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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 10:45

Vendredi 30 janvier 2015

Le Congrès du Commerce CGT, à l'image de la Confédération...

 

La séquence qui vient de s’achever a été l’occasion de voir pour une fois les directions de la CGT (CE et CCN) à l’œuvre en pleine lumière – on retrouvera la série d’articles de ce blog à ce propos ICI… Du moins un peu plus que d’habitude.
Le résultat est conforme à nos attentes, c’est-à-dire à un maintien du statu quo, accompagné de pas mal d’effervescence dans les syndicats, agitation qui n’arrive pas encore à déboucher faute de débat de fond et d’une opposition de classe digne de ce nom, faible et divisée (et nous nous mettons dedans).

 

Nous publions ci-dessous un compte rendu du Congrès de la Fédération du Commerce de novembre dernier, qui date un peu (il est restée dans les tiroirs du fait des affaires Lepaon, puis des attentats), contribution qui montre que les mêmes scénarios se passent à l’échelon inférieur, à l’intérieur d’une fédération – et nous avons des témoignages équivalents dans les UD. Et on peut retrouver la même chose à l’intérieur d’un syndicat…
Bon, ici ce n’est pas n’importe quelle fédération, le Commerce qui a une longue histoire (voir tous les articles de ce blog ICI). Mais le rapport du camarade est symptomatique des maux qui gangrènent notre syndicat à tous les étages, et qui aboutissent à des guerres de clans, de personnes, de chefs. Soit dit en passant, si on a découvert que la Fédération du Commerce a voté contre l’équipe Lepaon (ce qui en a étonné plus d’un…), c’est du fait du conflit qui oppose l’ancienne secrétaire qui s’est fait débarquer, Michèle Chay soutenue par Thierry Lepaon, et le nouveau Amar Lagha, qui traîne lui-même de lourdes casseroles financières lors de son passage à l’US Commerce du Rhône… Rien de politique donc, rien de positions de classe contre le réformisme, juste des règlements de compte internes.

 

Cela dit, à la base, le Commerce est un secteur dynamique, offensif, qui progresse dans nombre d’endroits sur des bases radicales, contre la sous-traitance et la sur-exploitation, nous en avons souvent parlé. Alors, un congrès minable, mais certains syndicats à fond sur des positions de combat !


Impressions sur le 14e Congrès de la Fédération du Commerce, de la Distribution et des Services à Vichy (24/28 novembre 2014)

 

En arrivant au soir du 23 nous sommes déjà étonnés de notre logement dans des hôtels trois étoiles, et plus encore au moment de notre premier repas dans un hôtel cinq étoiles situé en face du Palais des Congrès. Ce luxe est comme même indécent en regard de l’appauvrissement et la précarisation du salariat dans les secteurs du Commerce et des Services. Mais bon pour la fédé cela ne les choque pas apparemment… (Ah la belle aristocratie ouvrière !)

Faire le congrès dans une salle d’opéra où furent votés les pleins pouvoirs à Pétain, en voila une ironie, c’est tellement facile ensuite de dénoncer les idées d’extrême droite quand soi-même on assoit sur des règles d’une vie démocratique et qu’on se traite en pleine de séance de raciste !

 

Examinons dans un premier acte de cette triste comédie, comment se moquer du monde et mépriser des centaines de congressistes afin de sauvegarder un pouvoir et de continuer en s’en mettre plein les poches (le rapport de la CFC a été très éclairant à cet égard au contraire d’un commissaire aux comptes complètement complice qui a justifié les écarts de près de 100 000€ constatés entre le format papier et la publication sur internet des comptes de la CEF) au détriment de la CGT, de son image et de sa réputation. Comment justifier également l’utilisation d’une « Campagne étude » de plus d’un million d’euros en 2013/2014…

 

Après la pénible lecture d’un « rapport d’actualité » où sont évoqués pêle-mêle Iraq Syrie et qualité de vie syndicale, car il semble que pour certains la désespérance de jeunes à faire le djihad serait lié à un problème de vie syndicale… Et le rapport d’activité ? Circulez braves gens il n’est pas glorieux pour la fédé. Le règlement intérieur ? Il est transmis le jour même et dans son contenu il impose des membres du CAI dans le bureau du congrès…
Les premières protestations des camarades de l’US et de l’UD de Paris et le refus de toute discussion de la part de la « direction » du congrès soulignent la tension permanente qui sera le fil conducteur de ces cinq jours.
La constitution des commissions soulève aussi des interrogations puisque la liste des membres est déjà actée au moment de sa présentation ; après une vive altercation avec la CEF sortante celle-ci se permet d’élargir contrairement à leur règlement intérieur les commissions afin de pouvoir admettre des délégués de l’US de Paris. Du grand n’importe quoi en somme…

