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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 14:16

Vendredi 14 septembre 2012

La réaction de la CGT PSA Sochaux au rapport Sartorius

 

Reaction-CGT-rapport-Sartorius.jpgNous publions ci-dessous une discussion d'un document détaillé de la CGT Sochaux qui conteste point par point l'analyse présentée par le rapport Sartorius (voir "PSA : des expertises pour quoi faire ?"), document que l'on trouvera en original ci-contre.

 

Nous voulons ainsi poursuivre le débat entamé sur les expertises, rapport d'experts et autres, avancés par tous les syndicalistes en période de difficulté et face à des restructurations.

 

Loin de nous l'idée de dire que ces expertises ne servent à rien.

Déjà, elles permettent de gagner quelques mois dans la procédure et donc d'en profiter pour organiser la mobilisation - ce n'est pas négligeable.

Ensuite, elles permettent parfois (mais pas toujours) de mettre sur la place publique quelques beaux scandales bien gras, qui permettent d'alimenter la colère et la révolte des prolétaires directement concernés.

 

Mais nous voulons alerter tous les syndicalistes combatifs et honnêtes sur le risque fondamental de ces expertises : celui de s'enchaîner soi-même à la logique de nos exploiteurs, d'accepter leur monde, de rentrer dans leurs règles du jeu, et finalement quelque part de commencer à raisonner comme eux.

Le risque que les syndicalistes se présentent en "bons gestionnaires" face aux "erreurs" de leurs patrons...

 

Nous voulons, une nouvelle fois, insister sur le fait que les syndicalistes de classe doivent construire la mobilisation ouvrière en toute indépendance de nos ennemis, sur NOS revendications et NOS besoins, dans devoir nous justifier d'une quelconque manière des exigences du capitalisme et de la crise mondialisée.

 

Alors c'est d'un point de vue fraternel (même s'il est parfois vif)  que nous avons repris le document des camarades de Sochaux, point par point, pour souligner ce qui selon nous mène à l'impasse.

Ce débat doit avoir lieu, il est essentiel !


 

 

 Rapport Sartorius

Une analyse très incomplète, Une conclusion inacceptable

 

On retiendra du rapport de M. Sartorius qu’il entérine l’arrêt d’une usine de production et se contente de dire qu’il aurait préféré que ce soit les salariés de Madrid qui paient la note, plutôt que ceux d’Aulnay.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est un peu court.

Nous partageons complètement l’avis des camarades de Sochaux ! On voit là où mène la logique de la préférence nationale et du « Fabriquons français » défendus par d’autres...

 

L’analyse de la situation ne va pas jusqu’au bout, en se contentant de répéter des lieux-communs sans s’interroger sur leur validité.
Enfin le rapport n’esquisse aucune piste alternative.
La CGT attend une étude plus sérieuse et moins orientée de la part de l’expert du CCE, et appelle les salariés à rester mobilisés pour défendre leurs emplois face à tous ceux qui voudraient les enterrer.

 Nous sommes là perplexes, et on va retrouver toute la logique de l’analyse : selon les camarades, le rapport Sartorius n’est pas sérieux et orienté.
Nous interrogeons les camarades de Sochaux : comment imaginent-ils un rapport sérieux et objectif, élaboré dans une société capitaliste selon ses propres règles de fonctionnement ?
Que bien entendu les salariés restent mobilisés est une évidence, mais ils n’ont pas à s’appuyer sur un quelconque rapport, ils doivent défendre leurs intérêts (et rien d’autre) en toute indépendance du capitalisme et de la guerre économique.

 Un périmètre qui n’est pas anodin.


Au lieu d’analyser la situation globale du groupe PSA, le rapport tombe dans le piège d’une étude limitée à la « branche automobile », présentée comme déficitaire.
Ainsi, le groupe PSA perdrait de l’argent à fabriquer des automobiles (entreprise PCA) mais en gagnerait en fabriquant les sous-ensembles (Faurecia), en transportant les voitures sur des trains et des camions (GEFCO) et en les vendant (Banque PSA finance). Cette analyse par le petit bout de la lorgnette, fait l’impasse sur les prix de transfert entre les sociétés du groupe qui permettent les vases communicants entre les différentes sociétés du groupe.

