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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 14:30
Dimanche 7 juin 2009
Il y a 32 ans, Pierre Maître était assassiné aux VMC de Reims

250 personnes ont participé samedi à la cérémonie traditionnelle à la mémoire de Pierre Maître, abattu en 1977 par un nervi fasciste de la CSL en provenance de l'usine Citroën voisine.
Un contexte un peu particulier à Reims, car l'usine est menacée de fermeture. Plan social, un de plus. Donc un rassemblement de très forte détermination. Et les discours traditionnels autour de la mémoire de notre camarade prenaient un autre sens, celui de la défense de l'emploi, de l'intérêt ouvrier, celui que servait Pierre Maître. Lors de la manifestation, un membre du comité d'entreprise des VMC de Gironcourt-sur-Vraine (Vosges) est venu affirmer le soutien des salariés vosgiens aux ouvriers de Reims.

Aujourd'hui, c'est sous l'oeil de Pierre Maître que les camarades organisent la défense de l'emploi ! A suivre, comme de plus en plus souvent, un blog des camarades pour populariser leur lutte.


Nous reproduisons ci-dessous un article de l'Humanité du 4 juin 2007 qui retrace la mort de notre camarade.

L’assassin était chez Citröen

Mémoire . Il y a trente ans dans la nuit du 4 au 5 juin 1977, l’ouvrier verrier Pierre Maître était assassiné à Reims par des nervis du patronat. Journées d’hommage et de débats organisées par la CGT.

Une rue déserte longeant une voie ferrée et des usines qui se succèdent dans la banlieue nord de Reims. À l’entrée des Verreries mécaniques champenoises, les VMC, un groupe d’ouvriers tient le piquet de grève. Dimanche 5 juin 1977 vient à peine de poindre. Les épouses et les enfants des grévistes qui ont passé la soirée autour du brasero ont regagné depuis longtemps la maison. Puis il y eut vers minuit ce premier incident : cinq hommes, venus de l’usine Citröen qui jouxte les VMC, ont tenté en vain d’arracher la banderole de la CGT. Peu après 1 heure du matin, une voiture approche, ralentit devant l’usine. Les vitres sont abaissées. Deux occupants. Les coups de feu claquent. Trois hommes s’effondrent. Deux gravement blessés : Serge Vermeulen et Raymond Richard. Le troisième, Pierre Maître, trente-sept ans, reçoit une balle en pleine tête. Il décédera quelques heures plus tard. La volonté de tuer était manifeste. On retrouvera 17 impacts de balles…

Un syndicat « jaune », cerbère du patronat

Les membres du commando, arrêtés peu après, sont tous des membres de l’encadrement de Citroën et de la CFT (Confédération française du travail), faux syndicat et vrai outil de répression antisyndicale, que le grand patronat et la droite ont tenté d’implanter dans les entreprises dans les années soixante et soixante-dix. L’industrie automobile - à l’exception de Renault, alors Régie nationale - a réussi à créer des réseaux CFT, se confondant souvent avec l’encadrement. Pressions, flicages, mouchardages, provocations, menaces, tabassages de militants syndicaux (en 1975 à Aulnay-sous-Bois, en 1976 à Levallois)… Les nervis sévissent chez Citröen, Peugeot, Simca-Chrystler, Berliet, Ford… Le pouvoir giscardien soutient l’organisation, au point de lui accorder une place au Conseil économique et social… Les hommes de la CFT sont en effet souvent les mêmes qui assurent les missions musclées pour le compte des partis de droite. Le chef du commando et auteur des coups de feu, Claude Leconte, est membre du SAC (Service d’action civique) fondé par Charles Pasqua. Leconte a été envoyé à Reims en 1973 pour briser une grève dans l’usine Citroën. Lui et ses sbires allaient chercher des travailleurs immigrés dans leurs foyers et les emmenaient au travail sous la menace. Depuis, il dirige un groupe d’hommes de main, opérant non seulement chez Citroën mais prêtant main-forte aux patrons d’autres entreprises rémoises. Le dirigeant de la CGT Marcel Caille, dans ses deux livres les Truands du patronat puis l’Assassin était chez Citröen (Éditions sociales), a décrypté le fonctionnement de ce syndicat « jaune », cerbère du patronat contre la CGT principalement. L’activité du groupe, avait démontré Marcel Caille, était directement pilotée depuis le quai de Javel, la direction parisienne de Citröen. La voiture, une GS verte métallisée, que conduisait Henri Mangematin, le principal complice de Leconte, était immatriculée à Paris. Le tueur avait une voiture de fonction.

