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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 07:47
Dimanche 26 avril 2009
Pendant la crise, la lutte des sans-papiers continue !

Il y a 8 jours nous publiions un article faisant le point de la lutte des sans-papiers, qui reste toujours d'actualité. Nous livrons aujourd'hui trois documents qui viennent compléter cet état des lieux, à la fois pour apprécier où en est la confédération à l'égard des sans-papiers et comment se poursuit la lutte par ailleurs.
  • Critères de tri sélectif dans des "métiers sous tension" ça donne quoi en période de crise ? ICI
  • Commémoration du 15 avril, et les sans-papiers de la Bourse du Travail ? ICI
  • Le racket des cotisations sociales des travailleurs sans-papiers, une campagne de Droits Devants ! ICI
Trois correspondances, pour une seule lutte de classe !


Un camarade a participé à un petit raout officiel à Montreuil... Il raconte.

"Ce jeudi 23 avril s'est tenu au siège de Montreuil un pot de solidarité avec les travailleurs sans-papiers pour le premier anniversaire de la lutte de ceux-ci pour leur régularisation.

Nous avons eu droit à quelques discours bien sentis, dont un de Bernard Thibaud, sur les succès de ce mouvement qui a vu environ 2400 travailleurs et travailleuses sans-papiers se mettre en grève, pour certains pendant plus de 8 mois. Ces luttes ont effectivement permis d'obtenir un nombre non négligeable de régularisations, y compris, dans la foulée, celle d'environ 500 travailleurs isolés dans des petites boîtes qui ont, grâce au rapport de force que cela a momentanément créé, obtenu leur titre de séjour.

Mais pas un mot sur ce qui fâche :
  • Rien sur le fait qu'environ 2000 régularisations, c'est très bien pour ceux qui en ont bénéficié, mais en même temps très peu en regard des 3 ou 400 000 sans papiers qui continuent à vivre dans l'angoisse sous la pression constante des flics et des patrons.
  • Rien sur le fait que la situation est aujourd'hui complètement bloquée ; que l'État a tiré les leçons et réagi en durcissant de façon drastique les conditions de régularisation, et qu'aujourd'hui les refus pleuvent alors que le rapport de forces est retombé.
  • Rien sur le fait qu'entre temps la société est entrée en crise aiguë ; que la bourgeoisie en profite pour "dégraisser" à tour de bras et que les métiers qui étaient considérés il y a quelques mois encore comme étant "en tension" ne le sont plus aujourd'hui. Et de fait, les préfectures ne fonctionnent plus sur une liste de 150 métiers reconnus comme tels, mais au coup par coup, au mois le mois, en fonction des chiffres statistiques qui lui sont fournis par le Pôle emploi.
  • Rien sur le fait que la stratégie de la Confédération de négocier les régularisations sur cette base des besoins de l'économie nationale en main-d'œuvre était un piège, qui s'est retourné d'abord contre les travailleurs sans emploi, et qui se retourne aujourd'hui y compris contre ceux qui en ont un mais qui travaillent dans des secteurs menacés ; ce qui est dans la conjoncture le cas dans pratiquement toutes les branches où se situent ces emplois.
  • Rien sur le fait que ce n'est pas "la CGT" qui a mené ce mouvement, mais certaines structures : l'union départementale de Paris et certaines unions locales de banlieue ; disons même, dans la plupart des cas, quelques militants à l'intérieur de ces structures, qui ont mouillé la chemise de façon souvent bien isolée. Un seul exemple, la grève de 30 ouvriers sans-papiers de la déchèterie Fayat, à Montlignon, qui a démarré au fin fond du Val d'Oise sans la présence d'un seul militant de ce département, soutenue uniquement par des camarades de Paris, des Yvelines et du 93.
Combien de travailleurs sans-papiers nous disent être reçus comme des pestiférés dans certaines UL ou UD ?
La plupart des bureaucrates qui se sont incrustés dans notre syndicat n'ont pas compris — mais peuvent-ils le comprendre — qu'il ne s'agissait pas d'un pensum de dossiers à remplir et à faire la queue pour les déposer dans les préfectures, mais d'un combat de classe des travailleurs les plus exploités : pour leurs droits, pour leur dignité, pour leurs conditions de travail et de vie, et pour que leur précarité, que leur vulnérabilité, cessent de peser sur la situation de l'ensemble de la classe ouvrière.
Il faut en finir avec les attitudes condescendantes, à la limite du racisme parfois, vis-à-vis des ouvriers sans-papiers dans notre syndicat.
Que toute la CGT se mette sur cet enjeu fondamental pour notre classe.