 
Les camarades n’ont pas tort de relever les pratiques financières de PSA – comme de tous les monopoles d’ailleurs. On segmente le groupe en unités à la demande pour alimenter des flux de profits les plus favorables au groupe dans son ensemble.
En ce sens, oui, effectivement, pour la direction de PSA et la famille Peugeot, la fabrication d’automobiles n’est pas du tout un but en soi. Ce n’est qu’une des briques de l’empire Peugeot/PSA pour maximiser les profits. C’est pourquoi on dit que c’est une entreprise « impérialiste » : la fusion du capitalisme industriel et financier, qui ne peuvent plus être séparés.
A noter que cette pratique est largement répandue. On connaît ainsi des monopoles qui absorbent des PME, qui s’approprient les propriétés immobilières au niveau de la holding (la tête du groupe), pour les relouer ensuite à un tarif prohibitif à l’entreprise devenue filiale. Ou bien qui transfèrent le Crédit Impôt Recherche d’une filiale vers la holding via des filières mises en place à cet effet. C’est le cas de Saint-Gobain.
Un autre exemple tout à fait d’actualité est celui de la pratique d’Unilever face à sa filiale Fralib...
Les manœuvres de « pompes à finance » à l’intérieur des grands groupes sont partie intégrantes de leur politique économique.

Les camarades ont raison de souligner que le rapport Sartorius fait l’impasse sur cette analyse, mais qu’en conclure : qu’on pourrait revenir à l’époque d’un capitalisme industriel « pur » ? Cette époque est révolue, et d’ailleurs, un tel capitalisme ne pourrait survivre face à la concurrence et à la guerre économique mondialisée, puisqu’il s’empêcherait de manœuvrer comme les autres requins.
 Quant aux comptes présentés pour le premier semestre 2012, les premiers éléments fournis par l’expert du CCE, montrent qu’ils ont été délibérément plombés par la direction PSA, afin de justifier son plan de casse, en utilisant des artifices comptables : jeu sur les provisions, et gonflement inédit des volumes passés en investissement. On peut s’étonner que ces éléments n’aient même pas été relevés dans le rapport de M. Sartorius.

 
On retrouve là exactement les mêmes manœuvres financières et industrielles pour anticiper les restructurations.
D’ailleurs, plutôt que d’imaginer une sorte de « complot » de la direction en prévision de la fermeture, il s’agit bien plus sûrement d’un essorage final avant une fermeture décidée par ailleurs et selon d’autres critères (le marché mondial).

 

En gros, les camarades dénoncent la fourberie de la direction de PSA. Bien, ils ont raison.  Mais tout dépend sur quoi débouche cette dénonciation : pour une dénonciation radicale d’un système économique qui fait faillite, ou pour rêver à une sorte de moralisation de nos exploiteurs ?

Un constat résigné sur les pratiques de l’actionnaire familial.

 

Le rapport constate, que dans une période qui nécessitait de forts investissements pour le développement international et les véhicules du futur, les actionnaires ont préféré des distributions massives de dividendes (2,8 milliards d’€) et une politique couteuse de rachats d’actions (3 milliards d’€). (page 22 du rapport).
Mais le rapport n’en tire aucune conclusion sur la nécessité que l’actionnaire répare les dégâts qu’il a causés à l’entreprise. La CGT qui a depuis plusieurs années dénoncé cette gabegie a, en l’espèce, fait preuve d’une grande responsabilité économique.

 

Là encore, le rachat d’actions est dénoncé, tant par la CGT que par le rapport Sartorius. Mais il n’y a pas d’analyse : pourquoi le groupe Peugeot a-t-il ainsi procédé ?
A l’évidence, pas pour se remplir les poches et fumer de gros cigares, mais pour investir dans d’autres branches. Le rachat d’actions a été un moyen de la réorientation du groupe PSA, à l’heure de la guerre économique mondiale, de la baisse du taux de profit dans l’automobile et de taux bien plus intéressants dans d’autres secteurs.


Mais que veut bien dire alors « réparer les dégâts à l’entreprise » et de quel point de vue ? Du point de vue du monopole impérialiste Peugeot/PSA, merci, tout va bien pour eux. La vie des prolétaires n’a aucune espère d’importance pour eux, ce ne sont que des « ressources humaines » au même titre que les machines ou les ressources en matières premières. Pour eux, c’est zéro dégâts ! Donc rien à réparer.

On a l’impression que pour les camarades, « l’entreprise » est une sorte de boîte abstraite, neutre, qui produit des objets utiles, et au sein de laquelle co-existent les patrons et les travailleurs. Mais ce n’est absolument pas cela ! Une entreprise est avant tout « une pompe à profits » par l’exploitation de la force de travail des prolétaires. L’automobile n’est qu’un prétexte, un support à cette extraction de la plus-value.
Oui, il y a des dégâts, mais des dégâts de classe, sur nous les prolétaires, la chair à canon de la guerre économique.

