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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 11:17

Samedi 4 septembre 2010

Sans-papiers abandonnés...

 

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[Mise à jour 5 septembre] A lire également le compte rendu de l'assemblée des délégués grévistes du 3 septembre : "Raymond Chauveau sur la sellette face aux grévistes sans-papiers".

 

SSPPabattu.jpgDébut août, nous faisions le point de la situation de nos camarades, à l'issue de leur dernier mouvement, la plus grande grève ouvrière depuis 1995, il faut le rappeler, trop de camarades l'ignorent.

La situation n'était alors pas rose, et malheureusement, début septembre les choses n'ont fait que se dégrader.

 

Les syndicats sont embarqués dans la réalisation des dossiers pour les préfectures, transformés en annexes du ministère de l'Indignité Nationale, comme nous l'avions noté. Il faut rajouter que c'est en plus le chantage explicite des préfectures : "si vous n'évacuez pas les piquets, si vous bougez, vos dossiers, c'est mort". Déjà que les critères sont extrêmement restrictifs (nous l'avons amplement abordé sur ce blog), en plus le gouvernement fait avaler le retour au calme, de gré ou de force...

Les dépôts de dossier donnent toujours lieu à des regroupements importants, seuls moments de retrouvailles entre les ex-grévistes, puisqu'il n'y a plus eu aucune rencontre depuis fin juin. Tant à Paris en juillet et août qu'à Bobigny le 17 août, ce sont des centaines de camarades qui se sont retrouvés, mais bien seuls, comme d'ailleurs lors de la manifestation des Saint-Bernard le 28 août : à 95% les participants sont les grévistes sans-papiers eux-mêmes, et les soutiens sont plus que rares, se comptent à l'unité. A Bobigny, les camarades de Saint-Gobain étaient bien seuls venus participer au rassemblement, suite de leur soutien actif aux camarades sans-papiers de la SCIFODIAM Aubervilliers.

 

Et tout cela pour quoi ?

Laissons parler deux messages repris d'une liste de soutien aux travailleurs sans-papiers :

 

"Situation inquiétante:
Duplicité des prefs, du gouvernement, qui ignorent maintenant les accords de juin.
Les arrestations s'accélèrent, des grévistes avec leur carte et la lettre nominative (vocation à travailler en France et recevoir une APS) en poche sont envoyés en rétention.
Et tout ça pour ça ?"

 

Et un autre, plus incisif, quoique de manière implicite :

"Lors de la dernière réunion de notre comité  de soutien, nous avons fait un point de la situation des grévistes du XIIème.
Ce texte se veut une alarme de rentrée.
D’autres comités de soutien confirmeront certainement ce point de vue et la nécessité d’agir d’urgence tous ensemble autour des grévistes.
Depuis la levée du piquet de grève de Bastille du 18 juin dernier, les travailleurs grévistes sans-papiers sont  toujours dans une situation difficile, tant du point de vue administratif que financier.
Depuis le 18 juin, la plupart d’entre eux n’ont pas repris le travail, faute de récépissé leur permettant de le faire.

I - Plus de 600 dossiers ont été déposés collectivement à la préfecture de Paris le 3 août mais, malgré l’addendum résultant de l’accord du 18 juin, très peu de grévistes ont obtenu l’APSK promise, leur permettant de reprendre le travail (moins de 10 sur 650).
De plus, l’étude des dossiers est très lente. Pas de nouvelles, pas de rendez vous de convocation.
La lettre 340 et le papier, signé de la CGT, qui atteste nominalement que la personne fait partie des travailleurs sans-papiers en grève ne sont pas obligatoirement pris en compte, en cas de contrôle d’identité.
Pourquoi les grévistes n’ont ils pas une attestation de dépôt de dossier, ou copie de la liste sur laquelle figure leur nom avec cachet de la préfecture afin d’éviter les arrestations ?
Ils n’ont  aucune preuve du dépôt de leur dossier et donc aucune idée de l’avancement de leur dossier .

II -  Par ailleurs, la situation financière des travailleurs grévistes devient de plus en plus précaire, en particulier pour ceux qui ne disposent plus de logement après ces longs mois de grève et plus de piquet comme lieu de repli.
Il est donc urgent d’envisager  un soutien financier pour ceux qui sont à la rue, qui ne peuvent plus se déplacer faute de carte de transport, ou/et en galère pour se nourrir depuis 1 ou 2 mois.

