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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 05:13
Mercredi 13 Mai 2009
Emploi industriel : quatre exemples d'actualité

Dans le cadre d’une série d’articles sur l’emploi industriel, commencé avec un premier article général, puis de quelques questions entendues ici ou là, rentrons encore plus dans le concret. Nous voulons traiter ici de quatre exemples pour illustrer jusqu’où peuvent aller les dérives réformistes, sous des formes diverses.

1)    Restructuration à AREVA.

Mine d'uranium au NigerAREVA, fleuron de la filière nucléaire française, défendue becs et ongles depuis des années par la CGT. Juste pour mémoire, nous renvoyons à une déclaration fameuse d’octobre 2007, où la confédération défend sans réserve toute la filière, et l’entreprise, « leader mondial du nucléaire ».

Une nouvelle phase s’est engagée, avec perspective de démantèlement et séparation de la branche T&D (transmission et distribution, précédemment reprise à Alstom). Et la CGT AREVA ressert la soupe avec une déclaration qui commence par « Le Groupe AREVA verrait se désintégrer le modèle pertinent réalisé dés sa création et complété en 2004 par l’acquisition de TD. Cette conception a pu faire la démonstration de sa force, son utilité et sa pertinence économique, en permettant d’excellents résultats industriels et financiers, en dépit des aléas et attentes alternatives des différents secteurs du Groupe. » Autrement dit, la CGT n’avait pas de désaccord avec la politique industrielle de l’entreprise…
Et ça continue. Le 18 mai, grande journée d'action pour la défense de AREVA, avec rassemblement européen devant le siège, mais qui va se mener avant tout sur la politique industrielle. Les intérêts des travailleurs ? Les intérêts des peuples ? Bien loin des préoccupations essentielles...

Pas un mot sur le nucléaire, les risques majeurs qu’il impose (y compris pour les générations futures – déchets), sur le type de société hyper-centralisée que cela impose, et sur le pillage des richesses des pays dominés. Car la prétendue « indépendance nationale » avancée par les tenants du nucléaire repose sur un mensonge, un mensonge énorme : le combustible nucléaire vient pour l’essentiel du Niger, où AREVA est en pays conquis, comme TOTAL en Birmanie, et vient de renouveler ses accords avec le gouvernement local qui est à ses bottes, chasse des opposants à l’appui…
Autrement dit, AREVA est le type même de l’entreprise impérialiste, à tous les points de vue :
-    Par la domination du tiers-monde
-    Par les choix industriels imposés en métropole
-    Par l’exploitation de ses travailleurs ici-même
La première tâche, pour un syndicaliste de classe, c’est de comprendre cet état. Déjà comprendre et admettre. C’est le basique pour savoir ensuite comment s’orienter dans la lutte des classes : aucune défense de l’entreprise, défendre l’intérêt des travailleurs, et rien d’autre ! Contre toutes les orientatins réformistes et patriotiques ! Sinon, sans même sans rendre compte, on verse dans la défense de l’impérialisme français et toutes ses saloperies…

2)    La Confédération mène en ce moment une campagne pour l’emploi industriel.

Evidemment toutes les structures sont invitées à s’inscrire dans cette campagne. Ce qui peut donner des trucs assez rigolos, quand on oublie une seconde l’arrière-plan tragique des licenciements cachés derrière.
Ainsi la fédération Verre et Céramique propose de « réfléchir sur l’avenir industriel autour de quelques exemples :
« Par exemple sur le viticole une bouteille avec comme appuis la Verrerie du Languedoc, cette bouteille qui se nommera Sud de France, qui sera exclusivement réservée pour le vin du Languedoc Roussillon, pour se finaliser sur l’initiative confédérale du 11 juin 2009.
Sur l’union locale du Cognaçais avec l’ouverture d’une réflexion sur la filière viniviticole des deux Charente.
Celle sur les arts de la table, une première réunion devrait se tenir début mai, l’idée est que toutes les institutions utilisent pour leurs cantines des assiettes, des verres etc. »

Quand une fédération en arrive à ce point de ridicule pour tenter de trouver désespérément des idées nouvelles à souffler aux capitalistes pour sortir de la crise…
Comment peut-on imaginer que c’est comme cela qu’on y arrivera ? D’une certaine manière, c’est imaginer les capitalistes comme des bœufs, crétins et assoiffés de thunes, incapables de voir plus loin que le bout de leur cigare. Non, non, c’est un tout petit plus compliqué que cela ! La capitalisme obéit à des règles, le marché mondial, la concurrence (qu’elle soit « libre et non faussée », ou encadrée !!!), la productivité et le taux de profit… Et ce n’est pas une nouvelle bouteille de vin, ou la fourniture en vaisselle des cantines qui sauvera l’emploi. Sauf si cela doit être une nouvelle source de profits et d’exploitation…

