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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 11:36

Samedi 3 janvier 2015

CGT : crise d'orientation derrière la crise de direction !

 

La CEC a donc pris une double décision : faire sauter le fusible Lafont qui a démissionné de son poste de trésorier, et convoquer un CCN officiel pour le 13 janvier… mais sans ordre du jour bien défini ! Toutes les manœuvres sont donc encore possibles et on n’est pas à l’abri de nouvelles surprises d’ici là (l'ordre du jour proposé le 16 décembre, limité à l'évolution des responsabilités et à la définition de règles financières montrent bien la contre-offensive en cours).
Pour rappeler les faits et les manœuvres d’appareil, nous mettons ci-contre un article des Echos de Leila de Comarmond (du 8 décembre) et un article du blog du Monde de Michel Noblecourt (du 9 décembre) deux journalistes qui ont manifestement leurs sources au sein même de la direction de la CGT – ce qui prouve que tout le monde n’a pas le cul propre… (nous en profitons pour rappeler que le blog « Où va la CGT ? » n’a, lui, pas de source au sein des principaux responsables de notre syndicat, d’où des lacunes et autres approximations constatées ici ou là). Mais ces articles journalistiques sans grand intérêt pour ce qui est de l’analyse de ce qui se passe dans la CGT, rappellent malgré tout les principaux événements de ces derniers jours. Nous diffusons également l’intervention détaillée de A. Alphon-Layre résumant les divers volets de l’affaire, vu du côté de la direction confédérale).

 

L’échéance repoussée à la mi-janvier, on a donc eu un peu de temps pour faire le point sur la manière dont l’affaire est traitée en interne.
Dans les syndicats, c’est l’incompréhension et le désarroi, le sentiment d’une trahison grave pour ce qui semblait être le dernier instrument de protection. Malgré la méfiance et les pratiques de collaboration rejetées par une partie des syndiqués (et anciens syndiqués !), la CGT restait perçue comme un instrument indispensable pour résister aux offensives du capital. Et voilà que l’on étale les turpitudes du secrétaire général sur la place publique, comme pour les politiciens de l’UMP ou du PS, comme les patrons, leurs revenus et parachutes dorés… Bien sûr, les montants ne sont pas du même niveau, mais le plus grave, c’est que c’est la même logique de « profiter », de l’enrichissement personnel. Le sentiment que non, à la CGT, on ne « doit » pas faire cela.
Double réaction donc : défendre le syndicat (car bien entendu cette attaque est intéressée, comme chaque fois), et se débarrasser au plus vite d’un dirigeant qui salit la CGT. Mais pas plus d’interrogations sur pourquoi on en est arrivé là, d’où vient le ver qui est dans le fruit, et comment y remédier. C’est sur cette vague que surfent les plus modérés des critiques comme JP Mercier de Lutte Ouvrière qui en reste à « il vaudrait mieux pour tout le monde qu’il s’en aille » (voir la vidéo ICI sur le site de la CGT PSA Aulnay).

 

Dans toute la CGT, c’est un cataclysme à caractère historique. Nous mettons en ligne ci-contre un copieux document qui compile l’ensemble des déclarations (originales) que nous avons trouvées, soit reçues directement sur le blog, soit rassemblées ici ou là. 83 déclarations, 150 pages, c’est plus qu’instructif et tout à fait inédit à la CGT (attention, 12Mo, c’est un peu long à télécharger). On en trouvera d’autres sur le site des libertaires dans la CGT, la compilation complète reste à faire !
On lira donc avec intérêt les réactions outrées des syndicats, des UL, UD et FD qui appellent à la démission et à un congrès extraordinaire, les fayots (comme les CR Aquitaine et Bretagne, ou l’UD 33) qui soutiennent carrément le secrétaire, les déclarations embarrassées de ceux qui le soutiennent sans oser l’assumer ouvertement (Energie, métallurgie…), les prises de position ambiguës des structures confrontées à des problèmes similaires (Commerce, Ports et Docks) etc.
Par ailleurs, nouveau fait tout aussi historique, la Confédération a été contrainte à réagir, à mettre en ligne tout un dossier, que nous avons sauvegardé ICI.

 

Nous ne reviendrons pas ici sur les soutiens plus ou moins francs du secrétaire général, dont on se demande comment on a pu arriver à le désigner à ce poste…
Parmi les critiques et exigences, on peut les distinguer de deux ordres.


