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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 07:01
Jeudi 17 décembre 2009
Sans-papiers : la détermination des grévistes, l'impasse de la CGT

Il n'est pas possible de revenir sur la grève de nos camarades sans-papiers sans reparler de la séquence du Congrès, même si on va laisser ici de côté la petite manoeuvre autour de l'intervention de JP Delannoy.
Une délégation envahit la salle à Nantes, un discours combatif et de lutte d'un camarade gréviste, l'ovation du Congrès persuadé de vivre en directe l'engagement massif et déterminé de toute la Confédération dans la lutte jusqu'au bout.
Pour celles et ceux qui ne l'ont pas visionné, voici la vidéo mise en ligne sur le site du congrès :


HalleCarpentier1412Une forte combattivité, c'est évident, confirmée encore par le meeting lundi 14 décembre à la Halle Carpentier à Paris.
3000 grévistes déterminés, avec, fait notable, une participation très combattive des femmes, des interventions pêchues et la présence de 1/4 de grévistes asiatiques qui manifestement rentrent dans la danse.

Le mouvement évolue, alors que manifestement pour le gouvernement, l'affaire est pliée. La circulaire est publiée,  maintenant, on revient à l'ordre. D'où la multiplication des évacuations, comme encore Mardi à Aulnay sous Bois, ou chaque fois qu'un site est occupé. On s'attend dans les jours qui viennent à d'autres expulsions, et particulièrement de toutes les occupations qui ne relèvent pas directement du droit de grève.
Dans le BTP, aujourd'hui la plupart des sites occupés par les isolés sont évacués et les camarades éparpillés. Les occupations d'entreprises se poursuivent, comme sur le chantier du Tramway, Porte des Lilas, avec toujours une belle détermination, malgré le froid vif qui devient un allié du gouvernement.
Dans l'intérim, il y a encore une forte  mobilisation, et les délégués se retrouvent quotidiennement pour faire le point de la lutte, de nouvelles agences sont régulièrement occupées.

En province, toujours pas de vrai déblocage, même s'il y a des avancées. A Nice, les sans-papiers ont occupé le centre des impôts à la suite de leurs camarades de Vitry, avant de se faire déloger le jour même, mais la mobilisation monte.



A Marseille, plusieurs réunions sont en cours, dont certaines avec la participation de camarades du blog.
Bref, on est tout sauf dans l'essouflement d'un mouvement, et on peut être sûrs que la détermination des camarades ne faiblit pas.


Par contre, c'est du côté de la Confédération que c'est l'impasse.
La CGT réclamait une circulaire ? Elle l'a eue, et ose même présenter même son obtention comme une victoire (même pas honte !). Aujourd'hui, elle la présente comme "remarquablement vide et floue", et tente désormais d'en appeller au Ministère du Travail, en renforçant l'aspect "travailleurs" des grévistes. Ce qui enterre définitivement le mot d'ordre de "régularisation de tous les sans-papiers", et aboutit à mettre prioritairement l'accent sur l'obtention du CERFA, le fameux document officiel validé par le patron pour permettre le dépôt d'un dossier de régularisation.
Cette évolution était tout à fait nette lors du meeting de lundi, comme au Congrès, avec d'un côté un discours combatif, de lutte, et de l'autre une impasse totale dans les perspectives. Un meeting de tentative de relance, et surtout de réorientation du mouvement, mais sans perspective quant à son élargissement qui serait la condition pour espérer faire plier le gouvernement dans une période où toute sa politique va dans l'autre sens.
Mais la CGT n'a ni la volonté de mobiliser ses forces pour un tel élargissement, ni d'ailleurs quelque part la possibilité car ses troupes n'y sont pas prêtes... En dehors des grévistes, on ne compte aujourd'hui qu'à peine une grosse vingtaine de militants CGT investis dans le mouvement en région parisienne. Par contre, le meeting était totalement sous contrôle, filtré, très cadré, très fliqué pour vérifier que des "perturbateurs" n'allaient pas en profiter;
Cela, les grévistes les plus lucides s'en rendent compte :"Mais où nous mène la CGT ?". Comme le dit l'un d'entre eux : "La CGT chevauche un lion en se retenant à la crinière, mais elle ne sait pas comment elle va faire pour en descendre".

