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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 01:03
Bourgeoisie et prolétariat :
la lutte des classes
 
Nous publions ci-dessous l'intégralité du cours N°9 de l'école de formation de Voie Prolétarienne sur les classes sociales et la lutte des classes

Nous avons vu, lors du cours sur le matérialisme historique, que "l'histoire de toute société, jusqu'à nos jours, n'a été que l'histoire de la lutte des classes". Cela, la plupart des historiens et des économistes bourgeois le reconnaissent. Mais pour certains, cette lutte des classes, comme la "loi de la jungle", serait inscrite dans la nature humaine. Pour d'autres au contraire, elle viendrait de prendre fin avec le triomphe du capitalisme sur le communisme.

Mais Marx a démontré: "1) que l'existence des classes n'est liée qu'à des phases historiques déterminées du développement de la production, 2) que la lutte des classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat, 3) que cette dictature elle-même ne constitue que la transition à l'abolition de toutes les classes et à une société sans classes"

Le but des communistes, c'est:
  • De mener cette lutte des classes pour renverser la bourgeoisie et prendre le pouvoir.
  • D'en finir avec les conditions qui rendaient nécessaire la division de la société en classes (l'ignorance, la pénurie, la faiblesse de l'homme face à la nature, etc...).
  • De détruire les structures sociales qui en découlaient.
Toutes sortes de bonnes raisons pour étudier les classes sociales !
D'une part, il s'agit de savoir quelle lutte mener; avec qui... et contre qui ? D'autre part, il est nécessaire de connaître les rapports sociaux que l'on veut détruire, pour être capables de déterminer par quoi on veut les remplacer.

Mais avant tout, il faut préciser ce qu'est une classe. Lénine en a donné une définition synthétique: "On appelle classes de vastes groupes d'hommes qui se distinguent par la place qu'ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale, par leur rapport (la plupart du temps fixé et consacré par des lois) vis à vis des moyens de production, par leur rôle dans l'organisation sociale du travail, donc par les modes d'obtention et l'importance de la part des richesses sociales dont ils disposent".

Pendant longtemps, les marxistes ont mis en avant, de façon unilatérale, les critères de "propriété juridique des moyens de production" et de "production ou non de plus-value". Nous essaierons ici de préciser quels critères nous utilisons aujourd'hui; et comment nous les situons les uns par rapport aux autres.


1 - Plusieurs classes, mais deux camps !

Nous avons étudié, avec le matérialisme dialectique, que tout phénomène s'expliquait par ses contradictions internes; et en particulier par la contradiction principale qui le sous-tend...

Rappelez-vous la contradiction fondamentale de tout mode de production. C'est la contradiction entre rapports sociaux de production et forces productives. Arrivés à un certain stade de développement, les rapports sociaux de production bloquent le développement des forces productives.

Or, quelle est aujourd'hui la contradiction principale dans les rapports sociaux de production ? C'est l'antagonisme entre les propriétaires des moyens de production : les bourgeois... et ceux qui ne possèdent que leur force de travail et qui sont obligés de la vendre pour vivre: les prolétaires.

Cette contradiction est centrale dans le mode de production capitaliste; parce que tout, dans ce système, est déterminé par l'appropriation privée des moyens de production et par l'exploitation:
  • La division sociale du travail entre ceux qui conçoivent et ceux qui exécutent.
  • L'organisation du travail et de la société entre ceux qui dirigent et ceux qui obéissent.
  • Le type d'accumulation du surtravail: capitalisation privée, au lieu d'une gestion sociale.
  • Les objectifs fixés à la production: le profit, et non pas la satisfaction des besoins...
C'est pour cela qu'il y a deux grandes classes, deux camps, dans la société capitaliste : le camp de la bourgeoisie et le camp du prolétariat.

La bourgeoisie

Ce qu'on appelle "la bourgeoisie", c'est en fait un ensemble de plusieurs couches sociales qui constituent autant de fractions. La fraction la plus représentative, c'est la bourgeoisie industrielle; celle qui possède les usines. Il y a ensuite la bourgeoisie bancaire, qui détient les banques et les compagnies d'assurances. A l'époque de l'impérialisme, la fraction de la bourgeoisie qui prédomine à la tête des monopoles, issue de la fusion du capital industriel et du capital bancaire, c'est ce qu'on appelle l'oligarchie financière.

Il y a aussi la bourgeoisie commerciale: qui prend de plus en plus d'importance avec la constitution de grandes chaînes de distribution. La bourgeoisie agricole (on dit: agrarienne), qui exploite des domaines... et les ouvriers qui travaillent dessus; à distinguer des propriétaires fonciers, qui se contentent de toucher la rente. Il faut y ajouter le personnel politique; ainsi que celui de la haute administration, que l'on peut désigner sous le nom de bourgeoisie d'Etat. Ils sont liés aux grands groupes monopolises par de nombreux liens, entre autres familiaux. Ce sont eux qui assurent au capital, en particulier au capital financier, sa maîtrise de l'appareil d'Etat.

