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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 11:19
Dimanche 22 novembre 2009
Sans-papiers : la tension monte, et ça ne se débloque pas !

D'abord, pour commencer, le point du mouvement fait par Raymond Chauveau, et repris du blog de Bernard Rondeau (blog qui fournit par ailleurs pas mal d'informations, mais d'un point de vue très officiel) :


Pour ce qui concerne les occupations CGT, il y une sorte d’accélération qui semble présager d’un dénouement rapide, sur un compromis foireux :

Le mouvement d’occupation par vague est de plus en plus difficile à tenir. La police intervient immédiatement. Tous les sites d’occupation des boites d’intérim sur Paris ont été évacués, ceux du boulevard Magenta en particulier. 1300 intérimaires sont donc sans point d’accroche. 80 délégués intérimaires se réunissaient jusqu’alors journellement en dehors de la CGT et beaucoup commençaient à critiquer l'orientation du mouvement. Ils ne sont maintenant plus en condition de se réunir.

Vendredi, c'est l'occupation de la SAMSIC (nettoyage, près de 1000 occupants) dont le juge vient d'exiger l'évacuation en référé, autorisant en ponce pilate seulement le maintien du piquet par ceux qui ont une feuille de paie de la SAMSIC (50/60 personnes seulement). Voici ce qu'en rapporte un soutien : "Au moment où les délégués faisaient le compte rendu pas facile de faire comprendre que c'est une victoire, quand en même temps 950 grévistes se voient contraints de quitter le piquet ! Mais les délégués font un très bon boulot et sont très respectés tout le monde devra continuer le combat avec de nouveaux moyens à inventer..." Effectivement pas facile de faire passer une vessie pour une lanterne ! Victoire, il ne faut pas avoir de honte pour utiliser ce mot là dans cette situation...

La CGT a proposé des occupations sur Creil (plus de 60 km au nord de Paris) pour ces travailleurs. Choix fait sans réunir les délégués. Quelques-uns uns y sont allés. La CGT n’assure aucune logistique (coût de transport), pas prévu d’alimentation… Tout ce passe comme si la CGT voulait-elle aussi disperser les travailleurs. Cela dit, du coup le mouvement commence à s'étendre en province, trois agences occupées dans l'Oise, et des frémissements dans le Rhône... Pour ce qui est des prétendus "38 départements concernés", l'interview ci-dessus dévoile la supercherie : le mouvement touche des entreprises dont les sièges sociaux sont dans 38 départements. On voit une fois de plus le discours réformiste : on met en avant  la logique économique du capital (les entreprises etc.) et pas la lutte de classe (les grévistes)...

Les négociations se sont poursuivies, avec la direction du travail au ministère, mais elles sont actuellement arrêtées du fait du ministère qui considère qu'il n'y a plus lieu à discuter. D'où la demande solennelle de "poursuite des négociations", dans la mesure où même sur la base d'un compromis foireux, la circulaire envisagée est encore inacceptable. A noter qu'il y a un enjeu véritable autour du "cerfa" (le formulaire gouvernemental qui doit être rempli par l'employeur pour valider la demande de régularisation). Les grévistes ne veulent évidemment pas en entendre parler, dans la mesure où, bien sur, cela les met à la merci de la décision des employeurs. Le gouvernement en fait lui, une question de  principe, on le comprend, c'est le choix du capital. Il semble bien que la CGT accepterait ce principe comme un  "compromis"...

Francine Blanche et Raymond ChauveauRépétons-le, pour la CGT, comme pour les associations, l'objectif n'est  pas celui de la régularisation de tous les sans-papiers, mais celui d'obtenir une circulaire. Différence subtile pas forcément mesurée par les grévistes, mais très bien  comprise par le gouvernement et Besson qui voient bien l'appel du pied que cela représente. Francine Blanche n'arrête d'ailleurs pas de le rappeler, chaque fois qu'elle le peut. Les chicaneries entre la CGT et Besson portent en fait uniquement sur les conditions de la circulaire et donc des critères. Ils sont d'accord sur le principe, d'accord sur le cas par cas, selon les besoins de l'économie française... C'est l'essentiel, et c'est ainsi depuis le début du mouvement ! D'ailleurs, ce dimanche matin, Martine Aubry a dit la même chose : "le PS devait "défendre une régularisation large des sans-papiers", sur critères, un sujet qui sera abordé mardi au bureau national du PS."
Cela dit, le gouvernement est un peu inquiet, mais on peut craindre le pire. Ce dimanche matin, c'est Darcos qu'on a envoyé au feu, pour annoncer des sanctions contre les employeurs de clandestins, sanctions qui pouvaient être faites depuis des décennies, mais sans aucune relation avec la régularisation des salariés. D'une part, il y a un effet d'annonce sans suite (l'Inspection du Travail est sur les genoux), d'autre part on peut craindre le pire sur les salariés concernés...

Cet article est un peu descriptif. Il montre la détermination des grévistes, qui n'ont qu'un seul objectif : "Circulaire ou pas, la régularisation !" Il montre aussi l'impasse réformiste qui se refuse absolument à un mouvement d'ensemble et met tous ses efforts à canaliser la lutte pour une circulaire au cas par cas. Il montre enfin (il faut le dire) l'incapacité du syndicalisme de classe à passer à l'offensive par lui-même et à développer le mouvement partout en France.
Car au fond, c'est cela le seul objectif actuel : élargir partout le mouvement des sans-papiers, pour imposer la régularisation sans condition par le rapport de forces, contre le gouvernement et les réformistes réunis.

