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Jeudi 26 juin 2008
Jeudi 26 Juin 2008
Retraites : les ouvriers de Renault Douai à l'avant-garde !

La Confédération nous bassine avec ses revendications réformistes, l'abandon des 37,5 années, la défense de la retraite à 60 ans - alors qu'il n'y a pas si longtemps, c'étaient les 55 ans qui étaient à l'ordre du jour, pour toutes celles et ceux qui ne sont pas complètement amnésiques...
Le syndicat CGT de Renault Douai vient de frapper fort. Il a fait circuler dans l'usine une pétition exigeant la retraite à 55 ans et 50 ans pour les travaux pénibles (dont bien sûr le travail à la chaîne et en postes), renouant ainsi avec les revendications du syndicalisme de classe que nous défendons ici.
Pétition qui a quand même rassemblé plus de 1200 signatures sur 5800 salariés, ce qui n'est pas rien. Tellement pas rien qu'arrivée sur le bureau de B.Thibault, elle a fait des vagues. Il se dit que D.Sanchez (ex secrétaire des métallos) a été directement convoqué et sommé de s'expliquer face à ce qui apparaît comme un affront.
Les camarades de Renault Douai montrent la voie : ceui de la défense de l'intérêt ouvrier, sans concession, sans souci de la bonne marche de  l'entreprise et de l'économie, sans aucune forme de "réalisme économique" si à la mode aujourd'hui dans le syndicalisme. Ils défendent l'intérêt ouvrier, et rien d'autre, et ainsi séparent nettement les camps, celui du capital, et celui du travail. Et ainsi ils donnent aux syndicalistes de classe, aux militants révolutionnaires, les meilleures conditions pour avancer vers la libération de l'exploitation, pourvu que les plus avancés se retrouvent et s'organisent pour diriger le combat.
C
'est avec beaucoup de satisfaction que nous publions cette pétition : elle montre (comme d'ailleurs lors du congrès de l'UD 76) que dans la CGT, tout n'est pas perdu, qu'il existe un camp de lutte de classe. L'enjeu actuel, la question brûlante, c'est de regrouper les forces pour pouvoir s'opposer ensemble à la dérive réformiste de notre confédération !


La retraite à 60 ans c’est dépassé
A 55 ans c’est le progrès !


La journée de grève et de manifestation du 22 Mai, a connu un franc succès. Sur un plan national, 700 000 manifestants ont été recensés par les forces de l’ordre, ainsi que plusieurs centaines de milliers de travailleurs en grève, ce qui présage d’un nombre bien plus conséquent.

Dans notre établissement, l’usine Renault Douai (Georges Besse) les débrayages ont atteint un niveau rarement égalé, rassemblant toutes les générations et catégories de travailleurs. C’est bien la preuve, que les retraites, leur remise en cause, imprègnent la conscience des anciens comme des jeunes.

Sur ce point, les travailleurs nouvellement arrivés sur le marché du travail, considèrent, à juste titre, qu’à ce rythme, ils ne bénéficieront jamais d’une retraite digne de ce nom.

Les 41 annuités voulues par le Medef et le gouvernement sont bien entendu la goutte qui a fait déborder le vase, cependant de nombreux salariés du groupe revendiquent la retraite à 55 ans et 50 ans pour les travaux pénibles, le travail posté à la chaîne ou en production fait partie de ce schéma.

C’est pourquoi, nous devons allez beaucoup plus loin.  Il faut profiter de cette dynamique des luttes pour que notre revendication soit replacée au centre de la plate forme revendicative confédérale et fédérale, qui porte actuellement la retraite à 60 ans.

Après 3 ans d’échecs successifs dans les négociations sur la pénibilité, il est plus que temps de revoir notre stratégie qui s’avère pour le moins inefficace.
Dans ce sens, le syndicat CGT Renault Douai sollicitera ses syndiqués et sympathisants afin qu’ils s’adressent par une lettre pétition à Bernard Thibault.
Le but étant qu’il prenne acte et porte notre revendication sur la retraite dans les négociations qui se dérouleront à un moment ou un autre, au niveau national.



Monsieur le secrétaire général

Je vous demande de porter notre revendication pour la retraite à 55 ans et 50 ans pour les travaux pénibles.

Elle émane d’une consultation que le syndicat CGT Renault Douai, a effectuée  auprès de nous, qui reflète la réalité d’une dégradation des conditions de  vie et de travail que nous subissons au quotidien.

A l’heure, où tout le monde s’accorde à dire, que les négociations sur la pénibilité n’aboutiront jamais, il faut, que dans les futures négociations qui auront lieu au niveau national, vous engagiez, Monsieur Thibault, les discussions sur cette base.

NOM    PRENOM    SIGNATURE

Mardi 17 juin 2008
Mardi 17 juin 2008
12 juin : Meeting de l'UD CGT 75 en soutien aux sans-papiers

Le meeting organisé par l’UD 75 et Droits Devant ! Le jeudi 12 dans le 13e arrondissement a réuni plus de 1500 personnes. A plus de 80% des travailleurs sans papiers en lutte.

