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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 09:17

Samedi 6 décembre 2014

Le secrétaire de l'UD CGT du Cher dénonce les positions confédérales sur le dialogue social

 

Nous publions ci-dessous un document du secrétaire de l'UD CGT 18 (qui date déjà un peu), relativement à la négociation en cours sur le dialogue social, et qui montre les évolutions en cours dans la Confédération, bien au delà des petites affaires minables de Thierry Lepaon.

C'est effectivement grave car il s'agit de transformer le syndicalisme d'affaire de militants, de lutte de classe en entreprise en syndicalistes d'experts et négociateurs. Nous partageons l'analyse de ce document avec une réserve : la responsabilité ne vient pas "de l'extérieur", de la CES, mais de la gangrène intérieure qui gagne du terrain, sous couvert de capitalisme à visage humain, de cogestion participative, d'économie sociale et solidaire, de développement humain durable et autres fariboles. Il y a toute une couche de dirigeants, à tous les niveaux du syndicat (de l'entreprise au Bureau confédéral) qui sont désormais convaincus que le seul enjeu est de réformer le capitalisme, de négocier les miettes avec les exploiteurs et tutti quanti.

Ce qui se passe à la CES en est bien sûr l'illustration. Mais plutôt comme conséquence que comme cause. Il ne s'agit pas là de pinailler, il y a un enjeu. C'est que la tâche est lourde. Il ne suffira pas de sortir de la CES (comme d'autres disent sortir de l'Europe, de Bruxelles ou de l'Euro) pour remettre la CGT sur la bonne voie. Il va falloir nettoyer les écuries, râcler la pourriture, débarquer non seulement quelques dirigeants corrompus mais retrouver une orientation syndicale anti-capitaliste qui ne permette pas à ces conceptions de trouver leur place.

En ce sens, la description calamiteuse de la "démocratie interne" à la CGT décrite par le camarade du Cher n'est que le reflet de cette gangrène : baronnies, autocratie, manoeuvres souterraines, coups fourrés et autres magouilles sont désormais le lot de notre CGT, comme au PS ou à l'UMP. C'est consternant, mais la triste réalité, qui doit nous renforcer dans notre conviction et notre détermination à revenir à un syndicalisme de classe (voir un article de ce blog, ICI), anti-capitaliste et révolutionnaire !


Union Départementale CGT des Syndicats du Cher

Bourges, le 18 novembre 2014

- Aux organisations du CCN

- A la direction confédérale

 

« Dialogue social : la CGT fait des propositions choc » : c'est par ce titre que « le Figaro » commence son article sur les propositions de la CGT dans la négociation sur le dialogue social.

 

Ce ne sont pas des propositions « choc » mais choquantes et inadmissibles pour le monde du travail et la classe ouvrière. Pour la première fois de notre histoire, la CGT veut « officiellement » abandonner les droits des salariés dans l'entreprise. Plus d'obligation d'élections de délégués du personnel dans les boites de plus de 11 salariés. Le patronat se frotte les mains.

Les membres de la délégation ont proposé un dispositif de commission paritaire locale en lieu et place des DP qui donnerait des droits mais à l’extérieur et seulement sur le volet social. Cela existe déjà dans l'artisanat (CPRIA) et le constat est très négatif dans les régions car le patronat n'en veut pas. Pour info la CGT Région Centre n'a pas signé l'accord et il n’y a pas de CPRIA dans la région. Nous ne voulions pas de pseudo comité d'entreprise au rabais.

Lors des élections dans les TPE (moins de 11), nous revendiquions des droits et des instances interentreprises puisque les salariés n'avaient absolument rien. Cela pouvait s'apparenter à un progrès social pour un grand nombre de travailleurs.

 

Avec la fin des élections de DP, c'est la fin du délégué syndical et du représentant de la section dans la boite. Belle avancée du droit des salariés et du syndicalisme ! Qui va négocier ? Le secrétaire du syndicat qui n'a aucun droit ni pouvoir ?

A quoi va servir le syndicat ou la section syndicale sans représentation légitime ? Et l’expérience nous fait dire que ce n'est pas dans des réunions extérieures que les revendications vont pouvoir être portées. Et que pouvons-nous penser de la fin du temps de délégation si précieux pour notre activité revendicative ?...

Ce syndicalisme à la sauce nord européenne, où tout se fait à l’extérieur par des « professionnels » du syndicalisme, des « experts » du droit social, des « technocrates » comme les dirigeants des grandes centrales en Allemagne ou encore en Suède, à la CES, nous n'en voulons pas. Ce sont les syndiqués, les militants dans les syndicats qui font la CGT dans les professions et l'interprofessionnel. Nous n'accepterons rien d'autre.

Dans le cas de figure qui nous intéresse, c'est un recul historique des droits acquis suite aux grèves de 1968 et de la reconnaissance du syndicalisme dans l'entreprise.