Le maire solidaire des grévistes

Quant aux revendications des salariés des VMC, celles-ci portaient sur les salaires et le treizième mois. La direction de la société, dont le membre du conseil d’administration le plus influent était un certain… Maurice Papon, fait preuve d’une brutalité inouïe, clairement provocatrice et appuyée par le préfet. Elle annonce le licenciement de deux délégués syndicaux CGT pour avoir provoqué « des cessations de travail inopportunes ». Les gardes mobiles sont envoyés contre les grévistes. La police charge un meeting au cours duquel le nouveau maire de Reims, Claude Lamblin, vient d’exprimer la solidarité de la municipalité avec les salariés. Deux mois plus tôt en effet, aux élections municipales, la cité des sacres avait choisi la gauche et un maire communiste. La pilule était dure à avaler pour la bourgeoisie rémoise, au terme de près de deux décennies de règne de Jean Taittinger. Alors, beaucoup sont tentés de faire croire qu’un communiste à l’hôtel de ville serait source de désordre. L’Union patronale rémoise s’en prend aux « méthodes contraignantes de certains syndicats » et accuse « les municipalités à dominante communiste d’avoir entretenu un climat d’agressivité dans la région ». C’est un total renversement des rôles, auquel réplique René Andrieu dans l’Humanité : « Autrement dit, si un jeune ouvrier est mort abattu de sang-froid par une équipe d’hommes de main, c’est moins la faute des tueurs que la sienne propre d’avoir commis le crime d’adhérer au syndicat CGT. C’est aussi - il suffisait d’y penser - la faute du suffrage universel, coupable d’avoir élu une majorité de gauche dirigée par notre camarade Claude Lamblin. (…) La vérité, c’est que les coups viennent toujours du même côté. (…) Les tueurs se situent à l’autre bord. »

Fin de la violence patronale

La riposte la plus cinglante vint de la population elle-même, défilant par dizaines de milliers au lendemain de la mort de Pierre Maître et lors de ses obsèques, en présence d’Henri Krasucki, secrétaire général de la CGT. Des arrêts de travail ont lieu dans toute la France. La direction des VMC s’est vue contrainte d’accepter les revendications et de réintégrer les deux délégués. Le crime de Reims entraîna la fin de la CFT, qui pour se faire oublier se mua en CSL (Confédération des syndicats libres), elle-même dissoute en 2001. Leconte fut condamné à vingt ans de réclusion criminelle, Mangematin à sept ans. Aujourd’hui, l’adresse des VMC, c’est rue Pierre-Maître, la municipalité de gauche de l’époque ayant décidé que la rue porterait désormais le nom de l’ouvrier assassiné. Une époque prenait fin, celle de la violence patronale assumée par des milices déguisées en syndicats. Trente ans après, les pressions « managériales », selon la novlangue patronale, et les exigences des actionnaires ont pris d’autres formes. Les dangers qui menacent le droit de grève et le droit syndical prennent avec l’actualité politique une nouvelle acuité.

Jean-Paul Piérot

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Publié par Où va la CGT ? - dans Histoire
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commentaires

Vincent 02/02/2011 08:00


L'enjeu, c'est de rendre à César ce qui appartient à César. Un acte abominable d'abord de la responsabilité d'un homme fou de ses idées, même si elles lui avaient été mises en tête par un syndicat
peu recommandable. Ensuite de rappeler à chacun que le militantisme peut en arriver à ces débordements quand les idées n'ont plus de sens, et là quelque soit le coté que l'on a choisi.
J'ai malheureusement participé en tant que syndicaliste ouvrier à la négociation de la fermeture d'un site industriel, avec mouvements durs. Je sais que les tensions et les enjeux mettent en péril
les dérives possible. Il en va de la responsabilité de chacun de ne pas enflammer les débats pour ne plus jamais en arriver là.
Pierre Maître est devenu un symbole de la lutte ouvrieère mais avons nous le droit d'utiliser sa mort à des fins militantes ?
Oui je pense que Pierre Maître est mort des circonstances politiques de l'époque. C'est à dire d'un affrontement brutal de deux blocs issus de la guerre froide.


Eugène 02/02/2011 10:19



Et bien au moins nous ne sommes pas d'accord, c'est clair.


Pierre Maître est mort victime de l'affrontement de la guerre de classe. Entre une direction féroce et ses larbins fascistes d'un côté, et le syndicalisme qui organise la défense des travailleurs
contre l'exploitation sous toutes ses formes. Il n'y a pas de "responsabilités de chacun", car les deux camps ne sont pas à égalité. Il y a ceux qui ont le pouvoir et veulent imposer leurs
décisions, et ceux qui n'ont rien que leurs chaînes à perdre et leur révolte à opposer.