Cette forte participation, l’enthousiasme combatif de l’assistance et la participation de travailleuses sans papiers, permettent de mesurer le chemin parcouru depuis le meeting de Saint Denis en février. Deux mois de grèves, deux vagues d’occupation, témoignent de la détermination, et du courage de ces travailleurs qui sont sortis de l’ombre. Cela a été dit par les intervenants (Chauveau de L’UL Massy, JC Amara de Droits Devant, une femme sans papiers, deux grévistes, Une militante de Femmes Egalité, E. Terray et Francine Blanche pour la Confédération CGT) qui soulignaient la dynamique de la lutte qui devait être menée “ jusqu’au bout ”. L’intervention de Fanta, travailleuse gréviste, a été particulièrement forte. Elle dénonçait la situation de fragilité des femmes qui permet de leur imposer des conditions de travail les plus difficiles. Mais, elle n’en resta pas au constat. “ Sans papiers n’est pas une fatalité, dit-elle, battons-nous pour notre droit. Personne ne le fera à notre place. C’est nous et nous seuls qui pouvons résoudre cette question, avec l’appui des syndicats, des associations. Je dis aux femmes gardons l’espoir dans la bataille qui ne fait que commencer. Oser lutter, C’est oser vaincre ! ”.

Chauveau reconnaissait que le compte n’y était pas en terme de régularisation. Mais le ton était pourtant plus à la satisfaction (voire à l’auto satisfaction), qu’à donner des perspectives au mouvement. Bref si Chauveau affirmait qu’après “ ce meeting, il ne fallait pas en rester là ”, à part la préparation d’une troisième vague, rien n’a été dit quant aux moyens de renforcer l’unité autour du mouvement. Plusieurs questions ont été ainsi esquivées.

Pourquoi luttons-nous ? Pour l’UL Massy, Droit Devant, Femme Egalité, la CGT confédérale, l’objectif est la régularisation des travailleurs sans papiers “ Ils bossent ici, ils vivent ici, ils restent ici… ”. Seul E Terray, parlant au nom du collectif contre une immigration jetable, a affirmé (avec beaucoup de prudence) que le but était la régularisation de tous les sans papiers, exigence absente de toutes les autres interventions.

Quelle est la nature de notre adversaire ? La logique de classe de la politique gouvernementale n’a pas été dénoncée. Chauveau critique seulement “ la machine bureaucratique qui essaie de décourager ”, les “ préfectures qui n’ont pas véritablement engagé le processus de régularisation ”, “ le gouvernement au milieu du gué ” ou “ aveugle ”. Francine Blanche lance un “ appel solennel au gouvernement pour qu’il fasse respecter l’égalité de traitement entre les préfectures, et à l’intérieur de chaque préfecture ”. S’agissant des obstacles mis aux régularisations, elle demande au gouvernement “ si vous voulez changer la loi dites le ? ” (Sans doute en référence à la directive de janvier).  Bref, plutôt que de combattre une politique organisée de division, ces intervenants dénonçaient l’incohérence, l’inconséquence d’un gouvernement, semant ainsi des illusions sur la nature et la détermination de l’adversaire. Amara (Droits Devant !), seul, porta une critique politique au gouvernement en le qualifiant comme “ le plus réactionnaire depuis longtemps ”

Ces déclarations révèlent une attitude conciliatrice, conséquence logique de la volonté de la direction du mouvement de jouer sur la “ brèche ” que comporterait la circulaire de janvier. Il ne s’agit pas de lutter contre les lois de division de la classe, mais d’exploiter les contradictions de la directive. Alors en bons syndicalistes réformistes, on évite de désigner le gouvernement bourgeois comme un adversaire. On le ménage comme un interlocuteur ou un partenaire nécessaire avec qui négocie, même si on affirme par ailleurs qu’il ne cédera que sous la poussée des luttes. La conclusion grandiloquente de Francine Blanche “ Gouvernement dépêchez-vous de régulariser avant que ça explose ! ” est donc un appel à la raison de celui-ci, non à la lutte de classe.

Intervention d'Emmanuel Terray au meeting CGT des travailleurs et travailleuses en grève Halle Carpentier 75013 Paris 12/06/08

« J'interviens au nom des associations réunies dans le collectif Uni(e)s contre l'Immigration Jetable, et je voudrais tout d'abord m'adresser aux travailleurs en grève et leur dire : chers camarades, voilà des années qu'on attendait et qu'on espérait un mouvement comme le vôtre. Depuis des années, en effet, plusieurs organisations syndicales, la CGT, Solidaires, la FSU et d'autres apportaient leur soutien au mouvement des sans papiers; mais nous étions nombreux à leur dire : vous soutenez les sans-papiers comme sans-papiers et c'est très bien, mais il faudrait passer à la vitesse supérieure et les soutenir comme travailleurs, parce que ce sont les travailleurs les plus exploités de ce pays. Et bien, depuis le 15 avril, voilà qui est fait, et bien fait, et nous vous disons de tout cœur : bravo.  L'action que vous avez engagée avec la CGT, Droits Devant !!, l'organisation Femmes-Egalité et les organisations qui vous ont rejoints, cette action représente un tournant essentiel dans l'histoire malheureusement déjà longue du mouvement des sans-papiers. Un tournant essentiel, parce que vous avez apporté à la connaissance des citoyens et des citoyennes de ce pays trois évidences que le gouvernement s'acharnait à leur cacher.