3)    Sous-traitance automobile

On le sait, c’est un secteur qui « déguste » en ce moment, dans la foulée de la crise de l’automobile. Faurecia, Molex, Plastic Omnium, SBFM, Valeo, Lear, Magnetto, le pneumatique, Continental, aujourd’hui SONAS Automotive, dans toute la France c’est le désastre. Des dizaines de petites entreprises éparpillées dans les régions, souvent dans des coins où c’est le seul employeur. Une véritable catastrophe sociale, c’est évident. Quelle solution ? Et en plus, quand on est sous-traitant, c’est encore plus difficile à imaginer, puisque le patron lui-même n’a pas toutes les cartes en mains, cartes tenues évidemment par les grands constructeurs, Renault, PSA, Ford, GM ou Toyota eux-mêmes en plein marasme. Cela devrait évidemment renforcer l’idée qu’il n’y a rien à attendre de la marche du capitalisme, de cette barbarie éternellement recommencée… et que la seule issue est la défense radicale des intérêts ouvriers !
Et bien, il se trouve encore des conceptions qui vont chercher au fond de leur réformisme, comment « on pourrait s’en sortir », « quelles propositions on pourrait faire »… Et cela donne :
« En particulier, il faut clairement défendre l'idée d'un "produire en France" et de coopérer avec tous les pays (le contraire de la "concurrence libre et non faussée"), sans quoi toute l'industrie de notre pays est menacée de casse et avec elle, l'emploi industriel et l'existence même de la classe ouvrière. C'est pourquoi en particulier le FSC 59/62 appuie l'idée lancée par la CGT de Wagon-Automotive de constituer un équipementier national public dans l'automobile en mobilisant pour cela les crédits d'Etat distribués sans contrôle par Sarkozy aux actionnaires des firmes automobiles. »
Retour du « Fabriquons français ! » qui a fait tant de dégâts, qui ouvre la porte au chauvinisme et au nationalisme, met en concurrence les ouvriers de toutes nationalités à l’heure de la mondialisation et de la nécessaire solidarité internationale des prolétaires. Les auteurs de ce retour en arrière en sont eux-mêmes un peu embarrassés puisqu’ils éprouvent le besoin de préciser « tout en défendant en bloc les sans-papiers et les travailleurs immigrés, et tout en marquant notre solidarité avec nos frères de classe des DOM » Bien, quand on se rappelle le « Fabriquons français, avec des Français » de Le Pen, ce n’est pas inutile de préciser. Et nos camarades de Renault en Roumanie ? Et Toyota à Onnaing, Ford à Bordeaux, GM à Strasbourg, on leur dit quoi ?
Lamentable. D’autant plus quand cela vient de certains qui s’affirment en opposition avec la direction confédérale de la CGT…

4)    Le médicament n’est pas un bien marchand.

Terminons sur une discussion plus un peu plus optimiste. Nous l’avons dit dans un autre article, défendre l’emploi et l’industrie suppose déjà de s’interroger sur la nature de la production et des besoins de la société. Quand on parle « médicament », le sujet est plus facile que lorsqu’on parle sous-traitance. Et pourtant il y a tout un débat, assez justement ouvert par la fédé de la Chimie en juin dernier, dans la Voix des Industries Chimiques.

Bon, on peut quand même s’étonner (?? enfin, histoire de dire...) de voir en page 2 une pub pour SANOFI AVENTIS, qui n’est pas précisément un bienfaiteur de l’humanité… C’est la limite concrète du discours ! Le syndicalisme ne peut bien sur pas être financé par les exploiteurs, au risque de perdre son âme (pour peu qu'il en reste une !)
Cela dit, l’article pose un certain nombre de questions pertinentes sur les choix et les besoins de la population, sur le mode de production (marketing, emballages et publicité), sur les profits, sur le rapport à l’Etat et la Sécurité sociale, toutes questions légitimes et sur lesquelles nous devons réfléchir. Et d’ailleurs, l’article conclut par un paragraphe assez juste :
« La FNIC CGT dit non, des solutions existent, elles relèvent de choix politiques. La recherche et la production pharmaceutique doivent être mises sous contrôle public, impliquant tous les acteurs de la santé, mais aussi les usagers, les salariés, les chercheurs. Leurs décisions devront correspondre aux besoins des populations et ne pas se faire dans une dimension lucrative. Le médicament doit être considéré comme un bien public et être partie intégrante de la politique de santé publique. »
La seule question… c’est les conditions de ces fameux choix politiques. La gauche au gouvernement ? Les bourgeois de ce secteur vont laisser partir cette spectaculaire pompe à profits (sur la sécu, sur les malades, sur les populations…) sans rien dire ? On va pouvoir bouleverser les règles de ce monde, mettre en avant les besoins, sans toucher aux fondamentaux du capitalisme ?

