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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 15:44
Jeudi 27 Août 2009
Xavier Mathieu au Monde : "Le syndicalisme, c'est de la politique ou je ne comprends rien"

Xavier Mathieu est décidément l'homme de la rentrée. Et franchement, entre nous, c'est pas mal du tout, et ça nous change de la langue de bois habituelle... Quoi donc ? Thibault a préféré aller à l'université d'été de la CFDT plutôt qu'à celle du NPA ? La belle affaire, il est à sa place, non ? Quelque fois, on ne comprend pas bien les camarades du NPA qui pleurent aujourd'hui sur son absence avec eux...

Bon revenons à Xavier Mathieu qui vient de nous offrir un nouvel entretien avec Le Monde cette fois. Et au fil des discussions, sa pensée se précise, s'éclaire.
Xavier, c'est un ouvrier, un combattant, un guerrier, un frère de classe. Qui parle avec ses tripes aussi bien de l'âpreté du combat, que de la fraternité et de la chaleur humaine de la lutte. Comme il le dit, "je ne sais pas si les gens qui me critiquent peuvent me comprendre". Et bien, nous on te répond : non mon camarade, non, ils ne peuvent tout simplement pas comprendre, parce que ce que tu décris, c'est un sentiment de classe, qui vient du plus profond de la résistance à l'exploitation, à la solidarité commune forgée dans la sueur et le sang, dans le feu de l'action. Et quand tu es de l'autre côté de la barricade, c'est quelque chose que tu ne peux même pas imaginer.

Le journal "Le Monde" ne souligne que l'abandon des délégués par la Conf'. Bon, franchement entre nous, c'est pas un scoop - c'est le pain quotidien de tous nos camarades, à quelques exceptions symboliques que la Conf' décide de monter en épingle pour sa propagande.
Mais nous, sur ce blog, on a vu quelque chose d'autre de très important dans cette dernière déclaration :

"J'ai juste un conseil à leur donner : c'est d'arrêter de penser que tous ceux qui sont en colère sont manipulés par l'extrême gauche. Ça, c'est le même discours que l'UMP. Et franchement, ce n'est pas très respectueux de la classe ouvrière, de penser que nous sommes des moutons incapables de nous battre tout seuls.

On vous a pourtant accusé de rouler pour le NPA d'Olivier Besancenot...

Ça fait quatre mois et demi qu'on nous répète les mêmes conneries. A la CGT de Continental Clairoix, il n'y a aucun encarté, ni au NPA, ni au PC, ni à LO. Aucun. C'est la mode : dès qu'on n'est pas content, on est taxé d'être d'extrême gauche. Je suis allé à l'université d'été du NPA parce qu'ils m'ont invité.
J'avais dit, à l'époque où différents partis nous avaient soutenus, que j'étais prêt à venir parler de la lutte des Conti. Je l'ai fait pour Lutte ouvrière en juin, je l'ai fait au NPA, je le ferai le 12 septembre à la Fête de l'Humanité. Si les Verts, le PS ou le PRG me le demandent, je le ferai.

Mais mettre dos-à-dos les politiques et les syndicalistes, c'est de la connerie. Quand Thibault demande l'interdiction des licenciements ou la hausse du SMIC, ce n'est pas de la politique ? Est-ce que Bové n'a pas été syndicaliste avant d'être homme politique ? La CGT reproche ça uniquement si tu n'es pas au Parti communiste, tout le monde le sait. Thibault refuse d'aller au NPA, mais il va bien à la Fête de l'Huma. S'il ne veut pas faire de politique, il n'a rien à y foutre. Comment on peut dire, si on est syndicaliste, qu'on ne fait pas de politique ? Le syndicalisme, c'est de la politique ou alors je comprends rien."

