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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 08:23

Jeudi 14 novembre 2013

Sous-traitance nucléaire : que veut la CGT ?

 

Dans le dossier de la sous-traitance, le nucléaire tient une place à part.
En effet, le développement  massif de la sous-traitance dans ce secteur est le fruit d’une politique gouvernementale assumée, à la fin des années 80 (juste pour mémoire, qui était au gouvernement ??? allez, un petit effort : Mitterrand 1981 - 1995), politique qui a par exemple fait passer l'externalisation des activités de maintenance de 20 à 80% en cinq ans.

L’objectif était clair : augmenter la compétitivité dans un secteur (l’énergie) où l’impérialisme français était un des leaders mondiaux. Cette politique de précarisation, de casse des avantages sociaux, de baisse des salaires (car c’est bien de cela qu’il s’agit) passe alors sans vraiment faire de vague syndicale, la CGT étant cantonnée dans la défense du statut à EDF et du tarif préférentiel pour les agents…

 

Depuis, ce n’est pas que la maintenance qui a été totalement sous-traitée, mais des fonctions comme le gardiennage, la logistique, l’ingénierie etc. La sous-traitance a atteint des proportions considérables, pour réduire les coûts, avec des dégâts qui commencent à faire désordre (sureté nucléaire approximative, maintenance insuffisance, expositions aux rayonnements…). Et quand on voit à côté ce qui se passe à Fukushima, les questions se font de plus en plus vives et pressantes dans toute la société. Que va-t-il se passer par exemple, si on cède le démantèlement des centrales à Veolia ???

Mais SortirduNucleaire.jpg20131022---convoc-CGT.jpgà la CGT on est fondamentalement pro-nucléaire, et même carrément à fond. Alors pas question de remettre en cause un modèle de développement impérialiste (le pillage des matières premières, l’uranium d’Areva au Niger), dangereux et parfaitement irresponsable pour l’avenir (gestion des déchets sur des millénaires), pas question de remettre en cause un des fleurons du « fabriquons français », en cette période où le patriotisme économique reprend du poil de la bête.

 

Alors il faut réagir.

Depuis des mois et des années, la sous-traitance nucléaire est sur la sellette, avec de nombreuses études sur l’impact en matière de santé (voir l’article ci-contre publié dans « sortir du nucléaire » N°35, passionnant !).
Alors, on se bouge à la Confédé, mais pas dans n’importe quel sens. On met en place un groupe interfédéral, pour élaborer un projet d’accord national réglementant le statut de la sous-traitance nucléaire

 

Interfédéral, c’est-à-dire qu’on y retrouve la FNME (l’énergie, bien sûr), la FTM (métallurgie, chaudronnerie, charpente métallique, tuyauterie…), la Construction (BTP, électricité, climatisation…),  les bureaux d’étude (ingénierie…), les Ports et Docks (et oui, encore eux !!! le nettoyage et la décontamination…), le Commerce (protection et sécurité…).  Sans avoir fait le tour, on touche à l’ensemble des métiers de gestion d’une centrale nucléaire.
Ce collectif travaille depuis un an, et convoque à une réunion début décembre (voir ci-contre également) pour discuter un projet d’accord.

 

Mais que contient ce projet ?

45 pages détaillées, article par article, sur tous les volets du travail en centrale nucléaire (on trouvera également ce projet ci-dessous, il doit être largement connu).
Le préambule est clair et net, on est pro-nucléaire et on l’assume jusqu’au bout. Jusqu’à l’utilisation d’arguments de circonstances comme le réchauffement climatique, sans dire un mot sur le pillage de l’uranium ou la gestion des déchets. On avait déjà vu cela au Congrès confédéral au printemps dernier (Voir « 50ème congrès : quelques débats d’orientation »), c’est réaffirmé avec force, on est prévenus. Ce qui est en jeu, c’est seulement une réglementation plus rigoureuse de la sous-traitance…

 

PROJET-ACCORD-COLLECTIF-INTERENTREPRISES-NUCLEAIRE-V6.jpgAprès, sur les articles proprement dits, première lecture, on se dit, ouah, c’est pas mal… Et puis on réfléchit : en fait, ce document revient plus ou moins à revendiquer un statut identique pour les sous-traitants par rapport aux agents EdF. Mais alors pourquoi ne pas revendiquer clairement la ré-internalisation pure et simple de la sous-traitance dans le personnel EdF, comme le font les camarades du nettoyage dans les hôtels ? (« Nettoyage CGT : le côté lumineux et le côté obscur de la Force ! »).

Il n’y aurait plus besoin de 45 pages de détails point par point mais d’un seul mot d’ordre :

Un seul lieu de travail,
Un seul employeur,
Un seul statut !

Et si on est pour les syndicats de site, si on est pour la conservation des acquis sociaux, si on est pour l’égalité des droits sociaux, c’est toujours avec cet objectif en perspective. Pas pour maintenir et valider la sous-traitance, mais pour y mettre fin !