Première évidence : les sans-papiers sont des travailleurs et des salariés comme les autres, ils ont des contrats de travail, des bulletins de paie, ils paient leurs cotisations sociales et leurs impôts comme les autres et il est plus que temps de leur reconnaître leur place et leurs droits comme aux autres salariés.
Deuxième évidence : un certain nombre de secteurs importants de l'économie française – le bâtiment – travaux publics – l'hôtellerie – restauration – la sécurité – le nettoyage – l'aide à la personne – fonctionnent largement grâce au travail des hommes et des femmes sans-papiers. Ces hommes et ces femmes jouent donc un rôle décisif dans notre économie et là aussi, il est plus que temps de le reconnaître.
Troisième évidence : voilà des années que des employeurs sans états d'âme exploitent en toute illégalité le travail des sans-papiers avec la complaisance, sinon la complicité de l'administration et du gouvernement. Bien sûr, ils nous disent : «  On ne savait pas ». Foutaises. En réalité, les uns ne voulaient pas savoir  et les autres fermaient volontairement les yeux. Mais maintenant les travailleurs sans-papiers sont sortis au grand jour et il est fini, le temps des faux-semblants, des mensonges et des hypocrisies : chacun  est placé devant ses responsabilités, et chacun devra les assumer clairement.

Encore deux points. Premier point, il faut se réjouir de l'unité qui s'est fait autour de votre action : unité syndicale d'abord, unité des associations et de tous ceux qui soutiennent le mouvement des sans-papiers, ensuite il faut renforcer encore cette unité, parce que nous savons bien que nous ne gagnerons qu'en pesant tous ensemble dans la même direction contre notre adversaire commun, le gouvernement.
Dernier point. Bien entendu, tous ceux qui sont dans cette salle luttent pour le même objectif : la régularisation de tous les sans-papiers avec carte de 10 ans, et notre combat ne prendra fin que quand cet objectif sera atteint. Mais nous n'avons jamais été des partisans du tout ou rien, et nous avons toujours saisi les possibilités qui se présentaient grâce à nos luttes de remporter des victoires partielles, étapes vers la victoire finale. C'est ce que nous avons fait en 2006 avec les familles d'enfants scolarisés, c'est ce que nous faisons cette année avec le travail. Une brèche a été ouverte ; le gouvernement voudrait bien la refermer, et c'est pourquoi il cherche à gagner du temps, et à faire pourrir la situation. A nous au contraire d'élargir cette brèche, et d'y faire rentrer, après les grévistes d'aujourd'hui, tous les isolés, tous ceux qui sont payés de la main à la main, en liquide, à la commande ou à la journée. Car tous les sans-papiers sont des travailleurs et si on régularise sur la base du travail alors il faudra bien que tous les travailleurs sans-papiers soient régularisés. »
Avec qui lutter, pour renforcer le mouvement ? Seul E Terray dit “ qu’il fallait renforcer l’unité autour de cette lutte, pour agir ensemble (syndicats, associations CSP) dans la même direction contre le gouvernement ”. La construction de l’unité nécessaire de tous les travailleurs dans cette lutte n’a pas plus été abordée. Pourquoi ? Parce qu’elle est considérée comme déjà acquise par les principaux intervenants. Chauveau, Amara, comme Francine Blanche se félicitent que “ l’opinion publique soit favorable à cette lutte ”. Pourtant les travailleurs régularisés et les travailleurs français sont bien peu représentés dans ce meeting.  Or, si “ les travailleurs sans papiers sont les travailleurs les plus exploités de ce pays ”, nous ne pensons pas, à “ Où va la CGT ”, que l’unité et la solidarité active de classe soit acquise. Si elle l’était, nous serions en meilleure posture pour imposer la régularisation de tous les sans papiers. Comme le fait remarquer un camarade sans papiers, si c’était vrai, les syndicats et les associations pourraient appeler à une heure ou deux de grève de tous les travailleurs en soutien à l’exigence de régularisation de tous les sans papiers. Cela, dit-il, aurait un tout autre poids. Nous en sommes loin, pour construire cette unité il faut combattre les idées fausses qui existent parmi les travailleurs, et à partir de positions de classe sur lesquelles la direction confédérale CGT n’est plus.

Au nom de quoi la grève des travailleurs est-elle légitime ? La plupart des orateurs ont souligné qu’en rentrant en grève les sans papiers ont fait la preuve qu’ils sont des travailleurs comme les autres, même s’ils sont les plus exploités. Il est juste de dénoncer l’hypocrisie d’un gouvernement qui prétend lutter contre un travail dont il tire profit (impôts, cotisations sociales) et qui fait fonctionner, comme celui des autres travailleurs, l’économie de ce pays. Mais cela ne justifie pas de fonder la légitimité de la régularisation par le risque que “ fait courir le licenciement massif de sans papiers à certaines branches qui sont assises sur le travail des sans papiers ”, comme
s'en préoccupe Francine Blanche, et d'ailleurs aussi l'UCIJ. En conséquence donc, la régularisation devient pour elle la “ seule solution réaliste pour l’économie et les travailleurs ”. Nous sommes avec les travailleurs sans papiers, parce que la régularisation des sans papiers et l’égalité des droits entre tous les travailleurs sont dans l’intérêt de la classe ouvrière toute entière dans sa lutte contre la bourgeoisie, et pas pour défendre “ notre économie ”.

