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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 07:55

Mardi 11 septembre 2012

PSA : des expertises, pour quoi faire ?

 

Aujourd'hui doit arriver le dit rapport "Sartorius" (disponible en intégral ICI) demandé par le gouvernement sur la situation du groupe PSA et les incidences en matière d'emploi.

Les syndicats seront reçus à Bercy (Ministère du Redressement Productif) ce matin à 10h pour avoir connaissance du contenu du rapport et une assemblée est d'ores et déjà prévue cet après-midi sur le parking de l'usine d'Aulnay, en parallèle avec des assemblées par équipe sur le lieu de travail.

 

Un rapport d'expertise donc, dont on a déjà une petite idée suite à des fuites révélées par le Journal du Dimanche :

"Selon nos informations, le rapport rédigé par Emmanuel Sartorius, expert à Bercy, confirmera la grande fragilité du groupe. Ébranlé par la crise sans précédent du marché automobile européen, miné par un outil industriel en surcapacité, étranglé par la guerre des prix, PSA est acculé. Le scénario de la fermeture du site d’Aulnay, que l’expert devrait valider, semble inévitable. Mais le rapport pourrait révéler une situation plus dramatique encore. Le groupe ne pèse plus que 2 milliards d’euros. Il est sorti du CAC 40 par la petite porte jeudi. Surtout, PSA a perdu 819 millions d’euros sur les six premiers mois de l’année et continuera à voir sa trésorerie plonger tant que l’hémorragie des ventes en Europe ne sera pas stoppée. "C’est une situation à haut risque. Celle d’une entreprise en grande difficulté", analyse Kristof De Graeve, spécialiste du marché auto à la Société générale."

Autrement dit, le rapport conforte l'analyse et les décisions de la direction du groupe PSA et de Varin...

 

Un des permiers effets de ce rapport est en tous les cas d'aligner la position du gouvernement PS sur la direction de PSA. Finies, les envolées lyriques, finies les promesses, voici les dures nécessités du capital et l'alignement de Hollande/Montebourg sur Varin/Parisot dans la foulée des rencontres du MEDEF à HEC. Comme le souligne un haut fonctionnaire de Bercy "Cette expertise indépendante était nécessaire, juge-t-on à Bercy. Il permet de donner tous les éléments, de manière équilibrée, pour comprendre la situation de PSA et pour contribuer au dialogue social qui désormais doit s'ouvrir. Si le rapport ne comporte aucun scoop sur la situation de PSA, il fallait en passer par là pour restaurer la confiance entre les différents acteurs". (Le Monde du 11 septembre, sauvegardé ICI). Autrement dit, l'expertise va permettre de faire avaler les licenciements... Des expertises pour quoi faire avons-nous mis comme titre ?

 

Un deuxième rapport est attendu fin novembre à la demande unanime des élus du CCE.

Qu'en attendre, mis à part les quelques mois gagnés par la procédure (toujours bons à prendre, bien entendu) ?

Cela renvoie à la nature de ces cabinets d'expertises. Là, il s'agit du cabinet SECAFI (goupe Alpha de Pierre Ferracci) dont nous avons eu l'occasion de parler à plusieurs reprises ("Avis de tempête à SECAFI Alpha").

Ces groupes d'expertise comptable (Avec Syndex, Apex et autres) analysent les documents fournis par les entreprises selon les règles de la comptabilité officielle, selon les critères de la société capitaliste (gestion, rentabilité, marchés, concurrence etc.), et se proposent au mieux en critiques et donneurs de leçons en bonne gestion capitaliste.

C'est à dire que ces cabinets sont parfaitement intégrés au "système" comme on dit. Pour SECAFI, réputé proche de la CGT, c'est même allé très loin, puisque le groupe a créé une filiale (SODIE) dont les fonctions sont exactement celles de Pôle Emploi privatisé, rémunéré grassement sur les fonds publics.

Au mieux, le cabinet va révéler quelque scandale, au mieux dénoncer la supposée "mauvaise gestion" des dirigeants, les erreurs de choix. Jamais ils ne vont dénoncer l'exploitation et les conditions de travail.

 

On sait par exemple que les experts (toutes tendances confondues) reprochent à la famille Peugeot de ne pas s'être assez vite internationalisés, à l'image de Renault. Parlons clair : il n'y a pas eu assez de délocalisations, en Roumanie, au Maroc, en Turquie ou ailleurs ?

Et nous, ouvriers, prolétaires, on en pense quoi de ces démonstrations ?

 

Deux types de réactions syndicales.

Celle de Chérèque d'abord, qui pousse le réformisme réaliste jusqu'au bout. Voici ce qu'il dit sur France Inter le 5 septembre dernier : "Selon les éléments des rapports nous verrons notre réaction". Autrement dit, si le rapport le prouve, la fermeture d'Aulnay et les licenciements ailleurs seraient justifiés :

 

 

Gageons qu'avec le rapport Sartorius Chérèque va pouvoir justifier les licenciements à venir, son soutien au gouvernemenet et son immobilisme.

 

Le deuxième type de réaction, c'est celui de JP Mercier, délégué syndical à Aulnay, mardi matin,juste avant l'annonce du rapport Sartorius. "Aucun licenciement n'est justifié parce que la Famille Peugeot s'appuie sur un matelas de 12 milliards d'euros". Autrement dit, les difficultés on s'en fout (là, on est d'accord), mais Peugeot "peut payer". On retrouve là un peu l'argumentation de Xavier Mathieu ("Xavier Mathieu à propos de PSA : c'est la guerre !"). Et si l'entreprise est en faillite (sortie du CAC 40, dégradation de la note, pertes massives en 2012 etc.), on dit quoi ?