Vive la lutte des ouvriers sans-papiers.
Régularisation de tous les sans-papiers.
Mettons leur régularisation en tête de nos revendications.
Vive l'unité de la classe ouvrière.


Toujours pour une prétendue commémoration, ça n'a pas été triste le rassemblement à Saint-Michel. Des camarades nous ont confirmé l'exactitude des faits rapportés dans ce communiqué...

Communiqué de presse - CSP75

Mercredi 15 avril 2009 a eu lieu, à l’appel de la CGT, un rassemblement à la place Saint-Michel, à Paris, pour l’anniversaire du lancement des grèves des travailleurs sans-papiers, le 15 avril 2008.

À peu près 600 personnes étaient présentes, dont environ 200 de la coordination des sans-papiers 75, celle-ci ayant été invitée par le secrétaire de l’UD-CGT de Paris.

Francine Blanche, secrétaire confédérale CGT, a ouvert les interventions. Elle a fait l’apologie des luttes des travailleurs sans-papiers. Mais quand Sissoko, le coordinateur de la CSP 75, a demandé la parole, elle la lui a personnellement refusée.

Par la suite, la CSP 75 a plus d’une fois demandé la parole, mais elle a à chaque fois essuyé des refus. Pendant ce temps, plusieurs de ses soutiens ont été apostrophés par des cégétistes avec des mots tels que : « Pauv’ cons ! », « Saloperies ! », « Vous continuez à soutenir ces gens-là ! » [les travailleurs sans-papiers isolés qui occupent la Bourse du travail] « Ces gens-là qui ne comprennent rien ! »

Raymond Chauveau a pris aussi la parole. Son discours a vite tourné en une attaque en règle, très virulente, contre l’occupation de la Bourse du travail. « Il faut que ça finisse ! », et il est allé jusqu’à alerter les autres travailleurs sans-papiers présents (pour la plupart des intérimaires) contre la CSP 75, criant que celle-ci serait un danger pour les autres sans-papiers et pour tous les travailleurs.

S’ils étaient de bonne foi, il suffirait à ces deux syndicalistes de prendre connaissance du nombre de licenciements (largement supérieur à celui des régularisations) que la « régularisation par le travail » a jusque-là occasionnés, pour se rendre compte de toute leur erreur. S’ils étaient de bonne foi, réfléchir à ce nombre leur éviterait de se lancer dans des cris de victoire ou dans des invectives, aussi déplacés les uns que les autres.

La CSP 75 interroge donc directement, sur ces faits, Bernard Thibault, secrétaire général, et l’ensemble des inscrits de la CGT.

Est-il normal que deux responsables CGT s’approprient de la parole pendant une manifestation publique consacrée aux travailleurs sans-papiers ? Est-il normal qu’ils cherchent à semer la division parmi ceux-ci ? Est-il normal qu’ils nous refusent la parole, à nous les sans-papiers intéressés et qui avons aussi nos cartes CGT ? Est-il normal qu’ils nous privent de ce droit démocratique élémentaire, alors même que nous étions invités (évidemment dans le seul but de faire nombre), et qu’enfin nous soyons verbalement agressés, menacés, et nos soutiens insultés ?

Paris, 18 avril 2009



Enfin et de manière plus positive, Droits Devants ! (qui a pris ses distances avec la CGT suite à l'abandon de la troisième vague de grève et à la négociation des critères, malheureusement sans vraiment le dire tout haut) a lancé de son côté une campagne contre le racket des cotisations sociales sur les travailleurs sans-papiers.
Nous en publions ci-dessous l'appel de départ.
Depuis la mobilisation se développe, par exemple lors de rassemblements devant les consulats et ambassades, le dernier en date visé étant celui du Maroc le Mercredi 29 avril.


Racket sur les cotisations sociales des travailleurs sans-papiers :
2 milliards d’euros par an ?


KEITA Diawoye, Malien : Arrivé en France en juin 93, expulsé en novembre 2008. A perdu 72.000 euros de cotisations après 15 années de travail dans le nettoyage et le Bâtiment.
BROURI Abdelhakim, Marocain : En France depuis mai 2001. A travaillé dans la sécurité de cette date à décembre 2006 où il a subi un licenciement économique,. A déjà perdu 29.000 euros de cotisations et n’a touché aucune indemnité ASSEDIC lors de son licenciement. Travaille depuis « au noir ».
MEZIANI Arezki, algérien : Arrivé en France en octobre 2002. Depuis cette date, cumule trois emplois : grande distribution, intérim pour un institut de sondage (chef d’équipe) et dans une association de prévention routière (animateur). A déjà perdu 24.000 euros de cotisations.
KADJI Fadimatou, Camerounaise : Arrivée en France en décembre 2003. Depuis cette date, a travaillé dans l’aide à la personne jusqu’à sa régularisation en novembre 2008. A perdu 23.500 euros de cotisations.