Et oui, le camarade Xavier a bien raison, et les syndicalistes de classe feraient bien de méditer sur ce qu'il dit. Par les temps qui courrent, et vu ce que sont les politiciens traditionnels, il est de bon ton parmi nous de se méfier de la politique, de prétendre en rester au plan syndical, très combatif, très radical, mais surtout pas politique.
Nous, sur ce blog, depuis l'origine on dit le contraire : pour construire le syndicalisme de classe, il faut d'abord être politique, très politique. Il faut faire le tri dans la confusion ambiante. Il faut débattre, polémiquer, construire. Depuis le début, c'est un blog politique sur le terrain syndical que nous avons construit, animé par des militants politiques, même si ce blog est ouvert et large.
Depuis le début, ce blog refuse l'empilage des communiqués et déclarations (que l'on peut trouver un peu partout...) et s'attache à donner un sens à l'action syndicale, à construire une orientation, à organiser autour de cette orientation. Et c'est cela que l'on va retrouver au fil des articles, des dossiers.
Nous ne sommes pas consensuels, nous savons qu'il y a des sujets qui fâchent. Et quand nous cherchons l'unité, c'est parce qu'à un moment donné, il est important, il faut qu'elle apparaisse, mais nous n'accepterons jamais qu'elle se fasse n'importe comment.

Xavier Mathieu est un véritable prolétaire de classe. Quand il nous dit "que tout ça ce n'est pas très respectueux de la classe ouvrière", nous les ouvriers comprenons très bien ce qu'il nous dit. Comme si nous n'avions pas le droit de penser par nous même, différemment de la pensée unique habituelle qu'on nous distille à la télé...
Camarades syndicalistes de classe, il est temps de méditer ce que vient de nous dire Xavier : "Le syndicalisme, c'est de la politique". Et nous rajoutons, "c'est  par la politique qu'on s'en sortira, pas autrement !".

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Publié par Où va la CGT ? - dans Syndicalisme de classe
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commentaires

coline 30/11/2009 07:15


Le syndicalisme est aussi une politique de syndicalisation


greg 03/09/2009 14:14

euhhh...lili, je comprend bien le systeme capitaliste, je le vit malheureusement moi-meme (licencié le 31 aout dernier, filartois à Douvrin) alors les leçons non merci ;)

à ce que je sache, toute la CGT lutte contre ça, tu m'expliquera ou la conf collabore comme on peu le lire souvent ici, moi je voit une conf qui essaye avec un rapport des forces limité de combattre ça.

Lili 03/09/2009 09:06

Communiqué de la CGT

"La CGT entend construire avec eux (les salariés) un rapport de force permettant enfin d’obtenir pour leurs représentant des droits d’interventions sur les choix stratégiques des entreprises."

C'est donc pour ça qu'on devrait lutter? Pour que nos représentants (lesquels??? ceux démocratiquement élus grâce à la loi sur la représentativité? ) puissent décider, avec nos patrons, de quelle manière ils vont nous exploiter?
Car ici ou ailleurs, le choix stratégique des entreprises dépend toujours du taux de profit qu'elles vont pouvoir réaliser, et ce profit, elles le font principalement sur la force de travail, c'est-à-dire, au cas où certains comme greg ne comprendraient pas, sur notre dos (qu'il soit français, roumain ou thailandais!).

Il est hors de question qu'on collabore à notre propre exploitation! Qu'on vende notre peau le plus cher possible quand on se fait virer, rien de plus légitime, ça me fait marrer qu'on donne des leçons aux Contis. J'aurai bien voulu voir comment certains auraient mener la lutte! Quand on est le dos au mur, qu'on n'est pas soutenu par le syndicat, qu'on gagne une misère et qu'on sait pas comment on va nourrir ses gosses, on a pas vraiment le choix il me semble.
La lutte pour l'emploi, OK, mais je ne pense pas qu'elle puisse se faire à un niveau local, c'est pas possible. Il faut que ce soit popularisé, étendu, qu'il y ait une vrai lutte d'ampleur contre le patronat, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui!

