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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 13:41

Samedi 2 mars 2013

Travailleurs de Goodyear, prêts pour le combat !

 

Tous les articles de ce blog sur la lutte des Goodyear depuis 2007, ICI

 

Depuis le rassemblement du 12 février devant le siège de la compagnie à Rueil (« Tous ensemble, pour quoi, et comment ? »), les choses ont évolué à Goodyear et il est temps de faire le point.

Le bilan du rassemblement
SiegeGoodyearDunlop.jpgIl y avait du monde de l’usine à Rueil le 12 février dernier. Probablement pas les 750 personnes annoncées, mais au moins 500 ouvriers de l’usine. Ce qui était notable, c’était l’attente des ouvriers présents. Peu de colère (à la différence des rassemblements de 2009 et 2010), pas de mots d’ordre, de mobilisation offensive, même le rituel des jets d’œufs sur les CRS n’était pas convaincant.
Les camarades de l’usine étaient venus inquiets, vraiment inquiets cette fois, pour en savoir un peu plus et avoir quelques perspectives pour l’avenir. Et malheureusement, ils sont repartis sur leur faim, et pourtant, ça y est, la première réunion officielle du CCE dans le cadre du PSE a été actée.
Oh, bien sûr, un violent discours à charge de Mickaël Wamen pour la CGT de l’usine, mais du flou, hormis comme d’habitude l’annonce inévitable de nouvelles surprises, juridiques bien entendu, comme d’habitude maintenant.
La question, c’était déjà depuis quelques jours « et après le 12, on fait quoi le 13 ? », retour dans les cars avec comme seule réponse de revenir le 7 mars.

L’ambiance pesante
Dans l’usine, les jours suivants étaient pesants. Pas la pêche, c’est le moins qu’on puisse dire, d’autant qu’il n’y a aucune proposition, aucune perspective dans l’attente du deuxième CCE prévu le 7 mars, alors que c’est un pas en avant de plus dans la restructuration (présentation du livre I et livre II du PSE). En gros trois tendances parmi les ouvriers :

  • Les résignés, ceux qui attendent la tête basse que la messe soit dite pour savoir dans quelle condition ils vont se retrouver à Pôle Emploi ou à la « préretraite ». Parmi eux, les faux résignés, ceux pour qui sont tellement dégoûtés par la petite équipe de la direction CGT qu’ils préfèrent se laisser conduire à l’abattoir… le désespoir total, quoi.
  • Les attentistes, ceux qui espèrent encore que la CGT va réussir à bloquer le PSE comme elle a bloqué les précédents, ceux qui croient encore, mais de moins en moins,  en l’avocat Fiodor Rilov et sa « voie juridique », c’est à dire l’illusion qu’on va pouvoir bloquer le capitalisme par une utilisation astucieuse de la loi.
  • Et ceux qui pètent les plombs individuellement (voir un article de la CGT, ICI), jusque dans les rangs de la CGT, grogne et démission, provoquant en retour  délire et alerte aux « menaces de mort », bien entendu on est dans la victimisation pour dissuader toute critique.

Heureusement il y a Taylor !
La situation évolue brutalement le 19 avec la publication du courrier caricatural de Maurice Taylor, PDG de Titan qui explique par l’insulte le refus de reprendre l’activité agraire. C’est pain béni pour l’équipe CGT qui voit là la preuve (très probablement exacte, il faut le dire) que la proposition de Titan était bidon et n’avait pour perspective que la fermeture du site pour éliminer un concurrent sur le marché français, vieille technique capitaliste dans le domaine des fusions-acquisitions.
D’un seul coup, l’équipe CGT, silencieuse et dans l’impasse depuis le 12, se retrouve quelque part à nouveau propulsée sur le devant de la scène, à pouvoir rouler des mécaniques et jouer les fiers à bras.
A nouveau les journalistes sur le parking, à nouveau la polarisation des medias, mais une fois de plus pas sur la seule question qui compte : mais l’usine va-t-elle vraiment fermer, que vont devenir les ouvriers ? C’est Pôle Emploi au bout du tunnel ?
On s’en fout littéralement de ce que pense et dit ce patron, bien sûr on est dans la caricature et le grotesque, mais ce qu’il fait, n’est en fait pas différent de tous les autres patrons, par exemple de Varin patron de PSA, ou Ghosn patron de Renault… Juste les autres, ils parlent poliment et ils n’insultent personne ! En attendant le buzz et la polémique avec Montebourg font oublier le sort à venir des ouvriers de l’usine et redorent l’image de l’équipe CGT.