Depuis 1974 (fermeture des frontières en France), de même que ces 4 exemples, des centaines de milliers de travailleur(e)s sans-papiers se sont retrouvés piégés dans l’hexagone, ne pouvant quitter le territoire sous peine de n’y pouvoir revenir. Ce processus a livré cette main d’œuvre à un véritable esclavagisme moderne dont ont largement profité le patronat et l’état français, alors même que ces travailleur(e)s déclarent, payent des impôts et cotisent pour des prestations qui ne leurs sont jamais versées.

Ainsi, l’État français, par l’intermédiaire de services administratifs (URSSAF, ASSEDIC, Caisses de retraite...) encaisse en fermant les yeux et les rouvre quand il s’agit de décaisser. Lorsque le gouvernement français expulse un travailleur sans-papiers, il inflige à celui-ci la double peine de l’expulsion et d’un licenciement sans préavis ni indemnité.

1. DANS QUELLES CONDITIONS VIVENT LES TRAVAILLEUR(E)S SANS-PAPIERS  ?
- EN DEHORS DU TRAVAIL : La clandestinité, synonyme de peur et de harcèlement policier.
- AU TRAVAIL : Précarité, pénibilité, flexibilité, surexploitation dans les emplois non délocalisables (BTP, nettoyage, restaurant-hôtellerie, gardiennage, aide à la personne...).

2. SOUS QUEL STATUT TRAVAILLENT-ILS ?
-  TRAVAIL « AU NOIR » d’une minorité : pas de cotisations sociales à payer pour les patrons, travailleurs taillables et corvéables à merci, payant malgré tout la TVA.
-  TRAVAIL DÉCLARE pour la majorité en CDI, CDD ou intérim renouvelé. Ceux-là payent cotisations sociales et impôts sans en récupérer le moindre dividende.
-  En cas d’accident du travail, non-déclaration patronale et pas d’indemnisation
-  CHÔMAGE : Refus de l’ANPE/Assedic de leur verser les indemnités auxquelles ont pourtant droit tous les travailleurs
-  RETRAITES : Non payées en cas d’expulsion du territoire.

3. QUE DEVIENNENT LEURS VERSEMENTS EN TANT QUE TRAVAILLEURS ?
SÉCURITÉ SOCIALE :
-  Couverture de l’Aide Médicale d’État (AME), mais discrimination de la part d’une grande partie du corps médical, et risque d’expulsion du territoire même en cas de maladie grave.
-  Pour ceux qui obtiennent la régularisation, les années de cotisation antérieures à la régularisation ne sont jamais prises en compte.
IMPÔTS :
Bien qu’ils payent l’impôt sur le revenu (IRPP) et la TVA, ces travailleurs ne bénéficient pas en retour de nombreux droits : protection de l’État en cas de vol ou agression, accès au logement social ou, parce que sans-papiers, ne peuvent ou n’osent saisir l’inspection du travail...

Ces spoliations sont d’autant plus scandaleuses lorsqu’elles touchent des travailleurs expulsés après avoir cotisé pendant des années en France et qui se retrouvent sans aucune ressource dans leur pays d’origine.
Quand ils quittent leur pays pour venir travailler en France, les sans-papiers, par leurs envois réguliers d’argent, soutiennent financièrement leurs proches et/ou deviennent des acteurs du développement (constructions de puits, écoles, dispensaires...).
Aussi, ce racket de l’État français pèse t-il sur l’économie des pays d’origine en réduisant d’autant les possibilités financières des immigrés et de leurs familles. Quand on sait que les envois dans les pays d’origine des travailleurs immigrés, avec ou sans papiers, représentent au niveau mondial environ 3 fois les sommes versées par les pays développés au titre de l’aide publique au développement (APD), on comprend mieux l’importance de ce racket.
Une fois de plus, c’est le Nord qui s’enrichit aux dépens du Sud.

