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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 06:43
Mercredi 20 janvier 2010
Algérie : les ouvriers ne décolèrent pas

Grève et manifestations de rue se poursuivent dans la zone industrielle de Rouiba (El Watan, 13 janvier 2010)

RouibaLa grève et les manifestations de rue des travailleurs de la zone industrielle de Rouiba se sont poursuivies hier avec la même mobilisation et la même détermination que ces derniers jours.

Au 8 jour de grève et 6e journée de manifestation de rue, les 11000 travailleurs grévistes de SNVI (société nationale des véhicules industriels) , Anabib, Cammo, Tammeg, Mobsco et autres entreprises n’ont pu que constater l’indifférence des pouvoirs publics. Plus d’une semaine de paralysie de la zone industrielle de Rouiba n’a pas fait réagir le gouvernement. « Le gouvernement méprise le peuple et les travailleurs. Ces gens n’ont aucun sens des responsabilités, ils sont prêts à sacrifier toute l’Algérie. Sous d’autres cieux, dans des pays où les décideurs émanent réellement du choix de la population, le gouvernement démissionne au bout d’une semaine de manifestations. Il faut que le peuple prenne conscience de ce mépris qu’ont envers lui les responsables », nous a déclaré hier sur les lieux de la manifestation un travailleur de la SNVI. Comme pendant ces six derniers jours, les travailleurs de la SNVI ont organisé une assemblée générale dans la matinée à l’intérieur de l’usine avant de sortir pour une marche vers la ville de Rouiba. Mais leur marche ne dépassera pas la limite tracée par les forces de sécurité : le carrefour situé devant la Cima Motors, à équidistance entre leur usine et l’entrée est de la ville de Rouiba. Depuis le troisième jour de la protestation, soit le 5 janvier courant, les travailleurs reproduisent la même action. Ils sortent, empruntent la RN5 en scandant des slogans exprimant leur rejet des conclusions de la dernière réunion tripartite et dénonçant « la complicité du secrétaire général de la centrale syndicale, Sidi Saïd » et se rassemblent là où les forces anti-émeute, la matraque à la main, leur barrent la route.

Intervention musclée des forces de police

A cet endroit, le décor n’a pas changé : camions arroseurs et balayeurs, fourgons de transport des forces anti-émeute et autres véhicules de gendarmerie occupent l’espace public. « Le pouvoir oppose la force et la répression aux cris de détresse de milliers de pères de famille qui n’arrivent pas à nourrir leurs enfants. Il ne nous manquait que la bastonnade », nous disait hier un autre travailleur. Les forces de l’ordre, de leur côté, reproduisent le même schéma : barrages dissuasifs dans les artères principales de la zone et présence intimidante devant les grandes entreprises. « Si la présence massive des forces de sécurité dissuade certains de marcher, cela ne les empêche pas pour autant de suivre le mouvement de grève. Toutes les entreprises publiques de la zone sont à l’arrêt », nous dit un groupe de manifestants. A rappeler qu’au premier et deuxième jours des manifestations de rue, des blessés légers ont été enregistrés parmi les manifestants suite à l’intervention musclée des forces de police et de gendarmerie. « Nous voulions marcher vers la ville de Rouiba pour attirer l’attention de tous les citoyens sur notre malheur et en même temps pour nous rassembler devant le siège de l’union locale de l’UGTA », soulignent les travailleurs. Car le mouvement s’est déclenché d’une manière spontanée et le syndicat a, dans un premier temps, essayé de contenir la contestation en jouant au modérateur. Plus tard, lorsqu’il s’est avéré que les travailleurs étaient déterminés à poursuivre leur mouvement, les syndicalistes ont rejoint la contestation, qu’ils encadrent d’une manière exemplaire.

« Nous manifestons de manière pacifique pour dire que nous exigeons une augmentation immédiate des salaires et pour réclamer l’actuel dispositif de départ à la retraite. Nous réclamons aussi l’amélioration des conditions de travail », nous dit M.Ben Mouloud, membre du bureau du syndicat d’entreprise. Interrogé sur la position par rapport au communiqué diffusé avant-hier par la fédération de la métallurgie, de la mécanique et de l’électronique de l’UGTA, il répond : « Je suis le secrétaire général par intérim de la fédération. Ils ont tenu la réunion sans ma présence. Ceci pour vous dire que ces déclarations n’ont aucun effet ni aucune légitimité. » « Les travailleurs, de leur côté, estiment que cet autre document de l’UGTA, qui intervient après le communiqué signé Sidi Saïd diffusé jeudi dernier et qui loue les efforts des pouvoirs publics pour aider la SNVI, n’a aucune valeur. Cette déclaration, signée Salah Soum, sanctionne une réunion extraordinaire tenue avant-hier entre la fédération et Sidi Saïd dans le but de trouver des solutions aux revendications de la SNVI et d’autres entreprises. » Elle rapporte que ladite fédération « demande au patron de l’UGTA de donner rapidement son feu vert pour engager des négociations avec les sociétés de gestion des participations de l’Etat afin d’améliorer la situation des travailleurs ». La fédération « invite également la centrale à poursuivre sa contribution à la mise en place rapide d’un dispositif d’assainissement des entreprises », selon le document. Celui-ci rapporte aussi que « la fédération salue la décision des autorités supérieures du pays d’encourager les entreprises algériennes et qu’elle invite tous les syndicats d’entreprise à faire leurs propositions quant aux salaires et au départ à la retraite ». « Nous ne sommes pas dupes ; Sidi Saïd reçoit des ordres d’en haut et comme il ne peut pas récidiver avec un deuxième communiqué, vide d’ailleurs tout autant que le premier, il actionne la fédération de la métallurgie. Nous savons qu’il est otage de ses erreurs et qu’on lui dicte tout, surtout suite à sa citation dans l’affaire Khalifa. Il ne va pas nous faire avaler des couleuvres ; notre mouvement va se poursuivre jusqu’à satisfaction de nos revendications », nous disaient les travailleurs hier.