La CGT à l’offensive avec les sans papiers ? Premier étonnement : que l’UD CGT 75 qui appelle au meeting ne prenne pas la parole ? Deuxième étonnement le consensus quant au soutien unanime de la CGT. Francine Blanche lit en conclusion de la réunion un message de Bernard Thibault qui assure les sans papiers de l’investissement résolu de la CGT “ à leur coté pour leurs revendications et régularisation. Le gouvernement doit accélérer la régularisation ”. Troisième étonnement : quant à l’engagement de la CGT. Francine Blanche se félicite de l’engagement des militants qui se donnent à fond pour le soutien. Cela est vrai. Mais il ressort de son intervention qui égraine les prénoms de tous les militants engagés dans le soutien que c’était un effort porté par des camarades qui se donnent à fond, et bien peu celui, collectif, des structures syndicales ou des directions syndicales. Le message “ sympathique ” de Bernard Thibault n’y change pas grand chose. Ni la présentation qu'en fait Raymond Chaveau dans
une récente interview au Monde, où il reconnait l'énorme pression des sans-papiers pour un développement de la lutte, mais aussi implicitement les freins dans la Confédération.

Jeudi 5 juin 2008
Jeudi 5 juin 2008
Sans-papiers : tentative de faire le point
[Mise à jour importante au 8 juin 2008]
[deuxième mise à jour 15 juin 2008]

Presque deux semaines qu'un article n'a pas été publié sur le sujet sur ce blog. Un signe évident, celui d'un certain enlisement.
Tentons de regrouper les informations qui nous sont arrivées, et nous invitons surtout nos lecteurs à réagir, soit pour apporter de nouvelles informations, soit pour confirmer ou infirmer les éléments d'analyse ci-dessous, qui sont bien parcellaires.

Concernant les régularisations.
Le 29 mai : 54 salariés grévistes auraient leurs papiers à Paris :
  • 23 chez PAPA,
  • 8 chez Fabio Lucci
  • 9 salariés sur le chantier Xiantrailles dans le 13ème arrondissement
  • 2 de l'entreprise Bateg (78), 7 de l'entreprise Deremet (92).
  • 5 à la Pizza Marzano
  • 9 chez Market
  • 2 salariés de CDT (BTP), en grève dans le 17ème, un de chez Barrio Latino et un autre de Barlotti, en grève dans le 12ème, ainsi que 6 autres du restaurant Breteuil, dans le 7ème, sont convoqués aujourd’hui (le 29).
Dans l'Essonne, voici le bilan donné par le Collectif des sans-papiers de Massy :
Des récépissés de trois mois en vue de leur régularisation ont été délivrés par la Préfecture del'Essonne et d'autres Préfectures de la région parisienne.
  • Duca : 3/5 à Grigny
  • Véolia : 14/19 à Wissous
  • Millénium : 32/47 à Igny
  • Samsic : 5/7 à Massy
  • Stern : 2/12 à Verrières le Buisson
  • BBF : 18/20 à Ormoy
  • Europe service : 9/13 à Evry
A ces 83 régularisations (provisoires), il faut ajouter celles de 21 anciens employés de Buffalo Grill qui n'avaient pas été régularisés à la suite de leur grève de l'année dernière.

D'autres régularisations ont eu lieu en banlieue (92, 93, 94) mais on est très très loin du compte.

Concernant l'élargissement de la lutte
Tout d'abord, le constat est fait qu'il n'y a pas d'élargissement en province. La direction confédérale de la CGT a semble-t-il fait diffuser largement la note confédérale de F.Blanche et R.Chauveau du 2 mai, mais non pas pour élargir la lutte, comme cela pourrait le laisser penser, mais pour le freiner. Il y est en effet écrit que tant que la première vague n'est pas régularisée on ne fait rien. Par ailleurs, nous voyons que là où il y aurait un potentiel de départ, la CGT locale freine des quatre fers. Ainsi, nous avons eu connaissance d'un message du l'UD du Nord daté du 3 mai particulièrement significatif :
"Travailleurs sans papiers :
Trois cas individuels ont été recensés
Il va de soit que la régularisation des sans papiers avec la CGT et les syndiqués sans papiers de la région parisienne ont engendré des espoirs de régularisations individuelles. Mais parce que nous sommes une
organisation, parce que nous sommes responsables, il convient de ne pas faire n’importe quoi.
L’explosion médiatique, la sortie de l’ombre des salariés sans papier n’est pas du au hasard. Cela fait plus d’un an que ces salariés ont construit avec la CGT des sections syndicales et des revendications pour leur régularisation.
Ceux sont donc des syndiqués qui par leur nombre et leurs actions ont su rendre insupportable l’idée de ne pas être régulariser. Il en va autrement des isolés.
Une circulaire d’avril 2008 tend littéralement une souricière aux sans papiers qui souhaiteraient une régularisation puisqu’ils doivent se présenter physiquement et dès lors ils sont interpellés et mis en centre
de rétention avant expulsion.
Parce que la CGT est une organisation, son rôle est d’organiser les salariés pour se défendre et gagner des droits. Une note pratique et d'infos rédigée par la Confédération devrait nous parvenir ces jours ci"
Trois cas seulement dans le Nord, on croit rêver, il faudrait demander au CSP 59 ce qu'ils en pensent ! Et même trois cas, c'est encore trop, il est urgent d'attendre et d'être responsable...