Lili

greg 02/09/2009 21:17

ne te fache pas, je contribu à faire vivre ton blog

greg 02/09/2009 15:47

c'est marrant mais j'ai l'impression que l'on selectionne ici (....)

bon...c'est pas grave, je vais le faire ; voici l'expression de la conf :

http://www.cgt.fr/spip.php?article36360

Eugène 02/09/2009 19:27


Bon, je cite le communiqué dont la référence est donnée par Greg :

Continental - Un jugement profondément injuste

Déclaration de la Cgt, de l’Union départementale Cgt de l’Oise et de la Fédération Nationale des Industries Chimiques
mardi 1er septembre 2009

Le Tribunal correctionnel de Compiègne vient de condamner six salariés de l’usine Continental de Clairoix à des peines allant de trois à cinq mois de prison avec sursis dans le cadre des poursuites
pour le « saccage » de la sous-préfecture de Compiègne en avril dernier.

Ce jugement illustre le caractère profondément injuste et déséquilibré du cadre légal actuel quant au maintien et au développement de l’Emploi et des entreprises.

Alors que les salariés ont un impérieux besoin de sécurité dans leur emploi et dans leurs droits, d’un côté on criminalise ceux qui luttent face aux décisions unilatérales des actionnaires, de
l’autre, on fait preuve d’indulgence voire de connivence avec les dirigeants qui imposent leurs décisions stratégiques sacrifiant les entreprises et l’Emploi.

La Cgt réaffirme son soutien aux salariés de Continental et à tous ceux qui luttent pour le maintien et le développement de leur emploi.

Elle entend construire avec eux un rapport de force permettant enfin d’obtenir pour leurs représentant des droits d’interventions sur les choix stratégiques des entreprises.

Montreuil, le 1er septembre 2009

Très bien, et heureusement !!! Désolé du un jour de retard dans la publication de l'info.
Après les condamnations explicites et sans nuances de X.Mathieu par les mêmes structures, c'était bien le moins...
Sinon, question présentation des positions de la Conf' sur ce blog, ce n'est pas cela qui manque !!! Et question débat démocratique, les structures de la CGT ne peuvent pas en dire autant... Voir
le déroulement du 48ème Congrès sur ce blog, et la préparation du 49ème où les délégués sont déjà désignés (et toujours inconnus), alors que
le débat n'est même pas vraiment entamé...


Conti 01/09/2009 14:59

Six Conti sur sept condamnés
01/09/2009 | 10H21
Le tribunal correctionnel de Compiègne (Oise) a condamné six des sept ouvriers de l'usine Continental de Clairoix à des peines de 3 à 5 mois de prison avec sursis. Ils étaient jugés pour leur rôle dans le saccage de la sous-préfecture de Compiègne, le 21 avril dernier. Le septième a été relaxé. Aucune amende n'a été prononcée. Les dommages civiles -évalués à 40 000 euros par l'administration- seront décidés en novembre.

Tophe 29/08/2009 23:04

Moi, j'ai peur que l'appareil casse le camarade de Continental pour l'exemple, pour montrer que l'on ne critique pas la bureaucratie comme l'on veut.

Par contre, je suis tout à fait d'accord pour s'opposer à la vision Trade-Unioniste du syndicalisme.

Gouriou Annie 29/08/2009 08:32

Je suis plutôt admirative du combat des Conti et de Xavier Mathieu notamment, même si je regrette aussi que le seul enjeu soit d'obtenir une prime de licenciement conséquente - ici 50 000 euros - la production se délocalise et il reste une friche industrielle, friches qui se développent en France et ailleurs en Europe à l'Ouest ainsi qu'aux USA pour produire dans les pays à bas coûts salariaux (et exploiter toujours plus ces masses de miséreux, hommes, femmes et enfants).
Je pense qu'il faudrait passer à un autre stade : s'approprier l'usine. Elle est aussi à ceux qui produisent - revivre Lip, l'autogestion (et dire que c'était le cheval de bataille de la CFDT à l'époque !)
Le combat ne peut s'arrêter à l'obtention d'une prime. Dans un sens, c'est donner raison aux actionnaires qui ont tout pouvoir sur l'entreprise et qui ne se soucient guère des dégâts humains que leurs décisions occasionnent. Ils payent et délocalisent. Ceux qui sont virés n'ont plus que leurs yeux pour pleurer.
La lutte a été belle et je veux la saluer ici. Mais demain, quel avenir pour la région, pour les jeunes ? Il faut penser à demain et tenter de construire aussi "des lendemains qui chantent"