POUR METTRE UN TERME à CE RACKET :

ARRÊT DES EXPULSION
RÉGULARISATION DES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES SANS-PAPIERS !
RÉCUPÉRATION DES DROITS POUR TOUS !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Sans-papiers
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commentaires

pj49 06/05/2009 23:08

Dernier point pour en finir, parlons un peu de Droits Devant et de sa découverte du vol des cotisations sociales à l'encontre de nos camarades sans papiers expulsés ou non.
Il y a eu, au début de l'année dernière, un procès qui n'a pas eu le retentissement qu'il méritait; pourtant wsol l'avait signalé sur Pajol mais faut croire que les défenseurs des sans papiers regardaient ailleurs...
Il s'agissait d'un camarade ayant une carte sous une fausse identité (comme bien souvent!) sur plainte du directeur de la sécu pour avoir touché des indemnités (dans les 400€ sous un faux nom).
La sécu demandait le remboursement de cette somme! Ce camarade cotisait depuis des années sous ce nom et le courrier précisait même qu'il pouvait éventuellement réclamer ces années de cotisations perçues abusivement par l'URSSAF! Un comble!
Les grèves de sans papiers ne sont pas terminées et DD déplace le combat pour régularisation sur celui du remboursement des expulsés; on peut légitimement se poser des questions sur ce changement d'orientation.
Reprenons depuis le début; DD était, le 15 avril de l'année dernière, la seule association regroupant des sans papiers à être tolérée par la CGT; personne n'ignore les liens des duettistes Amara-Chauveau qui avaient été au Mali ensemble l'année dernière et DD a aidé la CGT à encadrer les grèves depuis le début.
Apport non négligeable car les militants de DD que j'ai rencontré dans les grèves sont des gens sérieux et fiables; de plus DD pouvait également être utile dans les grèves où la CGT n'était pas présente.
Ce fut le cas pour la grève de Man BTP où SUD s'est peu à peu effacé devant DD; dans cette grève, Mr Amara a de nouveau montré son énergie les baladant d'un chantier Bouyghes à une réunion des patrons à la Défense mais TOUJOURS SUR LES BASES ET REVENDICATIONS DE LA CGT. J'ai cru comprendre que JC Amara commençait à être sérieusement contesté au sein même de DD (notamment pour son attirance vers les caméras de télé) et cela explique l'éloignement d'avec Chauveau; à la CGT même, il semblait que celui-ci était en disgrâce auprès de la confé. On le voyait beaucoup moins que F. Blanche; c'était vers la fin juillet je crois et avant cette troisième vague qui n'a jamais eu lieu.
Le résultat des courses est que pour les négociations sur l'interim, c'est la CGT qui a négocié avec Hortefeux; pourtant la principale interim en grève Man BTP concernait SUD et DD; les deux autres interim Perfect et Vedior du Boulevard Magenta (+ Manpower gare de Lyon avant l'expulsion par les flics) n'arrivaient pas au même nombre de grévistes; cherchez l'erreur.
Non seulement DD a obéi à la même stratégie que la CGT mais également a opéré le même isolement dans la lutte; alors que la jonction des trois Interim du même secteur (Bd Magenta et rue annexe) nécessitait 20 minutes de marche aucune action commune n'a été mise sur pied, pire, alors que les sans papiers de Manpower ont tenté d'occuper la boîte gare du Nord à deux pas de Man BTP, ils n'ont eu personne pour les soutenir!
Dans cette logique qui est tout sauf maladresses tactique et logistique les derniers en date à se mettre en grève étaient des ouvriers employés par... Man BTP; alors bonjour la coordination des luttes.
Pour en finir, on peut en déduire que la direction de DD n'a rien trouvé de mieux, pour satisfaire une base par trop remuante que de la détourner des grèves pour la régularisation mais aussi pour éviter les questions qui fâchent comme le réel bilan de ces grèves et de l'acceptation pure et simple du CESEDA et de la loi Hortefeux par CGT, DD et paillassons associatifs réunis dans l'UCIJ.
Encore une fois, il ne s'agit pas de faire l'impasse de la dénonciation de cette « profytation » de l'Etat français mais il est à craindre que Mr Amara y a surtout trouvé l'occasion de détourner l'attention de la question centrale et des revendications réelles des sans papiers:
Carte de résident pour toute et tous!
Suppression de la taxe ANAEM!!
Suppression des CRA!!!
En supprimant toutes ces catégories imposées par l'Etat pour nous diviser, avec une carte inscrite dans la durée, en allégeant la peur quotidienne du contrôle disparaîtra cette arnaque à la sécu et nous préparerons aux côtés de nos camarades immigrés, un monde sans frontières et sans classes.
Les gesticulations télévisuelles de Mr Amara ne vont pas dans ce sens! Ses objectifs relèvent plus de l'opportunisme activiste que de l'organisation d'une lutte d'envergure SUR TOUS LES FRONTS pour la régularisation sans condition de tous les sans papiers...
Aux camarades de DD de le comprendre; à nous de le leur montrer; -pj49-