Quant à la « grande responsabilité économique » de la CGT, là, franchement, nous laissons aux camarades la responsabilité de leurs déclarations... c’est un peu tristounet !

 De même le rapport ne pointe pas que ces dividendes amassés par la famille Peugeot au sein de la société FFP, n’ont pas été réinvestis dans la branche automobile mais dans les vins de Bordeaux, les sociétés d’autoroutes, les instituts de sondage ou les chaines de maisons de retraite.

 
Ah, la belle affaire ! Posons la question du point de vue du capital : en quoi investir dans le Bordeaux, les sociétés d’autoroute ou les maisons de retraite serait-il moins pertinent que dans l’automobile ?
Soyons perfides : d’un point de vue « humain, écologique, déontologique et responsable socialement », il vaut quand même mieux investir dans les maisons de retraite que dans les bagnoles, non ?


Les camarades posent la question des priorités et des choix d’investissement d’un point de vue étriqué, du petit bout de la lorgnette, du point de vue des travailleurs de PSA. Même dans une société où les prolétaires auront le pouvoir ce n’est pas ainsi que seront fixées les priorités, mais d’un point de vue global, des besoins des prolétaires dans leur ensemble.

 Non, on ne peut pas raisonner comme les camarades, d’un point de vue économique abstrait, sans point de vue de classe.
Les capitalistes ont LEURS priorités, la pompe à profits. Nous avons NOS priorités, l’emploi, les conditions de vie et de travail, sans tenir compte du contexte économique imposé par nos exploiteurs – sinon, on est morts !

 Le mythe des surcapacités

 

Le rapport reprend à son compte le lieu-commun des « surcapacités de production ». Mais sans la moindre analyse critique : Surcapacités par rapport à quoi ?


•    Par rapport aux besoins ? Les besoins d’automobiles en France, en Europe et sur la planète restent immenses. Combien de millions de personnes voudraient une voitures ou en changer ? Sans même parler des délais d’attente des clients qui commandent un véhicule Peugeot ou Citroën.
 

 

•    Surcapacité par rapport aux perspectives de ventes ? Le rapport, comme la direction PSA bâtit son argumentation sur la perspective de poursuite et d’aggravation des politiques d’austérité en Europe, qui plomberait pour longtemps le pouvoir d’achat des consommateurs. On notera que c’est en complète contradiction avec les déclarations du gouvernement qui prétend œuvrer pour la relance de la croissance. Le rapport ne s’interroge pas non plus sur les raisons qui amènent une baisse des ventes du groupe PSA supérieure à la baisse des marchés automobiles. Cela aurait pourtant permis de s’interroger sur la stratégie de PSA qui préfère la marge au volume : « vendre cher plutôt que vendre plus », stratégie financière, qui coûte cher en matière de volume d’activité et d’emplois.
 

 

•    Surcapacité en rapport avec le taux d’utilisation de l’outil industriel ? Le rapport reprend à son compte la volonté des actionnaires de rentabiliser au maximum le capital en fabriquant des voitures jour et nuit, semaine et samedi. La CGT ne s’inscrit pas dans une logique qui prive certains de travail tandis que d’autres devraient fabriquer les voitures la nuit ou le week-end.
 

 

•    Surcapacité en rapport avec les charges de travail ? Le rapport n’aborde même pas la question des conséquences sur la santé des salariés des règles actuelles de production sur les chaînes de montage, qui ruinent pourtant la santé des milliers de salariés par l’explosion des TMS et des burn-out.

 
•    De quels besoins parle-t-on ici ?
Les besoins créés par la société de consommation ? Les besoins d’une société façonnés par la bagnole individuelle ?
Les besoins d’une société où les transports en commun sont mal fichus, où les lieux de travail sont à des heures des lieux d’habitation ?
Non camarades, il faut avoir un point de vue de classe sur les besoins ! Pas se contenter de reprendre les besoins qu’on nous impose.
 

 

•    Les camarades en arrivent à rentrer dans une critique globale du mode de gestion de PSA, et à présenter une autre alternative... de gestion capitaliste !!!
Croient-ils une seule seconde que cette supposée stratégie différente (le volume plutôt que la marge) permettrait de résoudre la crise du capitalisme, la guerre économique mondialisée dans le secteur automobile ??? Et aurait conduit à une situation différente ?
 

