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26 juin 2006 1 26 /06 /juin /2006 12:30
Lundi 26 juin 2006

Compte rendu de la réunion du 24 juin du bulletin "La CGT n'est-elle pas en danger ?"

Comme prévu, s'est tenue le samedi 24 juin à Saint-Ouen une nouvelle réunion organisée par le bulletin« La CGT n’est-elle pas en danger ?» (c/o Nicole Bernard, 5 rue André Murger 75019 PARIS), animé par des militants du PT.

La réunion réunissait environ 180 militants. C'est bien moins que les 500 personnes réunies le 25 mars mais c'est compréhensible, suite au repli sur soi et à la retombée de la tension après le 48ème congrès.

Dans cette ambiance attentiste, réunir 180 opposants à la direction confédérale n’est pas si mal.


La collaboration de classe au quotidien

Une trentaine d'interventions a eu lieu, majoritairement de la part de militants du secteur public. Divers sujets furent abordés. Le Nouveau Statut du Travail Salarié a été abondamment dénoncé en ce qu'il substitue des droits individuels aux droits collectifs. Le 48e congrès fut, bien sur, aussi à l'honneur. De nouvelles informations ont enrichi la liste des magouilles entreprises par la direction confédérale pour gagner son congrès. On retiendra que dans l'Ardèche, lors du processus de désignation des délégués, a circulé une liste des militants qui ne devaient absolument pas faire partie du congrès.

Mais le plus significatif a été la multiplicité des témoignages montrant la collusion de multiples secteurs de la CGT avec la bourgeoisie. Dans le Jura, c'est 10000 € qui sont donnés à l'UD mais à condition que ce soit pour faire des tracts d'info. A Dreux, c'est la collaboration ouverte d'un secteur de la CGT avec la municipalité sur la question des restructurations qui touchent le département. Pas de lutte contre les licenciements, mais des discussions pour la réindustrialisation. A la Caisse d'Epargne, face à la menace de privatisation et de cotation en bourse, la direction confédérale propose par tract qu'un tiers des actions échoie aux salariés et que cette masse flottante soit gérée par les syndicats. C'est aussi la fédération des Mines et de l'Energie qui prépare les esprits aux privatisations en modifiant ses statuts. C'est enfin et surtout un accord sur la formation négocié centralement par la confédération et qui remet en cause les acquis en ce domaine des conventions collectives négociées par les fédérations.

Cette pratique de collusion ouverte avec la bourgeoisie commence à s'accompagner de la mise sous tutelle de structures de la CGT. A la Caisse des Dépôts et Consignations (le principal organisme financier de l'Etat), la fédération des finances a démantelé le syndicat et nommé de nouveaux responsables acquis à la ligne de collaboration de classe. Ce sont aussi des transformations statutaires dans des organisations pour permettre aux directions de se perpétuer. A cela s'ajoute les craintes sur la mise en place des syndicats de sites.

Tout cela suscite des résistances. Des débats ont lieu. Des batailles sont gagnées. Des organisations comme l'UD des Bouches-du-Rhône se positionnent un peu plus dans l'opposition, s'affirment pour un syndicalisme de classe et refusent le nouveau système de cotisation. Plusieurs participants, relevant ces résistances en concluront
« Nous sommes majoritaires ! ».


Mais une collaboration de classe qui n'est pas dénoncée comme telle

Le blog « Où va la CGT ? », pour sa part est intervenu pour dire qu'il fallait aller au-delà des témoignages particuliers et affirmer que nous étions face à une ligne de collaboration de classe ouverte. Bref que la lutte de classe passait au sein de la CGT et que la direction, dans les années à venir, allait chercher à nous évincer suivant le même processus qu'a connu la CFDT il y a une vingtaine d'années. Que cette ligne de collaboration de classe est de plus en plus affichée, mais qu'elle se situe dans la continuité avec la pratique ancienne de syndicalisme institutionnel de gestion des organismes paritaires, des cantines, des CE etc... Que l'opposition à cette orientation est éclatée. Peut-être que nous sommes majoritaires, mais le « Nous », en fait, n'existe pas. La bataille contre la direction demande de regrouper les camarades qui se battent contre la ligne de collaboration de classe. De ce point de vue, le meeting de Lille, à l'appel des métallos du Nord-Pas-de-Calais, est un point d'appui pour un tel regroupement.

