Le fil de Voie Prolétarienne

11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 09:34

Jeudi 11 août 2011

La confédération CGT et la crise financière

 

LesBanquesSengrece.jpgUne nouvelle fois, après 2008/2009, l'ombre du krach boursier plane sur les pays impérialistes.

La dette publique de nombre d'entre eux a atteint un tel niveau que l'inquiétude gagne les créanciers : vont-ils bien pouvoir récupérer leurs placements ?

La dernière fois, c'était le système véreux des "subprimes" aux USA qui avait fait éclater la crise. Aujourd'hui, après des mois d'incertitudes sur plusieurs pays européens, Grèce en tête, c'est la dégradation de la notation des mêmes USA qui sème un vent de panique.

 

CGTCrisefinanciereLa confédération vient de sortir un communiqué, au milieu de l'été pour prendre position - ce qui en soi est plutôt une bonne chose, le syndicalisme ne se réduit pas à une activité étriquée dans les entreprises.

Ce communiqué (également ci-contre) mérite qu'on s'y arrête. Non pour renvoyer à une analyse approfondie de la crise financière, pour cela un ancien article publié en 2009 reste d'actualité.

Mais c'est l'occasion de pointer quelques perles, hélas largement répandues autour de nous.

 

S-P.jpg1.jpgC'est la faute des agences de notation, ces officines "privées", qui "s'arrogent" le rôle des Etats.

C'est confondre l'indication du thermomètre et la maladie, comme on dit. Quoiqu'on pense des agences de notation, le problème n'est pas celui de ces agences, qui existent depuis des décennies, mais celui de la dette capitaliste.

Qu'elles soient privées comme la bande des trois (S&P, Moody's et Fitch) ou publiques comme l'agence chinoise ou celle européenne que veut créer Sarkozy et bien d'autres, ne change rien à l'affaire. Elles notent les équilibres commerciaux du marché capitaliste, et la possibilité pour un créancier de récupérer ses investissements. Notons que jusqu'à récemment, aucun capitaliste, aucun syndicaliste, aucun homme politique de droite ou de gauche n'avait contesté l'existence de ces notations et de ces agences.

Mettre tellement en avant ces officines, pointer de manière scandalisée leur caractère "privé", revient à répandre un énorme nuage de fumée, pour escamoter le fond du problème, le marché capitaliste et la guerre économique mondialisée - ça, c'est apparemment "normal". L'endettement est issu du développement inégal, des productivités différentes d'un pays à l'autre, des différences naturelles (climat, richesses locales) d'un côté, et de la politique de dépenses de l'autre : entretien d 'une armée d'intervention (Afrique, Afghanistan, Lybie etc.), aides à l'industrie, directes ou indirectes, choix des priorités sociales etc.

C'est à dire que l'endettement n'est qu'une des illustrations de la place d'une puissance donnée dans la compétition impérialiste mondiale.

Lea agences de notation, franchement, on s'en fout. On les détruira, juste en passant, en s'attaquant aux racines de nos maux.

 

Voir la CGT pleurnicher à l'unisson sur ce terrain est absolument lamentable, et ne fait qu'illustrer, une fois de plus combien nos dirigeants sont totalement imbibés jusqu'à la moëlle de la logique de nos exploiteurs, comment ils n'arrivent même plus à prendre un millimètre de recul par rapport au discours dominant.

 

2.jpgA propos de la situation présente, et des problèmes liés aux dettes, la solution est "simple", si on peut se permettre cette plaisanterie. C'est l'annulation pure et simple de toutes les dettes, à la fois comme débiteurs et comme créanciers. Annuler le paiement de la dette de la France impérialiste, annuler la dette des pays endettés à l'égard de la France (Grève, pays d'Afrique et autres), abandonner les intérêts impérialistes français dans le monde.

detteCongo.jpgEvidemment, on fera remarquer que ce n'est pas simple, vue la mondialisation de l'économie et des échanges. Mais il faut clairement affirmer que nous voulons rompre avec ce  monde de barbares qu'est l'impérialisme, cette pieuvre qui saigne les peuples du monde, tant dans les pays dominés qu'ici même par la pauvreté et les plans d'ajustement structurels successifs.

De plus, qui sont les créanciers de cette dette ? Les mêmes banques qu'on soutient à bout de bras (dont pour 1/3 les banques françaises !!!),  les fonds de pension, les fonds d'assurance etc. Un tout récent article du journal Le Monde est très intéressant à ce propos (également sauvegardé ICI).

 

C'est le point de départ pour les révolutionnaires, et les syndicalistes de classe sont dans ce camp. Evidemment ça va nous fâcher avec tous les bourgeois du monde entier, qui vont voir leurs créances partir en fumée. Mais cela va nous réconcilier avec tous les peuples du monde et permettre, à coup sûr, de ré-établir des échanges sur des bases plus égalitaires - il sera alors temps d'en définir les modalités.

L'annulation de la dette est depuis longtemps un mode d'ordre vivant. C'est juste le moment de le faire vivre !

