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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 06:44

Jeudi 27 juin 2013

"Assises automobiles CGT" : discuter d'une autre politique industrielle, c'est discuter sur le terrain du patronat !

 

Nous publions ci-dessous un article publié il y a deux semaines dans le journal "Lutte Ouvrière", en forme de compte rendu d'une réunion organisée début juin par la Fédération de la Métallurgie CGT autour de la situation des entreprises automobiles.

La première chose c'est qu'il faut se féliciter de voir Lutte Ouvrière s'intéresser à l'orientation politique dans le syndicat, c'est à dire au contenu de l'orientation confédérale, en l'occurence ici la défense de l'emploi industriel. Sur ce blog, nous considérons que c'est absolument fondamental pour reconstruire un véritable syndicalisme de classe, alors que la confusion règne par les temps qui courrent et que le débat et la polémique sont indispensables pour y voir clair.

Or d'une manière générale Lutte Ouvrière est absente de ces débats, et se contente de juxtaposer d'un côté un syndicalisme de base, souvent combatif, et d'un autre un travail politique (légitime, mais c'est une autre affaire), en délaissant les combats d'orientation à l'intérieur des syndicats. On le voit tout le temps, particulièrement en périodes de congrès (Confédé, UDs, FDs par exemple) où Lutte Ouvrière est absente, alors que sa présence sur le terrain lui autoriserait quelques prises de position claires et tranchantes contre le syndicalisme de collaboration de classe... S'agirait-il de ménager les directions réformistes ?

 

Donc, cette fois, Lutte Ouvrière prend position sur un débat de fond, et c'est une bonne nouvelle. Nous espérons (hélas sans trop y croire) que c'est le signe d'un changement...

Le sujet en cause est celui de l'emploi industriel, sujet polémique s'il en est, sur lequel ce blog intervient depuis des années (tous les articles sur le sujet,  ICI).

 

La critique est pertinente et nous la partageons : "Comme si, surtout, l'avenir des travailleurs dépendait de la stratégie industrielle des patrons et non de leur riposte aux attaques. Quand la direction de la CGT parle des « propositions CGT pour le développement de l'emploi dans la filière automobile en France », d'une « autre politique industrielle » à proposer, eh bien, elle fait débattre les militants ouvriers sur le terrain des patrons, et non sur celui des travailleurs. Et c'est bien le problème."


Bien sûr, pour les syndicalistes de classe, la question c'est de "défendre l'intérêt ouvrier et rien d'autre !" et nous renvoyons nos lecteurs aux multiples articles de ce blog sur la question.

Pourtant, nous restons sur notre faim. Car que  propose en retour Lutte Ouvrière ? "Organiser les mobilisations nécessaires".

 

Or, on peut reprocher tout ce qu'on veut à la Confédération, la FTM etc. mais ils proposent une alternative économique et sociale à la situation actuelle. Une alternative pourrie, réformiste, "sur le terrain du  patronat", l'alternative d'un capitalisme à visage humain, d'une meilleure gestion etc, bref, juste une illusion et une impasse, mais une alternative.

Et que propose Lutte Ouvrière en face ? La lutte, la mobilisation, et rien d'autre. Pas de perspective, pas de proposition,  pas d'enjeu, même pas de mots d'ordres précis et clairs qui ouvriraient d'autres pistes pour une autre société...

  • Zéro licenciement ?
  • Interdiction du travail de nuit et à la chaîne ?
  • Produire selon les besoins et pas le profit capitaliste ?
  • Rompre avec la guerre économique mondialisée et développer la solidarité internationale des prolétaires ?
  • Travailler tous,  moins et autrement pour une autre société ? Et pas produire des bagnoles, la nuit pour les monopoles mondiaux ?

Pas un mot, pas une ligne... Et pourtant, ce sont les questions cruciales posées par la crise capitaliste mondiale (pas un mot chez Lutte Ouvrière... la crise n'existe sans doute pas...). Des questions concrètes vécues dans leur chair par les prolétaires à l'usine.

 

Il faut bien sûr critiquer la politique confédérale (reprise par la FTM bien sûr), mais elle pose la question d'une autre monde, d'une autre société. Et si nous jugeons que c'est une politique réformiste, de collaboration avec le patronat (ce que ne dit pas, mais sous-entend Lutte Ouvrière), il faut proposer d'autres perspectives, pour tracer la voie, le chemin, mobiliser les travailleurs non pas seulement pour "la lutte, la lutte", mais pour construire dans cette lutte la conscience et l'organisation des prolétaires pour un autre avenir...