Il y a donc un décalage complet entre le discours de tribune, radical et combatif, battant, celui perçu par exemple par les congressistes à Nantes ou celui de la Halle Carpentier, et l'absence de perspective et la navigation à vue d'un autre côté, piégés par un gouvernement qui ne lâche rien. Or la confédération ne veut surtout pas mettre le paquet, s'engager dans un conflit dur.
Elle est toujours dans l'optique de convaincre le gouvernement du "bon droit" des grévistes. Et si cela a échoué avec Hortefeux Besson, on va désormais s'adresser à Darcos. C'est pathétique dans la collaboration...

La situation ne pourra se débloquer que par trois choses, que nous répétons inlassablement depuis le début du conflit, et auxquelles nous travaillons :
  • la généralisation et l'élargissement du conflit, en particulier en province;
  • l'autonomie des grévistes dans leur grève, et la prise en charge du mouvement par eux-mêmes, en toute indépendance, ce qui bien sûr n'exclue nullement le soutien syndical, bien au contraire;
  • le retour à la revendication de "la régularisation sans condition de tous les sans-papiers".
La classe ouvrière est internationale, la classe ouvrière est multinationale !
Vive la grève des sans-papiers !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Sans-papiers
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commentaires

Janos 30/12/2009 17:30


CR perso :



Rassemblement des sans papiers organisé par la CGT aujourd’hui près du Ministère du travail (métro Varennes), 1000 sans-papiers grévistes présents, peut-être plus, 2-3 dizaines de militants. Mots
d’ordre de la sono : Solidarité avec les TRAVAILLEURS sans-papiers, régularisation des TRAVAILLEURS sans-papiers ! Exit la régularisation pour TOUS !

La CGT distribue la lettre ouverte du 17 décembre au patronat signée par la CGT, la CFDT, la FSU, Solidaires, la LDH, la Cimade, Autremonde, Femmes égalité, RESF ; Droits devant, qui demande une «
circulaire de régularisation administrative avec des CRITERES CLAIRES » pour les travailleurs sans-papiers et demande que le patron remplissent les « « CERFAS qui valent contrat de travail ».

Quand on demande à Raymond Chevau responsable CGT/ sans-papiers, qui tient la sono, d’annoncer le procès des sans papiers accusés de l’incendie du CRA de Vincennes, il rabroue : il faut nous (à la
CGT) demander, avait de diffuser le tract (celui du collectif de soutien, ci-joint). A ma connaissance il n’a pas annoncé le procès du 25, 26,27 janvier.

Le tract du collectif de soutien aux inculpés de la révolte de Vincennes distribué (voir ci-dessous) a été très bien accueilli par les grévistes, dommage qu’il n’y en avait pas assez.
Jànos

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++==

Les sans-papiers enfermés à Vincennes se sont révoltés.

Les inculpés ont maintenant besoin de notre soutien !

Le centre de rétention administrative de Vincennes était la plus grande prison pour sans-papiers de France. Le 21 juin 2008, un retenu qui avait réclamé en vain ses médicaments y mourrait. Le
lendemain 22 juin, les retenus organisèrent dans le centre une marche silencieuse qui fut fortement réprimée. Au cours de la révolte qui s’en suivit la prison est partie en fumée.

Depuis l’incendie l’Etat a multiplié les arrestations de retenus présents ce jour-là, dans le souci évident de faire des exemples et de dissuader quiconque de se révolter. Dix personnes sont à ce
jour poursuivies pour « destruction de biens par l’effet d’incendie et violence à agent de la force publique avec une incapacité totale de moins de cinq jours en réunion ».



Sans chercher à savoir s’ils sont « coupables » ou « innocents », nous soutenons ces hommes aujourd’hui incarcérés en attente d’un procès où ils risquent dix ans de prison ferme, parce que nous
nous opposons à la recherche de responsables d’une révolte collective.

