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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 06:09

Lundi 28 juin 2010

Sans-papiers : les illusions tombent !


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Malheureusement ce que nous disions il y a une semaine s’est avéré exact.

Contrairement à tous les espoirs fous qui parcouraient leurs rangs depuis la semaine dernière, les grévistes n’auront pas une APS K de 3 mois à compter du 1 juillet. Samedi après-midi, la réunion à Montreuil a fait tomber les illusions entretenues par Chauveau et consort.

Coup dur pour les grévistes qui se rendent compte que finalement bien peu d’entre eux seront concernés par la régularisation, et qu'ils ont été en fait manipulés.

Chauveau s’est appuyé sur une lettre adressée par le Ministère à Francine Blanche pour avancer ce mensonge et faire cesser le mouvement. Or cette lettre (disponible ICI- car nous avons tous les éléments) ne dit rien de tout cela. Quel est son contenu ?

  • Les dossiers pourront être déposés du 1 juillet au 30 septembre. Ce qui veut dire que le gouvernement accorde moins de temps pour les constituer que l’addendum ne le laissait penser. Puisqu’il était dit valable du 1 juillet au 31 mars 2011.
  • Les travailleurs qui sont en mesure de poursuivre une activité professionnelle pourront la poursuivre sans être inquiétés : « Ils auront vocation à la poursuivre… et à rester sur le territoire national». Avancée certes, mais uniquement pour les grévistes d'une entreprise donnée, qui ont déjà le dossier complet et le Cerfa. En gros, ça ne mange pas de pain.
  • Après instruction du dossier ceux qui seront rejetés recevront une OQTF

Samedi, Chauveau s’est évertué pendant des heures à présenter cette lettre comme une garantie, pas encore comme une victoire, mais sans convaincre personne. Un véritable dialogue de sourds et les grévistes ont été contraints de se rendre à l’évidence. Ils ont été trompés par de fausses promesses.  C’est un coup dur pour ces travailleurs, car tous ceux qui travaillent au noir, tous ceux qui sont au chômage, tous ceux qui n’ont pas de cerfa, n’auront rien du tout.

Chauveau a néanmoins demandé de lever tous les piquets, alors que beaucoup ne voulaient pas perdre les derniers points d’appui de lutte qui leur restaient. Plus pour le principe d'ailleurs car ces piquets sont aujourd’hui trop peu nombreux pour peser réellement contre le gouvernement. Il a demandé aux travailleurs d’aller chercher des cerfas, mais contrairement à ce qu’avaient fait les travailleurs de l’intérim par le passé, il faut le faire sans plus occuper les entreprises pour faire pression sur les patrons. Seulement en s’appuyant sur la lettre reçue du ministère ! C'est dire les chances d'avoir aujourd'hui gain de cause s'ils n'ont pas réussi pendant le conflit ! Quand on sait qu'en plus un certain nombre de Cerfas obtenus sous "d'amicales pressions" durant la lutte sont aujourd'hui périmés, on peut être quelque peu inquiet...

 

La conclusion de cette bataille, qui n’est pas la fin de la lutte, est un coup très dur pour les grévistes, mais c’est aussi un coup porté contre le syndicalisme. De tels « responsables syndicaux » ont discrédité la CGT. Un des enseignements que ne manquent pas de tirer les grévistes, c’est que s’ils doivent lutter, ils ne peuvent pas compter sur les syndicats. D’ailleurs Solidaires présent à Montreuil lors de l'assemblée, ne s’est guère manifesté, se contentant de suivre Chauveau comme ses militants le font depuis le début du mouvement. On voit même sa représentante être bien moins prudente que les responsables CGT en affirmant haut et fort partout qu'il s'agit d'une "victoire"...

Le syndicalisme d’accompagnement discrédite le syndicalisme auprès des travailleurs les plus combatifs, dans la lutte des sans papiers, comme dans les autres luttes. Et quand en plus le fameux "addendum" réserve le droit de déposer les dossiers aux seules organisations syndicales, en excluant ainsi tous les sans-papiers individuels, ou tous ceux regroupés dans les collectifs, on peut être sur que le ressentiment et la division vont, pour un temps au moins, faire des dégâts.

 

La lutte des sans papiers ne peut que continuer, puisque rien n'est réglé. Elle devrait pouvoir compter sur les syndicalistes de classe.  Cela a-t-il était le cas ? Non, malheureusement, à croire qu'ils se sont laissés endormir par les prétendus discours de lutte Chauveau et consort... La leçon doit être tirée pour l'avenir !


Le bilan n'est pas reluisant.

Au fil des mois, on est passé de la régularisation de "Tous les Sans-papiers", à celle de tous les Travailleurs Sans-Papiers, puis à celle des seuls grévistes parisiens, puis au final seulement  à celle des grévistes qui remplissent les critères de la circulaire Besson (à peine atténuée par le fameux addendum), dont le fameux Cerfa... Huit mois de grève, de dur conflit pour cela, c'est maigre, et c'est bien ainsi que le ressentent nos camarades.


Après la nécessaire digestion de cet échec, le bilan approfondi, la lutte reprendra, inévitablement.

Et une nouvelle fois nous serons aux côtés des camarades, en espérant être rejoints par toutes celles et ceux qui auront compris la véritable nature du syndicalisme d'accompagnement.


Les critères, on n'en veut pas !

Le cas par cas, on n'en veut pas !

Régularisation sans condition de tous les sans-papiers !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Sans-papiers
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commentaires

jefresi 28/06/2010 09:32


Il y a longtemps que la classe est "baladée" par les dirigeants syndicaux. Hélas ! Ce que je n'apprécie pas dans votre article c'est que vous mettez en cause le syndicat, peu importe son nom ici.
Car Solidaires ne vaut pas mieux que la CFDT ou la CFTC... Ce sont les dirigeants, les inamovibles, les lieutenants de la bourgeoisie camouflés en syndicaliste "bienfaisant" qui sont à rejeter. La
défense inconditionnelle du syndicat, le moyen de combattre l'exploitation, pour des salaires décents, les conquêtes ouvrières, etc... c'est le moyen de poursuivre ce combat séculaire indispensable
pour survivre. Dans un autre temps viendra à déterminer la forme syndicale la plus appropriée à défendre son indépendance vis à vis de l'état, des donneurs d'ordres et autres bureaucrates véreux.
L'existence des syndicats est un enjeu prioritaire pour la survie des travailleurs même s'ils y participent peu à cause des "artistes syndicalistes" cités. Merci d'en tenir compte.


Eugène 28/06/2010 09:54



Nous sommes absolument d'accord, c'est d'ailleurs très exactement le sens de ce blog depuis plus de quatre ans. Tu peux relire les documents généraux du blog, accessibles en bas de la page
d'accueil.


Ce que nous ne pouvons malheureusement que constater, c'est que le syndicalisme d'accompagnement produit rejet du syndicalisme, en général. C'est justement la tâche des syndicalistes de classe
d'offrir une autre orientation, une autre perspective, pour éviter ce rejet. C'est ce que nous tentons de faire, à notre modeste échelle. Mais cela veut dire aussi, aucune concession avec les
collabos !