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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 18:14

Jeudi 14 octobre 2010

UD 94 : quelques éclaircissements

 

La publication de l'article précédent (en fait la reprise d'un commentaire laissé sur ce blog) nous a valu plusieurs messages (dont un public) nous reprochant de nous être fait manipuler par une orientation confédérale masquée sous couvert de scandale.

Après plusieurs échanges de courriers, nous avons reçue la contribution suivante de plusieurs militants CGT du 94, que nous versons au débat. On commence à mieux comprendre ce qui se passe dans cette UD historique...


 

Analyse de la situation dans l’UD CGT 94

 

Au début de l’histoire, il y a le congrès de l’UD d’avril 2008, la même semaine où parait la fameuse déclaration commune MEDEF-CFDT-CGT. [NdlR : déclaration commune sur la représentativité qui deviendra la base de la nouvelle loi à ce propos]

Cet événement occupe une bonne part des débats, la direction sortante de l’UD affichant une unité sans faille pour tout observateur extérieur, dans la fidélité proclamée à l’orientation confédérale.

Seule une poignée de délégués porte la contestation sur cet accord qui prépare une corde et un nœud coulant pour la liberté d’action et d’organisation des salariés ces prochaines années.

Frédérique Dupont, membre de la délégation confédérale qui a arraché cette « grande avancée sociale» auprès du MEDEF, est reconduite sans histoire à son poste de SG.

Mais très vite, le drame va se jouer loin des yeux des syndiqués et des militants dans leurs entreprises et syndicats de base. Dès septembre 2008, alors que la campagne Prudhomales devrait voir une UD parée pour la bataille, la crise éclate dans des conditions qui resteront largement inconnues, jusqu’à sa révélation par le choc public des 2 fractions en septembre-octobre 2009.

Frédérique Dupont offre même sa démission pour résoudre la crise naissante.

Quelles peuvent être les causes de cette crise ?

Dans sa volonté d’être la bonne élève de la mise en application de l’orientation confédérale, la direction de l’UD a voulu procéder à un renouvellement des cadres au niveau de la CE de l’UD. Cela n’est pas en soi forcément mauvais, mais le type de recrues découvertes via l’application de la ligne confédérale fait que très vite l’UD devient ingouvernable, avec un absentéisme récurent de 70 à 80% des membres de la CE, ce qui rend les réunions de cette instance pour le moins improductives.

Nous pensons que cet absentéisme est la conséquence de la mise en pratique de la nouvelle orientation vers la CFDTisation-CESisation de la CGT, ce qui implique de ne plus pratiquer le minimum de lutte de classe quotidienne, donc ce qui entraine la liquéfaction de l’organisation syndicale (depuis la nature et la qualité des structures de base jusqu’au fonctionnement d’organismes de direction comme une CE d’ UD).

Si on ne pratique pas le « minimum syndical » avec le minimum  de la tradition cégétiste (pratique revendicative, organisation combative) alors, très vite, on glisse vers le désert syndical car le mythe d’un gros syndicat (avec beaucoup d’adhérents cotisants passifs) interlocuteur reconnu du patronat, et grappillant des miettes malgré la dureté des temps, cela n’existe que dans les contes de fées !

Sentant que l’application à fond la caisse de l’orientation confédérale entrainait l’UD et ses bases, non vers le succès, mais vers la mise en péril du patrimoine historique du département, une partie de la direction (bureau de l’UD ou coordination) s’est mise en opposition à Frédérique Dupont et ses proches, non par remise en cause consciente de l’orientation confédérale, mais à partir d’un réflexe de survie. Une bureaucratie syndicale ayant envie de vivre ne peut voir son capital le plus précieux, l’organisation qui la fait vivre, disparaître.

A moins de faire le choix conscient et assumé de passer d’un modèle cégétiste historique à un modèle CFDT-CES avec, non plus des syndiqués cotisants-mobilisés-conscients de leurs intérêts de classe et des militants qui vont avec, mais des adhérents cotisants-passifs-jamais-mobilisés-au mieux électeurs et des experts en relations sociales, donc le support d’un financement et de ressources ne provenant plus de la lutte immédiate et quotidienne des salariés contre les patrons, mais de la charité patronale et étatique.

On peut émettre l’hypothèse que ce n’est pas un hasard si cette fraction de la coordination  est proche du PCF, celui-ci ne saurait tolérer en ces temps difficiles sur le plan électoral, voir ses fleurons syndicaux s’étioler pour faire plaisir à Bruxelles.

Nous pensons que l’analyse de la crise de l’UD en termes de « lutte des places » est inappropriée. Par contre, cette crise dans le 94 est un coup de tonnerre pour la direction confédérale, car jusqu’à présent, il n’y avait pas plus verrouillée en termes d’application de la ligne confédérale que cette UD. Et donc la ligne a pu y être appliquée sans opposition majeure avec des résultats éclatants :

  • en termes de baisse continue et ininterrompue des effectifs depuis 15 ans et sans que les explications sur la crise, le chômage, la remise en cause du tissu industriel historique, etc, ne puissent être satisfaisantes ;
  • en terme de baisse du nombre et de la capacité des structures aussi professionnelles qu’inter-professionnelles (on ne détaille pas mais il y en aurait beaucoup à raconter sur ce chapitre) ;
  • en terme de qualité des militants qui émergent des expériences accumulées..

…et cela alors que depuis novembre-décembre 1995, il n’y a jamais eu d’installation de la paix sociale, ni en France, ni dans le 94 en particulier.

