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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 17:37
Dimanche 10 Mai 2009
Défendre l'emploi "industriel" ? Ou plutôt l'emploi "ouvrier" ?

Depuis plusieurs années, face à la succession des plans de restructurations, la confédération lance des campagnes pour défendre "l’emploi industriel". Après un premier article rapide l'an dernier, autour des "contre-plans industriels", nous entamons ici une série d’articles sur la question, car elle concerne des dizaines de conflits, des dizaines de milliers de licenciements potentiels, la vie de centaines de milliers de prolétaires. Alors, on prévient d'avance, ça va être un peu long, on sort des discours tout faits, des mots d'ordre facile, en bref, on cherche à comprendre, pour une fois. Pour commencer, il faut un peu creuser la question.

« Emploi industriel » ???
Pourquoi cette formule ? Pour deux raisons, toutes aussi réelles l’une que l’autre.

1)    Les restructurations provoquent des vagues de licenciements, développent la précarité, la misère à une échelle inconnue depuis avant-guerre. Partout, dans les villes, grandes ou petites, dans les métropoles ou les régions, des usines ferment, des ouvrières et ouvriers sont envoyés au chômage, c’est la détresse et le désespoir quasi-total. Des familles sont brisées, des enfances sont piétinées, des centaines de milliers d’ouvriers sont réduits à néant par le talon de fer du capital. Partout, c’est la colère, explosion ou pas, c’est l’insupportable d’une société où l’on voit les patrons et les ministres parader à la télé, où Sarkozy se permet de se vanter « aimer l’argent », où des millions d’euros sont distribués à nos exploiteurs, alors qu’il faut survivre avec 800 euros, voire le RMI.
C’est la réalité, de plus en plus visible, partout. La réalité que les premières victimes du capital sont les ouvriers, les prolétaires. « Emploi industriel », c’est quelque part pour éviter de dire « classe ouvrière ».
La classe ouvrière est au cœur du monde capitaliste, de la production de la plus value. Elle est la première victime des restructurations, des déplacements du capital en fonction de la productivité, déplacement géographique ou déplacement dans un autre secteur, plus rentable. La classe ouvrière est au cœur de la société, et au cœur de notre avenir.

2)    Les restructurations (« la crise ») provoquent également un bouleversement dans l’économie mondiale et les économies nationales qui y sont totalement intégrées. Il existe ce qu’on appelle une « division internationale du travail », avec une spécialisation. L’Allemagne est ainsi spécialisée dans les machines outils. L’Inde dans les logiciels. La France a ses champions comme l’automobile, l’aéronautique, l’agro-alimentaire. La Finlande a Nokia. La Grande Bretagne a la City et la finance. Des pays dominés sont fournisseurs en matières premières (l’uranium au Niger, l’aluminium en Kanaky, le pétrole dans le Golfe), ou en main d’œuvre, avec ou sans papiers. Et ainsi de suite. Mais le capital est en perpétuel mouvement, recherche en permanence une rentabilité supérieure. Et ce mouvement s’accélère, au gré des enjeux politiques ou économiques. Deux exemples : la chute du mur de Berlin et l’effondrement du faux communisme de l’Est a ouvert un nouveau marché et donc une main d’œuvre très bon marché, un peu comme les « Tigres » asiatiques il y a vingt ans. Autre exemple : le développement des fonds de pensions dans les pays anglo-saxons a produit des masses colossales de capitaux qui se déplacent d’un secteur à l’autre, d’une région à l’autre, au gré de la rentabilité.
Donc, dans le cadre de cette « division internationale du travail », les restructurations se succèdent, accélérées par la crise. D’où les délocalisations, les ventes et rachats, les fermetures d’usines, voire la disparition de pans entiers de l’industrie. Il n’y a par exemple plus de fabricants de machines-outils en France…
« Emploi industriel », cela renvoie alors à « Economie nationale ». A une vision équilibrée de l’économie, où chaque secteur se développerait en fonction des besoins sur la base de l’autosuffisance et de la réponse aux besoins d’une société donnée.

« Emploi industriel », ce sont donc ces deux volets, réunis en une seule formule.
La force de cette idée, développée aussi bien par les patrons que par les syndicalistes, c’est la confusion ainsi entretenue : « il faut développer et encourager l’emploi industriel pour conserver des emplois ouvriers ». Et en première analyse, cela paraît d’une simplicité biblique.

Sauf que :
  • On oublie que les ouvriers sont exploités, de plus en plus durement, dans le cadre de l’industrie.
  • On oublie que la société ne fonctionne pas pour satisfaire les besoins de la majorité mais pour produire du profit pour une infime minorité.
  • On oublie que les restructurations ne sont pas le fait de patrons incompétents ou de salopards, mais des nécessités absolues dans la guerre économique mondiale, la concurrence et le marché. Vaincre ou périr, telle est la loi pour les capitalistes.
Réfléchissons alors sur « l’emploi industriel » dans notre pays, puisqu’on nous y invite.