La seule culpabilité réside dans une politique qui fait que des êtres humains sont pourchassés, arrêtés, enfermés, expulsés au prétexte qu’ils ne disposent pas de papiers administratifs que l’Etat
nous impose d’avoir. La responsabilité réside dans la politique de contrôle des mouvements migratoires. Chaque année des milliers de personnes meurent en essayant de franchir des frontières.

Quatre mois après l’incendie, le 10 novembre 2008, le centre de Vincennes a rouvert avec un premier bâtiment de soixante places (deux autres suivront). Moins nombreux, les retenus sont plus
facilement contrôlables.



Aujourd’hui nous sommes solidaires de tous ceux accusés d’être à l’origine de l’incendie de Vincennes parce que nous sommes solidaires de celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se
révoltent contre un monde où des millions de vies sont suspendues à des bouts de papiers.



Nous exigeons l’arrêt des poursuites et

la libération immédiate de tous les inculpés de Vincennes.



FERMETURE DES CENTRES DE RETENTION

Pour manifester notre solidarité il est possible d'écrire aux personnes inculpées et/ou incarcérées :



Comme une instruction est en cours, il est évident, qu'aucune mention de l'incendie ou questions s'y rapportant ne doivent figurer dans ces lettres qui seront lues par l'administration
pénitentiaire et surtout par le juge d'instruction. Les lettres doivent être adressées à une seule personne, ils ne pourront pas les faire circuler.

Pour leur écrire :



AUTMANI Nadir N° d'écrou 377 079 bâtiment D4

Maison d'arrêt des hommes de Fleury-Mérogis,

7 allée des Peupliers, 91700 Fleury-Mérogis



Pour Slaheddine El Ouertani (hospitalisé), Mahamadou Drame, Ali Diallo, Moise Diakité et Ekma Mouktare, libérés pour certains après 1 an de détention préventive mais toujours inculpés:
CICP-Vincennes, 21ter rue Voltaire 75011 Paris.