pj49 03/05/2009 16:24

Je profite du dimanche après une semaine bien remplie pour aborder le deuxième point qui concerne spécifiquement mes amis de la CSP75 et j'avoue que le manque de commentaires me laisse plutôt songeur,
car de deux choses l'une:
Ou les militants du blog étaient partie prenante du combat des sans papiers de la BdT et avaient leur mot à dire sur une lutte dans laquelle ils intervenaient contre les collabos de la conf.
Ou ils voyaient de loin une lutte sympathique qui confortait leur argumentaire contre cette même confé.
Et ce « soutien » n'était que circonstanciel et peuplé d'arrière-pensées; c'était tendre la perche aux bureaucrates pour dénoncer l'anti-cégétisme du blog! Mais surtout dévier la solidarité élémentaire des luttes sans papiers sur le terrain stèrile et glissant de l'anti-syndicalisme...

Dans les deux cas, la question essentielle des véritables objectifs des luttes sans papiers se trouve évacué ainsi que la stratégie mise en oeuvre par la CSP75 pour y parvenir; encore une fois les revendications réelles du mouvement se trouvent zappés au profit d'une lutte où l'enjeu n'est plus le devenir de l'union internationale des prolétaires sur leurs intérêts communs mais la lutte, en interne, pour la direction de la CGT.
Il aurait été plus utile aux militants révolutionnaires de comprendre la stratégie mise en oeuvre par la CSP75.

Les militants de la CSP75 les plus en vue sont maliens et portent un objectif essentiel pour eux et le peuple malien; c'est la liberté de circulation nécessaire comme pour beaucoup d'autres pays d'Afrique à l'économie de leur pays mais encore plus vitale pour le Mali; cela explique le voyage de Sissoko, l'été dernier, au Mali et ses interventions auprès des parlementaires et du gouvernement malien.
La bourgeoisie malienne ne s'y est pas trompée et a refusé de signer les accords Hortefeux sur le contrôle des flux migratoires.
L'occupation de la BdT est venue du sentiment des sans papiers d'avoir été trahis par la CGT alors que la CSP75 s'était comportée comme un soutien de la CGT, se coupant même du 9ème Collectif après son expulsion de la BdT de Stalingrad (cela a pesé très lourd dans la division du mouvement par la suite...).
Les dirigeants de la CSP75 ont élaboré leur stratégie sur cette occupation légitime pour forcer la main à ses alliés d'hier et s'inviter par la bande à la préfecture pour négocier « leurs dossiers ». Ils se sont également proposés à renforcer les piquets de grève dont certains de leurs membres étaient d'ailleurs grévistes.
La BdT de la rue Charlot aurait ainsi pu devenir le lieu central de la coordination des luttes de l'Ile de France et s'étendre à la Province sauf que:
Ils avaient sous estimé la confé et sa capacité de contrôle et d'isolement des luttes rôdée par des dizaines
d'années de casse des mouvements sociaux; les bureaucrates ont mouillé la chemise pour une fois à éteindre un incendie qui ne cessait de s'étendre.
Ils ont surestimé la capacité d'une opposition syndicale à exister comme force indépendante capable de
proposer autre chose qu'un syndicalisme plus dur et surtout s'unifiant en termes clairs sur les revendications du mouvement (voir précèdent commentaire).
Cette opposition s'est alignée purement et simplement sur la confé.au nom de « l'unité » et a gobé toutes les couleuvres bleu-blanc-rouge qu'on leur a tendu...
Le choeur des bien pensants a été unanime pour reconnaître que la prise en main de la question « sans
papiers » était une grande victoire pour le mouvement! Alors que nos stratéges de Montreuil avaient compris que cette question était une bombe à retardement qu'il fallait désamorcer d'urgence sous peine d'avoir sur les bras un mouvement social incontrôlable aux conséquences imprévisibles au sein même de la CGT.
L'ironie (cruelle) dans l'histoire est que ce sont les militants les plus dévoués à leur classe qui ont permis à la bureaucratie CGT de noyauter le mouvement; d'où l'intérêt de la question de Lili sur la caution que peuvent apporter des militants révolutionnaires à la confé. Celle-ci a pu profiter de la confiance inspirée à juste titre par ces militants pour apparaître comme seule représentante du mouvement!
Pire, « l'opposition » quasi-officielle (voir l'article du blog sur le fichage des militants par la direction) a
été pratiquement unie pour condamner ( voir LO et « Rouge » ou encore plus vicieux « Alternative Libertaire » de l'époque) une occupation qui se « trompait de cible »! j'ai même remarqu é dans les grèves parisiennes que les militants de ces organisations loin de tenter la coordination des grèves et des mouvements de sans papiers: BdT occupée et occupations (église St Paul à Nanterre, 9ème Collectif...) servaient de courroie de transmission à Montreuil; quant aux autres syndicats, SUD n'a fait que s'aligner sur la CGT notamment à Man BTP avec l'activisme de DD en plus; on découvre maintenant qu'une des dernières grèves qui vient de se déclarer est animée par des interims de Man BTP!