Le rassemblement du 26 et le « scoop de la SCOP »

C’est à ce moment que l’équipe CGT se sent portée par la vague et décide de prendre le flambeau pour proposer une journée d’action sur Amiens. Pour quelle perspective ?
L’initiative est bonne quelles qu’en soient les motivations : il ne faut pas attendre, il faut sortir de l’usine, il faut alerter la population, mobiliser largement.
Le problème c’est qu’elle est annoncée tardivement (le 22 pour le 26) et qu’elle arrive dans un climat délétère, où le défaitisme s’accroît jour après jour. Il faut le dire haut et fort : voilà le prix à payer de la « voie juridique ». A force de répéter aux ouvriers qu’on va réussir à bloquer le patron au tribunal, que tout passe par le tribunal et pas par la lutte des classes, quand viennent les échéances décisives, quand les résultats ne sont pas là, et bien c’est le découragement qui l’emporte. Et oui, les ouvriers ont été « convaincus » par l’équipe CGT, ils y croient beaucoup moins maintenant à la « voie juridique », et  quand celle-ci échoue, c’est l’abattement et le découragement, il ne paraît plus d’autre issue !
Camarades de Goodyear, prenez confiance, regardez vos camarades de PSA, ils se battent comme des lions depuis maintenant sept semaines, même à une minorité dans l’usine ! Ils ont récolté 300 000 € (oui, trois cent  mille euros, 800 € pour chaque gréviste pour le mois de février !) de solidarité dans toute la France, ils ont le soutien de tout un département, de la classe ouvrière du 93. Vous pouvez faire pareil, vous pouvez changer les choses, vous pouvez vous battre, à vous de trouver la structure qu’il faut !

logo CGT GoodyearCe rassemblement du 26 est un demi-échec. Moins de 200 personnes sur le parking, c’est préoccupant – alors que, nous le répétons – l’initiative était bonne. Barbecue devant la Mairie, mais la manifestation ensuite annulée faute de monde (encore moins que sur le parking), c’est pas bon ça. On peut bien ensuite brûler des pneus devant les caméras des télés, ça ne fait pas oublier le résultat.
Sauf que là, l’équipe CGT, ou plutôt même le duo Mickaël Wamen – Fiodor Rilov avait dévoilé une de ces annonces sensationnelles propre à agiter les rédactions des journaux, mais qui ne correspond à rien : « on a un projet de SCOP, qu’on étudie sérieusement depuis quinze jours » ! Surprise, d’abord pour les ouvriers : personne n’en avait entendu parler, drôle de conception de la lutte démocratique !
Mais pas de surprise ensuite : c’est encore sur le terrain juridique et administratif que la CGT propose, pas sur celui de la lutte et de la mobilisation. Et d’ailleurs, dans les jours qui suivent, chacun se rend compte que la proposition est bancale : la guerre économique mondialisée dans le pneu, au niveau international, c’est juste la jungle – regardez Taylor ! Et comment reprendre en SCOP une usine pourrie, où il n’y a eu aucun investissement depuis dix ans, où il n’y a même plus de service de recherche entièrement dépendante de sa maison mère au Luxembourg ? Qui peut croire que les ouvriers vont rentrer dans ce jeu ? Un d’entre eux sera perfide « Et on aura qui comme patron, peut-être justement Mickaël ? »
On notera que l’équipe CGT est assez fine mouche pour avoir précisé « la SCOP, si une grande majorité des ouvriers y participe »… Eh, eh, pas folle la guêpe, on ménage ses arrières ! Parce qu’on sait bien au final qu’il n’y aura qu’une minorité, que les ouvriers n’y croient pas, et qu’on pourra s’en sortir avec les honneurs « On aurait bien voulu, mais on n’a pas pu, c'est la faute aux ouvriers… ». Et de poursuivre au plan juridique (ils sont carrément adicts !).

