Dimanche 29 Mai 2011
Sans-papiers : rien n'est réglé, tout continue...
Nous ne reviendrons pas ici trop longtemps sur l'échec du mouvement des sans-papiers, et en particulier, l'échec calamiteux de
la stratégie réformiste avancée par la Confédération et enfourchée par tous les autres (dont SUD/Solidaires et bien d'autres...). Nos camarades sans-papiers ont par contre été admirables de
détermination et de volonté, contre vents et marée, et aujourd'hui encore ils continuent le combat (voir plus loin).
Nous avons consacré de très nombreux articlesà cette lutte et à la critique de cette impasse réformiste sur ce blog, depuis le début, et nous invitons nos nouveaux lecteurs à s'y reporter (voir la section consacrée au sujet, ICI).
Disons que cette stratégie imaginait créer un rapport de force symbolique et limité pour pousser le gouvernement à négocier, dans une logique responsable et raisonnable d'intégration de la force de travail immigrée au marché du travail capitaliste.
Cette stratégie a échoué, car le gouvernement comme les préfectures "n'ont pas joué le jeu" (sic !). Depuis la circulaire Besson de novembre 2009, son addendum et son guide des bonnes pratiques, rien n'a bougé, sur l'essentiel, et la crise économique a renvoyé les réformistes à la réalité de leur politique : des adjoints recruteurs des capitalistes français. Au lieu de mobiliser pour l'unité, pour l'égalité des droits, pour la régularisation sans condition de tous les sans-papiers et construire l'unité de la classe ouvrière internationale et multinationale, on est rentré sur le terrain du capitalisme, du marché, de la concurrence...
Dans un article que vient de publier le 27 mai l'Humanité et sauvegardé ICI, une représentante de RESF, par ailleurs à SUD, admet qu'il n'y a eu que 13% de régularisations, et autant d'OQTF. Nous l'avions déjà dit dans de précédents articles : on est même loin des annonces de Besson lors de la publication de sa circulaire (un millier de régularisations annonçait-il alors à France-Inter, on peut revoir la vidéo ICI). Une réunion vient de se tenir Jeudi dernier 26 mai, dont un compte rendu minimal est lapidaire : "Constat : Démobilisation du mouvement. Le mouvement n’est plus dans un rapport de force face aux ministères. L’addendum n’est pas réellement respecté. La “ population intérimaire “ est particulièrement touchée / situation boquée" et un peu plus loin : "Un rappel a été fait : le mouvement est unitaire, qu’il ne s’agit pas de positionner d’un côté la cgt et de l’autre les grévistes – il est essentiel de rester uni et solidaire". Et oui, de plus en plus de camarades sans-papiers ouvrent les yeux et voient l'impasse où les a menée l'orientation réformiste de la CGT.
Cela dit, si les réformistes ont fait faillite, il reste à les démasquer, car très rares sont les camarades à afficher la réalité ouvertement comme nous le faisons, et si la lutte est un échec fracassant, le combat de nos camarades sans-papiers continue. Car ce n'est pas affaire de dignité, comme l'affirment les réformistes, mais d'urgence et de nécessité.
A Cannes, les employés d'une résidence de luxe se mettent en grève pendant le festival (voir le tract de l'UD ICI et la vidéo ci-dessous). On remarquera à la fois le
courage des grévistes, et la persistance du discours des responsables CGT pour imaginer obtenir la régularisation par le rôle économique des camarades... Et on dit quoi aux chômeurs ??? Et on
répond quoi à Guéant qui veut réserver les
emplois du bâtiment aux "français de souche" ?
De même aux salons Hoche à Paris 17ème.
Et encore, samedi dernier, des camarades occupent à nouveau la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration (CNHI) avant une nouvelle fois de l'évacuer (contre promesses - qui n'engagent que celles et ceux qui les croient !) et de rejoindre la manifestation parisienne "D'ailleurs, nous sommes d'ici".