Celles qui en appellent à la démission globale du Bureau Confédéral, et qui appellent le CCN à reprendre la main sur les affaires de la CGT. Il y a là un malentendu intéressé : en appeler au CCN, c’est imaginer qu’il peut mettre en œuvre une rectification, c’est défendre le CCN. Ce n’est pas notre cas ; nous voulons juste rappeler vite fait ici une petite liste des casseroles qui trainent dans la CGT, pour les organisations du CCN : le Commerce et ses turpitudes, les Ports et Docks et les pratiques mafieuses dans le nettoyage, la FERC et les embrouilles dans l’enseignement privé, la Santé avec les manœuvres de Prigent, l’Energie avec le CCAS EdF, les Cheminots avec les CER SNCF, les Territoriaux avec le CG59 et autres, l’intégration des militants CFDT aux Banques et Assurances, les embrouilles à la CGT Pôle Emploi (organismes sociaux) après la fusion ANPE ASSEDIC, la Construction avec les affaires Dalkia, Forclum, Cegelec il y a quelques années, les contradictions dans la Métallurgie (Nord Pas de Calais), la tentative de suppression de la CGT Chômeurs, les conflits à la NVO et au siège de Montreuil, etc. la liste est loin d’être close. Pour les départements, on les voit s’aligner sans sourciller sur les fédérations au moindre conflit, voir le Nord à propos du CG59, le Gard (avec ses propres histoires), le Bas Rhin avec le Commerce, les contradictions dans le 94 et ainsi de suite.
Imaginer donc que le CCN va pouvoir faire le ménage et la grande lessive est un doux rêve, et comme nous avons eu l’occasion de l’écrire, « ils se tiennent tous par la barbichette ». Ce qui explique d’ailleurs que Thierry Lepaon soit toujours là…
Par ailleurs, l’appel à la démission de la totalité du Bureau Confédéral apparaît comme radical, mais c’est un moyen d’escamoter le problème Lepaon d’une part, ainsi que l’appel à un congrès extraordinaire d’autre part : c’est ramener l’affaire à un « dysfonctionnement » collectif, c’est d’abord un contre-feu pour éviter que la contestation ne se répande, et qui en plus limite la discussion au sommet. Il est plus que probable que cette proposition vienne en soutien indirect à Thierry Lepaon, en le dédouanant de toute faute personnelle…


Ceux qui appellent à la démission immédiate de Thierry Lepaon et à convoquer un Congrès confédéral extraordinaire. C’est la position la plus correcte et nous l’appuyons. Non pas que nous ayons quelques illusions sur une supposée démocratie retrouvée dans la CGT et sur les résultats d’un tel congrès extraordinaire, mais c’est la position qui met les pieds dans le plat sans botter en touche et sans diluer les responsabilités (Lepaon démission, tout de suite !) et qui ouvre une nouvelle phase de débat général dans l’organisation sur la base de la catastrophe actuelle. C’est la position la plus favorable au débat de fond dans la CGT.
Nous invitons tous les syndicats et structures de base (les UL en particulier) à s’emparer du débat, à prendre position, à transmettre leur avis. Certains l’ont déjà fait (voir la compilation), mais il faut généraliser la protestation, et ne pas se contenter de la laisser entre les mains des responsables fédéraux ou départementaux. On notera avec intérêt que certaines de ces structures (comme l’UD 31) poussent dans le même sens.

 

Car ce qui se passe dans la confédération n’est pas d’abord une affaire de démocratie, comme le mettent en avant bon nombre de critiques, comme s’il suffisait de changer quelques responsables, quelques règles de fonctionnement, comme si l’orientation était bonne, mais pervertie par quelques éléments dévoyés… On voit poindre ici ou là quelques critiques, en particulier sur les positions récentes de la Confédération (dont les dernières prises de position sur la représentation du personnel – voir la déclaration du secrétaire de l’UD du Cher, ICI), mais cela reste conjoncturel et marginal.

 

Nous le répétons, et nous constatons que nous sommes bien seuls à oser aborder frontalement la question : il y a des centaines de Thierry Lepaon à débarquer à la CGT (voir l'article de ce blog ICI), et plus largement, c’est tout le système de cogestion du capitalisme qui est en cause. Gestion de la Sécu, des Mutuelles et Complémentaires santé, de l’UNEDIC, de la Formation Professionnelle, participation aux Conseils Economiques et Sociaux à tous les niveaux (national, régional…), aux multiples agences paritaires, gestion des Comités d’Entreprises (CCAS EdF, CER SNCF, Eurodisney ou partout ailleurs), on ne compte plus les responsables CGT investis, au sens propre, dans des structures de gestion, à gérer des dizaines de milliers, des centaines de milliers, des millions d’euros.
Que croyez-vous qu’il se passe ? Quand on a abandonné, depuis belle lurette, une perspective anti-capitaliste (rappelons-nous la CGT en mai 1968…), et bien l’habit fait le moine. C’est le même phénomène chez les hommes politiques, pareil : ils en croquent. Pas tous bien sûr, mais beaucoup, surtout quand on est investis dans ces structures.