Tous ces points ne sont pas des critiques contre Sissoko et ses camarades de la CSP75 mais une attaque en règle contre une opposition qui, même en ordre dispersé, n'est jamais apparue comme une force alternative à la confé.
Pire qui n'est jamais apparue du tout, tant à la BdT que dans les grèves, laissant les camarades seuls face à l'ennemi dans nos rangs.
Le seul reproche que l'on pourrait faire à nos camarades est d'avoir tenté de trouver des alliés qui n'existaient pas et de n'avoir pas suffisamment confiance dans leur force; mais reprocher à la CSP75 nos propres déficiences serait de notre part sacrément mal venu, non...
Il a fallu tout le génie tactique et le charisme de Sissoko et de quelques camarades délégués CSP75 pour maintenir l'occupation mais jusqu'à quand?

L'épisode de St Michel n'est qu'un épisode de plus dans le long feuilleton patriotique de la CGT et son chauvinisme d'organisation; alors un syndicat MOÏ et une CGTU comme perspectives du 49ème congrès?

Ce serait encore une fois réduire le mouvement social à la seule question syndicale et par le fait fausser les questions qui nous préoccupent; ce serait reproduire les catégorisations et non les dépasser.
Ce ne serait pas politique si on considère que la question politique est (n'est que?) la question du pouvoir.
Ce serait trop politique si l'on considère que la question politique est la prise en compte de l'activité tant économique et sociale des prolétaires.
La question d'un syndicat MOÏ n'est pas à écarter malgré la défaite du mouvement et serait une leçon de tirée par les sans papier de cet échec pour dépasser l'éclatement actuel en Collectif; par contre celle d'un CGT-MOÏ improbable pourrait être une ultime tentative de la confé. de récupérer le mouvement en cas de résurgences des grèves et occupations;
Quant à la question de la CGTU, le mouvement n'a pas encore atteint son point de rupture et quand il l'atteindra rien ne dit que le syndicat sera sa forme d'organisation principale...
Mais surtout, ce serait mal venu à l'heure actuelle; aussi mal venu qu'une grève générale qui n'est pas mûre et ne pourrait aboutir, dans la situation acuelle au mieux qu'à des compromis boiteux, au pire à une défaite pour longtemps; dans les deux cas, seuls l'opportunisme et l'intégration du mouvement social en sortiraient renforcé.

Je m'arrête là pour l'instant mais je voudrais comme Lili que ces questions soient reprises et commentées par des gens ayant une profondeur d'analyse et une expérience plus poussée que la mienne; cela permettra à tout le monde d'avancer dans la compréhension de notre réalité pour pouvoir mieux la TRANSFORMER. -pj49-

Eugène 03/05/2009 17:07


Cher camarade,

Je vais être rapide après cette longue analyse, dont je peux dire que je partage l'essentiel (pas tout,  mais c'est du détail). Quant aux "gens qui ont une profondeur d'analyse et une
expérience plus poussée que la tienne", ils sont les bien venus, et sans vouloir te jeter des fleurs, tu fais quand même partie de ce qu'on peut appeler une avant-garde. Et tu le sais bien.
Sur ce blog, nous avons dit que nous n'avions pas les réponses aux questions ici soulevées. Ce n'est pas une figure de style, ou pour fermer le débat. C'est la réalité. Rares sont aujourd'hui les
camarades qui se posent ce genre de questions, nous compris. Et nous tâtonnons, nous hésitons, nous n'avons pas une vision claire de la voie à suivre, inutile de nous raconter des histoires.
Ce blog tente de démêler les fils de la lutte des classes qui s'écrit tous les jours, tente d'y tracer une orientation de classe, mais ses moyens sont faibles et ses militants peu nombreux. Nous ne
sommes pas intervenus aux côtés des camarades de la CSP75, faute de forces, mais nous les avons croisé à plusieurs reprises, et encore aujourd'hui.
Donc, d'une certaine manière, ce blog créé l'illusion qu'il pourrait donner plus de réponses qu'il n'en a. C'est la réalité, et le sens de nos appels répétés (sans beaucoup de succès) à nos
lecteurs pour enrichir l'analyse et nous rapporter les informations significatives.
En ce sens, il est vain d'attendre une réponse de ce blog, car la réponse est encore à construire !
Nous partageons tes interrogations sur l'organisation autonome des sans-papiers. Quand nous parlons de l'expérience de Grenoble, c'est nullement du point de vue du 49ème congrès dont nous pouvons
déjà donner les résultats, mais du point de vue d'une expérience particulièrement intéressante qui mérite publicité et élargissement. Nous verrons ce qu'elle donnera ensuite, mais il s'agit bel et
bien d'une expérience nouvelle, pour transformer la situation, comme tu le dis.
Pour ce qui est de l'hypothétique CGTU, nous sommes absolument d'accord avec toi, et l'avons écrit, manifestement c'est une hypothèse prématurée. D'autant que nous sommes d'accord à 100% sur
l'analyse que tu fais de la prétendue "opposition" à la direction confédérale...