 

•    La rentabilisation maximum de l’outil de travail jour et nuit, semaine et samedi n’est pas une « volonté » des actionnaires, mais une « nécessité » pour accroître le taux de profit. Le taux de  profit, c’est la plus-value extraite par rapport au capital investi.
En gros, c’est la rentabilité du capital, et c’est cela qui est comparé d’un secteur à l’autre, aux maisons de retraite, aux vins de Bordeaux ou à on ne sait quoi.
Nous l’avons dit : le taux de profit (et pas la quantité des profits) c’est la pierre de touche du capitalisme. Et partout, il vaut mieux arrêter une chaîne en faisant travailler les autres à fond que faire tourner deux chaînes au ralenti...
 

 

•    Ah oui, le rapport Sartorius n’aborde pas le travail de nuit et le week-end, les TMS ou les burn-out. Ca, ce sont les dégâts collatéraux désolants mais inévitables des règles du jeu... Et tout patron vous dira qu’il vaut mieux cela que de fermer une usine en étant coulé par la concurrence ?
Le problème c’est que les camarades de Sochaux ne sortent pas la tête de l’exploitation capitaliste, de son fonctionnement et de ses règles du jeu. Ils sont piégés, englués, se débattent en tentant de mettre le capitalisme en contradiction avec lui-même...
Finissons-en, brisons ces chaînes subtiles dans lesquelles on nous enserre : le capitalisme a fait faillite, nous n’en voulons plus. Plus du tout !

Quelles alternatives ?

 

Le rapport Sartorius constate que le plan de PSA n’est qu’un plan de réduction des coûts et de suppressions d’emplois mais qu’il ne présente aucune perspective crédible sur l’organisation des études et de l’outil de production pour les prochaines années.
Mais le rapport s’en tient à ce simple constat et renvoie à la fin des discussions entre PSA et GM.
Il en oublie de dire que ce plan de restructuration amènerait PSA à réduire le nombre de silhouettes produites, en raison d’un outil industriel rendu insuffisant par la fermeture d’un site. Ainsi la future T9 (remplacante de la 308) n’aurait ni version 3 portes, ni coupé-cabriolet.
Il en oublie de dire que le plan du gouvernement d’aide à l’achat de voitures électriques n’a de sens que si la direction PSA lance la fabrication de véhicules électriques en France, au lieu de se contenter de les importer du Japon.
Le rapport n’étudie donc aucune piste alternative, ni en matière de répartition des productions, ni en matière de fabrications nouvelles. Il se contente de tenter d’opposer les salariés français et espagnols, en laissant entendre que la fermeture de l’usine de Madrid serait préférable à celle d’Aulnay.

 

Que dire de cette conclusion ?
Que penser de syndicalistes qui imaginent se présenter en meilleurs conseils en gestion du capitalisme, alors même que de tout leur document il n’y a pas un mot sur la guerre économique mondialisée, la concurrence féroce entre tous les requins du secteur, la crise qui traverse  le secteur automobile, comme tous les autres d’ailleurs.

Nous comprenons (et partageons) l’intérêt des syndicalistes pour l’analyse économique, pour imaginer l’avenir en termes d’emplois et de conditions de travail.
Encore faut-il perdre ses illusions sur un capitalisme bien géré et au développement harmonieux.
Encore faut-il orienter la mobilisation contre le capitalisme et son exploitation barbare, et ne pas l’orienter vers un aménagement qui ne pourra être que provisoire et toujours plus enchaîné à l’image de l’accord de Sevelnord...

 La CGT attend une étude plus sérieuse et moins orientée de la part de l’expert du CCE, et appelle les salariés à rester mobilisés pour défendre leurs emplois face à tous ceux qui voudraient les enterrer.

On retrouve en conclusion les espoirs des syndicalistes à trouver un rapport d’expertise "honnête" qui leur permette de soutenir la mobilisation.

Un rapport anti-capitaliste à l’intérieur du capitalisme ?

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Publié par Où va la CGT ? - dans Emploi
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commentaires

TAP 14/09/2012 23:28

Bonjour, Est_il possible d'avoir les documents qu'à reçu Sartorius pour effectuer son rapport et que je puisse vous faire une analyse en parallèle à ce rapport.

Merci de me répondre. Christian TAP

PS à aucun moment on ne parle du contrat avec l'Iran...

Eugène 15/09/2012 09:22



Mais non bien sûr, c'est impossible. Même les syndicats ne savent pas sur quels documents il s'est appuyé...