De fait, le préambule aborde bien la question de la ré-internalisation, mais pour la mettre immédiatement "out", hors sujet : « En dehors de la question de réinternaliser tout ou partie des activités sous-traitées dans l'industrie nucléaire… ». Alors que cela aurait dû au contraire être réaffirmé avec force et au cœur d’un éventuel projet d’accord de transition avec cet objectif en ligne de mire…

 

Enfin, ces articles laissent un vrai malaise concernant l’exposition aux rayonnements, traitée en un seul rapide article (le 38) alors que tous les experts soulignent qu’un des dangers de la sous-traitance est « le droit à la dose », ce calcul cynique qui utilise la précarité pour « gérer » les « ressources humaines » essentiellement sous-traitantes dans le cadre de la réglementation… On expose sciemment les travailleurs, après on les jette dès que la dose officielle est dépassée, ou, encore plus cynique, on pousse à la triche, à masquer les expositions pour se maintenir au travail… Bon, ça s’est pas mal amélioré depuis 20 ans,  mais c’est encore bien utilisé.

Le projet d’accord est vraiment archi-rapide sur la question, comme si ce n’était pas un problème, alors que c’est quand même connu… A tel point qu’on se demande si derrière ce projet il n’y a pas en fait la défense du personnel statutaire sur le dos des personnels sous-traitants… Mais on va dire là qu’on est mauvaise langue…

 

Les camarades du blog « Ma zone contrôlée » se félicitent de ce projet d’accord, d’ailleurs ils en sont plus ou moins à l’origine au sein de la FNME qui initialement n’avait vraiment rien à faire des sous-traitants (en ce sens, on peut considérer que c'est un pas en avant !). Ce blog tente de regrouper les militants de la sous-traitance nucléaire, dans la multiplicité des divisions et des statuts, et ils ont fait un bon travail depuis plusieurs années. On peut comprendre que quelque part, ce projet d'accord correspond à leurs attentes, compte tenu de ce qu'ils vivent au quotidien.

Mais il faut, comme d’habitude, voir plus loin que le bout de son nez. On ne peut pas valider la précarité, accepter cette division. Il faut revenir à la revendication fondamentale, essentielle, de la ré-intégration dans l’entreprise principale, qu’il s’agisse d’EdF, d’AEVA ou du CEA ! Lutte qui doit devenir le fil directeur de tous les combats pour l'égalité des droits et des conditions de travail.

 

Oui, la sous-traitance dans le nucléaire, c’est un vrai problème, une question de « société » comme ils disent à la télé. On peut même dire un "double" problème de société : celui de la précarité et de la division des statuts d'une part, celui du nucléaire d'autre part...

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les sujets qui fâchent
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commentaires

georges student 16/11/2013 00:15

Pourquoi se limiter aux personnel de maintenance et de gardiennage ? Le boulanger qui permet à toutes ces personnes de manger, le garagiste qui entretient leurs véhicules, les vendeurs de vêtements
qui les habillent... bref presque tout le monde devrait bénéficier de ce statut avantageux, qui permettrait d'accéder à un niveau de vie bien meilleur.Car après tout chacune de ces personnes
participe, de près ou de loin au service public de l'électricité.
Mais en même temps, cela augmenterait le coût de l'électricité, du pain, des voitures, des vêtements... et en fin de compte cela diminuerait notre pouvoir d'achat.
Zut alors, où est le bug ?

Xuan 15/11/2013 20:36

Excellent article qui présente un double intérêt sous l'angle du nucléaire et de la sous-traitance.

Sans incriminer les salariés du donneur d'ordre (et j'ai eu cette expérience dans une autre entreprise) ils sont un peu placés dans la situation de l'ouvrier blanc dans les colonies.
Du reste s'ils n'ont pas forcément des fonctions d'encadrement, les techniciens peuvent être chargés de vérifier les travaux, ou de comparer les devis, ce qui n'est pas indifférent quand on sait
comment ils sont tirés.
Et ceux de la sous-traitance (que j'ai aussi expérimentée plusieurs années durant)sont les derniers des derniers des esclaves.

Dans la construction nucléaire, EDF s'était fait une spécialité d’emboîter les boites sous traitantes les unes dans les autres comme des poupées russes.
Au bout du bout, des intérimaires plâtriers ou serveurs de restaurant tiraient les câbles comme les bateliers de la Volga, jeans et pulls persos crottés dans les chambres de tirage, les tranchées,
ou perchés sur des échafaudages.
En salle de contrôle d'autres salariés avaient le temps de lire le journal et visitaient le chantier le vendredi après midi, propres comme des sous neufs.

Il faut absolument lutter contre ces inégalités et plus encore contre les rapports de domination que la maîtrise essaie de diffuser avec "l'esprit" maison en prime.
Cet "esprit maison" est à la racine de la mentalité d'aristocrates ouvriers que vous dénoncez à juste titre.

Ces rapports ne sont pas spécifiques au nucléaire bien évidemment.
Mais l'exploitation multiple des travailleurs de la sous-traitance est ici accentuée par les risques du nucléaire, et les risques du nucléaire sont décuplés par les conditions de surexploitation de
la sous-traitance.

L'unité des travailleurs du donneur d'ordre et du sous-traitant ne peut se faire qu'à partir des intérêts fondamentaux de ces derniers, qui sont les plus exploités.

Permettez-moi de verser au dossier de la sous-traitance une contribution déjà mise en ligne sous le titre "la sous-traitance et la création de la plus-value" :
http://humaniterouge.alloforum.com/sous-traitance-creation-plus-value-t3517-1.html#p44835