PROCES LES 25, 26, 27 JANVIER 2010

à 13h30 au TGI, 16ème chambre, Palais de justice, métro : cité

liberte-sans-retenue@riseup.net


pj49 19/12/2009 02:53


Je suis malheureusement les grèves franciliennes de trop loin à mon goût mais à Angers nous avons maintenant 150 demandeurs d’asile qui se battent pour le respect de leur dignité dans deux squats
et une cinquantaine qui sont toujours à leurs côtés bien qu’ils soient hébergés suite à nos actions ; la régionalisation ne nuira plus aux demandeurs d’asile sur Angers à compter du 1er janvier
2010 ; 380 000€ supplémentaires ont été débloqués par le ministère ; de petits pas supplémentaires mais énormes pour une petite ville de province réputée pour sa douceur.
Mais j’ai suivi et participé pendant plusieurs mois aux grèves de l’année dernière et j’ai l’impression cette année d’un piteux remake malgré une combativité qui ne se dément pas ; l’opposition
syndicale ne semble rien avoir appris et les leçons de l’année dernière semblent perdues même si elle s’est plus impliquée cette année.
L’année dernière la CGT et SUD à sa suite avaient pourtant annoncé la couleur : harmonisation de la circulaire Hortefeux de janvier 2008 jusqu’à crier victoire par un communiqué sur une circulaire
bidon justement dénoncée par les camarades du blog.
Cette année il semble que l’opposition syndicale s’est remuée et c’est super mais avec quelles perspectives et sur quelles revendications, avec quelles propositions concrétes ?
Je reprends la question du camarade : que proposez-vous ???
• la généralisation et l'élargissement du conflit, en particulier en province;
• l'autonomie des grévistes dans leur grève, et la prise en charge du mouvement par eux-mêmes, en toute indépendance, ce qui bien sûr n'exclue nullement le soutien syndical, bien au contraire;
• le retour à la revendication de "la régularisation sans condition de tous les sans-papiers".
Une grève avance des revendications qui déterminent l’orientation que l’on donne au mouvement et la mobilisation que l’on peut espérer ;On ne mobilise pas une partie de la classe en excluant la
majorité de cette partie comme le fait la CGT sur des revendications catégorielles ; le blog a très justement analysé et condamné çà. Vous avez remis en avant la revendication essentielle de
régularisation de tous les sans papiers ; très juste mais plutôt court car le confé ne dit que la même chose ! que la régularisation par le travail n’est que le prélude etc… etc…
Et pour combien de temps cette régularisation ? Un an
Et pour quels travailleurs ? pas tous bien sûr, il faut des critères
Et d’etc… en etc… on va finalement aboutir à un petit millier de régularisations ; tous les grévistes ne seront même pas régularisables…
Alors soyez précis et unifiants, en fonction du rapport de force réel qui existe déjà mais aussi potentiel qu’il est possible de créer :
Les revendications qui étaient portées par le mouvement réel étaient déjà présentes dans les grèves de l’année dernière et sont toujours d’actualité :
• Carte de résident pour tous les sans papiers ; cette carte s’inscrit dans la durée (dix ans) et concerne tous les sans papiers, toutes catégories confondues. Cette revendication est une véritable
préparation à la liberté de circulation et d’installation et la disparition des frontières.
• Suppression des CRA (camps d’internement pour étrangers) ; c’est là que passent tous les sans papiers qui se font rafler par les flics ; ces camps sont des pépinières de révolte ouvertes ou
diffuses qui n’attendent qu’une coordination extérieure avec les grèves pour exploser.
• Suppression de la taxe ANAEM ; véritable discrimination à l’embauche ; comment vouloir l’unité internationale de la classe prolétaire sans exiger sa suppression ?
Le COMMENT ?
Voilà, à mon sens, ce qu’il faut mettre en avant partout où existent des sans papiers et des noyaux révolutionnaires. Les camarades du blog se sont trop fixés sur la politique confédérale et sa
critique radicale ; malgré la pertinence de leurs critiques, ils ont limité leur champ d’intervention aux orgas françaises et par là même n’ont pas pénétré l’immense potentiel révolutionnaire de
nos camarades sans papiers (à Angers, c’est nos camarades communistes soudanais qui ont permis la victoire du campement de la mairie malgré les hésitations des français… certains parlaient même
d’aller occuper une église !).
A nous de créer aux côtés de nos camarades sans papiers un véritable réseau autour de ces revendications et de les opposer aux réformistes de tous poils ; de centraliser toutes les infos
recueillies et de coordonner toutes les luttes, pas seulement les grèves mais aussi les occupations d’administration, les révoltes dans les CRA, etc… sans passer par la structure CGT.
La question n’est plus « où va la CGT », le 49ème congrès a montré qu’elle y est déjà.
La question est maintenant de construire dans les luttes et à travers elles un vaste réseau qui soit l’épine dorsale du mouvement prolétaire et qui enverra toute les organisations actuelles aux
poubelles de l’histoire. La tâche est titanesque mais l’enjeu l’est également ; la victoire de la seule revendication révolutionnaire en soi: l’abolition du salariat et de la société marchande.
-pj49-


Courrier Picard 18/12/2009 09:07


CREIL (60) Les travailleurs sans papier devant la sous-préfecture

La soixantaine de travailleurs sans papier qui réclament une régularisation depuis plusieurs semaines, ont quitté momentanément la Bourse du travail qu'ils occupent, Jeudi matin, vers 10 heures,
pour manifester devant la sous-préfecture de Creil.

Le préfet de l'Oise avait indiqué que leurs dossiers de régularisation seraient examinés. Par leur action, les travailleurs sans-papier entendaient lui signifier leur impatience


TSP 17/12/2009 20:25


Je fais peut être parti des 20 cgt dont vous parlez, mais à part faire état du manque d'engagements de la confédération, que proposez vous !


Eugène 17/12/2009 20:27


Et bien les trois points en fin d'article !
Et on y travaille, en région parisienne comme en province !