« Rendre la CGT à ses syndicats » ?, bien sûr, mais sur quelle orientation ? Faut-il rappeler comment les positions réformistes se sont répandues à tous les niveaux depuis bien longtemps, sur tous les sujets, la défense du nucléaire et la méfiance envers l’écologie, la défense de l’emploi industriel capitaliste (voir encore le colloque organisé récemment par la CGT dans le Nord sur le sujet), du paritarisme, la régularisation des sans-papiers au cas par cas et le refus de défendre la régularisation sans condition, l'abandon dans les faits du combat contre la pénibilité et la sous-traitance à quelques rares secteurs prêts, la défense d’un service public hors de tout contenu de classe etc. etc. ce sont tous les articles de ce blog qu’il faudrait ici citer…

 

Derrière la crise de direction pointée un peu partout se cache une crise d’orientation, dont la première manifestation – limitée – est l’attitude à avoir relativement au gouvernement Hollande/Macron/Valls. La question est donc bien celle d’une orientation syndicale de classe, et de la rupture nécessaire pour y parvenir. Et ça ne va pas se faire dans la soie, et on voit bien tous celles et ceux qui vont s’accrocher, becs et ongles à leurs fauteuils… Imaginer le changement de la CGT par en haut est un rêve sans issue, dont font régulièrement les frais des générations de militants combatifs, purement et simplement éliminés parce que devenus gênants. Les derniers en date, les camarades du Conseil Général du Nord, débarqués à la veille des élections, provoquant la perte de 5 sièges sur 9 pour la CGT au CG…
La rupture, le retour au syndicalisme de classe passent par le débat, la bataille politique, l’affrontement sur l’orientation fondamentale, sur la séparation nette des intérêts des travailleurs et des intérêts du capital, sur la délimitation des camps, de qui sont nos amis et qui sont nos ennemis, et de ce que nous ne voulons plus dans cette société barbare… C’est à partir de là qu’on va pouvoir définir ce que nous voulons, et comment y arriver.
Et parmi les choses que nous ne voulons plus, c’est la collaboration de classe avec nos exploiteurs, c’est en finir avec une cogestion qui brouille les cartes et entretient la confusion…

 

L’appel « Pour défendre la CGT »
Nous avons reçu (au moins six exemplaires d’origines différentes !) un appel lancé début décembre à l’initiative de Charles Hoareau (Bouches du Rhône), des responsables régionaux et départementaux du Cher et du Centre, et de JP Page, ancien membre de la CEC et ancien responsable international de la CGT.
Projet d’appel qui aurait dû rester interne (?) pour certains, mais il est en fait largement public (voir ICI).
Ce texte appelle au départ immédiat des responsables indignes, a pour objectif de s’adresser au CCN à qui on doit « redonner tout le pouvoir », relève dans la CGT des dérives depuis « presque vingt ans » à partir des notions du « syndicalisme rassemblé », en appelle à un congrès extraordinaire qui donne la parole aux syndiqués, et à la résistance face aux politiques anti-sociales.
Seule initiative d’opposition large connue, elle a des aspects positifs (l’appel à la démission de Lepaon, à un congrès extraordinaire, la résistance face aux politiques antisociales du gouvernement) mais aussi des limites (l’appel au CCN, dater les dérives de la CGT d’il y a seulement vingt ans (la CGT en 68… ???), mettre en avant la démocratie pour résoudre la crise actuelle…).
Le débat a lieu très largement en ce moment dans la CGT, sur tous les sujets et tous les thèmes, avec ou sans cet appel. Alors, à chacun(e) de juger de l’intérêt de le signer selon les contextes,..

 

L’affrontement au gouvernement Hollande/Valls/Macron
Une chose est sûre. Une des démarcations au sein de la CGT porte sur l’attitude à adopter face au gouvernement. Un secteur important dans les syndicats (et pas d’abord dans les structures qui n’en sont que le reflet déformé) n’en peut plus du rouleau compresseur des attaques, les unes derrière les autres, sur tous les terrains, et appelle à une réaction claire et nette, organisée et centrale, à un plan offensif et ambitieux contre le gouvernement. Cela réunit les syndicats combatifs, tous les opposants, l’appel « Défendre la CGT » et bien d’autres, y compris parmi les responsables des structures, comme on a pu voir lors des manifestations du Front de Gauche, les 12 avril et 15 novembre.
C’est un premier pas positif, nous l’avons déjà dit, et s’il en sort quelque chose il faudra s’y associer. Mais cela ne fait pas une démarcation de classe, il y a bien des manières de s’opposer à Hollande, y compris dans des visions différentes de la gestion de la paix sociale…
L’heure est donc à la critique sur le fond de la direction et de l’orientation de la Confédération, en lien avec la crise du capital et des tentatives désespérées de le réformer, sous une forme brutale à la sauce MEDEF/Macron, ou sous une forme nuancée mais illusoire de capitalisme à visage humain…

 

  • Lepaon démission, tout de suite !
  • Il faut convoquer un congrès extraordinaire de la CGT !
  • Que tous les militants, syndicats et UL s’emparent du débat, que cent fleurs s’épanouissent, que le débat se généralise partout sur les orientations confédérales !
  • Non à la collaboration de classe dans la cogestion du capitalisme, vive le syndicalisme de classe !

 

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Publié par Où va la CGT ?
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