Alors reste la question de la "caution" que des militants révolutionnaires peuvent donner à la confédé. La question peut se traiter théoriquement, et aboutir soit à quitter la CGT, soit à
l'opportunisme des pseudo-opposants. Sur ce blog, nous la traitons politiquement, selon les situations. Et c'est la lutte de classe qui nous guide, pas l'affrontement aux réformistes. Parfois notre
présence est indispensable, quelque part nous servons de caution, mais notre travail syndical de classe, associé à un travail politique construit une autre perspective. Parfois, il vaut mieux être
dehors, actif dans un collectif indépendant. Il n'y a pas, pour nous, de règle de principe, de situation "meilleure", il y a l'analyse concrète d'une situation concrète. Là encore, je sais bien que
ce n'est pas une "réponse", justement. D'où la difficulté de la situation et du débat, et comme toi, j'ai bien noté le peu de réactions à ces articles...
Bien dommage !


Lili 28/04/2009 22:56

Apparemment, on peut bien laisser autant de commentaires qu'on veut sur le blog, on n'aura jamais de réponse....

Pourtant, je suis d'accord avec PJ49, la lutte actuelle qui se passe à Angers devrait intéresser aussi bien les syndicalistes de classe que les militants politiques, je reçoit les compte-rendus d'AG et c'est pour moi une belle leçon de solidarité, de courage, de démocratie, mais qui effectivement ne se limite pas au cadre syndical ni politique (au sens orga) Et c'est d'ailleurs cela qui la rend d'autant plus enrichissante et intéressante et qui devrait nous interroger sur notre pratique, notre engagement, notre conception du militantisme, que je trouve souvent limitée, voir étriquée.
Je suis à la CGT, je crois avoir compris ce qu'était cette putain de confédération, comment les bureaucrates et les bourgeois nous encadrent et nous font taire, toutes leurs magouilles et leurs stratégies, mais maintenant j'aimerais savoir comment on apprend à ne plus se taire, comment on apprend à oser penser en dehors de ce qu'ils nous imposent, comment la créativité et la richesse des travailleurs peuvent parvenir enfin à s'exprimer et à se matérialiser ?????

Je ne m'obstinerai pas à vouloir débattre avec des militants qui par leur silence marquent quelque part un certain mépris envers ceux qui ont une conception différente de la leur et qui osent (malheur) poser des questions en dehors du cadre qu'ils ont fixé. Je suis assez "choquée" de ce silence, très déçue surtout, je respecte beaucoup les animateurs de ce blog, et j'attendais une plus grande "ouverture d'esprit" de leur part. OK ce blog n'est pas un forum, et il est consacré à où va la CGT, mais tous les commentaires que moi et d'autres laissons depuis quelque temps méritaient bien quelques réponses. Et par là, je ne veux pas dire un article général ou d'analyse de la situation qui ferme pour le coup le débat, mais des commentaires qui au contraire le relance...

Enfin, ce n'est pas grave, car ce qui compte au final, c'est que la lutte continue....
Lili

