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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 18:05

Lundi 13 décembre 2010

Grève de travailleurs précaires chez Hyundai Motors (Corée)

 

PrecairesHyundai.jpgA l'issue d'une occupation de 25 jours, les travailleurs précaires illégaux (en sous-traitance interne) qui occupaient l'usine N°1 du site de Ulsan viennent de reprendre le travail.

25 jours de grève dure, d'occupation des lieux, dans des conditions d'hébergement et d'alimentation très difficiles, sous la répression du monopole coréen.

Une grève démarrée dans l'unité avec les fixes, qui se termine dans l'amertume du refus de la direction syndicale d'engager réellement le bras de fer, dans l'unité contre la direction de Hyundai - on lira ci-dessous le rapport des conditions de la reprise dans l'usine, et en encadré le déclenchement et le déroulement de la lutte.

 

Mais c'est une grève qui fera date, dans la mesure où elle a fait surgir les travailleurs précaires illégaux au premier plan de l'actualité, un peu comme les grèves d'intérimaires qui ont eu lieu chez nous, ou la participation des intérimaires aux divers conflits.

En Corée, l'occupation s'est heurtée au refus de la direction syndicale des travailleurs en fixe d'élargir le mouvement. En France, nous avons connu cela dans le passé, et la situation a quand même changé. Dans la CGT, la revendication d'embauche des précaires est de plus en plus souvent reprise dans les entreprises, par exemple.

Les deux textes ci-dessous racontent la lutte, son déroulement, ses difficultés et la manière dont elle se termine. Plus que jamais un enjeu (et une leçon) pour tous les syndicalistes de classe ici, en  particulier dans la défense des intérimaires et des sans-papiers...


La grève des travailleurs précaires de Hyundai cesse après 25 jours d'occupation

(texte repris du site Europe Solidaire et traduit par nos soins)

 

L'occupation des travailleurs irréguliers précaires

(un autre article, antérieur, tiré du même site Europe Solidaire)

 

Le 15 Novembre 2010, quelque 40 travailleurs précaires de Hyundai Motors à Ulsan dans la province du sud Gyeongsan en Corée, ont commencé une grève et une occupation de l’usine de fabrication de sièges, l'une des cinq usines du site.

Ces travailleurs étaient officiellement employés par un sous-traitant, l’entreprise Dongseong Inc, qui avait annoncé le 14 novembre qu'elle fermait ses portes. Hyundai Motors a déclaré aux travailleurs qu'ils ne seraient autorisés à signer de nouveaux contrats avec un autre sous-traitant qu’à la condition de renoncer à leur adhésion à l'Union coréenne des travailleurs du métal (KMWU), section des travailleurs de Hyundai en situation d’intérim.

PoliciersUlsan.jpgNe voulant pas continuer à accepter des emplois précaires, les travailleurs ont exigé d’être embauchés directement par Hyundai comme salariés permanents ou «réguliers». La direction de l’entreprise a réagi rapidement et violemment à l'occupation, expulsant les travailleurs de l’usine, et envoyant vingt travailleurs à l'hôpital au cours de cette opération « musclée ». (...)

Mais la lutte des ouvriers précaires de Hyundai est bien plus qu’une simple question d’application d'une décision de la Cour suprême. C'est un combat contre un système de travail illégal et le recours à des emplois indirects. En fin de compte, c'est un combat contre le gouvernement et les efforts du capital pour développer ces formes d'emploi qui aboutissent à d'augmenter la flexibilisation du travail. Il s’agit de préserver les profits au détriment des salaires, des conditions de travail et la sécurité d'emploi de tous les travailleurs coréens. (...)

Lire la totalité du compte rendu ICI

Hier, (9 décembre), les membres de la Section des Travailleurs Précaires de Hyundai Motors de la KMWU (Korean Metal Workers Union) ont quitté l’usine N°1 du site de Hyundai à Ulsan. Leur départ a marqué la fin d’une longue occupation de 25 jours, vécue dans de dures conditions d’alimentation et d’hébergement.

