l'impérialisme") etc. L'abandon des positions de classe et la défense d'un capitalisme à visage humain conduit souvent à lier le sort du prolétaire exploité au sort de son exploiteur. C'est en particulier ce qu'on voit dans tous les projets de contre-plans industriels...
  • La quatrième chose, c'est que face à cette contradiction parfois trop visible, bon nombre de militant(e)s de la CGT sont carrément embarrassés et ferment les yeux sans trop quoi savoir dire, faute d'une position de classe bien claire, et donc dans l'incapacité de se positionner face à notre syndicat. La politique de l'autruche, quoi. Et dans les échanges (musclés) sur la liste RESF à ce propos, on voit clairement certains militants CGT, refuser d'admettre qu'il y a un malaise (alors que l'UL de Roissy le reconnait !) et tenter de défendre quelque chose qui fait souci.
  • Donc, par voie de conséquence, quand on tombe sur un sujet "chaud", comme le centre de rétention du Mesnil Amelot, les militants sont - à juste titre il faut le souligner - hyper sensibles à des silences qui peuvent passer pour des compromissions. Le problème c'est qu'avant de tirer à boulets rouges (ce qui peut être légitime, cela nous arrive !), il faut un peu se renseigner, faire l'enquête et savoir de quoi on parle... sinon on dit juste n'importe quoi !

Il y a donc un vrai débat de fond derrière cette polémique, et on aurait bien tort de l'enterrer trop vite. Au contraire, il faut saluer l'attitude des camarades de l'UL de Roissy qui ont su réagir dans le bon sens ! Une leçon pour tous les camarades de la CGT !



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LUTTE DES SALARIES DE DEFI RESTAURATION :

REPONSE DE L’UL CGT ROISSY A DES CRITIQUES FORMULEES SUR LA LISTE DE DIFFUSION DE RESF

 

Voici le droit de réponse que l’UL CGT ROISSY adresse à la liste de diffusion du RESEAU EDUCATION SANS FRONTIERE (RESF) en réponse aux réactions suscitées par un tract de la CGT DEFI RESTAURATION publié sur le site internet de l’UL CGT ROISSY.

Le contenu d’un tract CGT, relatif à la lutte que mènent les salarié-es de l’entreprise DEFI RESTAURATION au Centre de Rétention Administrative (CRA) du Mesnil-Amellot (77), donne lieu à plusieurs commentaires sur votre liste, ces jours derniers. L’UL CGT de Roissy tient à y répondre, compte tenu de la teneur des propos qui se sont exprimés, en particulier dans le message ayant initié cette discussion.

Son auteur reproche à ce tract de s’en tenir à la lutte des salariés de l’entreprise DEFI RESTAURATION - dont les emplois sont menacés - sans aborder la question de la rétention des travailleurs migrants qui sont retenus dans ce CRA. Il en tire comme conclusion que nos camarades "manquent de courage politique" ; que nous ne nous revendiquerions plus d’un "syndicalisme de classe" ; que nous nous serions ralliés à "l’idéologie travailliste" - nous ignorons ce que cela signifie mais nous comprenons que c’est une critique - qu’à ce titre, nous tournerions le dos à "l’internationalisme" et constituerions une "certain(e) composant(e) de la CGT", que l’auteur ne qualifie d’ailleurs pas, mais dont on comprend aussi que c’est peu flatteur.

Le tract des camarades de DEFI RESTAURATION se rapporte à la situation de ces salarié-es qui se retrouvent brutalement à la rue et qui, organisé-es à la CGT, ont décidé de ne pas se résigner et de mener un combat acharné. C’est cette urgence sociale là dont le tract se fait l’écho. Ceci ne veut pas dire que la détresse des retenus ne nous soucie pas. En venir à une telle conclusion relève d’un procédé malhonnête.

Cependant, ce commentaire nous a immédiatement interpellé, tant il nous a semblé que cette lutte, compte tenu du lieu très spécifique d’exploitation de ces salarié-es, donnait en effet une opportunité de dénoncer cette politique, et qu’il était opportun dans notre propagande de préciser que ces travailleurs sont unis par un lien de classe. Le collectif d’animation de l’UL, réuni hier, a à ce sujet décidé de préciser dans notre prochaine communication notre mot d’ordre sur la question de la rétention administrative. Cependant, cette omission est de pure forme et vous ne pouvez sur ce seul fait en tirer des conclusions sur le fond et sur les idées que nous défendons à l’UL ou que les camarades de DEFI RESTAURATION défendent. Une telle insinuation est d’autant plus déplacée que les salarié-es de DEFI RESTAURATION se trouvent être eux-même très majoritairement des travailleurs migrants.

Sachez qu’il est difficile, compte tenu de la dégradation rapide de la situation sociale que nous inflige la classe capitaliste, d’avoir matériellement le temps de prendre la hauteur de vue suffisante sur le contenu de chaque tract, pour éviter des omissions, y compris sur des questions fondamentales. Nous militons malheureusement dans des conditions d’urgence telles qu’il en est ainsi. Selon nous, l’important n’est pas tant de ne pas commettre des erreurs ou des omissions que de ne pas savoir les corriger. Et nous le ferons.

Mais nous voulons souligner qu’une attitude fraternelle et constructive consisterait à prendre contact avec notre UL CGT pour nous faire part de ces commentaires. Il ne fait alors aucun doute que, parce que nous partageons l’idée, nous l’aurions fait aussitôt savoir. Nous regrettons qu’au lieu de cela, certains aient choisi le cynisme et la malhonnêteté intellectuelle. Et ce d’autant plus que notre UL défend, non seulement dans les mots mais aussi dans les actes, les valeurs et les idées de la lutte des classes et de l’internationalisme. Nous avons organisé et soutenu des luttes de défense des "sans papiers" sur l’aéroport et au-delà, dans le 95 et le 93 (notamment chez ALPHA SERVICES), ou nous sommes opposés à des expulsions à Roissy. Aussi, certains commentaires diffusés nous sont-ils apparus comme des insultes à notre intégrité militante et ne pouvaient demeurer sans réponse de notre part.

Nous vous demandons de diffuser ce courrier à l’ensemble des destinataires de votre liste, comme un droit de réponse.

Nous profitons de l’occasion pour faire savoir que nous organisons, mardi prochain 9 juillet, à 12h30, un rassemblement de lutte devant le CRA du Mesnil-Amelot, en soutien aux salarié-es de DEFI RESTAURATION, et que nous profiterons de ce rassemblement de lutte pour témoigner notre solidarité aux retenus. Les militants de votre réseau - dont certains sont d’ailleurs militants de notre UL - sont invités à y participer, ainsi qu’à y prendre la parole.

Le 5 juillet 2013, Le collectif d’animation de l’UL CGT Roissy.

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les sujets qui fâchent
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