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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 11:24

Lundi 13 janvier 2014

Sondage Harris : la confédération CGT veut savoir ce que pensent les adhérents...

 

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En ce moment (6 au 19 janvier) la Confédération réalise par le biais de l’institut de sondage Harris une enquête auprès des adhérents CGT. Et elle met le paquet : adresse aux organisations, courrier aux syndiqués, mails auprès de celles et ceux qui ont laissé leurs coordonnées (voir les documents ci-contre).

 

Cette enquête sème un peu le trouble dans nos rangs, en laissant imaginer un tourbillon de démocratie qui pourrait donner un coup d’arrêt à la CFDTisation de notre syndicat. On notera déjà au départ que l’enquête n’est pas du tout sécurisée, et que n’importe qui peut répondre en trafiquant son identité -  même des adhérents de la CFDT ! De plus, aucun verrouillage n'empêche quiconque de répondre plusieurs fois à l'enquête sous des identités différentes...Une telle enquête aurait dû partir des syndicats, ça aurait été bien plus fiable, on en reparlera.

 

Nous nous sommes donc sacrifiés et avons répondu au sondage pour pouvoir en parler à nos lecteurs.
Après les questions traditionnelles pour situer la personne qui répond, on a ensuite une série de 27 questions dont seulement trois sont ouvertes (c’est-à-dire sans choix proposé de réponses) :

  • Lorsque vous pensez à la CGT, qu’avez-vous envie de dire, quelles sont toutes les choses qui vous viennent à l’esprit ?
  • Selon vous, sur quels sujets la CGT devrait être plus présente ?
  • Au final, avez-vous des remarques, des suggestions concernant l’organisation de la  CGT, l’information et la communication de la CGT envers ses adhérents ? Quelles sont vos attentes, qu’est-ce que la CGT devrait selon vous mettre en place pour vous donner envie ou vous permettre de mieux vous impliquer au sein de la CGT ?

L’ensemble des 24 autres questions est sur choix proposé, qui ne laisse à aucun moment la possibilité de critiquer l’orientation de la confédération, sachant qu’à partir de la question 17 c’est d’information et de communication qu’on va discuter. Pour le reste, on demande à chaque adhérent, chaque militant d’exprimer son « sentiment », son « comportement » au regard avant tout de l’activité et du fonctionnement du syndicat sans jamais interroger les choix politiques et syndicaux qui sont derrière.

 

Même les réponses aux questions qui peuvent paraître les plus intéressantes (comme une sur le fonctionnement "clair" ou "démocratique" de la CGT) peuvent être interprétées exactement comme on veut, d’une manière ou d’une autre…

Aucune question sur la relation au gouvernement, sinon une vague référence à l’indépendance syndicale. Aucune question sur le syndicalisme rassemblé et donc l’unité avec la CFDT (« Après l’échec contre la réforme des retraites, la CGT propose l’unité avec la CFDT ? »), sinon toujours une vague référence à l’unité en général. Aucune question sur le bilan de l’activité passée, par exemple sur les retraites. Une question « ouverte » sur les sujets sur lesquels la CGT devrait être plus présente, mais sans une liste de pilotage au moins indicatif : la souffrance au travail et la pénibilité, l’égalité des droits et la régularisation des sans-papiers, la lutte contre les interventions françaises à l’étranger, la précarité, etc. Les seuls trois thèmes indiqués au fil de l’enquête sont les salaires, la protection sociale et l’emploi, sans plus de précisions. Il est demandé si les adhérents connaissent et sont d’accord avec les revendications de la CGT à ce propos,  mais elles ne sont même pas rappelées !!! On se demande bien ce qu’on va pouvoir conclure des réponses !!!