Ensuite, partout le conflit est localisé, circonscrit localement. C'est à dire que la grève se mène au cas par cas, entreprise par entreprise, et surtout sans généralisation, échange, rencontres autres que locales. Alors qu'il y a une multitude d'initiatives et d'expériences qui mériteraient au moins de se retrouver et de se confronter. "Tous ensemble" ne devrait pas être qu'un slogan ! Donc sans moyen de constituer une force politique globale face au gouvernement. La CGT veut conserver son rôle d'interlocuteur privilégié,  et ne veut pas d'élargissement. Comment imaginer gagner ainsi face à la bande Sarkozy - Fillon - Hortefeux ?
Dans un article précédent, nous avions critiqué la CGT d'être "à l'arrière-garde" du mouvement, c'était peut-être un peu excessif (on nous l'a reproché), mais en tous les cas elle tire de toutes ses forces en arrière. C'est d'ailleurs proprement stupéfiant quand on voit la popularité de ce conflit parmi les militants de la CGT à l'occasion des rencontres et congrès divers. Par contre en certains endroits, des tentatives sont faites pour dépasser la tactique verrouillée de la Confédération. Ainsi ce tract de l'UD CGT des Alpes Maritimes qui appelle à la manifestation du 17 janvier en mettant les sans-papiers au premier plan, pour les regrouper, pour les faire apparaître publiquement, en faire une question politique !

Concernant la région parisienne, l'élargissement semble de plus en plus confus et anarchique. Des entreprises sont rentrées en grève de manière impromptue (Griallet à Montreuil), des grèves s'ouvrent dans des restaurants ou des entreprises, au fil de la motivation des travailleurs et des collectifs de soutien, sans plus aucune planification et d'organisation véritable. La notion de "vague" parait complètement dépassée, et on ne voit plus de pilote dans l'avion. Encore ces jours-ci, deux nouvelles entreprises occupées à Roissy, en pleine enceinte de l'aéroport, comme le rapporte un article du Parisien :
"Aéroport de Roissy
Deux nouvelles usines occupées par des sans-papiers Marie Poussel
vendredi 06 juin 2008 | Le Parisien

«SI LES GENS savaient ce qu'ils triment pour que les autres voyagent ! » C'est le cri du cœur de Gilles Reboul, un délégué CGT d'Air France. Hier, il est venu donner un coup de main à ses « collègues pas encore syndiqués ». A 14 heures, une vingtaine de sans-papiers travaillant dans une usine de Roissy se sont mis en grève.

Ils ont décidé d'occuper leur entreprise pour se faire régulariser. Dans la matinée, ils étaient également une quinzaine dans une autre société, toute proche, Partenair. A quelques mètres de la gendarmerie aéroportuaire, ces dizaines de travailleurs de l'ombre risquent tous les jours, en allant travailler, de se faire expulser. Pour la plupart sénégalais, ils passent leurs journées à laver les serviettes des voyageurs ou à adoucir les couvertures polaires. « Nous travaillons pour Corsair, Emirate Airlines et toutes les plus grandes compagnies », témoigne un intérimaire de 27 ans. « Depuis dix-huit ans, c'est la première fois que nous nous mobilisons comme ça », enchaîne un représentant du personnel. « Ils craignaient de se mettre sur le devant de la scène par peur de représailles, précise Thierry Bigeon, de la CGT. Mais en entendant les différentes actions menées dans la région, ils se sont dits Pourquoi pas nous ? » Dans l'après-midi, ils ont été reçus par un représentant de la direction.

« Il s'est engagé sur une augmentation et sur un dépôt des dossiers en préfecture en vue de la régularisation et à embaucher les intérimaires de longue durée... » se réjouit Serge Nybelen, secrétaire général de la CGT.
Une direction qui semble aller dans le sens des travailleurs même si le « combat est loin d'être terminé ».

Un raisonnement partagé par Serge Simon, le directeur de Partenair, l'autre entreprise à se mobiliser hier. « Pris de court », ils sont treize à s'être mis en grève. Squattant la moquette du secrétariat et les couloirs, ces treize CDI ne veulent pas lâcher l'affaire.

Pourtant, il y a eu des prémices. En décembre dernier, lors d'un contrôle, quatre salariés sont arrêtés par la police, faute de papiers en règle. Relâchés le lendemain, ils reprennent le travail normalement. « Il y a deux jours, j'ai été convoqué au commissariat, raconte Serge Simon, le chef d'entreprise. Les policiers m'ont expliqué que j'engageais ma responsabilité pénale en embauchant des sans-papiers. Je les ai donc mis à pied à titre conservatoire le temps de trouver une solution », se dédouane-t-il. Une décision qui a poussé les salariés à se mettre en grève. « Je suis de bonne foi, plaide le chef d'entreprise. J'ai besoin d'eux pour faire tourner mon entreprise. Ils sont formés. Je m'en remets complètement à la décision du préfet. »


En d'autres endroits, c'est l'inverse. Les grévistes de Paristore (94) expulsés par jugement de leur occupation n'ont pas été encouragés par la CGT à occuper un autre magasin, comme ils l'avaient envisagé, et ont dû se replier sur Métalcouleur à Bonneuil. A Vitry, un collectif local (sur deux foyers) de sans-papiers s'est fait accueillir de manière glaciale par l'Union Locale CGT et rembarrée au prétexte que la CGT ne s'intéresse qu'aux tranvailleurs en entreprise... Là, c'est le pied à fond sur le frein !
Enfin, chaque fois que cela a lieu, le soutien aux sans-papiers est porté par une poignée de militants déterminés, et pas du tout par la CGT dans son ensemble. Alors que la confédération sait mobiliser massivement quand elle veut (voir l'opération en cours pour le 17 juin, un million de manifestants annoncés, le rouleau compresseur  est lancé dans la CGT !) elle ne fait rien pour soutenir, élargir, aider les militants du soutien aux grévistes sans-papiers. C'est évidemment un choix politique, car le soutien à une grève nécessite une logistique et une popularisation extrêmement importante, sans parler des démarches administratives.
En conclusion, la direction de la CGT semble naviguer à vue, un peu dépassée par l'opération qu'elle a lancée, mais faisant tout pour en garder le contrôle par en haut.