 

Et au fait, pourquoi la Confédération n'aborde même pas le sujet ???

 

3.jpgLe communiqué de la confédération, et ce n'est pas nouveau, s'élève contre les "abandons" des Etats qui se couchent devant les marchés financiers au lieu de réguler la finance, d'appuyer l'exigence des peuples, de défendre l'intérêt général sous contrôle démocratique des citoyens (tout cela est dans le texte). On retrouve ici la recherche du "développement humain durable" par les "entreprises citoyennes et responsables" tels qu'on nous les a fait avaler au dernier congrès confédéral (voir ICI)

Il faut être soit un incorrigible naïf, soit un crétin inculte, soit un réformiste attaché à la défense de ce système (et c'est le cas ici) pour décrire ainsi la nature de l'Etat. Chacun(e) d'entre nous peut le voir tous les jours, et nous avons fait l'expérience au gouvernement de tous les partis réformistes, PC inclus, depuis le siècle dernier. L'Etat, c'est en fait le quartier général où se gère le capitalisme dans tous ses volets, économiques, répressifs, social, etc. où se règlent les contradictions qui existent forcément entre les divers secteurs en concurrence entre eux.

Interet-general.gifAllez, continuons dans la  provocation : l'Etat a en fait toujours défendu l'intérêt "général", sous contrôle "démocratique" des citoyens. Puisque l'intérêt "général" est celui du capital, et le contrôle "démocratique" celui des élections tous les cinq ou sept ans... d'ailleurs, ça y est, c'est parti, 2012 est dans toutes les conversations pour savoir qui va gagner ce quartier général et va donc ensuite nous enfler, au nom des règles du sacro-saint marché capitaliste et de la guerre économique mondialisée.

 

Il n'y a pas d'intérêt "général". Il n'y a qu'un intérêt de classe, et ceux des bourgeois et des prolétaires sont antagoniques. Il n'y a aucun "abandon" des Etats mais la défense rigoureuse des intérêts des bourgeois.

Aujourd'hui, ce sont eux qui ont le pouvoir, tous les pouvoirs. Nous sommes réduits à la résistance, dans des conditions extrêmement difficiles, à nous défendre pied à pied - et c'est pour cela que nous devons passer l'essentiel de nos forces à construire les outils qui nous manquent pour passer à la contre-offensive, et d'abord un vrai nouveau parti communiste, pour nous les prolétaires, pour en finir avec notre exploitation.

Aujourd'hui l'Etat s'est construit comme quartier général de nos exploiteurs. Le démocratiser est une plaisanterie aussi sordide que d'imaginer démocratiser les négriers qui nous exploitent. Un jour, nous parlerons du pouvoir, de notre pouvoir. Et à ce moment là, sur les ruines de ce monde, nous construirons un autre état, un monde nouveau, pour tout le peuple.

 

4.jpgQuelles sont les propositions de la CGT ?

Il y a d'abord le rappel des revendications sociales traditionnelles (salaires, emploi, services publics) qui  posent la question du financement, donc celui du budget, donc celui des recettes et des dépenses. Si la  confédération revendique l'augmentation des dépenses utiles, elle ne dit pas un mot des dépenses inutiles. Et de comment apprécier ce qui est utile et ce qui est inutile, comment se 026--Dribs-and-Drabs.gifmène le débat, qui décide. Quelles priorités dans l'économie ? Que faire des productions parasitaires ou dangereuses (publicité, nucléaire, médicaments inutiles et dangereux, pollution...) ? Pourquoi pas un mot sur le système militaire et impérialiste ? Quelles limitations drastiques des hauts salaires et revenus ? Etc. Il y a là des choix de société, des choix de classe effectués selon les intérêts des bourgeois du privé comme du public. Et NOS choix n'ont absolument rien à voir avec les leurs !

 

Concernant les revendications strictement relatives à la crise de la dette, on trouve ceci : "Il faut supprimer les niches fiscales et sociales inutiles, augmenter l'impôt sur les hauts revenus et taxer les transactions financières". Quelle radicalité !!! C'est en gros ce que  propose le PS...

Ne parlons même plus de l'annulation de la dette, là ils vont faire un malaise. Mais des économistes bourgeois très sérieux ont fait des propositions bien plus radicales que les réformettes CGT/PS : fermeture de la Bourse qui ne sert à rien, puisque 95% des transactions sont spéculatives... même sous le capitalisme, l'industrie n'a pas besoin de la Bourse pour se financer. D'autres, encore  plus réformistes : lorsqu'une transaction est faite (achat d'une valeur), interdire sa revente avant un long délai, histoire d'amortir la spéculation... et ainsi de suite.

Il ne s'agit pas là pour nous d'imaginer qu'il pourrait y avoir des solutions techniques à la spéculation et au capitalisme financier, à l'heure de l'accélération de la spirale impérialiste. Simplement il s'agit de montrer la nullité crasse de la confédération dans ses prétentions à proposer des solutions pour les travailleurs.