Ces fractions ont en commun le fait qu'elles vivent toutes, directement ou indirectement, de l'exploitation; c'est-à-dire de la plus-value extorqu‚e aux ouvriers. Et cela sur la base qu'elles possèdent une partie du capital. C'est ce qui fait la cohésion de la bourgeoisie en tant que classe, malgré les contradictions qui la traversent; contradictions liées à la concurrence. (Voir l'annexe sur la subordination de l'Etat aux monopoles).

Le prolétariat : seule classe révolutionnaire jusqu'au bout !

Un "prolétaire", c'est celui qui ne possède rien, que sa force de travail. Il ne détient aucun moyen de production. On confond souvent le prolétariat et la classe ouvrière. Mais tous les prolétaires ne sont pas des ouvriers. Ce qui caractérise les ouvriers, ce n'est pas seulement qu'ils ne possèdent pas de moyens de production; ils ne sont pas les seuls dans ce cas. Ce qui leur est spécifique, c'est: qu'ils créent de la plus-value; qu'ils font un travail d'exécution, quel que soit par ailleurs le niveau technique de ce travail... et non pas un travail d'encadrement, de gestion, de recherche, etc; et que, de cette situation dans l'organisation sociale du travail, ils tirent un revenu qui ne leur permet pas d'accumuler du capital, mais seulement de reproduire leur force de travail.

Le mouvement communiste a souvent eu tendance à privilégier le premier de ces trois points: un ouvrier, c'est quelqu'un qui produit de la plus-value. Cela a ouvert la porte à des idées fausses. La production de plus-value n'est pas un acte individuel. Elle est le fait de ce qu'on appelle le "travailleur collectif". Les ingénieurs, par exemple, participent souvent de prés ou de loin à la production de plus-value; ça n'en fait pas des ouvriers pour autant.

Par contre, le deuxième critère: qui conçoit, qui dirige... et qui exécute et obéit, a été largement sous-estimé. C'est normal: la société capitaliste s'est constituée à partir d'artisans et de compagnons qui tenaient les deux bouts de la production : la conception et la réalisation. Or, une des principales caractéristiques du capitalisme, c'est d'avoir, petit à petit, séparé ces deux fonctions. Et il continue à les séparer de plus en plus vite en deux pôles. Autrefois, la propriété juridique des moyens de production correspondait le plus souvent avec la direction, l'organisation, la conceptions de la production. Aujourd'hui, ce rapport juridique s'efface de plus en plus derrière la notion de "disposition" des moyens de production; au fur et à mesure que la propriété juridique du capital se "dilue" entre de multiples actionnaires, ou qu'elle se masque derrière l'anonymat de l'Etat. Voir l'annexe: "Y a-t-il une propriété socialiste?".

C'est toujours l'appropriation privée des moyens de production qui fonde la division de la société en classes; mais elle se cache de moins en moins derrière le rapport formel de propriété juridique et de plus en plus derrière le rapport dirigeants/dirigés; gestionnaires/exécutants; manuels/intellectuels. Ce rapport n'a rien de naturel, ni de nécessaire pour l'organisation de la production; comme le prétendent les bourgeois. Il camoufle l'antagonisme social entre ceux qui disposent du capital et ceux qui ne possèdent rien et qui produisent la plus-value.

Les ouvriers sont de plus en plus dépossédés du savoir; y compris de leur propre savoir-faire. Celui-ci passe dans les machines ou dans le procès de production. Et cela quand ils ne sont pas purement et simplement exclus; rejetés au chômage ou dans des "petits boulots"; renvoyés au foyer pour les femmes, ou au pays pour les immigrés... La bourgeoisie française est en train de s'installer dans la perspective d'un "volant incompressible" de plus de deux millions de chômeurs. Nous retrouvons là le rapport social que recouvre le capital : le travail mort qui suce le travail vivant et tend à se substituer à lui, de plus en plus rapidement.

La classe ouvrière a beaucoup évolué, en France, ces 20 dernières années. Il reste à en faire une analyse précise; mais nous pouvons indiquer ici quelques généralités:

Il s'agit d'une seule classe; mais elle a un caractère multinational : toute l'immigration ouvrière est partie intégrante du prolétariat. Elle en partage les intérêts fondamentaux; même si des problèmes spécifiques sont posés, qui doivent être pris en compte par le mouvement révolutionnaire.