 

 

Dans les deux cas, on soumet la lutte ouvrière, la lutte pour l'emploi, la défense des intérêts ouvriers, aux conditions de l'économie capitaliste. Dans les deux cas, on enfonce dans la tête des prolétaires que notre sort est lié à celui du capital, qu'il s'agisse de nos exploiteurs directs, des actionnaires ou de l'Etat.

Pour tous les syndicalistes de classe, notre rôle est au contraire d'organiser les travailleurs en toute indépendance du système capitaliste, qu'il s'agisse de la société en général, ou d'une entreprise en particulier. Les règles économiques, la concurrence, le marché ? Ce ne sont pas les nôtres. Les difficultés, la guerre économique ? Ce n'est pas la nôtre. Les experts, les discours, les justifications du patron et du gouvernement ? Ce n'est pas notre problème.

 

Nous, les ouvriers, les prolétaires, nous avons UN problème : nos conditions de vie, de travail, la vie de notre famille, de nos enfants, de nos proches. Le refus de la misère et de la pauvreté ("INSEE : hausse de la pauvreté et des inégalités"), le refus de notre asservissement et de notre destruction physique et mentale dans une production barbare.

Nous luttons pour notre emploi, nos conditions de vie non pas pour de quelconques justifications économiques (comme si nous devions nous justifier face à nos exploiteurs !), mais pour notre survie. Nous luttons sans concession, sans illusions aucunes. Nos sommes prêts à utiliser tous les outils (expertises, procédures...) pour gagner du temps, aviver les contradictions chez nos ennemis, mais en parfaite clarté : il n'y a pas de mauvaise gestion du capitalisme, il y a juste l'exploitation capitaliste, et la guerre économique mondialisée.

Ce ne sont pas les 12 milliards d'euros de la famille Peugeot qui justifient notre refus des licenciements, c'est la défense intransigeante de nos intérêts d'ouvriers, rien de plus, rien de moins.

 

Le rapport Sartorius va renforcer dans les consciences que la fermeture d'Aulnay et les licenciements sont justifiés, et le gouvernement, Montebourg en tête, va sauter dessus. Le futur rapport de SECAFI fin novembre n'apportera rien de nouveau.

Aujourd'hui, l'enjeu ce n'est pas de se caler par rapport aux experts et à leurs rapports, c'est l'organisation du combat, à Aulnay et dans tout le groupe PSA, l'élargir à la filière automobile, pour l'emploi.

Nous voulons "une autre vie dans une autre société", et ça commence par construire notre camp dans ce combat !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Emploi
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commentaires

Eric 12/10/2012 17:51

Bonjour,

Juste pour prévenir, je suis salarié de Secafi, une de vos tête de turc préférée :-)

Un rapport c'est un outil ... on sait s'en servir ou pas. Bel exemple d'utilisation:
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article130700

Je ne sais pas si ça vous intéresse mais avec mes congénères experts pour les CE et les CHSCT , on fait ce métier parce qu'on croit à certaines choses, et on essaie d'apporter ce qu'on peut, à
notre place, avec nos compétences pour aider des salariés à ne pas baisser les bras.

On est tous dans le système ... comme vous qui engraissez TF1 (actionnaire d'OverBlog) à travers l'audience de votre site :-)

Sans rancune

saphir 11/09/2012 11:38

Bonjour,
Dans mon précédent commentaire, (à la suite de « c’est la guerre ») que je vous remercie d'avoir publié, j'ai omis de rappeler pourquoi il y a suppression de postes... chez Peugeot... .

Cela a été dit par un élu CGT, lors d'un entretien télévisé, lequel élu, s'est apparemment tut sous la pression très certaine de la Fd et/ou de la Conf.

Du fait de son jumelage avec une entreprise américaine, Général Motors, Peugeot a du se retirer du marché iranien lequel lui permettait de fabriquer 200 000 véhicules/an.. Pour cela il faut savoir
que l’Iran est le grand satan et que maints embargos économiques l’isolent.

Ce n'est donc pas une mauvaise gestion de Peugeot... mais une volonté de l'empire américain, sur le déclin. Elle dicte ses volontés à la famille Peugeot et par conséquent à la France laquelle n'est
plus indépendante de ses choix, soumise aux traités européens. (Article 62).

Pour sortir de ce marasme il serait nécessaire de sortir de l'UE par l'article 50 du traité constitutionnel européen (TUE) en toute légalité devant la juridiction européenne. Le traité de
Maastricht n’avait pas cette possibilité là !

La CGT de Peugeot devrait former ses syndiqués et les salariés afin que cette sortie de l'UE de la France soit obnubilante. A chaque instant.

Là est une partie de la solution pour pérenniser l'emploi dans notre pays..

intactsaphir@gmail.com

Eugène 11/09/2012 11:44



Mais tel n'est pas notre point de vue...


Car le souci n'est pas en tant que tel l'Union Européenne, mais le capitalisme et ses lois. L'Europe n'est qu'un instrument parmi d'autres, une conséquence et non une cause.


A tout cibler sur l'UE, comme beaucoup (confédération CGT FdG et cie) en ce moment avec le traité européen, on oublie les fondements du capitalisme et l'exploitation, et par ailleurs par ricochet
on renforce le nationalisme en mettant le rapport de classe au second rang...


 


Bien entendu, pour finir, l'Europe est une institution parfaitement intégrée au système impérialiste mondial. Son rôle est même de tenter de créer un bloc impérialiste unifié face aux USA, au
Japon, à la Chine, bref face aux autres mastodontes impérialistes concurrents...