Sous prétexte de conclusion « réaliste », la confédération propose la fin du syndicalisme dans les entreprises. C'est une honte.

Encore une fois, la direction confédérale estime que le dialogue social, le compromis et le consensus sont l'alpha et l’oméga du rapport de forces. En y rajoutant l'unité, le réalisme et la morale, nous sommes en plein dans la doctrine du syndicalisme d'accompagnement que veut et impulse la CES.

 

Si nous revendiquons avec raison que nous sommes une organisation syndicale de conquête, de progrès social, de transformation de la société, nous devons être à la hauteur de notre idéologie. Mais là, nous pouvons constater que certains, dans l'organisation, ne sont pas dans cette optique, bien au contraire. Nous pouvons même aller plus loin, en considérant que ces camarades (si nous pouvons toujours les appeler camarades) sont dans la complaisance avec le gouvernement et le patronat, dans le moule de l’intégration dans l'Union Européenne, dans l'acceptation du capitalisme.

La recherche à tout prix du syndicalisme unitaire et rassemblé, consensuel et réformiste comme le demande la CES, amène nos dirigeants nationaux à des propositions les plus rétrogrades les unes que les autres pour l'ensemble des salariés. De plus, cela donne le sentiment pour nos militants d'une trahison de notre raison d’être et de notre histoire ainsi qu'un dégoût de la direction confédérale. Comme si il fallait en rajouter dans la période actuelle !

 

L'affaire de l'appartement a mis en lumière un total dysfonctionnement de la direction confédérale. Cette proposition ne fait que conforter ce qui a été dit au dernier CCN sur la mainmise de quelques-uns dans le processus de décisions.

Encore une fois où cette revendication (qui n’appartient qu'à celles et ceux qui en ont discuté si discussion il y a eu) a-t-elle été prise ? Nous n'avons rien vu dans les comptes rendus du bureau confédéral ni dans ceux de la CEC et la discussion n'a jamais eu lieu au CCN, comme nombre de sujets d’ailleurs. Est-ce que Thierry est au courant ou a-t-il découvert cette revendication dans la presse ?

La commission de travail émanant du CCN qui a été demandée, rejetée d'un revers de main par Thierry contre le CCN, qui je le rappelle est souverain, doit être mise en place. Et comme nous l'avons demandé, elle travaillera à éclaircir le travail réel de la CFC et sur les règles de vie dans les instances confédérales, en remettant s'il est nécessaire une démocratie et un pouvoir décisionnel au CCN et à la CEC. Pourquoi ce refus démocratique ? Je n'imagine pas les répercussions des camarades si de telles méthodes étaient pratiquées dans nos départements ou fédérations. Le secrétaire, qu'il soit confédéral, fédéral, régional, départemental, local ou de syndicat travaille, rend des comptes, propose, impulse sous le contrôle et l’aval de la direction de l'instance dans le cadre d'une démocratie la plus large. N'oublions pas une chose essentielle, le CCN élit le bureau confédéral et le secrétaire général. Ils travaillent donc sous le contrôle du CCN comme la CEC.

Sans revenir sur les statuts, je pense que la direction confédérale doit se soumettre à la décision du « parlement » de la CGT sans quoi sa légitimité sera, de fait, nulle et non avenue, puisque sourde à toute proposition démocratique ; et donc unilatérale. La position de la direction confédérale se doit d’être transparente et collective.

Nous devons avoir le débat sur des points essentiels que sont la Sécurité Sociale, la dette, le SMIC et l’ensemble des salaires, notre appartenance à la CES et à la CSI, l’intégration européenne et l’impact sur les salariés, le dialogue social et ses conséquences, les repères revendicatifs. Ces discussions doivent avoir lieu au CCN et nulle part ailleurs. Trop de décisions et ou revendications sont prises dans des lieux qui ne sont pas appropriés. Je pense aux espaces et certains bureaux d’influence où se discute à quelques-uns, l’avenir de millions de salariés, de retraités et de chômeurs. Ces pratiques doivent cesser.

Au regard de la confusion dans laquelle s’est terminé le CCN de novembre et le peu de légitimité qu’a obtenue la déclaration proposée par le bureau confédéral, la tenue d’un CCN extraordinaire doit avoir lieu en décembre afin de débattre sereinement de toute ces problématiques. Il en est de la responsabilité de chacun.

Je tiens à rappeler que ce courrier n’a pas pour but de diviser l’organisation comme certains voudraient le laisser entendre. Il doit permettre à toutes celles et ceux qui veulent que les choses changent, qu’elles s’améliorent, de pouvoir clairement et de façon audible s‘exprimer sur la conception et les revendications de la CGT.

 

Un militant de la CGT et accessoirement

Secrétaire Général du l’UD du CHER

Sébastien MARTINEAU

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Publié par Où va la CGT ?
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