C'est en ce sens que Pierre Maître est devenu un symbole de la lutte ouvrière, et nous défendons cette mémoire, comme celle de Pierre Overney à Renault Billancourt et bien d'autres.


La violence de la révolte ouvrière est parfois regrettable (au sens ou on préfererait s'en passer), mais elle n'est jamais que la réponse à la violence de l'exploitation.



Vincent Baudrillard 01/02/2011 19:47


Le problème de cette affaire, c'est le coté partisant, chacun y allant de son interprétation militante. j'ai vécu cette affaire de l'interieur alors que j'avais 10 ans. Les choses sont plus
complexes que cela, et les interprétations vagues des évênements ne rendent pas service à l'histoire.
Par exemple, dire que l'assassin avait un véhicule de fonction immatriculé en 75 est une abérration. Le personnel Citroën de l'époque avait accès à un avantage collaborateur avec possibilité
d'acheter un véhicule neuf en "leasing", financé par le biais de la SOVAC, société de crédit interne. Le véhicule en location restait la propriété de l'entreprise jusqu'au rachat qui intervenait au
bout de 4 ans, d'où l'immatriculation en 75. Le propriétaire pouvait alors repassé ka carte grise à sn nom et bébéficié de l'immatriculation de son domicile.
Je relève certainement ici un détail mais la façon de traiter et d'interpréter chaque détail pour sa démonstration accrédite ou discrédite le sérieux des propos.
Sans en avoir la preuve, je suis intimement convaincu que Pierre Maître a été la victile d'un fou croyant tellement à son message anti syndical et anti communiste que la CFT n'avais plus la
maîtrise de ses actes.
Aux personnes qui laissent filer les avantages acquis dans la lutte des classes, n'oubliez de relire l'histoire pour ne pas retourner dans un monde sans règle où il fallait vivre ou mourrir pour
ses idées.


Eugène 01/02/2011 20:43



Et c'est quoi l'enjeu ? Pierre Maitre a-t-il été tué sur incitation de la CFT ou pas, dans le contexte de l'époque ?



Link 24/09/2009 14:41


La CGT a honteusement déformé les circonstances de la mort de Pierre Maitre. Claude Leconte était ivre ce soir là, et lorsqu'il est reparti chez lui pour prendre son arme, ce n'était surement pas
pour effectuer un contrat !

Il a tiré en l'air et au sol, Pierre Maitre a été touché par un ricochet. C'était donc un meurtre, et pas un assassinat. La CFT n'a rien a voir avec ce geste fou. Elle est l'oeuvre d'un homme, pas
d'un syndicat.

Ne déformons pas l'Histoire.


Eugène 24/09/2009 15:28


Voilà ce qu'on appelle très précisément du révisionnisme historique. C'est à dire ré-écrire l'histoire pourtant bien établie en
tentant de détourner, modifier, assouplir le bilan. C'est bel et bien Mr Link qui déforme honteusement les circonstances de la mort de notre camarade.
Pierre Maître a été tué par la CFT, via Leconte, et à l'époque de nombreux ouvriers, surtout dans l'automobile ont eu affaire à ce "syndicat" jaune fascisant.


L'Union de Reims 25/08/2009 18:17

Cauchemar américain pour les VMC

La direction américaine est en droit de fermer son site rémois.
Plus d'un mois que les salariés attendent d'en savoir plus sur l'avenir de leur usine. Hier, la nouvelle est tombée : la justice confirme la fermeture.

HIER, le feuilleton de la fermeture du site rémois de Owens Illinois (O.I.), plus connu sous le nom des VMC, est reparti de plus belle après un mois d'août plutôt calme en terme d'actions syndicales. Non pas que les salariés aient lâché prise mais parce qu'ils étaient pris en otage de la décision du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Lyon depuis début août concernant la fermeture de leur usine prévue le 31 octobre prochain.
« Depuis le 4 août dernier, nous n'avons reçu aucun signe de vie de notre direction. Ils sont sûrement partis au soleil, pour eux tout va bien », explique Fabrice Perreau de la CGT.
Les VMC déboutés !
La décision du TGI de Lyon est tombée hier, en début d'après-midi, et le moins que l'on puisse dire, c'est que les VMC viennent de prendre un énième coup de massue made in America sur le crâne. En effet, ils ont été déboutés par la justice, qui confirme que la direction américaine est en droit de fermer son site rémois.
« Les États-Unis ont le bras long… L'État français, lui, ne bouge pas ; c'est scandaleux ! » ajoute Fabrice Perreau, représentant syndical des VMC.
Le responsable syndical revient aussi sur le fait que le monde de la verrerie est certes en crise en ce qui concerne la fabrication de bouteilles blanches, mais pas dans celle des pots de conserve, comme ceux que fabrique l'usine rémoise.
« La concurrence ne fait que s'agrandir, preuve qu'il y a de quoi faire », affirme-t-il.
D'autant plus que d'après les syndicats, O.I. aurait fait pas moins de 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires et 303 M€ de bénéfices en 2008 sur le continent européen.