Il faut aller jusqu’au bout du raisonnement.
Oui, nous voulons « un autre monde », où les besoins ne soient pas réduits à l’état de marchandises. Oui, c’est la politique au poste de commande. Et pas n’importe quelle politique, celle de la classe ouvrière et des travailleurs. C’est un pouvoir ouvrier, ce que déjà Marx appelait la dictature du prolétariat !

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Publié par Où va la CGT - dans Emploi
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christian 23/05/2009 12:10

L'article pointe avec raison que des maladies ne font même pas l'objet de recherche par le faible nombre de personnes atteintes et le faible profit à en espérer.
Au lendemain de la guerre, les trusts cherchaient dans toutes les directions, et ce qui a été facile à trouver a été trouvé. Ensuite, la recherche s'est mise à coûter plus cher pour des trouvailles moins nombreuses. Ainsi dans les années 80, les trusts se sont spécialisés sur des créneaux porteurs et ont éliminé de nombreuses équipes de recherche. Par exemple, la recherche sur les parasites, lesquels causent des millions de morts par an, dans les pays pas solvables, a ainsi été éliminée des centres de recherche des Big Pharma.
Même des molécules déjà découvertes, comme l'oltipraz de Rhône Poulenc, soignant la bilharziose, ont été abandonnées car pas rentable. Par la suite, dans les années 90, la sélection a été encore plus féroce. Une molécule trouvée mais n'ayant aucune chance de devenir un « blockbuster » (plus de un million de dollars de CA), car soignant une maladie trop peu répandue, était automatiquement abandonnée.
En fait le médicament vraiment porteur pour un trust est celui qui enchaîne le patient pour le restant de sa vie, lui permet d'aller mieux, mais pas de guérir. C'est le cas des hypotenseurs, des traitements du diabète, de la goutte etc...
Aujourd'hui, ce qui concentre les efforts de recherche, ce sont les maladies typique du mode de vie des pays développés : les cancers, la lutte contre le surpoids, la cigarette, Alzheimer...
Cette analyse est maintenant connue de tout le monde. Elle aboutit à un consensus : il faut faire des recherches tous azimuths, sur les maladies orphelines, la parasitologie, les infections etc... Bref, produire plus. Mais personne ne pointe sur ce qu'il faut produire en moins. Sur la question des médicaments, la réflexion syndicale de la Fédé Chimie CGT s'inscrit dans les limites qu'imposent le capitalisme, et, dans ce cas précis, les trusts existants, Sanofi-Aventis en tête ; société qui accorde généreusement aux permanents de la FNIC, sa manne publicitaire.

Je fabrique des médicaments, et plus que les autres, je sais que c'est dangereux et qu'il y a toujours des effets secondaires. Sans nier le progrès que cela représente, il faut s'attacher à en prendre le moins possible. Une société organisée par les travailleurs, sur la question de la santé, mettrait l'accent sur la prévention. Faire du sport, manger correctement (et pas les supersize de MacDo), avoir une vie intellectuelle et sexuelle équilibrée. Toutes choses que les contraintes, matérielles ou idéologiques, de la société actuelle ne permettent pas. Et la chasse aux arrêts maladie a encore aggravé les situations. Le capital fait tourner les corps comme des machines, jusqu'à ce qu'ils tombent en panne. Arrive alors une intervention extérieure (le chirurgien, le médicament...) et c'est reparti … jusqu'à la panne suivante ou la panne définitive.
Mettre l'accent là-dessus, c'est aussi pointer que des trusts comme Sanofi-Aventis ont fait leur croissance accélérée grâce à la surconsommation de médicaments. Surconsommation remboursée par la sécu. En fait les superprofit du secteur pharmaceutique provient du pillage de la sécu, et, d'une ponction sur le reste de la société, y compris des autres capitalistes. La réduction de la couverture santé est aussi quelque part, la remise en cause par les autres capitalistes des transferts de plus-value venant de leurs secteurs de l'économie.

Mais rentrer dans ce débat, c'est poser la question de toute l'organisation sociale et, dans l'immédiat, dénoncer ce qui fonde les profits des trusts comme Sanofi-Aventis. C'est un peu trop demander à la FNIC. Avoir une réflexion assainie demanderai d'abord d'éjecter la publicité et, du coup, d'accepter de faire fonctionner la fédé avec une équipe de permanents plus réduite.

Christian