La crise, et les restructurations qu'elle a entraînées, ont fragmenté la condition des prolétaires en de multiples situations. Une partie de la classe seulement est insérée dans la production. Nombre d'ouvriers sont temporairement ou définitivement rejetés de la production comme chômeurs. Certains jeunes d'origine ouvrière n'ont jamais accédé à un emploi... Beaucoup de travailleurs précaires: sans-statut, au noir et clandestins, font partie de la "classe ouvrière", même s'ils sont cantonnés dans des "petits boulots". Un nombre de plus en plus grand de prolétaires, enfin, poussés à ce que la bourgeoisie appelle "la délinquance", se retrouvent mis à l'écart de la société; en taule... Ce sont autant de formes du morcellement actuel de la condition ouvrière. Mais le constat de cet éclatement, qui n'est d'ailleurs pas nouveau, ne nous amène pas pour autant à hurler avec les loups "… la fin de la classe ouvrière". Il doit, au contraire, nous inciter à etudier les conditions modernes de l'exploitation, pour pouvoir jouer notre rôle de révolutionnaires!

La place de la classe ouvrière dans les rapports de production

C'est le facteur principal. Située au coeur du processus de production capitaliste, elle a entre ses mains les leviers essentiels de l'économie qu'elle peut paralyser par la grève. Elle est la principale force productive. Rien n'est produit sans son travail. Le développement de l'industrie sur des sites de production trés vastes a créé les conditions d'un rapport de force pour la classe ouvrière, et de sa prise de conscience. Le caractère concentré de la production a favoris‚ l'organisation de la résistance contre l'exploitation à une échelle plus vaste que dans les débuts du capitalisme.

La classe ouvrière reste très concentrée aujourd'hui; même si la bourgeoisie cherche à démanteler les bastions ouvriers comme RENAULT. Les patrons disséminent la production dans des unités plus petites; quitte à recourir à la sous-traitance. Mais l'accentuation de la division du travail (le taylorisme) a durablement nivelé les conditions de production. Cette relative égalisation a rapproché les ouvriers entre eux. Cependant, ces conditions matérielles d'existence et de travail ne sont que les "conditions objectives" qui déterminent le caractère révolutionnaire de la classe ouvrière. Elles ne garantissent pas, à elles seules, que la classe ouvrière jouera effectivement son rôle!

La conscience de classe et le projet révolutionnaire

Même si la résistance à l'exploitation se développe spontanément; ce qui domine les ouvriers, en particulier dans les périodes de crise, c'est la concurrence que leur impose le capitalisme dans la vente de leur force de travail. Spontanément, les luttes ouvrières se fixent comme objectif la défense des conditions de vente de cette force de travail (la lutte pour les salaires...), et l'amélioration des conditions d'existence. Bref: une lutte pour les réformes, pour transformer la société; pas une lutte révolutionnaire, pour changer le système social. Spontanément, la classe ouvrière est "réformiste"! Et cependant, l'expérience historique a montré que la classe ouvrière, consciente et organisée, était effectivement la force centrale des processus révolutionnaires. A cela ont contribué les syndicats et les partis ouvriers; avant de sombrer dans les positions que nous connaissons... Mais quelle est la raison objective qui fait que le prolétariat est la seule classe qui soit révolutionnaire jusqu'au bout ?

La seule classe qui n'ait rien à perdre

Le prolétariat n'est pas le seul qui ait quelque chose à gagner à l'instauration du communisme. On pourrait même dire que toute l'humanité a quelque chose à y gagner: la paix; la sauvegarde de l'environnement et, qui sait, de la planète... Mais par contre, toutes les autres couches sociales ont quelque chose à perdre avec la fin du système capitaliste; ou tout au moins quelque chose à "regretter". Et cela les amène: soit à défendre le capitalisme avec acharnement; soit à idéaliser les possibilités de le réformer.

Pour certains, c'est la propriété des moyens de production et le pouvoir qu'elle leur procure. Pour beaucoup, ce sont mille et un privilèges liés à leur place dans les rapports de production: salaires supérieurs, sentiment d'exercer un pouvoir, etc... D'autres enfin, tout en étant aliénés, occupent un emploi parasitaire, destiné à disparaître dans une autre société. Ils craignent cette disparition. Cela les attache au système, d'une certaine manière. C'est souvent le cas des employés de banque, par exemple...

La classe ouvrière, quant à elle, n'a objectivement aucune raison de ménager ce système. Seule une fraction parmi elle s'accroche aux privilèges qu'elle tire de la puissance de son impérialisme et du pillage auquel il se livre; c'est ce qu'on appelle l'aristocratie ouvrière. Nous y reviendrons. Le caractère radicalement révolutionnaire de la classe ouvrière tient au fait qu'elle n'a aucun intérêt à maintenir la division de la société en classes. Son émancipation ne peut passer que par la liquidation du rapport d'exploitation. Son objectif final vise donc forcément l'abolition des classes.