 

Bref, l’enquête n’a pas pour objet d’interroger les adhérents sur l’orientation syndicale. On nous rétorquera, évidemment, que les congrès sont là pour cela, et qu’il n’y a pas lieu de les remettre en cause par un sondage. Exact.
La question immédiatement suivante est alors de savoir « A quoi sert cette enquête ? »


Il faut alors revenir sur les orientations développées dans la CGT depuis (au moins) le 48ème Congrès et de plus en plus explicitement depuis : passer d’une CGT de lutte, avec des militants appuyés sur les adhérents et les masses combattives à une CGT d’opinion formée d’adhérents (consultés par sondages ?). Sur le mode de la CFDT, bien sûr.
C’est ainsi que toute l’évolution de l’organisation et de la structuration de la CGT pousse en ce sens : journal « Ensemble » diffusé sans passer par les syndicats ; système de cotisation Cogetise centralisé qui permet de mettre toutes les structures sous contrôle ; nouveaux statuts qui imposent la verticalisation de la CGT (impossibilité d’une structure de base d’être en désaccord avec la structure du niveau supérieur « 50ème Congrès : l’évolution des structures de la CGT, c’est pas gagné ! » ).
Dans l’enquête Harris qui nous est proposée, on voit que la préoccupation principale de la direction confédérale, c’est de modifier le lien des adhérents à la CGT. On va diluer le lien au syndicat de base (d’ailleurs, s’il est présent dans l’enquête c’est de manière accessoire…), renforcer le lien direct, les consultations, mais dans une optique « d’opinion » et non pas de lutte.

Certains camarades imaginent pouvoir faire passer leur  opposition à l’orientation réformiste de la CGT par le biais de cette enquête. Nous pensons qu’ils se trompent, et que le débat politique doit se mener sur les orientations concrètes de la CGT, sur le fond, en rupture avec les choix de la direction confédérale, et contre les orientations décidées lors des congrès confédéraux, fédéraux, départementaux jusqu’au niveau des syndicats d’entreprise.
C’est le syndicalisme de classe qu’il faut reconstruire dans une période de confusion,  et cela va prendre du temps, cela va être difficile, mais il n’y a pas moyen d’y échapper ! C’est ce que nous essayons d’avancer sur ce blog, c’est ce que proposent d’autres structures de la CGT (comme l’UL de Tourcoing dans ses vœux de nouvel an).

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les structures
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PIETRON 20/05/2014 17:53

La justesse de cet article est pour le moins une bouffée d'oxygène dans la confusion que sème à tout va la confédération CGT.
Cette dernière joue la carte de la "modernité" qui n'est ni plus ni moins un rapprochement de plus en plus visible avec le syndicalisme systémique que pratique, entre autres, la CFDT.
A grands coups "d'indépendance" politique, cette confédération assène la résignation qui passe par l'éviction graduelle d'un combat de classe pourtant plus que jamais indispensable dans la période que nous vivons.
Parmi d'autres, la déclaration de Le Paon au "nouvel économiste", je cite: "nous n'avons aucune opposition de principe avec le patronat" est symptomatique de la direction quasi suicidaire vers laquelle la confédération entraine le syndicalisme de classe.
Syndicats court circuités, fédérations toutes puissantes par l'installation de "gens de confiance", professionnalisation du syndicalisme, autant d'éléments qui concourent à tromper bon nombre de syndiqués combatifs réduisant ces derniers au simple rang "d'adhérents" (comme si la CGT était une association de boulistes ou de pêcheurs à la ligne).

ETELLIN 14/01/2014 13:35

Je trouve cet article très intéressant et critique sur la confédération CGT.
Je ne comprends pas du tout "le rapprochement LEPAON-BERGER
et ses raisons.
La Confédération CFDT est depuis longtemps le soutien du Gouvernement (quel qu'il soit)et a signé début 2013 l'Accord National Interprofessionnel qui précarise encore l'emploi, jette des salarié-es
à la rue et contribue au développement du chômage.
J'ai quitté la CFDT en 1995 lorsque NOTAT a soutenu le Plan JUPPE sur les Retraites pour créer Sud Rail.

Est-ce que les équipes syndicales de terrain ont été consultées avant cette position de LEPAON ?
Dans toutes les actions 2013 et avant il n'y a jamais eu la CFDT.

La CGT, ainsi que d'autres organisations (Sud Solidaires, la FSU, FO) est à 100 0OO lieux des revendications de la CFDT.
Il serait temps que les équipes départementales et locales fassent remonter leurs désaccords à la Confédétation CGT.
Je partage l'analyse de l'UL CGT de Tourcoing qui est parfaitement claire et conforme à la réalité.

A l'aube de mon adhésion (je suis à Sud Solidaires Savoie), ça me gêne énormément.
J'en ai fait part à l'UL CGT de Chambéry (Savoie)