pj49 27/04/2009 02:13

Je prends un peu de temps sur la lutte que nous avons engagée aux côtés de nos camarades Sans Domicile Fixe, Rroms de Roumanie et Demandeurs d'Asile pour répondre à cet article qui me semble plus que léger:
Encore une fois et ça devient aussi récurrent qu'une litanie mystique, tout l'article est centré sur cette bureaucratie qui polluerait cette CGT de classe, tout tourne autour d'une question de direction de la lutte;
Encore une fois, l'abandon des revendications unitaires du mouvement disparaît derrière l'écran plus que fumeux de la régularisation de tous les sans papiers.
Comment critiquer l'utilisation économique des sans papiers sans préciser ce terme devenu plus que vaseux à force d'être seriné; un ex-sans papier de Nantes m'expliquait qu'il préférerait ne jamais avoir eu ses papiers plutôt que ce chiffon d'un an qui le rend esclave de son patron plus sûrement qu'à l'époque où il n'avait rien à perdre et j'en ai rencontré d'autres notamment à Paris; je suis pourtant intervenu sur ce blog sans que le message passe semble t'il; ne pas confondre réformisme dur et syndicalisme révolutionnaire; la revendication de la carte de résident qui unit tous les sans papiers serait-elle une gêne pour les « syndicalistes de classe » ou plus prosaïquement cherchent-ils à gagner les sous fifres dévoués à la bureaucratie en abandonnant les camarades SP les plus conscients ?
De même, est-ce un hasard si la revendication de la supression de la taxe ANAEM n'est même pas évoquée alors qu'elle est centrale pour l'égalité des droits ?
Eugène semblait pourtant d'accord avec moi ou bien ai-je mal lu;
Enfin comment revendiquer la liberté de circulation sans même évoquer les luttes dans les CRA et de leur coordination pour leur supression; le sans papier en CRA ne serait plus un prolétaire ( et souvent en lutte malgré des conditions très dures de combat!).
Il me semble que ce texte est un net recul par rapport à ce qui avait été produit jusqu'ici par le blog mais par delà j'y vois surtout un manque de vision globale ( tant géographique que temporelle) déjà dénoncé avec d'autres mots par Lili et qui entraîne une absence de stratégie; cela condamne le blog à des appels stériles qui sont plus incantatoires que réels.
Est-ce cette question du Parti qui obsède aussi bien les trotskystes que les ml qui coince et leur fait voir la réalité par le petit bout de la lorgnette; si c'est çà, il faut relire Marx et Rosa pour qui les choses étaient claires; le Parti est le moment où la classe prolétaire de classe en soi devient une classe pour soi; des étincelles du Parti naissent dans toutes les luttes et croire qu'il suffit de l'ossifier dans une structure permanente pour créer autre chose qu'une organisation de plus qui cherche (comme les autres) à contrôler la classe non à lui élargir le champ de conscience.
Nous sombrons dans une vision purement mécanique et kantienne de l'histoire digne d'un Kautsky (malheureusement repris par Lénine) ou d'un sociologue mais n'a rien à voir avec la dialectique matérialiste:
alors, c'est tentant de chercher à récupérer cette fraction du syndicalisme; et on tombe encore pire dans les jugements moraux; ils sont honnêtes, etc...qui relie directement les orgas ml à leur maoïsme stalinien originel; d'où la nécessité de faire dans le flou revendicatif: on en serait pas là!
Si on en est pas là, c'est qu'on est nulle part!
Si l'objectif n'est pas clair pourquoi se battre?
Je croyais pour ma part que ce qui se passe depuis six mois à Angers aurait interpellé les syndicalistes de classe sur ce qui était devenu la plus grosse réquisition INTERNATIONALE prolétaire de tout l'Ouest où des Rroms de Roumanie, des demandeurs d'asile et des SDF français habitaient le même lieu; la première tentative n'avait duré que 48h en novembre mais la deuxième, le « 48 » durait depuis deux mois et demi jusqu'à l'expulsion vendredi matin des 70 habitants ; une deuxième expulsion dans la nuit suite à l'occupation du nouveau théâtre et une manif de deux cent personnes samedi après midi qui s'est soldée par queatre des nôtres de blessés (matraques et lacrymos) et deux blessés (à mains nues) chez les keufs. Les habitants ont su rester unis constamment
Là où les gens de Parti voulaient passer des alliances avec des orgas, les soutiens ont permis que naisse un espace pour prolétaires indépendants avec un souci constant d'élargir le combat sur les autres villes; cette semaine a été très lourde et les points de suture n'arrange pas mon mal de crâne mais ce mal de crâne a plus fait pour la conscience de classe que tous les appels à la grève générale que j'ai entendu ces temps-ci;
je reviendrai dès que la lutte en cours me le permettra sur les deux autres points qui sont également discutables; la CSP75 et surtout la question de DD et de Mr Amara, le copain de Chauveau.
Pour plus ample infos sur le « 48 » voir les communiqués sur Pajol et l'article de Tifenn dans le Courrier de l'Ouest qui fait une excellente analyse de la manif de samedi -pj49-

 http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-La-police-charge-des-manifestants-cinq-blesses-P-_39382-911415_actu.Htm