- Le Conseil régional d’Ile-de-France avait annoncé avoir voté une subvention en faveur des grévistes sans-papiers. Qu’en est-il ?
Est il possible d’en accélérer le processus ?

Un appel à une souscription spéciale « rentrée de grève » peut il être lancé à l’ensemble des syndicats, des soutiens, partout en France ?
Comment recueillir les demandes des grévistes dispersés ? Comment y répondre  sans tarder ?
Les  grévistes sont toujours dans le combat, bien qu’isolés. Rien n’est réglé pour eux. Leur courage et leur dignité restent intacts mais la situation  est grave, périlleuse, toujours incertaine  et d’autant plus interminable.

Il est urgent que les 11 réagissent.
Il est  urgent que les associations, les syndicats envisagent les actions nécessaires  afin de relancer toutes les formes de soutien et de  trouver les solutions adéquates et immédiates autour des grévistes.
Il est urgent de remobiliser les partis politiques solidaires."

Message qui donnera lieu à une démarche auprès du Conseil Régional signé par plusieurs collectifs de soutien, mais qui montre l'abandon, la détresse et l'isolement dans lequel se retrouvent aujourd'hui les grévistes, alors qu'il n'y a encore aucune régularisation...

 

Mais que font alors nos responsables ?

R. Chauveau et F.Blanche étaient au rassemblement de Bobigny le 17 août, et la seule chose qu'ils ont pu nous dire en pleurnichant, c'est "le gouvernement ne tient pas ses engagements"...

Mais quels engagements ??? "L'addendum au guide de bonnes pratiques annexé à la circulaire" [sic !] ??? Le gouvernement ne s'est engagé à rien de précis, et les dirigeants de la CGT le savent bien.

En refusant d'élargir le mouvement, en imaginant faire céder le gouvernement avec quelques grèves symboliques, ils se sont enferrés dans une impasse, et aujourd'hui ce sont nos camarades grévistes qui paient le prix fort. Voilà où mène le syndicalisme responsable, de "coopération conflictuelle" auquel nous entraîne la confédération.

 

Nous sommes dans une phase de transition. Il va falloir le temps de digérer cette défaite, d'en comprendre les origines, d'en débattre largement avec les grévistes, les délégués les plus conscients. C'est ce que nous faisons.

Une nouvelle vague de lutte est absolument inéluctable, car les centaines de milliers de prolétaires ultra-précaires que sont nos camarades sans-papiers ne pourront rester inactifs, tellement leur vie devient insupportable.

Soutenons les camarades toujours en lutte, pour le logement, le travail, les papiers. Et surtout, faisons avec eux le bilan du soi-disant "Acte II".

L'acte III, ils le mèneront en toute connaissance de cause, en partant de ce bilan, et donc en toute autonomie. Et nous serons à nouveau avec eux, car leur lutte, c'est la lutte ouvrière contre l'exploitation, c'est la même que la nôtre, quotidienne, dans nos entreprises...

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Publié par Sans-papiers - dans Sans-papiers
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Jean-Louis 15/09/2010 16:32


Je me permets de vous envoyer ce texte en commentaire :


Il n'arrive rien de bon aux gens quand ils pensent comme l'Etat.


Rassemblons-nous pour gagner l'abrogation du CESEDA !
Le seul critère pour régulariser, c'est la vie ici !



Depuis quelques jours, la CGT crie à la victoire au sujet d'une possible régularisation d'ouvriers sans papiers. Des associations et organisations lui emboîtent le pas, et font courir le même
bruit. Qu'en est-il exactement ?

1) Déjà, le 24 novembre 2009, Besson, sous l'autorité du "Ministère de l'immigration et de l'identité nationale", et avec l'appui de la CGT, publiait une circulaire dont l'objet était : "la
délivrance de titres de séjour temporaire portant la mention salarié ou travailleur temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour". Les termes de cette circulaire étaient très clairs
: pour être régularisé il ne s'agit pas de prouver simplement que tu travailles ou a travaillé, mais il faut des fiches de paie à ton nom depuis au moins 12 mois, et un patron qui va te faire un
contrat d'au moins un an... autant dire que très peu d’ouvriers sans papiers étaient concernés par cette circulaire (Besson les chiffrait alors entre 500 et 1000). Et pourtant la CGT parlait déjà
de victoire à ce moment là...