Un camarade, retraité de l'aviation civile est intervenu globalement dans le même sens. Disant qu'il fallait caractériser l'ennemi et être plus affirmatif. Oui, la CGT est en danger. Oui, la ligne de collaboration de classe remonte à très très loin, mais elle suscite une opposition croissante à organiser. « J'attends de vous la suite » a-t-il conclu en s'adressant à la tribune.

En fait, la suite était déjà prête et nous a été livrée en conclusion. C'est la constitution d'un comité de liaison permanent de 25 personnes autour du bulletin, l'appel à la défense des conventions collectives et une campagne contre l'adhésion de la CGT à cette fédération mondiale en construction dans la perspective du CCN du 27 septembre qui doit statuer sur cette adhésion.

Cette conclusion a aussi donné le cadre politique : cibler l'Union Européenne, responsable de 80% des lois qui se font contre nous et qui risque de faire disparaître le cadre national qui est celui des conventions collectives. Et une référence incontournable à la Charte d'Amiens qui fait sourire quand on sait que ceux qui en parlent travaillent à la construction de leur organisation politique en contradiction avec cette charte.

Sur le fond, les animateurs du bulletin se sont positionnés, disant qu'on ne pouvait pas identifier la direction confédérale au capital. C'est, ont-ils dit, une ligne qui nous conduit dans le mur mais ce ne sont pas des ennemis de classe. La direction de la CGT ce n'est pas la direction de la CFDT. Les transformations qu'elle vise sont impraticables et suscitent des résistances majoritaires. Le danger qui menace la CGT, on va l'écarter et on retrouvera la CGT d'avant, la CGT de classe !


Où va-t-on ?

Au bilan, une journée malgré tout intéressante. La perspective d'une campagne contre la nouvelle fédération mondiale est aussi positive. Mais si le débat a progressé par rapport au 25 mars sur la question du Nouveau Statut du Travail Salarié, la question de savoir d'où vient cette orientation demeure. Comment a-t-elle pu apparaître dans une CGT qui aurait été de Lutte de Classe ? La perspective serait-elle de retrouver l'ancienne CGT ? Nous, qui avons connu les cassages de luttes (voire les cassages de gueules) et la ligne ultra-chauvine du « produisons français » (entre autres choses) nous ne pouvons la partager !

Quant au refus de caractériser l'orientation confédérale comme une ligne de collaboration de classe, elle ne peut que conduire dans le mur et désarmer ceux qui ont encore des illusions sur la direction de la CGT. C’est contre cette tendance que le blog « Où va la CGT ? » avait réalisé son bilan de la préparation et du déroulement du 48ème Congrès, bilan d’ailleurs diffusé aux participants à la sortie de la réunion.

En fait cette journée est apparue comme un lieu d'expression et de remotivation mais pas un lieu où on favorise et on organise le débat. Nous l'avions deviné en recevant l'invitation et c'est d’ailleurs systématique lors des réunions organisées par le PT. Le débat sur les perspectives se passe ailleurs.

Enfin, la tribune a dit « Nous ne sommes pas seul », « Il faut ouvrir le débat » mais était-ce bien sincère ? Les seuls dont la tribune a parlé ce sont l'UD des Bouches du Rhône. Rien sur la Chimie ni l'Agro. Rien surtout sur les métallos du Nord-Pas-de-Calais qui tentent de construire opposition de classe.

Tout cela renvoie à un certain mode de relation entre organisation politique et construction syndicale. Un mode de relation avec lequel nous ne sommes pas d'accord. Cela ouvre un autre et vaste sujet abordé dans notre Manifeste pour un syndicalisme de classe…

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