Les syndicalistes rejoignent la contestation

Face à la « barrière » constituée d’éléments des forces anti-émeute, les manifestants scandaient : « Zidouna souma, arfaâ rassek ya baâ » (augmentez nos salaires pour que nous vivions dignement). La deuxième partie du slogan est reprise dans le répertoire discursif de Bouteflika, qui l’a prononcée lors de sa campagne électorale de 2004 en promettant aux Algériens une vie décente pour lui rappeler ses engagements. L’aigreur a même poussé les manifestants à scander : « One, two, three, viva Malawi », voyant dans la défaite de l’équipe nationale, hier, la déroute de toute une politique. Et de déclarer : « On débourse des milliards dans l’instrumentalisation du football à des fins politiques et on laisse mourir de faim les travailleurs. » En début d’après-midi, les travailleurs se sont dispersés calmement en promettant de revenir dans la rue aujourd’hui.

Par Kamel Omar

Arcelormittal Annaba 13 janvier 2010 : 7200 sidérurgistes paralysent le complexe

Le préavis de grève générale et illimitée, lancé avant-hier par le syndicat des travailleurs suite au refus de la direction générale du complexe sidérurgique ArcelorMittal El Hadjar de réhabiliter la cokerie, a été mis à exécution hier par le syndicat.

Dès 5h, ce mouvement de grève a été déclenché à travers l’ensemble des installations et unités du complexe d’El Hadjar. Tout en assurant un service minimum au niveau des structures à caractère sensible telles que les réseaux de distribution de l’énergie, la médecine du travail, l’unité de la Protection civile et la sécurité de l’usine, les 7200 travailleurs ont paralysé tous les ateliers de production et de maintenance, les dépôts, les points de vente d’ArcelorMittal Algérie. Que ce soit au Centre (Réghaïa, Blida, El Kseur), à l’Ouest (Mostaganem, Sidi Bel Abbès, Oran), à l’Est (Annaba, Skikda, El Khroub, Mezloug) ou aux installations portuaires (points d’exportation), les travailleurs ont massivement répondu à l’appel à la grève lancé par le partenaire social. Quelques heures plus tard, plus de 6000 sidérurgistes sur les 7200 que compte l’usine ont observé un piquet de grève devant le siège de la direction générale au terme duquel ont été prises d’importantes décisions. Il a ainsi été convenu que les travailleurs organiseront une marche pacifique depuis leur usine jusqu’au siège du groupe Sider (Chaïba) détenteur de 30% des actions du complexe. C’est la deuxième fois après celle de juillet 2009 que ce dernier est paralysé. En effet, depuis 2001, date de la cession de 70% des actifs du complexe d’El Hadjar au profit du géant indien de la sidérurgie, les travailleurs décident pour la seconde fois de passer à l’acte en paralysant l’ensemble des unités de l’usine.

Cette fois-ci, il s’agit principalement du devenir de l’unité cokerie dont les différentes expertises s’accordent sur un montant de 40 millions de dollars pour sa réhabilitation. Les longs et inlassables pourparlers n’ont pas abouti. L’employeur est resté accroché à la « transaction » sociale qu’il offre aux représentants des travailleurs. Il a réaffirmé, dans un communiqué, sa volonté de dialoguer avec les partenaires sociaux en soulignant son engagement à revaloriser les métiers-clés de production, intégrer chaque fois que c’est possible des sous-traitants intervenant dans le process de fabrication et mettre en place des critères d’évaluation du personnel et de la gestion des carrières. C’est-à-dire qu’il affiche son accord total sur tous les points inscrits dans la plateforme de revendications du préavis de grève du partenaire social, excepté le principal, la réhabilitation de l’unité de la cokerie. Contacté, Smaïl Kouadria, secrétaire général du syndicat de l’entreprise, a affirmé : « La direction générale, représentée par Vincent Legouic, ne fait qu’attendre les directives du groupe, dont le siège est à Luxembourg. Mais nous sommes plus que jamais déterminés à aller jusqu’au bout de nos revendications, que nous considérons légitimes vu les résultats positifs réalisés par ArcelorMittal Algérie, durant les deux derniers mois. Les efforts consentis et la mobilisation quotidienne des travailleurs ont jusque-là épargné l’usine des prolongements des retombées de la crise financière mondiale. » A ce nouveau et énième combat des sidérurgistes, la centrale syndicale n’est pas restée indifférente. Selon toujours Smaïl Kouadria, qui est également le chef de file des négociateurs, le secrétaire général de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi Saïd, est en contact avec les pouvoirs publics et suit avec une attention soutenue et une grande inquiétude ce mouvement de grève qui ébranle depuis hier le monde de la sidérurgie nationale et même internationale. « Le SG de l’UGTA nous a assurés de sa solidarité et de son appui pour notre mouvement revendicatif », nous a-t-il déclaré, avant de dévoiler les dessous des surenchères auxquelles a recours le partenaire indien. Tout porte à croire que par ce comportement aux desseins inavoués, les Indiens essayent d’exercer une sorte de pression sur le gouvernement algérien pour le pousser à accompagner financièrement leur plan d’investissement. En outre, plusieurs connaisseurs en la matière estiment à 1 million de dollars les retombées sur le plan économique de la première journée de grève de mardi.

Par M. F. Gaïdi

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Publié par Où va la CGT ? - dans International
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