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6 décembre 2005 2 06 /12 /décembre /2005 19:29
Il s'agit d'un compte rendu déjà un peu ancien (8 avril 2004) paru dans Rouge, journal de la LCR.
Si nous le reproduisons, c'est qu'il montre bien les contradictions croissantes dans la Confédération et où en est réduite la direction confédérale pour contrôler la situation.
Ce qui se passe à la FTM n'a rien d'exceptionnel, dès que l'on sort des débats sans enjeux pour contester l'orientation dominante, le conflit devient très vite tendu.
"Où va la CGT"

Le congrès de la fédération des métaux de la CGT manifeste la persistance d'un courant critique fort. Mais la direction a tout fait pour réduire sa représentativité.

Le 37e congrès de la fédération métaux de la CGT (400 000 syndiqués en 1974, 66 000 aujourd'hui) s'est tenu du 29 mars au 2 avril [2004]. Cette fédération est traversée par un vif débat, apparu au 36e congrès, en 2000. Un amendement critiquant la loi des 35 heures avait alors été voté à la majorité, à main levée. La direction, décontenancée, avait exigé un vote par mandats et obtenu une faible majorité. Ceci révélait que, notamment sur l'action revendicative, un important débat traversait la fédération. La direction fédérale était obligée d'en tenir compte en représentant l'opposition, presque à la proportionnelle, à la commission executive (environ 25 %). Trois ans plus tard, le 47e congrès confédéral de la CGT (mars 2003) a donné le signal d'une normalisation générale, déjà observée dans d'autres fédérations. Ce n'est nullement un signe de bonne santé politique.
Cette fois, lors du débat de bilan, la moitié des interventions était de tonalité critique. Isabelle Banny (Longwy) a rappelé que les entreprises en lutte contre les licenciements (Daewoo, ACT, Danone) se coordonnaient seules, parce qu'"il n'y avait pas, dans la CGT, de volonté de faire converger les luttes". D'autres délégués (Ford Bordeaux) sont revenus sur l'attitude de la CGT au printemps 2003 et sur son refus, non pas d'appeler à la grève générale en claquant des doigts, mais de "préparer" cet objectif. Plusieurs syndicalistes ont critiqué le stupéfiant diagnostic partagé du Haut Conseil sur l'assurance maladie. "Comment partager un diagnostic avec le Medef", demande le délégué Ford. Cette question illustre la confrontation. Le syndicat de Renault-Cléon avait un mandat clair : "La fédération ne doit pas partager le diagnostic partagé, qui n'est pas un point d'appui." A main levée, cet amendement a recueilli beaucoup de votes (peut-être 40 %). Mais la présidence s'est gardé de les compter, préférant un vote par mandat. Les résultats ont alors été tout autre... Tout au long du congrès, ils ont tourné autour des mêmes chiffres : 80% pour la direction, 15 % contre, et 5 % d'abstention - dont celle du syndicat de Peugeot-Sochaux, qui a demandé sans succès le droit de partager ses mandats.

De nombreux délégués se sont inscrits dans un intéressant débat sur les conditions de travail (initiative nouvelle dans la CGT et facteur de renouveau syndical) ; avec notamment des femmes (21% à travailler dans la branche, mais 10 % des délégués du congrès), comme Pascale Dubois (métaux du Nord) : "Les femmes sont les premières victimes du harcèlement moral que les comités d'hygiène et sécurité.

Au total, plusieurs dizaines de délégués (sur 464) exprimaient la demande d'une autre orientation. Pour Robert Pelletier (Schindler), "refuser de qualifier la loi Aubry de point d'appui, dénoncer la participation au Comité de l'épargne salariale, dénier à l'accord sur la formation professionnelle le rôle de levier, ce n'est pas faire de l'obstruction, c'est refuser une dérive". Après maintes négociations, il était proposé à quatre délégués portant cette orientation de la représenter à la direction. Se sentant otages de la majorité, ils ont refusé.

Dominique Mezzi

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