 

Ensuite : "Il faut stopper les capacités de manoeuvre et de nuisances de la sphère financière et spéculative au profit de capacités de décisions de l'économie réelle sous contrôle démocratique". C'est pas beau, çà ? Allez, on relit un coup. Et on se réveille les neurones. Derrière le charabia, ça veut dire quoi concrètement ? Rien. La spère financière, c'est bien l'économie réelle à l'époque de l'impérialisme, de la mondialisation de la guerre économique, absolument désolés. Si on veut en finir avec toutes ces catastrophes, c'est bien avec l'impérialisme et ses règles du jeu qu'il faut finir.

Le communiqué affiche "pour sortir de cette crise, il faut remonter à la source, il faut revaloriser le travail". Charabia, une fois de plus, mais un résidu de vrai : c'est l'exploitation du travail par le capital qui est à la racine de la crise. Il ne s'agit donc pas de "revaloriser" le travail, il s'agit de remettre le travailleur, le prolétaire au centre de l'activité économique et politique, lui donner le pouvoir, tout le pouvoir. C'est avec l'exploitation qu'il faut en finir.

 

Tout ça pour conclure sur la nouvelle journée d'action bidon pour "une autre répartition des richesses", lancée à grand fracas par le CCN de juin, c'est un peu lamentable.

Au fond, la confédération n'a rien à proposer, rien à avancer de sérieux de notre point de vue à nous, les travailleurs. Alors, à part se positionner pour les présidentielles, c'est quoi le but du jeu ?


Qu'en conclure ? Les discussions sur le terrain économique sont toujours compliquées parmi les travailleurs,  parmi les syndicalistes même les plus déterminés et honnêtes. C'est difficile, ardu, moins fun que Facebook.

Mais nous ne pouvons pas laisser nos dirigeants nous raconter n'importe quoi, nous resservir les discours réformistes les plus crasse, quand il ne s'agit pas de ce qu'on entend partout dans les médias. Il faut se forcer pour lire, il faut étudier, il faut apprendre. C'est une des fonctions de ce blog, offrir aux lecteurs les instruments pour gagner leur émancipation, et d'abord dans la théorie et la compréhension du monde dans lequel on vit.

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Publié par Où va la CGT ? - dans Les sujets qui fâchent
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commentaires

Xuan 17/08/2011


Sur les agences de notation vous avez entièrement raison, vitupérer en chœur avec Obama sur la dictature des agences de notation, c’est lamentable.
Il faut ajouter que ces trois agences ont COUVERT l’endettement US des années durant et qu’une seule a fini par lâcher le morceau pour ne pas se discréditer définitivement.

Sur la question de « l’abandon » par l’Etat victime des marchés financiers, d’accord aussi :
Le capitalisme transnational n’a pas liquidé le capitalisme national. Samir Amin a fait une recherche pointue sur le sujet mais on retiendra que les banques « nationales » illustrent parfaitement
le lien entre l’Etat et les « marchés financiers ».
La place des banques françaises en Europe (de la BNP en particulier) démontre que la France ne subit rien dans ce cadre mais IMPOSE avec l’Allemagne les intérêts des banques franco-allemandes à
l’Europe du sud. Ceci pour épingler au passage la thèse chauvine de la France « victime de l’Europe supranationale ».
Si on peut parler de victime ce sera plutôt l’histoire de l’arroseur arrosé puisque les banques françaises et allemandes ont tellement essoré les peuples de Grèce et d’Italie qu’elles risquent le
défaut de paiement, exactement comme les banques US avec les subprimes.

Vous revendiquez l’annulation des dettes. OK pour les pays dominés par l’impérialisme, mais quid de la dette des USA qui vivent aux crochets du monde entier et financent notamment par ce biais
leurs interventions armées ?
On peut se demander aussi s’il est légitime d’effacer l’ardoise des autres pays impérialistes.
[En France, environ 70 % de la dette négociable était détenue par des « non-résidents », en juin 2010 (51 % en 2005)].

Je ne suis pas convaincu que ce soit un bon plan.
A mon avis le règlement de la dette c’est une question intérieure qui oppose le travail et le capital et non pas la France aux « marchés financiers ».
En d’autres termes, c’est aux capitalistes de payer et non aux salariés.

D’autre part il y a entre les lignes l’idée que le capital financier c’est mal et le capital industriel c’est bien. Marx dénonçait déjà cette ânerie.

« Concernant les revendications strictement relatives à la crise de la dette, on trouve ceci : "Il faut supprimer les niches fiscales et sociales inutiles, augmenter l'impôt sur les hauts revenus
et taxer les transactions financières". Quelle radicalité !!! C'est en gros ce que propose le PS... »
Oui, avec 0,05 % sur les transactions financières ! Et on peut ajouter Le Pen, voire Sarkozy. C’est embarrassant pour faire les tracts maintenant.

Sur la question de la crise, il faut combattre en priorité l’Union Sacrée et la collaboration des classes, et promouvoir la lutte de classe pour nos salaires, pour nos emplois et contre la guerre
impérialiste.

Le capitalisme c’est la crise et la guerre. Prolétaires de tous les pays unissons-nous !