Il faut en tirer la conclusion qu’en dépit de vagues successives de mobilisations sociales comme nov-dec 1995, les grèves de mai-juin 2003, le mouvement contre le CPE en 2006, la mobilisation politique pour le Non au TCE, jamais il n’y a pu avoir de redressement de la courbe des effectifs de syndiqués et de structures. D’année en année, les pertes l’ont emporté sur les gains de chaque vague de luttes.

Or l’application d’une ligne CFDT-CES implique d’aller toujours plus loin dans la liquidation de la tradition historique syndicale cégétiste telle qu’elle s’est constituée depuis 1895 et qu’elle s’est perpétuée en dépit des épisodes historiques des dominations réformistes ou staliniennes sur la confédération.

Du coup, un mouvement vers la défense du patrimoine met ses protagonistes au pied du mur : rompre avec l’orientation confédérale ou biaiser pour éviter le choc des choix ?

Est-ce un hasard si le Comité général du 22 juin a adopté une motion, ayant force de loi sur les positions de l’UD, pour le retrait du projet de loi Sarkozy de casse de nos retraites ?

Ce processus à l’œuvre sur un mode de crise dans le 94, se déploie de façon plus feutrée à l’échelon de l’URIF. Ce qui se traduit dans la bouche des partisans de Frédérique Dupont, donc de la fidélité à la ligne confédérale par l’exclamation suivante « y’en a marre d’être sous la tutelle de l’URIF »…à chaque fois que Thierry Dumez, secrétaire de l’URIF, [NdlR : ex secrétaire de l'UD 93], vient honorer de sa présence telle ou telle échéance de la vie de l’UD…

Les militants attachés à la lutte des classes, à la défense de l’outil syndical ne peuvent que se féliciter du coup porté à l’orientation confédérale dans le 94. Maintenant, mais si on veut que cela donne plus et mieux, il faut faire au moins trois choses :

  • instaurer une complète démocratie syndicale, c'est-à-dire :
    • liberté d’expression de toutes les positions en présence (même les pro-confédéraux dont les positions doivent être démontées dans des débats honnêtes et sans concession, et avec des arguments construits et non pas par des moyens bureaucratiques, brutaux, arbitraires ou sournois),
    • respect du fédéralisme donc des décisions des instances statutaires, à commencer par le syndicat qui est la pierre de base du mur cégétiste,
    • et décisions prises par des votes après des débats réels au niveau où ils sont faits ;
  • la rupture complète avec le « dialogue social » et le retour à la seule action indépendante des travailleurs mobilisés, cherchant dans les petites revendications comme  dans les grandes, à préserver ou à conquérir les moyens de vivre mieux, non pas en dialoguant avec un « partenaire patronal » mais en affrontant l’ennemi de classe.
  • le respect de la forme historique de la CGT avec la double affiliation professionnelle et inter-professionnelle, là où la sauce bruxelloise veut noyer ces deux niveaux d’organisation dans des magmas bureaucratiques inaccessibles aux syndiqués comme aux militants car managés par des experts en relations sociales, spécialistes de la paix sociale et ennemis des luttes.

Il y a un proverbe qui dit que « ceux qui vivent sont ceux qui luttent ». Cela s’applique aussi à la vie du mouvement syndical : si tu ne luttes plus, tu ne vivras plus des cotisations syndicales et du dévouement conscient de millions de travailleurs combattifs mais des subventions du « dialogue social » avec Sarkozy, Raymond Soubie et Bruxelles.

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les structures
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commentaires

jefresi 15/10/2010 09:54


L’affaire du "94" pourrait se résumer à comment faire passer la politique du gouvernement (donc du patronat) dans la CGT. Le retour à l’accord MEDEF-CFDT-CGT d’avril 2008 sur la soit disante
représentativité syndicale pourrait expliquer une partie du bras de fer qu’engage l’appareil avec les opposants galeux. Mais pourquoi ne pas remonter à 2000 lorsque le baron Sellières décida de
créer le MEDEF avec comme mot d’ordre la " Refondation sociale ". Mais on peut aussi remonter à 1995, où le 45ème Congrès de la CGT, les dirigeants d’alors (Viannet), veulent déjà
officialiser l’orientation cogestionnaire et le soutien, à mot couvert bien sûr, du gouvernement Chirac-Juppé.
Même si ce n’était pas nouveau, dès le départ, il s’agissait pour le MEDEF de remettre en cause les conquêtes sociales de la classe ouvrière, comme la Sécu, les allocations familiales, les
retraites, mais aussi et surtout la plus importante de toute les conquêtes, celle sans laquelle les conquêtes n’auraient jamais arrachées, et le combat jamais mené, ces organisations syndicales et
surtout politique. Je précise les organisations issues du combat des ouvriers et employés dont la CGT est la forme la plus aboutie pas celles issue du combat des patrons ou d’organisation étrangère
à la classe comme l’Eglise notamment pour conserver leurs mains mises sur les exploités.
Mais, en ce qui concerne la représentation des idées politiques propre à la classe ouvrière force est de constater que seule la division règne. Un rapide regard en arrière fait froid dans le dos.
Le seul moyen de combattre les idées politiques du gouvernement contenues dans le projet de loi sur les retraites -comme pour d’autres textes passés ou à venir- c’est de réunir dans une
organisation politique propre à la classe des exploités les combattants de ces idées délétères et d’avancer leurs idées, leurs idées politiques correspondant aux besoins de la classe ouvrière et de
les introduire dans les syndicats. Voilà une perspective pour les jeunes notamment. Là un autre combat s'ouvrira, qui ne sera pas facile. Car comment reconnaître les judas des militants ?