Aujourd’hui, des représentants de la Section des Travailleurs Précaires de Hyundai Motors, du Syndicat Local de Hyundai Motors (travailleurs en fixe) et du KWMU se sont mis à table avec des représentants de Hyundai Motors et de ses sous-traitants internes. Selon l’accord obtenu entre le Président de la Section des Travailleurs Précaires, Lee Sang-su, le Président du Syndicat local, Lee Gyeong-hun et le Président de la KMWU, ils ont présenté les quatre exigences suivantes :
1) Annulation de toutes les procédures et charges contre les travailleurs qui ont participé à l’occupation, et paiement des frais médicaux ;
2) Garantie de ré-emploi pour ceux qui ont participé à l’occupation ;
3) Protection des dirigeants de la grève ;
4) Un plan de négociations concernant la régularisation des travailleurs précaires illégaux.

Alors que les négociations ont commencé, ce sera une dure bataille pour obtenir les exigences demandées, et encore plus de détermination avant que le but final de la régularisation des travailleurs précaires illégaux soit atteint. L’expérience passée, y compris une lutte similaire en 2005, a montré que sans la pression de l’occupation de l’usine, il est peu probable que Hyundai Motors ait cédé beaucoup de terrain. Pour cette raison, beaucoup des grévistes ne voulaient pas quitter l’usine N°1 avant que leurs exigences soient complètement remplies, et s’étaient engagés à l’origine à continuer l’occupation jusqu’à ce que Hyundai accepte de les employer directement comme travailleurs fixes.

En réalité, pourtant, les grévistes précaires ont rencontré des difficultés croissantes les jours derniers. Outre la répression du fait de Hyundai Motors, ils ont été mis sous pression croissante par la direction du Syndicat Local de Hyundai pour trouver une issue rapide à leur lutte. Alors que l’Assemblée des Délégués de la KWMU votait en faveur d’une grève générale en soutien à la lutte des travailleurs précaires pour le 22 décembre, la date ferme n’était pas fixée. Pendant ce temps, le Président Lee Gyeong-hun du Syndicat Local de Hyundai Motors décidait de remettre une seconde fois la grève générale au vote à une assemblée générale du syndicat, malgré le fait que la Constitution du KMWU autorise l’assemblée des délégués d’appeler à une grève générale. Alors que la direction du Syndicat Local de Hyundai Motors pouvait éduquer ses membres sur l’importance de la solidarité des ouvriers fixes et précaires dans une grève générale, elle suggérait au contraire à ses membres qu’il était temps d’arrêter la lutte.

Connaissant le résultat négatif de l’assemblée générale du Syndicat, et la réalité que ce second vote signifiait l’annulation des perspectives de grève générale et la perte du soutien du Syndicat, les travailleurs précaires ont engagé un débat très vif dans l’usine pour savoir s’il fallait poursuivre l’occupation ou accepter de quitter et de commencer des négociations avec un ensemble d’exigences moins que satisfaisantes. Finalement, ils ont choisi d’accepter les exigences listées ci-dessus comme base de négociation et ont décidé de remettre la décision de poursuivre ou cesser l’occupation à la direction de la Section. Après rencontre avec les présidents du KWMU et du Syndicat local, Lee Sang-su a décrété la fin de l’occupation.

Malheureusement, la fin de l’occupation démontre clairement les limites de la solidarité entre ouvriers fixes et précaires qui se développait au début de la grève, et encore plus, le manque de volonté de la part de la direction du Syndicat de Hyundai Motors de soutenir une grève qui aurait été reconnue comme lutte de tous les ouvriers de Hyundai.