2) Que s'est-il passé pendant les 7 mois écoulés depuis novembre ? Il n'y a eu aucune régularisation massive sur la base du travail, mais par contre il y a eu des milliers d'OQTF (obligation à
quitter le territoire) délivrées et des milliers d'expulsions.
Pour semer encore plus le trouble, la CGT a appelé à la grève des ouvriers sans-papiers, qui ont rapidement perdu leur emploi, bien sûr sans aucune indemnité. Pour faire bonne figure, la CGT a
expliqué alors que la circulaire de novembre 2009 n'était pas appliquée correctement par les préfectures et que Besson devait les obliger à traiter tous les dossiers sur les mêmes critères. C'est
l’objet de ce que la CGT et ses amis présentent partout comme une grande victoire, et qui n’est en vérité qu’un ajout à la circulaire de novembre 2009 (un addendum).

3) Que dit de nouveau cet ajout daté du 18 juin 2010 ? La seule chose vraiment nouvelle, c’est que les dossiers ne pourront plus être déposés individuellement ou par des collectifs, mais seulement
par l’intermédiaire des syndicats : la CGT va donc faire partie officiellement des organismes qui trient et choisissent les ouvriers, dans le sens de la politique mis en place par le gouvernement :
politique de "l'immigration choisie et non subie".
Pour le reste, c'est comme en novembre 2009, le gouvernement ne parle pas de régularisations mais de critères, limités dans le temps, qui sont à peu de chose prés identiques et restent
inaccessibles à la plus grande partie des ouvriers sans-papiers : 12 mois de fiches de paie dans les 18 derniers mois, et un contrat de travail d’au moins 12 mois ! Avec cet « addendum », le sort
de l’ouvrier dépend officiellement non seulement de la préfecture et du patron, mais maintenant aussi de la CGT !

4) En fin de compte, comme nous l’avons dit dès le départ de cette affaire, il y a deux ans, tout cela n’est qu’une opération de la CGT et du Gouvernement, unis pour casser les affirmations des
collectifs d’ouvriers, qui leur ont fait si peur.
Affirmations sur lesquelles nous continuons à nous battre : le travail compte, l’ouvrier compte, le travail doit ouvrir à des droits, il faut les droits pour tous. ABROGATION DU CESEDA.

5) Leur manoeuvre a été possible car des ouvriers et des collectifs ont choisi de suivre la CGT et d'abandonner la bataille pour la régularisation et les droits pour tous. Beaucoup ont décidé de ne
plus parler de la loi qui met tous les ouvriers, étudiants, familles sans-papiers dans la main de la police. Ils se sont dit qu'il fallait jouer sa carte individuelle et essayer de prouver chacun
de son côté qu'on est le "bon" ouvrier, celui que le gouvernement, la CGT et le patron vont choisir.... En faisant ça, ils ont accepté de penser comme l'Etat, ils ont perdu leur autonomie de pensée
et d'organisation. Pour quels résultats ? Côté papiers, rien ; côté courage et confiance, rien ; côté dignité et respect, rien., Le bilan est lourd. Mais il faut le faire si on veut avancer.

• Tout d'abord, il faut dénoncer cette circulaire qui n'a rien à voir avec une régularisation sur la base du travail. Il faut que le gouvernement reconnaisse très simplement notre travail passé ou
actuel pour régler cette question, et nous donner les droits qui vont avec ! Les droits doivent être pour tous !

• Ensuite, reprendre l'offensive, et cesser de se justifier de tout (travail, étude, maladie, exil..) On n’a pas à avoir honte devant l'Etat : c'est au gouvernement à avoir honte de nous mettre
dans une telle situation de persécution policière. Nous travaillons, nous étudions, nous élevons nos enfants...nous vivons comme chacun. Le seul critère pour régulariser, c'est la vie ici ! Qui vit
ici, est d'ici, du pays. Le pays, c'est nous tous !

• Il faut refuser la logique du tri, de « l’immigration choisie ». On n’est pas des produits de supermarché, on est des habitants du pays, on y vit, on y travaille. On fait partie du pays, et
l’état doit nous compter comme les autres.

• Il faut s'attaquer clairement à la loi CESEDA, loi de misère, de persécution, de haine et de mépris des gens, pour bloquer son application et exiger son abrogation ! Les circulaires, et addendum
à la circulaire ne servent qu’à distraire l’attention du CESEDA et de son durcissement discuté au parlement en Septembre !

Sur ces bases, nous proposons à chacun, avec ou sans-papiers, français ou étranger, de nous rassembler, et de préparer ensemble pour fin septembre un rassemblement-débat.


Le Rassemblement des ouvriers sans-papiers, gens d’ici, et leurs amis
Toulouse, le 28/06/2010