Ce n'est pas le choix de Lutte Ouvrière, elle ne veut pas de ces propositions, et nous y avons été confrontés encore récemment dans la grève à PSA Aulnay. Alors, la critique des Assises de l'Automobile est un commencement positif, mais bien insuffisant !

 


 

Assises-automobile-CGT-CF350.jpgMercredi 5 et jeudi 6 juin se sont tenues les Assises de l'automobile de la CGT. 180 militants se sont retrouvés, venant des usines de Renault, PSA, Toyota et Ford, mais aussi beaucoup de militants des entreprises sous-traitantes (Valéo, Bosch, Vistéon, etc.). Pour les militants, ce type de rassemblement devrait être utile et permettre non seulement de se rencontrer, mais d'échanger des expériences et de débattre des perspectives de luttes.

La première matinée a bien été consacrée aux interventions des militants d'entreprise. Cela a permis de constater directement que partout, les patrons essayent d'imposer le blocage des salaires, l'allongement du temps de travail, les suppressions d'emplois, l'augmentation des cadences de travail et les fermetures d'usine. Les patrons mènent une véritable guerre, une offensive concertée contre les travailleurs, qui n'est d'ailleurs pas propre au secteur automobile, mais qui vise l'ensemble du monde du travail avec le soutien de plus en plus ouvert du gouvernement.

Les militants ont pu faire le point sur la situation et les résistances qu'ils ont essayé d'opposer, avec plus ou moins de succès, aux attaques menées par les patrons. Des militants de PSA ont parlé de leur grève récente à Aulnay et des militants de Renault de la résistance à l'accord de compétitivité voulu par la direction.

À travers le débat avec des syndicalistes allemands de l'IG-Metal, italiens de la Fiom-CGIL et belges de la FGTB, il en ressortait aussi que, quel que soit le pays, des travailleurs tentent de s'opposer aux attaques des patrons et des gouvernements, et des militants essayent, dans des conditions souvent difficiles, d'organiser les luttes nécessaires. Et c'est sur ce terrain que les débats entre militants de la classe ouvrière sont utiles et même indispensables.

Mais les débats préparés par la Fédération des travailleurs de la Métallurgie CGT étaient bien loin de l'enjeu et des attentes des militants. Beaucoup ont été surpris, voire choqués, que le reste de la journée soit consacré, non pas à la meilleure façon de riposter et s'organiser face aux attaques des patrons pour ne pas se retrouver isolés et le dos au mur, mais... au moteur de l'avenir ! En effet, il a été consacré à disserter à partir de l'exposé de cabinets d'experts choisis par la CGT des avantages comparés des moteurs Diesel, électriques ou hybrides ! Ces discours des cabinets d'experts ne différaient pas de ce qu'on peut entendre au cours de briefings patronaux dans les usines.

Comme si, surtout, l'avenir des travailleurs dépendait de la stratégie industrielle des patrons et non de leur riposte aux attaques. Quand la direction de la CGT parle des « propositions CGT pour le développement de l'emploi dans la filière automobile en France », d'une « autre politique industrielle » à proposer, eh bien, elle fait débattre les militants ouvriers sur le terrain des patrons, et non sur celui des travailleurs. Et c'est bien le problème.

Un militant de Toyota Valenciennes a rappelé fort justement que ce qui préoccupe les salariés n'est pas le type de moteur qui équipera les voitures en 2020, mais d'avoir un emploi avec un salaire qui leur permette de vivre dignement.

Il ne suffit pas de réunir des militants pour que surgissent des luttes collectives. Mais on peut au moins discuter de cette nécessité, au lieu de remplir le vide avec les préoccupations patronales. Cela éviterait de laisser les militants sans perspective alors que le gouvernement, dans la droite ligne de Sarkozy, veut faire passer un nouveau recul, avec la « conférence sociale » qui va débuter. Dans ce contexte, l'appel de la CGT à une journée d'action interprofessionnelle le 19 juin et de la Fédération de la Métallurgie à un rassemblement en septembre devant le Salon professionnel des équipementiers automobiles ne peuvent pas passer pour une volonté réelle des directions syndicales de préparer les mobilisations nécessaires.

Marion Ajar

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Publié par Où va la CGT ? - dans Emploi
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