Le « scoop de la SCOP », c’est une fois de plus faire illusion, enfumer les ouvriers. Cela en vient même à dégager les responsabilités de la direction de Goodyear, qui s’est empressée de dire qu’elle « attendait de voir le dossier » ! Evidemment, la belle affaire, elle n’aurait plus à gérer la fermeture, mais à en remettre la gestion dans la main de la CGT !!!
Les militants de Voie Prolétarienne qui animent ce blog sont en principes contre la création de SCOP, ce n’est qu’une illusion de trouver une solution « non capitaliste » dans un monde capitaliste… Cela dit, nous pouvons comprendre qu’en fin de lutte, de parcours, des ouvriers préfèrent cette issue plutôt que Pôle Emploi, on ne saurait les blâmer. Mais à Goodyear, alors même que rien n’est vraiment décidé, que rien n’est encore joué, avancer d'entrée la perspective de la SCOP c’est liquider directement la lutte, démobiliser les ouvriers en les mettant à la remorque d’une hypothétique solution juridique – une fois de plus !!!
Gageons que le « scoop de la SCOP » va faire long feu…

Aller au combat !
affiche-GY.PNGMais il faut revenir à l’essentiel, à la lutte des classes, à la lutte des ouvriers pour défendre leur emploi contre les capitalistes, les requins qui jouent au  Monopoly à l’échelle mondiale. Les camarades de Goodyear sont concernés comme jamais, et c’est maintenant que ça se joue.
Le fatalisme fait son chemin chez certains, mais la combattivité fait aussi son chemin chez d’autres. Chaque jour qui passe montre l’impasse de la « voie juridique », chaque jour qui passe montre que le combat est inéluctable.
Aujourd’hui, une frange d’ouvriers (encore faible, mais réelle) n’est pas décidée à aller à l’abattoir la tête baissée, à attendre l’issue magique qu’elle vienne de la direction ou de la petite équipe CGT, mais à se battre, à défendre son emploi, sa vie et celle de ses proches.
Un site de soutien vient d’être lancé, dont la première initiative est d’élargir le soutien par une pétition :

www.contrepsegoodyear.com

 

Nous invitons tous nos lecteurs à signer, faire signer cette pétition, à relayer le texte et le site, pour affirmer notre soutien de classe aux travailleurs de Goodyear, pour élargir la mobilisation.

Nous invitons tout le monde à venir à nouveau jeudi prochain 7 mars devant le siège de Goodyear à Rueil.
Nous invitons tous les camarades, tous les syndicats, à informer, envoyer des  messages de soutien sur ce site !

Le combat ne fait que commencer, notre solidarité est sans faille !

A Goodyear comme ailleurs, Zéro licenciement !

 


Nota :

Certains lecteurs nous ont reproché d’être forts critiques envers la CGT, en plus en cette phase tendue de l’avenir des travailleurs. Nous leur rappelons que nous avons été parmi les premiers à lui apporter notre soutien, dès 2008, et que c’est l’évolution des choix de la petite équipe CGT – liée il faut le dire à l’arrivée de l'avocat Fiodor Rilov, qui nous a amené à prendre nos distances et à critiquer la nouvelle orientation syndicale sur l’entreprise. La « voie juridique » est devenue la seule option proposée par la CGT, et elle mène à l’échec.
Nous ne sommes ni aveugles, ni béni-oui-oui et notre seule position est la défense de classe des intérêts des travailleurs. Nous le disons, l’équipe de la CGT Goodyear a quitté ce chemin.

Un dernier mot sur la CGC. Voilà ce syndicat pourri, celui des chefs qui étaient pour les 4*8, sur le devant des médias, tellement contents de trouver des interlocuteurs pour cracher sur les ouvriers et faire preuve, enfin, de « réalisme » capitaliste. Ce prétendu syndicat, porte-voix de la direction, ne mérite une ligne que pour dire que nous n’avons rien à voir avec ces larbins, et que notre critique de l’orientation de l’équipe CGT est diamétralement opposée à la leur !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Emploi
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