Par ailleurs, les syndicalistes de classe ne semblent pour l'instant pas en capacité de développer le mouvement par eux mêmes, à la fois du fait de leurs forces et du poids de la CGT sur le mouvement face auquel il est impossible de faire l'impasse. Même les militants à l'initiative des grèves (UL Massy) semblent actuellement mis sur la touche par la Confédération. C'est aussi le problème auquel sont confrontés les militants de SUD et de la CNT qui tentent de leur côté d'élargir la lutte. Et comme  l'affrontement d'orientation à l'intérieur de la CGT reste feutré et interne, sans démarcation et conflit ouvert, et bien rien ne bouge... C'est un des constats majeurs de la situation actuelle.

Concernant l'occupation de la Bourse du Travail par la CSP 75
Contrairement à des rumeurs qui avaient circulé sur l'évacuation par  le service d'ordre de la CGT, la phase actuelle (mais pour combien de temps ?) est celle de la négociation. Une première réunion a eu lieu le 1er juin (dont voici
le compte rendu), une autre a lieu le 8 juin, et voicici-dessous le dernier communiqué des délégués. On notera une nouvelle fois que l'enjeu semble se cristalliser sur la question des dossiers, alors qu'à l'évidence le problème n'est pas là. Solidaires en a encore fait l'amère expérience, puisque le dépôt de ses dossiers en préfecture a été proprement refusé... Par ailleurs, le communiqué du 1er juin pose de manière intéressante la question de l'élargissement et de la coordination du conflit lui-même.
"Communiqué des délégués de la coordination   75

A l'issue de la réunion d'hier soir, où il y avait une délégation de l'intersyndicale, et 4 associations représentées chacune par une personne (Gisti, Cimade, Mrap, autremonde), et une dizaine de responsables de la Coordination 75.
Nous avons fait remarquer que la coordination n'avait pas été prévenue de la présence des ces membres des associations, qui, de plus, ne nous soutiennent pas depuis que nous sommes à la bourse du travail.

Voici les propositions faites par les sans papiers à l'intersyndicale :
- dépôt de dossiers groupé et suivi
- parrainage par les syndicats
- appui par rapport aux employeurs (et aux syndicats patronaux)

Une commission a été mise en place avec un représentant de chaque  organisation syndicale, plus cinq délégués de la coordination 75. La première réunion de cette commission devrait avoir lieu demain mercredi.
Je suis d'accord pour que les associations soient associées à cette commission mais j'attends la confirmation de tous les délégués. Je propose aussi que nous choisissions nous mêmes des personnes que nous jugeons compétentes, qui sont en même temps nos soutiens  depuis le début.

A titre personnel, je pense que nous sommes capables de traiter les dossiers  des sans papiers qui travaillent, avec feuilles de paye, contrats de travail etc ... nous faisons ces dossiers depuis des années.
Par contre, les dossiers des sans papiers qui n'ont ni feuilles de paye, ni contrat de travail, sont plus difficiles à préparer et là, peut-être que les associations pourraient les appuyer.

Nous ne souhaitons pas nous dessaisir des dossiers.
Nous pensons que l'intersyndicale est très bien placée pour défendre nos dossiers auprès des employeurs et des syndicats patronaux, ainsi que des préfectures.
On ne quittera pas la bourse du travail sans avoir des réponses claires à nos revendications, ni des engagements très précis de la part de l'intersyndicale.

Une rencontre au Ministère nous semble nécessaire car de nombreux sans papiers qui occupent actuellement la bourse n'habitent pas Paris, et les rapports avec les Préfectures risquent de n'être pas simples, sans décision expresse du Ministère.

Rappel : REUNION DE TOUS LES COLLECTIFS SANS PAPIERS DE FRANCE LE DIMANCHE 8 JUIN A 11 H 00 À LA BOURSE
Sissoko

Mercredi 28 mai 2008
Mercredi 28 Mai 2008
Amiante : la FNIC critique le Bureau Confédéral

Nous publions ci-dessous un courrier envoyé par la FNIC au Bureau Confédéral et qui vient d'être publié dans le "Courrier Fédéral" N°457 du 23 mai, et pas encore en ligne sur le site de la Fédération.
Ce texte, quoique technique, est important à plusieurs titres :
  • Il souligne un recul important apparu récemment et de manière anodine dans un texte commun, avec l'apparition de la notion "d'exposition importante", alors même que la conférence médicale de consensus de 1999 précisait qu'aucun seuil minimum d'exposition ne pouvait être défini pour juger des conséquences;
  • Il montre où la volonté du syndicalisme "rassemblé" et de la recherche de l'accord à tout prix peut mener : à des reculs très importants. Nous sommes d'ailleurs très surpris de trouver la signature de l'ANDEVA à ce document, association qui nous avait habitué à plus de rigueur - d'ailleurs ce document est introuvable sur son site; [correctif 30 mai : trouvé difficilement sur le site de l'ANDEVA ICI]
  • Enfin, il souligne le style de travail de plus en plus bureaucratique de la Confédération, de la transformation du syndicalisme collectif de lutte en syndicalisme d'experts et de cabinets...
Un document tout à fait révélateur, et grave dans son contenu !
Montreuil le 22 avril 2008