L'avenir des 146 salariés
À la base, 146 emplois étaient menacés ou le sont toujours puisque les solutions existent bien, mais rien n'est encore écrit noir sur blanc. Trente-cinq salariés devraient bénéficier d'un départ en retraite ou pré-retraite, soixante-cinq autres devraient être reclassés dans d'autres usines à Reims chez BSN ou encore dans d'autres usines à Vauches dans les Vosges et à Puy-Guillaume dans le Puy-de-Dôme. Si tout cela se fait réellement, quarante-six personnes se retrouveront sur le carreau.
Les responsables syndicaux ont d'ores et déjà annoncé qu'ils n'en resteraient pas là et vu tout ce qu'ils ont entrepris depuis l'annonce du plan social, nul doute qu'ils tiendront parole.
« On est la seule usine à fermer sans toucher quelque chose pour le préjudice moral. On va bouger, c'est sûr ! » conclut Eddy Lefevre, un autre délégué syndical.
Thierry

ACCAO FARIAS

jacquemin 11/11/2015 09:50

Eugène ,j'étais ouvrier a l'usine de reims et j'avais rencontré Leconte le matin du drame lors d'une expo a l'usine de peinture amateur,il était déja fortement alcoolisé ,même si la cft et le sac dirigeait son comportement c'est plus l'alcool qui a tué que ses idées

Vincent Baudrillard 23/06/2009 11:01

Dois-je conclure, camarade, que mes propos ont été censurés ?
Un ancien militant Henkel Reims et un futur militant XXX quand il aura retrouvé du boulot.
Allez, sans rancune

Eugène 23/06/2009 15:09


??? Non absolument pas. Je certifie que tu n'as eu aucun commentaire de supprimé.
Les cas sont extrêmement rares.
Pour info, il y a eu pas mal de problème autour des commentaires sur la plateforme Over-blog, je t'invite donc à recommencer et désolé pour le loupé,  mais il ne vient pas de nous, avec ton
nom et l'adresse mail que tu laisses.


pj49 08/06/2009 01:30

A l'époque, j'avais été avec les délégués de ma boîte à l 'enterrement de P. Maitre; à l'occasion, le trésorier de la section syndicale, « Bouboule », avait découvert que le directeur des fonderies n'était pas solidaire de la colère ouvrière. « Mais vous êtes du côté des facistes! » lui a t'il dit... Illusions perdues...
Je me souviens aussi;
A Reims, pas un flic pour servir d'éxutoire à cette colère; les quelques « maos » qui ont osé défiler ont été pris à partie par des CGT-PCF; tellement facile de manipuler des ouvriers encore sous le choc, du moins le croyaient-ils; c'est surtout les jeunes des étudiants de l'UEC qui ont marché dans l'histoire mais ils ont été comme des cons quand nous, qui avions fait le voyage à nos frais (et bien sûr pas payés de la journée perdue) depuis Angers, délégué syndical et délégués du personnel d'une petite boîte de la métallurgie, les avons défendus en nous mettant résolument à leurs côtés; la démagogie ouvrièriste, dont nous avons eu quelques caricatures sur le blog, s'est retourné contre eux! à l'époque, la CGT n'avait pas beaucoup bougé contre cet assassinat; nous étions le seuls à l'Ouest de Paris, à part quelques responsables de fédés qui, EUX, étaient payés pour!
J'ai ensuite essayé d'expliquer à ces maos qu'ils pouvaient être montrés comme des provocateurs par la bonzerie syndicale-PCF; en l'absence des flics, faut bien se défouler sur quelqu'un... mais il faut croire que la conscience prolétaire était encore un cran au dessus à cette époque!
C'aurait dû être l'époque des illusions perdues pour bien des prolétaires mais ça a été celle des rencontres gachées...
-pj49-