 

La présentation de la première résolution entraine de nouveau une passe d’arme entre cette CEF et les délégués parisiens car des amendements essentiels n’ont pas été retenus ; notamment en ce qui concerne l’ouverture du dimanche car le terme « s’oppose » est refusé pour maintenir « reste opposé » ce qui n’est pas la même chose. Les Parisiens arrivent à imposer le vote (ce qui la moindre des choses) après un non débat où la majorité des congressistes n’interviennent quasiment pas (cela sera souvent le cas). Une confusion s’installe immédiatement car le résultat est favorable pour l’amendement… alors comme à Poitiers les fédéraux organisent un second vote ! Et là, miracle le vote devient défavorable !
Bonjour l’ambiance et dans les couloirs ça gueule sec contre cette énième manipulation.

 

Le lendemain matin Thierry Lepaon intervient dans un discours insipide où il récite mécaniquement un texte passe partout. La présentation de la second résolution ne suscite pas d’intervention particulière ; en revanche pour la troisième, le conflit revient en force car le débat se place sur les notions de syndicalisme de service et de syndicalisme de lutte ; là aussi c’est l’incompréhension qui prédomine car les Parisiens passent pour des emmerdeurs aux yeux de la salle, même si en off beaucoup disent que le travail revendicatif à Paris est remarquable et que les dénonciations de la passivité de la fédé sont justifiés. Comme lors de l’intervention du camarade de Virgin qui dénonce avec force l’abandon pur et simple des salariés de sa boite (en vérité c’est l’US de Paris qui a du organiser la mobilisation nationale pour tenter de sauver les emplois puis permettre aux salariés de partir avec de meilleures indemnités). D’ailleurs la date du 16 décembre pour la mobilisation (initiée par cette même US) contre le travail du dimanche et le travail de nuit a été retenue comme une manif nationale par la fédé…mais la question se pose : pourquoi elle ne mobilise pas dans les régions alors que les moyens en matériel et en militant existent comme l'a démontré celle organisée par la seule US à Paris le 14 novembre où près de 2000 salariés ont défilé. Elle était autrement plus conséquente que cette pauvre manif artificielle devant la sous préfecture de Vichy…

En réalité le manque de réactivité de la salle peut dissimuler une gêne à intervenir dans le débat, à prendre position car n’oublions pas qu’après le congrès de Poitiers une purge a été faite contre les congressistes qui s’étaient opposés aux tricheries et aux violences; a contrario la séance sans grande intérêt consacrée à l’encadrement dans la CGT a suscité pas mal d’interventions sur la difficulté à être cégétiste et agent de maitrise voir cadre. Plus problématique a été ce moment où durant le visionnage d’un clip de la fédé sur la grève des Mc Do aux USA l’extrait d’un discours d’Obama qui prétend adhérer à un syndicat s’il avait bossé dans un resto a soulevé un torrent d’applaudissements dans la salle… le comble de la bêtise et de l’ignorance.

 

Dernier acte et pas des moindre fut celui où le syndicat HPE a dénoncé la candidature d’Amadou N’Diaye à la CEF ; en distribuant les jugements concernant ce personnage aux congressistes le syndicat a mis les pieds dans le plat (voir « Des Thierry Lepaon il y en a des centaines à débarquer à la CGT, l'exemple d'Eurodisney »). Revendiquant son acte après qu’Amar Lagha ait estimé que ceux qui ont fait çà ne sont pas digne de la CGT, le syndicat a courageusement tenu tête à la réprobation générale.
Rappelons à ce sujet que la veille, la secrétaire générale de l’US de Paris Céline Carlin avait également dénoncé la candidature d’Amadou N’Diaye lors d’une pitoyable réunion de la commission des candidatures ; pas un seul des quatorze membres présent n’a soutenu la camarade qui a préféré retirer les candidats de l’US Paris de cette sinistre CEF.

L’apothéose fut le lendemain lors des résultats connus de l’élection des membres de la CEF ; les scores médiocres des sortants sont réjouissants; Amadou N’Diaye a fini avant dernier… Dans une ambiance faussement star acadamy les heureux élus sont alors invités sur le podium mais alors qui va les applaudir dans une salle presque vide ? La nature ayant horreur du vide une Internationale retentit sur une tribune où personne ou presque n’en connait les paroles… Prenant la balle au bond, Karl Ghazi et Remi Picaud les ennemis jurés de la fédé (encore pire que les patrons !) poursuivent la chanson et comble de l’ironie leurs visages apparaissent à l’écran sur un tonnerre d’applaudissements. Comment retourner une salle en quelques minutes après cinq jours d’hostilités !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les structures
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