Le fil de Voie Prolétarienne

1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 06:09

Vendredi 1er juin 2012

Succession de Thibault : la CGT telle qu'elle est

 

La succession de Bernard Thibault donne lieu à un feuilleton pénible. Pour nous militants - par ailleurs largement en désaccord avec l'orientation de notre confédération - on a l'impression qu'il se passe quelque chose "là-haut", entre quelques centaines de responsables, mais sans que nous ayons aucun élément d'appréciation. D'ailleurs, le dernier CCN s'est préparé à huis clos, et très rares sont les structures (UD ou FD) où le débat est seulement sorti du Bureau...

Les médias, qui ne sont en fait pas du tout intéressés à comprendre ce qui se passe vraiment, ne sont qu'à la recherche d'un scoop, d'un nom, qu'à propager les rumeurs.

Et nous, les militants et responsables CGT à la base, on fait quoi ? On attend que ça se passe ?

 

Certains d'entre nous rentrent dans le petit jeu, défendent tel ou tel candidat, sur un critère ou un autre, mais sans vraiment savoir pour quoi. Un aveuglement bien répandu, l'incapacité à prendre du recul et à avoir un vrai regard critique sur notre syndicat.

Alors essayons d'apporter quelques éléments au débat, même si nous n'avons pas la prétention de proposer une analyse claire et complète.

 

1) Le sketch à épisodes

Rapidement, un bref rappel des séquences, juste pour mémoire :

- Vendredi 25 mai, la CE rejette la candidature de Nadine Prigent présentée par Bernard Thibault, par 21 voix contre, 20 voix pour et 5 abstention. En fait, comme nous l'écrit un lecteur, seuls 3 ou 4 membres auraient vraiment voté pour cette candidature, les autres votes Prigent n'auraient été que des votes "légitimistes" pour éviter les conflits et défendre Bernard Thibault. C'est un désaveu de Nadine Prigent, clair et net.

- Mercredi 30 mai, la tension est à son comble dans le CCN. On parle de "primaires", et lors des suspensions de séance toutes les hypothèses sont envisagées. Le soir, en session extraordinaire, la CE revote, se déjuge et propose finalement la candidature de Nadine Prigent. Le vote a été très serré, puisque Agnès Naton est arrivée en tête, Nadine Prigent ayant seulement une voix de moins, et Eric Aubin deux voix de moins. C'est au deuxième tour que Nadine Prigent a été retenue.

- Jeudi 31 mai, le CCN rejette la candidature de Nadine Prigent à nouveau proposée par 304 mandats contre, 255 pour, et 73 abstentions. La mode de désignation du ou de la future dirigeant(e) de la CGT est renvoyé en septembre (voir le communiqué de la Confédération, ICI).

Fin du sketch, suite au prochain épisode, on n'a plus qu'à ramasser les débris.

 

2) "Pas de successeur naturel"

Dans les discours autour de la succession, c'est une formule qu'on entend : à la différence de Thibault élu en 1999 auréolé de sa participation à la grève des cheminots en 1995, les trois candidats supposés sont tous des femmes et des hommes d'appareil,  plus ou moins incrustés dans la bureaucratie syndicale. Experts, ancien administrateur de l'UNEDIC et négociateur retraites (Eric Aubin), représentante à l'Intersyndicale (Nadine Prigent), comité de suivi du plan de cohésion sociale de Borloo puis directrice de la NVO (Agnès Naton), ce sont des expert(e)s, des négociateurs, des femmes et hommes de dossiers, pas des militants de terrain, certainement pas des militants de classe reconnus. Ils sont le symbole du réformisme installé dans la CGT.

 

Quelqu'un  peut-il nous dire à quel moment important de la lutte des classes un(e) de ces trois postulant(e)s s'est illustré(e)  face au patronat et au gouvernement ? Même lors du mouvement des retraites en 2010, dossier de Eric Aubin, on ne peut pas vraiment dire qu'on l'ai vu à la tête de la lutte (lol) ! Nadine Prigent face à la RGPP dans les hopitaux et aux restructurations dans le secteur de la santé ? Demandez aux militants CGT des CHU ce qu'ils en pensent. Agnès Naton a certes fait parler d'elle en 2001 autour de la reconstruction du Tunnel du Mont Blanc, mais on ne peut malgré tout pas vraiment parler de hauts faits d'armes...

Quelque part ils ne se distinguent plus vraiment des experts des ministères, même s'ils affichent ne pas être du  même côté.

 

3) Les questions en débat, celles qu'on entend en ce moment dans la CGT...