Manu 29/08/2009 01:24

Une organisation syndicale qui ne prend pas la vague de la lutte et de la riposte populaire, ne peut que se retrouver la tête sous l'eau. Nous sommes tous des Xavier Mathieu dans nos boites à lutter seul contre un système capitaliste qui broie tous les jours des milliers de travailleurs. Avec des femmes et des hommes comme Xavier Mathieu, nous arrivons a mobiliser les travailleurs , leur donner une conscience syndicale et politique, se n'est pas un Thibault qui peut en dire autant Bravo a tous les camarades syndicalistes et tous ceux qui luttent. Je n'ai pas assez de mots durs pour qualifier l'attitude de tous les autres qui capitulent.

CHAIGNEAU Sébastien 28/08/2009 13:46

Pourquoi ne se sont t'ils pas battus pour l'emploi?

En tout cas si tel avait été le cas le communiqué de l'U.D Oise en collaboration avec la Fédération de la chimie ne donne pas le sentiment qu'ils les aurait laissé tombés : http://www.cgtoise.com/actu.php?IDactu=131&annee=

Or de question de dire que ce sont "des cons", c'est plus compliqué que ça j'imagine, tout dépend de ce que les Délégués syndicaux ont réalisés comme informations et parcours... Par exemple aussi le rôle de l'interpro...

Il faut comprendre que ce qui me choque en tant que DS et membre du bureau la CE de mon UL sans délégation syndicale ( puisque je suis intermittent) , c'est les propos sur le champs de l'insulte étalés sur les journaux, qui discréditent toute et je dis bien toute la CGT ( et notamment des délégués syndicaux qui travaillent depuis des années dans des boites de la metallurgie qui se prennent des railleries chaque matins depuis les propos de Xavier Mathieu!) et , vu les réactions auxquelles j'ai droit sur le terrain de l'interpro depuis quelques temps...

Je pense que notre organisation possède diverses tribunes en interne qui pourraient accueillir un débat de ce type sans visé , la division, l'implosion ou autre tentative de déstabilisation!!!

morvan 28/08/2009 11:52

bonjour,

je rajouterai, quelqu'un a dit (je me rappelle pu qui), "dès que tu trouve que le bifsteack est trop chère, tu fais de la politique." (de mémoire)

et longue route à xavier

CHAIGNEAU Sébastien 28/08/2009 08:37

Donc si je comprend bien même lorsqu'on se positionne en marge de la Confédération qui prime la sauvegarde de l'outil de travail ! On devrait avoir derrière soit la confédération en permanence???

L'indemnité de départ est un faux combat, transformer les salariés en rentier au détriment de la production et de la valorisation d'un métier, effectivement ce n'est pas les valeurs de la CGT.

Si Xavier Mathieu présentait cette stratégie comme majoritaire chez les salariés de Continental, était ce celle de la CGT Continental ( 17 Syndiqués CGT sur 1200 salariés??!!) quelle légitimité face aux choix historiques de la CGT ??

http://cgtsbfmrebelle.skyrock.com/2520311323-VICTOIRE-HISTORIQUE-POUR-LA-SBFM.html

par exemple....

Eugène 28/08/2009 09:21


C'est exactement le débat, et nous avons rendu compte de la victoire de la SBFM sur ce blog.
Il reste aussi à comprendre dans ce cas, les aspects particuliers qui ont  permis la ré-intégration à Renault sans casse. Cela relève du particulier, c'est évident.

La question c'est d'une part les positions de la CGT (positions "historiques"  pas aussi claires que veut bien le dire notre lecteur, cf le débat sur l'emploi indusriel) et les positions des ouvriers.
La CGT était ultra minoritaire à Continental, c'était la CFTC qui était majoritaire, et on ne change pas les esprits comme cela en quelques semaines. Mais pourquoi les ouvriers ne se sont-ils pas
battus pour l'emploi ? Parce que ce sont des cons ? Ou parce que la bataille de l'emploi étant ce qu'elle est, ils ne se sont pas sentis soutenus pour  la mener ?