Chers camarades,

La Fédération Nationale des Industries Chimiques déplore de voir que
la déclaration commune du 13 mars 2008 des cinq confédérations (CGT, CFDT, CFE-CGC, FO et CFTC) ainsi que de la FNATH et de l’ANDEVA comporte une position inadmissible en faisant état « d’une exposition importante ». Ce qui est au moins aussi injuste, si ce n’est plus que le système actuel, et qui ouvre la porte à bien d’autres reculs.

Avec une telle argumentation, on en viendrait à cautionner des teneurs en produits nocifs pour les tableaux des maladies professionnelles, et à accepter la notion de seuil pour les produits cancérigènes (ce que le ministère refuse, pour le moment en tous cas) en deçà duquel une pathologie ne pourrait se déclencher. Il est important de noter que l’amiante est un cancérigène connu et reconnu et qu’il n’y a pas de raison, pour le patronat, que ce qui vaut pour l’amiante ne vaille pas pour les autres cancérigènes. Une fois la brèche ouverte, les chambres patronales ne se priveront pas de s’y engouffrer, avec notre bénédiction.

Mettre en avant la notion d’ « exposition importante », c'est-à-dire que les expositions faibles n’auraient fait aucune victime, c’est cautionner l’idée que seule une exposition importante peut être nocive pour la santé. C’est à la fois, faux scientifiquement (en tous cas pas généralisable), et ce n’est pas forcément la réalité dans la poupart des industries. Et pourtant, les maladies professionnelles sont nombreuses, bien plus que celles reconnues.

Qui dit « exposition importante », ou « faible » d’ailleurs, dit mesurage. L’amiante est interdite depuis 1996 (2001 pour quelques dérogations).
  • Qui va dire quelles étaient les réalités des expositions à l’amiante avant cette date ?
  • Qui nous dira comment mesurer les expositions passées ?
  • Qui est habilité, ou sera habilité, à dire que telle ou telle exposition passée était « importante » ? Les experts ?
  • Pour ce qui concerne l’amiante, la référence aux experts est particulièrement mal choisie. N’est-ce pas sur la base de l’avis des experts vantant les qualités de ce produit (pas cher, efficace, naturel…) que l’on a empoisonné des milliers de personnes ?
Les malades d’aujourd’hui sont le résultat des expositions d’avant 1996, sans précaution et sans information aux salariés.

Il faut souligner les pressions du patronat pour mettre en avant les systèmes dits « clos » mais qui présentent des défaillances quotidiennes entraînant des expositions récurrentes des travailleurs.

La déclaration peut le réconforter dans son lobbying.

Quant aux
VLEP, dont la tendance est de fixer des niveaux de plus en plus bas (ce qui s’oppose à la notion d’exposition importante), elles ne sont pas des limites en dessous desquelles personne, aucun travailleur, ne sera touché par une pathologie. Les VLEP aussi faibles soient-elles ne garantissent pas contre la maladie.

Le patronat qui est très actif pour minimiser les expositions des travailleurs – il suffit de voir les réserves qu’il émet quand les CPAM font les enquêtes en vue de reconnaissance des maladies professionnelles – sera ravi de l’aubaine qui nous lui apportons.

Le but affiché et unique du groupe de travail mis en place par le gouvernement est de rogner fortement les dépenses à la charge de l’ACAATA. Ce n’est pas d’assurer une plus grande justice dans la désignation des personnes pouvant entrer dans ce dispositif. Un des moyens de réduire le nombre des bénéficiaires sera de recourir au critère de « l’exposition importante », l’autre moyen sera le recours aux experts en exposition, deux moyens qui auront la bénédiction des représentants des salariés, ce qui est pour le moins regrettable.

Retenir la notion « d’exposition importante » va entraîner le recours à des avis de pseudo-experts, y compris probablement dans les entreprises retenues sur liste, tout cela au nom de la justice.

Au delà des griefs, c’est notre méthode de travail qui est à remettre en cause. La circulation des informations et leur prise en compte de la Confédération vers les Fédérations semblent donner satisfaction. Il semble même que ce fut le cas du projet de cette déclaration, bien qu’on n’ait pas retrouvé la trace de l’envoi à la FNIC-CGT.

En revanche, la prise en compte par la Confédération de l’analyse, des réflexions et des informations émanant des Fédérations ne donne pas satisfaction.

Des sujets importants reposent sur trop peu de camarades à la Confédération pour avoir la garantie de ne pas faire d’erreurs. L’embarras de camarades sollicités par notre camarade Christian MAZZA (par les réponses ou les non-réponses) montre bien que cette question n’a pas eu l’attention qu’elle aurait méritée.

