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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 01:04
Qu'est-ce que le profit ?
(extrait du cours N°6 de l'école de formation de Voie Prolétarienne)

LE PROFIT ET L'ACCUMULATION :
UNE PARTIE DE LA PLUS-VALUE SE TRANSFORME EN CAPITAL

Les capitalistes ont un premier moyen d'accroître leur capital : c'est de s'emparer de celui d'un concurrent. C'est ce qui se passe avec les OPA, par exemple. On appelle cela : la centralisation du capital. Mais dans ce cas, la quantité totale de capital, au niveau de la société, n'est pas modifiée : elle est répartie différemment. Il n'y a pas d'accumulation.

Mais il y a un autre moyen, pour les patrons, d'augmenter leur capital : c'est de réinvestir une partie de la plus-value. Ils y ont évidemment intérêt; puisque cela va accroître en retour la plus-value qu'ils récupéreront. Mais, de toute façon, ils y sont obligés; car ils doivent développer constamment leurs moyens de production pour survivre dans la jungle capitaliste. Une partie de la valeur supplémentaire créée dans un cycle de production; ils vont donc l'additionner à leur capital : l'investir. Le produit de l'exploitation se transforme à son tour en capital; il l'agrandit. On appelle cela : la reproduction élargie du capital. Cette fois, la plus-value n'est pas consommée hors de la production. Elle est utilisée pour développer la production. Elle est accumulée et non pas détruite. On parle alors de concentration du capital.

Nous voyons apparaître ici une chose très importante, que les capitalistes cachent soigneusement; que les réformistes oublient systématiquement; et que les ouvriers ignorent généralement : c'est que tout le capital est constitué, directement ou indirectement, par du travail ouvrier; par de la valeur créée par nous; par de la plus-value arrachée aux prolétaires et accumulée petit à petit, depuis des lustres, à des générations de travailleurs, au rythme des cycles de production. Quand les patrons justifient leur rôle et leurs revenus exorbitants par le capital qu'ils apportent; par les fortunes qu'ils risquent dans une affaire; ils oublient que ces sommes, c'est nous, les prolétaires, qui leur avons "avancées" avec notre sueur, et parfois notre sang. Et il faudrait encore les remercier de nous filer du boulot !

Voyons comment cela se passe. On a déjà étudié que la valeur d'une marchandise se composait de 3 parties; qui proviennent toutes du travail; mais qui prennent des formes différentes :
 
*
Une partie correspond à l'emploi des moyens de production : l'usure des machines qui transmettent une fraction de leur valeur aux marchandises; l'énergie consommée et les produits utilisés pour la fabrication qui, eux, transmettent toute leur valeur aux marchandises. Il s'agit donc d'un transfert de valeur; et non pas d'une création de valeur. C'est pour cela qu'on l'appelle : capital constant. On l'écrit : C. Il correspond aussi à du travail; mais à du travail passé; du travail mort : du travail effectué auparavant, en vue de servir à produire autre chose. D'ailleurs, on parle d'"amortissement" du capital.

* Une partie correspond à ce qui est consommé pour reproduire la force de travail. La force de travail produit plus de valeur qu'elle n'en consomme : c'est pour cela qu'on l'appelle : capital variable. On l'écrit : V. On parle aussi de travail vivant; car il n'existe qu'au moment de la production. Ce sont les salaires.

* Enfin, il y a la plus-value. On l'écrit : PL.

La valeur des nouvelles marchandises produites, c'est M' = C + V + PL.

Prenons un exemple :

Supposons que, pour produire une marchandise, il ait fallu : 1000€ en capital constant; 400€ en capital variable; et qu'il ait été dégagé 500€ de plus-value.

La valeur de cette marchandise est : M = 1000 + 400 + 500 = 1900€.

Pour l'obtenir, le capitaliste avait avancé un capital de 1000 + 400 = 1400€.

Il a récupéré cette valeur, qu'il va réinvestir... plus 500€.

Mettons que, sur ces 500€, il consomme 220€. Il investit le reste; soit 500 - 220 = 280€.

Il met : 200€ en moyens de production et 80€ en force de travail.

Le nouveau capital qu'il avance est donc de 1400 + 280 = 1680€.

Ce qui peut donner comme production par exemple :

C + V + PL = M' (nouvelle quantité de valeur produite).

C : 1000 + 200 = 1200€ de capital constant;
V : 400 + 80 = 480€ de capital variable;
et 600€ de plus-value (PL).

M' = 1200 + 480 + 600 = 2280€; au lieu des 1900€ du cycle précédent.

 
LE TAUX DE PROFIT


Les capitalistes sont intéressés par la plus-value qu'ils ramassent. Il leur en faut le maximum pour accumuler du capital et se battre contre leurs concurrents. Mais ils font un calcul  : celui de leur taux de profit. Ils comparent ce qu'ils reçoivent comme plus-value (PL), par rapport au capital qu'ils ont avancé (C + V). Ce rapport, on peut l'écrire ainsi :

   PL
--------- = taux de profit
C + V

Si un capital avancé de 500€ rapporte 100€, le taux de profit est de 20%. Si un capital de 2000€ rapporte 300€, le taux de profit est de 15%. Dans le deuxième cas, la plus-value est plus importante. Mais il a fallu investir beaucoup plus de capital pour l'obtenir.

Le capitaliste calcule : s'il pouvait placer ses 2000€ à 20%, cela lui rapporterait 400€, au lieu de 300. Encore faut-il qu'il puisse le faire. Car il n'est pas le seul à tenir ce raisonnement. Mais il peut aussi essayer d'augmenter PL (la plus-value); c'est-à-dire l'exploitation des ouvriers. Ou bien encore, il peut tenter de baisser C + V (le capital dépensé), notamment les salaires ! En fait, il essaie tout cela à la fois; comme nous le verrons plus loin.

Cependant, il y a quelque chose qu'il faut noter dès maintenant, car c'est fondamental pour comprendre les crises : les efforts que font tous les capitalistes pour augmenter la productivité du travail et accumuler du capital, c'est une nécessité qui s'impose à chacun d'entre eux, pour faire face à la concurrence. Mais tous ces efforts, justement parce qu'ils les font tous en même temps, chacun pour soi, et même les uns contre les autres... vont se retourner contre leur objectif qui est d'élever le taux de profit, de rentabiliser le capital. 

Aussi, ces mécanismes que nous avons vus : production de valeur, dégagement de la plus-value, croissance du capital... vont se coincer de temps en temps, et jeter le capitalisme dans des crises et des conflits, qui peuvent déboucher sur des guerres.

Ce qu'il faut étudier maintenant : c'est comment ces différentes valeurs (C, V, PL) évoluent les unes par rapport aux autres.

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Publié par Où va la CGT ? - dans Théorie
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