C'est la preuve que le combat continue et continuera. On peut imaginer sans mal les réformistes de la CGT et de RESF tenter de jouer la carte 2012 en espérant une régularisation par le PS, mais une nouvelle fois, ils nous mènent à l'impasse. Les dirigeants du PS sont aux abonnés absents depuis le début de ce mouvement, et ils ne remettront pas en cause la régularisation sur critères et selon la bonne marche de l'économie capitaliste. Car ils sont encore plus "raisonnables", encore plus englués dans la gestion capitaliste que tous les autres réformistes de la lutte.
Non, la seule issue, même si pour l'instant elle est un peu lointaine (digestion de l'échec oblige), réside dans l'organisation indépendante des sans-papiers, dans le combat de classe sans concession, et dans la participation active des syndicalistes de classe à ce combat, sur une base internationaliste, c'est à dire contre toutes les orientations réformistes.
La classe ouvrière est internationale, la classe ouvrière est multinationale !
Le cas par cas, on n'en veut pas ! Les critères, on n'en veut pas !
Régularisation sans conditions de tous les sans-papiers !
J'avoue ne pas comprendre les camarades du blog car elle existe cette organisation indépendante des sans papiers! Elle existe formellement dans le Ministère de la Régularisation de Tous les Sans Papiers issu de la rue Baudelique. Ce MRTSP qui regroupe des collectifs de la région parisienne essaie de survivre à la sortie, en apparence en fanfare, mais catastrophique dans les faits, du lieu. Un recul aussi bien matériel que politique; un remake du départ de la BdT; comme au départ de la BdT, les collectifs se sont soumis sans combattre au diktat de la préfecture de Paris et, comme à la BdT, une nouvelle scission à la clé. Mais de la faute à qui? Les syndicalistes d'opposition, à ce que je sache, ne se sont jamais vraiment investis, à part dans le campement de la BdT et sur une courte période, et ont laissé le champ libre aux opportunistes pas seulement français mais aussi délégués sans jamais proposer d'alternative réelle à l'abandon du lieu et au cas par cas...
Ce départ était négocié entre le MRTSP et la préfecture et, comme devant la BdT, il s'agissait de l'examen sur les critères de la préfecture des dossiers au cas par cas; au final, ils ont fait dans l'occupation de Baudelique comme la CGT dans les grèves; mais encore une fois, de la faute à qui? Qui a combattu le réformisme dans les rangs sans papiers, qui a clarifié les enjeux et qui était porteur d'une orientation politique pour proposer des mesures concrètes; sur quoi et sur qui les prolétaires qui voulaient organiser la résistance ont-ils pu compter? Avec quelle perspective claire pour porter et élargir cette résistance?
Il est certain que les délégués des collectifs portent une lourde responsabilité mais des tentatives intéressantes ont été faites pour élargir leur champ d'intervention notamment la « marche Paris-Nice » et plus récemment la présence d'une délégation au Forum Social Mondial; même si des raisons internes présidaient à ces actions, elles ont eu des retombées qui les inscrivent dans l'avenir.
Les sans papiers organisés indépendants ont été laissés à eux-mêmes, de fait, à la satisfaction de délégués corrompus qui ont eu les mains libres et en ont rajouté. Les délégués sincères et les sans papiers en paient le prix et sont à la ramasse; ils essaient de reconstruire le mouvement mais sans réel bilan cela relève de la mission impossible...
Je dois y aller et je reprendrai dès que possible mais il y a déjà matière à réflexion;
PS/ Étant de province et bien évidemment pas mal pris à Angers, je ne suis pas investi comme il serait nécessaire dans le mouvement parisien et j'ai peut-être raté des épisodes qui explique (?) cette absence des oppositions qui se revendiquent "de classe". À l'occasion de la « charte » que les collectifs ont voulu écrire, j'ai produit un texte distribué aux réunions des collectifs du vendredi; je l'ai envoyé au blog et je n'en ai aucun retour critique; est-il si insignifiant ou à côté de la plaque que je n'en ai eu aucun retour critique? -pj49-