On a été capable de travailler d’une manière très collective sur les négociations AT/MP, et il faut que l’on trouve les moyens de travailler le plus collectivement possible pour éviter de transformer 2 ou 3 camarades en experts de toutes les questions de santé au travail, en négligeant de nombreux camarades aux compétences diverses et complémentaires afin de se déterminer de la façon la plus juste la  plus conforme pour l’intérêt des salariés. Transformer 2 ou 3 camarades en experts est préjudiciable aussi bien pou la CGT que pour ces camarades à qui on fait porter un fardeau qui est bien trop lourd. L’activité importante et le manque de militants nous entraînent trop souvent à un fonctionnement individualiste qui est contraire à l’esprit de notre militantisme, collectif et solidaire. Sur des questions aussi importantes, il nous faut absolument redresser la barre.

Notre fédération pose concrètement au Bureau Confédéral la question de la suite à donner à cette déclaration.

Peut-on rectifier le tir ?

A notre sens, il faut pour le moins y travailler et notre fédération est tout à fait ouverte à ce qu’un ou deux (ou plus si besoin) militants participent à une réflexion collective sur le sujet.

Recevez, Chers camarades, nos salutations fraternelles.

Pour le collectif Santé Sécurité Précarité et Environnement de la FNIC-CGT
Michel COSTE

Pour la Fédération
Jean-Noël COLAS – Secrétaire Fédéral

Samedi 24 mai 2008
Samedi 24 mai 2008
Le service d'ordre de la CGT agresse les sans-papiers de la Bourse du Travail

Lors de la manifestation du 22 mai à Paris, le cortège est passé devant la Bourse du Travail, où comme les dernières fois (le 15 mai), les sans-papiers qui occupent la Bourse du Travail organisaient un rassemblement pour appeler au soutien. Soutien d'ailleurs largement  partagé dans le cortège, puisque de nombreux syndicats et structures reprenaient en passant les mots d'ordre de soutien, en particulier "Le cas par cas, on n'en veut pas", ou "Régularisez tous les sans-papiers".
En tête de manifestation, le Service d'Ordre de la CGT a violemment agressé ce rassemblement qui n'avait rien de  provocateur, charge musclée et petite rixe à l'appui. Sans grosse conséquence heureusement, mais c'est le principe qui compte. D'autant, que comble de l'ironie, quelques mètres plus  loin une banderole CGT appelait à soutenir la lutte des sans-papiers en grève, et diffusait son communiqué à propos de la deuxième vague.

Nous ne sommes pas de ces libertaires ou autonomes, dont l'anti-cégétisme est imprégné jusqu'au fond de la moëlle, ce site a pour objectif au contraire de reconstruire la CGT sur une base de masse et de classe. Mais les faits sont là. Les photos qui tournent en boucle sur le net sont claires et sans ambiguités.
Ce n'est pas acceptable. Nous le disons clairement, ces prétendus "militants" de la CGT qui font le coup de poing contre les sans-papiers n'ont rien à faire dans notre syndicat. Ces miliciens (oui, le mot est fort) qui n'ont rien dans la tronche et pas beaucoup plus dans les biceps doivent être exclus, rejetés, car le syndicalisme de classe est avant tout un syndicalisme d'unité. Il fut une époque où le SO de la CGT a été largement discrédité pour sa chasse aux gauchistes (sidérurgistes), il semble que cela revienne de temps en temps (manif lycéennes) et ici. Il n'est pas question que cela revienne le style de débat qui existait il y a quelques décennies, y compris au sein même de notre Confédération contre les militants les plus radicaux.

Il y a un problème avec la Bourse du Travail et l'occupation organisée par la Coordination 75 des sans-papiers, c'est sûr.
Au lieu de criser sur les anars et la CNT, on ferait mieux de s'intéresser à la classe ouvrière. Au lieu de faire le coup de poing, la direction de la CGT ferait mieux de s'interroger sur les raisons de ce problème, et de se donner les moyens de le résoudre. On ne comprend d'ailleurs pas pourquoi ce n'est pas déjà le cas, dans la mesure où  la position de la CSP 75 n'est nullement anti-cégétiste et plutôt modérée, voire réformiste (ce que notait un commentaire). Rappelons que le début du problème, c'est
la mise à l'écart délibérée de ces camarades dans la préparation de la grève, et la conception même de la CGT qui est celle d'une grève d'avertissement de quelques uns en laissant la majorité sur le côté pour tenter de pousser le gouvernement à négocier. Conception qui a fait la preuve de son échec.
C'est à dire que la responsabilité première et totale de la situation est du côté de la Confédération, sa conception de la lutte, et la manière dont elle l'a mise en oeuvre. Après, que les anars viennent mettre de l'huile sur le feu n'a rien d'étonnant. Mais c'est une question marginale.
Le fond de l'affaire, c'est la régularisation des sans-papiers et la stratégie de la Confédération. D'ailleurs, il y a des interrogations à ce propos jusqu'au sein du Bureau Confédéral...

Une nouvelle fois, camarades syndicalistes de classe, l'urgence est à développer le soutien, à organiser la lutte des sans-papiers, une nouvelle fois c'est l'affrontement entre syndicalisme de classe et syndicalisme de collaboration qui s'illustre !
Ne laissons pas la Confédération et les gros bras parler en notre nom !
Ne laissons pas salir la CGT !
Dénonçons ces agressions, organisons l'élargissement de la lutte et le soutien à nos camarades !
 
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