C’est d’abord poser la question de l’emploi ouvrier, de ce qu’il est et de ce que nous ne voulons pas :
  • Un emploi posté qui détruit la vie familiale ?
  • Des horaires hachés menus, au gré des exigences du patron ?
  • Des boulots à la con, répétitifs, devant la machine, des boulots qui nous rendent abrutis en nous vidant la cervelle ?
  • Le travail de nuit, alors que la nuit c’est fait pour dormir (ou plus si affinité) ?
  • Des boulots qui cassent le dos, qui pourrissent les poumons, qui pulvérisent les articulations, qui empoisonnent le sang ? La "pénibilité", vous avez entendu parler ?
  • Le travail à la chaîne, symbole de la destruction de l’humanité de l’homme, l’intelligence réduite à un seul geste, le même toute la vie ?
  • Des loisirs entre le MP3, la télé réalité et les courses à Leclerc ?
C’est ensuite poser la question de quelle industrie, de quelle économie nous avons besoin.
  • Construire une industrie métallurgique autour de la bagnole, est-ce bien raisonnable ?
  • Construire un modèle énergétique autour du nucléaire, des déchets actifs empilés pour des dizaines de milliers d’années, est-ce bien raisonnable ?
  • Construire une agro-industrie polluante et trafiquée, ultra-exportatrice et destructrice des économies du tiers-monde, est-ce bien raisonnable ?
  • Construire une chimie qui va produire AZF, est-ce bien raisonnable ?
  • Construire une industrie des télécommunications au seul service des Bouygues et cie, est-ce bien raisonnable ?
  • Finalement, quels sont les besoins réels de la majorité de la population, d’abord les plus pauvres et les plus exploités ? Pourquoi si peu de logements ? Pourquoi une santé en berne ?
Voilà ce qu’on nous propose, voilà les questions qu’il faut se poser. On peut comprendre quelque part ces générations de jeunes qui ne veulent pas de cette vie de merde !
Et si on ne voit pas plus loin que le bout de son nez, on  va dire d’énormes conneries…
 « Emploi industriel » disent-ils. Prenons exemple sur les camarades de Goodyear : ils le disent, l’usine, c’est le bagne. Déjà, 32h par semaine en 3x8 sur quatre jours, c’est le bagne. Alors 4x8 en continu, tout simplement, on n’en veut pas du tout. Point-barre.

Défendre l’emploi industriel ? Il faut se poser la question en général, savoir pour quel monde on veut se battre. Parce que ça nous indique déjà ce qu’on peut défendre aujourd’hui et ce qu’on combat.
On ne défend pas ce monde de barbares, qui ne va nous proposer que plus de misère et de précarité.
On défend l’emploi de tous, et en particulier l’emploi ouvrier. Parce que nous sommes au cœur de la société et de la production, que nous refusons la loi du capital, que nous voulons un autre monde. Parce que si cette perspective est encore lointaine, c’est sur ces bases qu’aujourd’hui nous construisons notre camp.

Défendre les intérêts ouvriers et rien d’autre ! Sans concession, tout simplement parce que c’est notre survie qui est en jeu. Parce qu’en face de nous c’est notre ennemi mortel, notre ennemi historique, celui qu’un jour nous enverrons à la poubelle de l’histoire.
Quelque part, défendre notre peau le plus cher possible, non pas dans l’idée d’accepter leurs décisions, mais dans l’idée que non, décidément, nous n’avons pas les mêmes valeurs, nous n’avons pas le choix, nous avons notre vie et celles de nos proches à défendre.

Zéro licenciement !
Cette guerre économique mondiale, ce n’est pas la nôtre !
Défendre l’intérêt ouvrier et rien d’autre !
Travailler tous, travailler moins, travailler autrement !



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Publié par Où va la CGT ? - dans Emploi
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commentaires

Paul 16/05/2009 15:36

Le site des Caterpillar en lutte à Grenoble : http://www.les-cater-enlutte.fr/

dédé 14/05/2009 19:11

pour moi, c'est un slogan très juste, qui pose des questions essentielles et qui va plus loin que la simple revendication immédiate !!!

Zina 13/05/2009 12:21

"Travailler tous, travailler moins, travailler autrement"
C'est pas parce que ce slogan a déjà été utilisé (et c'est vrai parfois usé jusqu'à le vider de tout contenu) qu'il n'est pas juste sur le fond.

1) la lutte pour la réduction du temps de travail est historiquement (pas seulement dans le passé, mais dans le sens de l'histoire, c'est-à-dire pour l'avenir) une revendication fondamentale contre l'exploitation. C'est vrai qu'après le détournement qu'en ont fait les socialos avec les "35 heures aubry", qui ont permis d'accroître la productivité (donc l'exploitation) avec l'annualisation, la flexibilité, c'est pas une revendication portée actuellement massivement en France. Mais ça reviendra. Et c'est bien une lutte patronale que d'augmenter le temps de travail, à laquelle il faut résister.

2) Travailler autrement, c'est le contenu du chemin à prendre vers le socialisme. Le socialisme, c'est pas le travail à la chaîne avec comme chef un cadre du parti!

C'est bien la transformation radicale du contenu et des formes du travail, des relations entre les travailleurs, la lutte contre la hiérarchie et la spécialisation sociale, qui constitueront le sens du socialisme, ainsi que le temps libéré pour se cultiver, s'instruire, faire de la politique...

La révolution des relations économiques et sociales est bien conditionnée par la prise du pouvoir, mais pour y arriver, il faut aussi savoir vers quoi on va, quelle société on veut réellement construire.
Après, c'est vrai que ce slogan a été largement vidé de son sens, mais à nous de lui redonner vie et contenu !

Métallo 12/05/2009 12:04

Travailler tous, travailler moins, travailler autrement ! et ajouter à cela "vivre et travailler au pays", et vous obtenez le catalogue des revendications d'une CFDT (ou plus exactement d'une de ses fractions oppositionnelles d'extrême gauche des Années 70, qui eux aussi à leur époque, cherchaient à propulser une opposition de classe au sien du syndicat... et pour beaucoup, devinez pourquoi ? parce que étrange « répétition » de l’histoire..... ils disaient cela impossible dans la CGT. Décidément Ont tourne en rond, on tourne en rond.

Pour mettre fin à ce cercle vicieux dans lequel veulent nous conduire tous les réformistes y compris ceux qui s’ignorent (même honnêtement) ouvriers répétons, en réfléchissant à notre unité idéologique, sans la révolution prolétarienne, le socialisme, la dictature du prolétariat. Pas d’issues.