PrecairesMarcheNéanmoins, il y a d’importantes victoires dans cette lutte. La conscience et l’audace d’un petit groupe de travailleurs précaire s’est rapidement répandue dans toute la Section des Travailleurs Précaires, de Ulsan à Asan et à Jeonju. Les centaines d’entre eux qui ont participé à la grève ont été transformés par l’expérience, en arrivant à reconnaître leur cause commune et en développant la capacité et le courage d’exiger leur droit à être traité à égal. Ils ont construit et utilisé des structures démocratiques de prise de décision même au cœur des dures conditions de leur occupation d’usine, et ont construit un sentiment croissant de conscience de classe. Malgré le fait qu’ils vont retourner au travail le 13 décembre, les travailleurs précaires de Hyundai ont juré de continuer à s’organiser parmi leurs collègues et à préparer la prochaine étape de la lutte pour la régularisation. Comme l’a commenté un journaliste, la fin de l’occupation de l’usine N°1 sur le site de Ulsan représente « une victoire pour les travailleurs précaires eux-mêmes, mais un échec pour le mouvement ouvrier dans son ensemble ».

C’est la puissance de la conscience de classe et l’unité qui rend la lutte possible. Alors, la lutte ira surement de l'avant !

Liem Wol-san
Institut de Recherche pour les Mouvements Ouvriers Alternatifs

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Publié par Où va la CGT - dans International
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Loren 10/01/2011 18:21


Urgent: Huit militants ouvriers sud-coréens risquent une peine de 5 à 7 ans

Le 3 décembre 2010, le procureur du tribunal du district central de Séoul a requis des peines allant de 5 à 7 ans de prison contre Oh sei-chull, Yang Hyo-seok, Yang Joon-seok, Choi Young-ik, Park
Joon-seon, Jeong Won-hyung et Oh Min-gyu, tous membres de la Socialist Workers Alliance de Corée (SWLK), un groupe socialiste révolutionnaire.

Ces militants du mouvement ouvrier coréen ont été inculpés en vertu de la tristement célèbre Loi pour la sécurité nationale, adoptée par la Corée du Sud en 1948 et qui prévoit théoriquement la
peine de mort pour les activités «en faveur du Nord ».

Les huit membres de la SWLK sont des militants internationalistes qui préconisent une révolution ouvrière dans les deux Corée. Ils ne sont accusés d'aucun crime ou délit particulier, à part le fait
d¹avoir des idées révolutionnaires. Leur mise en accusation résulte de leur intervention dans de nombreuses grèves et de nombreux mouvements depuis 2007. C¹est la première fois depuis de nombreuses
années qu¹une répression aussi sévère est lancée en vertu de la Loi pour la sécurité nationale.

Cet événement se produit dans le contexte d¹un tournant à droite du gouvernement sud-coréen du président Lee Myong Bak depuis qu'il a pris ses fonctions au début de 2008 (comme en témoigne
l'écrasement de la grève de Ssangyong en 2009). (Il faut souligner que des tracts de la SWLK qui avaient été distribués pendant la grève de Ssangyong ont servi de preuves clés dans ce procès.)

Les procureurs ont tenté d¹inculper les membres de la SWLK à plusieurs reprises depuis 2008, et jusqu¹alors leurs tentatives avaient échoué à chaque fois. Il n'est pas impossible qu'une campagne
solide de protestations par e-mail au juge Hyung Kim Doo du tribunal du district central de Séoul aidera à réduire ou annuler les peines de ces militants, lorsque le verdict final sera rendu le 27
janvier. Le juge Kim doit prendre connaissance de votre opinion sur ce procès et sur ce « délit d'opinion ».

Pour ce faire, vous pouvez écrire avec vos propres mots à swlk@jinbo.net

Nous avons besoin de ces e-mails avant le lundi 17 janvier 2011, 6 heures du matin (heure de Séoul), afin que l'avocat de la SWLK puisse les transmettre au juge Kim avant que le verdict soit
rendu.

Nous vous prions de distribuer cet appel le plus largement possible et de nous envoyer des messages dans toutes les langues, pas seulement en anglais.

Si vous avez besoin de plus de détails sur cette affaire vous pouvez me contacter à lrgoldner@gmail.com

Merci d¹avance pour votre solidarité.

Loren Goldner