Essayons de faire le tri

  • Un homme ou une femme ? C'est le plus flagrant, et cela va laisser des traces. Par deux fois, la direction de la CGT a désavoué une candidature féminine, et ce n'est pas top.En particulier, au delà des personnes, nos camarades femmes ont carrément les boules, et on peut les comprendre. Il est évident que le vieux relent machiste du monde syndicaliste a encore de beaux restes dans la CGT. En ce sens, il faut mettre au crédit de Bernard Thibault d'avoir fait cette proposition. Allez, un peu de musique pour se remonter le moral : "Les filles de la CGT" !
  • Fédé ou UD ? C'est en arrière-plan et soigneusement éludé dans tous les commentaires publics. La Confédération est, on le sait doublement structurée, au plan professionnel et au plan territorial. Historiquement, ce sont toujours les Fédérations qui ont été motrices, plus proches de l'affrontement avec le patronat, mais aussi des cabinets et des négociations douteuses. Les UD sont réputées plus proches du terrain, mais moins influentes, à quelques exceptions près (Bouches du Rhône, Nord Pas de Calais, Région Parisienne). Eric Aubin et Nadine Prigent sont issus des fédérations, Agnès Naton d'une UD (74). A ce titre, cette dernière souffre d'un handicap lourd. Mais c'est aussi l'enjeu (contesté) des restructurations en cours et à venir de la CGT pour se rapprocher des TPE ou des précaires ("La CGT en roue libre...").
  • La présence des conseillers occultes. C'est le grand déballage, et ça tire dans tous les sens. Thibault est accusé d'avoir renforcé le rôle des experts salariés au détriment des élus confédéraux, d'avoir conservé Le Duigou à ses côtés ("Le Duigou sort par la porte... et rentre par la fenêtre !"), et de diriger la CGT en autocrate. Ca, c'est que répand le camp Aubin. De son côté, celui-ci est accusé d'avoir une conception très centralisée de la direction (et nous savons qu'il a une main de fer), d'être entouré de responsables qui font des "coups", un "réseau de vieux initiés", Secrétaires Généraux  ou anciens SG de Fédérations pour la plupart, adeptes de la discussion avec le patronnat et des flashs des projecteurs.
    Tout cela est très probablement exact, et pour nous ce ne sont que des diversions pour attirer la sympathie des militants, alors qu'au final, ils feront tous exactement la même chose... Parce que pour tous, la CGT doit finir de se transformer de syndicat de lutte de classe animé et dirigé par des combattants de terrain en syndicat de dossiers animé par des négociateurs de ministères et d'institutions. A titre d'exemple, voir ce qui se passe dans la fédération du commerce (le dossier, ICI)
  • Médiatique ou pas ? C'est quand même terrible que ça pèse tant. Eric Anbin, jeune cadre beau gosse et souriant qui "passe bien" devant toutes les télés, opposé à Nadine Prigent, revêche et autoritaire, peu souriante et austère. On est vraiment tombé bien bas dans la décadence. Où est passé le bégaiement de Krasucki ?
  • La base contre les apparatchicks ? C'est l'argument présenté par les partisans de Agnès Naton pour soutenir leur candidate, et en particulier le combat des plus jeunes membres de la CE ("Etre jeune à la CGT : bronca dans la vieille maison !"). Il est vrai qu'elle ne vient pas du sérail des fédérations, qu'elle est plus moderne, plus proche du mouvement social et donc donnerait une image différente de la Confédération. Mais il ne faut pas se laisser aveugler par l'apparence. Son passé, ses positions, l'orientation qu'elle défend ne la distinguent nullement des autres candidats.

 

4) Une orientation partagée, mais pas de tactique.

Pour conclure ces quelques éléments versés au débat qui expliquent pourquoi nous restons complètement extérieurs à cette guerre de succession, nous reviendrons sur les questions d'orientation.

Le même communiqué du CCN qui annonce le rejet de la candidature Prigent aborde dans sa deuxième partie la situation économique et sociale, et c'est là qu'on voit la réalité du désastre. Le degré zéro de la défense syndicale autour de dossiers lourds comme la retraite, la protection sociale ou l'emploi : "Il appelle ses organisations à être partout à l’offensive dans la création d’une dynamique unitaire pour gagner une forte mobilisation interprofessionnelle, notamment dans le cadre de la conférence sociale annoncée par le Gouvernement." Et ben voilà... plus langue de bois, plus minable et au cul du nouveau gouvernement, tu meurs.

Nous le répétons avec obstination pour être entendus, la CGT n'est plus sur le terrain de la lutte des classes, mais sur celui de la négociation conflictuelle, et avec le PS au gouvernement, ça ne va pas s'arranger.

Et on peut être sur qu'aucun des trois candidats ne se démarque à ce propos...

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les structures
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commentaires

Tof 03/06/2012

Les deux dernières phrases résument parfaitement l'ambiance dans l'appareil confédéral. Une guerre de bureaucrates, qui ne vivent que pour le pouvoir. La lutte des classes, cela ne fait pas partie
de leur vocabulaire.

Rousseau Didier 13/08/2012

Comme aurait pu le dire Coluche " c'est plus la lutte des classes à la CGT mais la lutte des places . C'est triste , mais c'est le constat que la CGT se dirige tranquillement vers le réformisme

ocel 16/12/2012

bonjour, je viens de découvrir votre blog sur la cgt, je suis d'accord sur toute la ligne avec vous, merci d'éclairer les militants cgt et de nous faire voir la face cachée de ce syndicat. je suis
triste aussi , je ne voyais pas les choses aussi pourri. merci