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Publié par Où va la CGT ? - dans Sans-papiers
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commentaires

Eugène 25/11/2009 12:54


La circulaire n'est pas encore connue, mais déjà envoyée aux préfets. Voici ce qu'on peut lire sur le site du ministère :

Eric BESSON, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire présentera mercredi 25 novembre 2009, à l’occasion d’une conférence de presse :

la circulaire qu’il a adressée aux Préfets le 24 novembre 2009 leur indiquant les critères à prendre en compte pour l’admission exceptionnelle au séjour des salariés étrangers, prise sur le
fondement de l’article 40 de la loi du 20 novembre 2007 ;


Zina 25/11/2009 12:29


Bon, voilà, ils vont pouvoir crier victoire. Besson annonce qu'il a envoyé une circulaire. C'était ça le but, non ? Bien bravo, les organisations ont gagné, ils l'ont eu leur circulaire.
Circulez y a rien à voir.

Ah, le contenu de la circulaire ? Bof, c'est secondaire, non, l'important c'est d'avoir obtenu une circulaire.

D'après Besson, elle permettrait de régulariser un millier de sans-papiers. Elle baisserait la durée de présence à cinq ans, et confirmerait les "métiers en tension".

Donc elle ne permettra pas la régularisation des grévistes.

Ceux qui nous avaient expliqué en janvier 2008 que l'immigration choisie était "une brèche", alors que c'était une pire pourriture, comment vont-ils pouvoir la présenter, celle-ci ? Une chance ? Un
espoir ? Une bénédiction ?

La question aujourd'hui, c'est combien de sans-papiers Besson va pouvoir faire expulser grâce à cette circulaire ? Combien vont se précipiter en préfecture avec l'espoir d'être régularisés et vont
être arrêtés sur le champ ou dans les jours qui suivent ?

Oui, c'est vrai, ce commentaire est un peu amer.
C'est les boules pour tous les camarades sans-papiers qui mènent cette grève historique depuis ces six dernières semaines.

Alors la seule solution, c'est de ne pas lever les piquets, blocages et occupations tant qu'il n'y aura pas la régularisation. Et de faire l'information partout : il ne faut pas déposer les
dossiers, c'est un piège !

Plus que jamais "Circulaire ou pas, la régularisation !"


La République du Centre 25/11/2009 08:40


"Opération surprise menée, mardi matin, par des salariés sans-papiers qui ont investi cinq agences de travail par interim d'Orléans. Ils veulent rester dans les lieux tant qu'ils n'auront pas
obtenu satisfaction.

Boubacar, 39 ans, Samba, 33 ans, Abdou, 28 ans... et une quarantaine de travailleurs sans papiers, en grande majorité d'origine africaine, ont fait irruption, mardi matin, dans cinq agences de
travail intérimaire du centre-ville d'Orléans (Randstad, Adecco, Manpower, Synergie, Supplay).

Ils entendent ainsi faire pression sur les pouvoirs publics, afin d'obtenir leur régularisation. Ils étaient bien décidés, mardi soir, à rester sur place, "le temps qu'il faudra".


Solidarité migrants Oise 23/11/2009 07:00


Le préfet de l'Oise a donc choisi la force! Auparavant le TGI de Senlis avait autorisé l'expulsion de l'agence Synergie et condamné la CGT à payer une astreinte de 75 euros par personne pour chaque
journée d'occupation des locaux. Une décision de justice de classe! Mardi prochain, elle statuera sur les occupations des 2 autres agences (à notre connaissance, la justice n'a pas encore été
saisie pour l'occupation des agences du compiégnois) mais nous sommes évidemment sans illusion.

Vendredi 3 huissiers étaient venus communiquer cette décision aux grévistes. Le Courrier Picard raconte: "Face au refus des occupants de se soumettre au contrôle de leur identité, les huissiers ont
alors jeté à leurs pieds les documents légaux. Une scène surréraliste qui ne manque pas de témoigner de l'égard porté par ces huissiers à ces Sans Papiers."
Samedi, 5 heures du matin, les policiers les délogent manu militari avant de boucler les lieux, l'un d'entre eux a eu le doigt coincé sous le rideau métallique.

Depuis, ils se sont installés à la Bourse du Travail de Creil mise à leur disposition par les élus du bassin creillois (merci de leur solidarité).


Michèle 22/11/2009 23:30


Pour le "dénouement rapide sur un compromis foireux", c'est sûrement le voeu des hautes instances de la CGT, mais c'est tout aussi sûrement sans compter la détermination des sans-papiers! Parce que
la lutte des sans-papiers ne date ni de 6 semaines ni d'un an et demi, mais de beaucoup d'années... Plutôt qu'à un dénouement rapide sur un compromis foireux, ne faut-il pas se préparer avec les
sans-papiers et les autres travailleurs à une lutte qui dure encore longtemps dans des conditions de répression accrue, avec le risque que le gouvernement mise sur la division entre Français et
réguliers d'un côté et sasn-papiers de l'autre. Alors, où en est la liaison avec les travailleurs Français ? Question peu abordée me semble-t-il. Quant à la régularisation sur critères, entendu un
représentantde la Cimade ce matin, qui expliquait su'il ne s'agissait vraiment pas d'une demande régularisation massive, mais d'une demande d'éclircissemnt des critères. Bien difficile à mon avis
que le sans-papiers les suivent sur ce terrain. Et y a pas que le Cerfa, parce que les 5 ans d'ancienneté et le 1 an dans la boîte qui régularisera et le CDI ou CDD d'un an, tout ça, tout ça,y en a
quand même beaucoup qui doivent pas rentrer dans les cases.