2 - Les autres couches sociales ne sont pas neutres

La petite bourgeoisie


Entre les deux classes fondamentales du mode de production capitaliste, il existe une classe composée de couches aux situations trés diverses sur le plan tant ‚conomique que politique; une classe hétérogène : la petite bourgeoisie.

A notre époque, la petite-bourgeoisie comprend aussi bien des couches anciennes: comme certaines fractions de la paysannerie, les artisans, les petits commerçants... que des couches nouvelles produites par le développement du capitalisme : employés, fonctionnaires, intellectuels... C'est une classe mobile : du fait qu'elle intègre sans cesse de nouveaux éléments et qu'en même temps elle en voit disparaître d'autres. Ils sont attirés et absorbés par les deux classes fondamentales : prolétarisation pour les uns ; promotion sociale et intégration aux couches supérieures pour d'autres.

Ces caractéristiques font que, comme le disait Lénine: cette classe "ne peut qu'hésiter entre bourgeoisie et prolétariat". La petite bourgeoisie oscille matériellement et politiquement entre les deux classes. Comme elle constitue une fraction importante de la population, son soutien à l'un ou l'autre camp constitue un enjeu important. Nous étudierons cela un peu plus loin. Nous en resterons ici à ce qui caractérise politiquement cette classe:
  • Elle recherche sans cesse une ligne moyenne qui concilierait les intérêts antagoniques entre les classes.
  • Hésitant entre l'ancien et le nouveau, elle prétend se placer au-dessus des intérêts de classes. Mais elle finit toujours par se rallier à un des deux camps.
  • Dans les périodes où les enjeux de classe sont décisifs, elle se fragmente en fractions qui se tournent soit vers la bourgeoisie, soit vers le prolétariat.
  • Elle contribue largement à la diffusion des idées et des valeurs bourgeoises. Elle influe sur les couches ouvrières; au même titre que l'aristocratie et la bureaucratie, qui aspirent d'ailleurs à vivre comme elle.
La petite bourgeoisie se retrouve aussi bien à la campagne que dans les villes.

Les classes à la campagne

Le monde agricole ne constitue pas un bloc uni; encore moins une classe. Le mode de production capitaliste domine entièrement la production agricole de la France du 20ème siècle. Là comme ailleurs, ce sont les lois du capitalisme qui ont été les facteurs de l'évolution: profit, concurrence, marché. Le développement du capitalisme se traduit par l'élimination violente de la petite production; par l'accroissement de la mécanisation et de la productivité; par la concentration de l'essentiel de la production entre quelques grandes exploitations, désormais liées au secteur industriel et bancaire.

La différenciation de la paysannerie en couches et classes s'est accélérée, et s'accentue sans cesse, depuis le début du siècle. Un certain nombre de repères matériels nous permettent de délimiter entre elles les couches de la paysannerie:
  • Propriété ou non de la terre et des autres moyens de production.
  • Taille de l'exploitation et chiffre d'affaires.
  • Importance du parc machines; du capital investi.
  • Endettement. Dépendance vis à vis du crédit.
C'est sur la base de cette réalité matérielle que se forme l'idéologie du paysan; sa représentation de l'avenir... et, donc, les revendications qu'il défend dans ses luttes.

Les ouvriers agricoles : des prolétaires

Une seule fraction des couches paysannes se rattache directement à la classe ouvrière: les ouvriers agricoles. Ceux-ci ne possèdent pas leurs moyens de production et vendent leur force de travail.

Ce sont donc des ouvriers qui travaillent dans un secteur particulier. Mais leurs conditions de travail, et en particulier leur dispersion, ne facilitent pas leur prise de conscience ni leur organisation pour la défense de leurs intérêts; qui sont souvent contradictoires avec ceux des autres couches de la paysannerie. C'est parmi eux qu'on trouve la mortalité la plus précoce et le plus fort taux de suicides; c'est tout dire...

Les semi-prolétaires

Il s'agit de paysans, qui conservent, souvent pour leur propre consommation, une exploitation, mais qui travaillent aussi comme ouvriers à l'usine; ou comme ouvriers agricoles. Leur situation est transitoire entre le statut de petit paysan et celui d'ouvrier. C'est souvent une étape vers la prolétarisation intégrale. Cela a été le cas pour environ 300.000 d'entre eux en 1970. Dans les ménages de ce type, il est fréquent que l'homme soit ouvrier et que la femme cultive ou tienne un élevage pour assurer un complément aux ressources de la famille. L'instauration des VSD ou SDL et le blocage des salaires ces dernières années ont favorisé ce type de "solutions" individuelles.

Les petits paysans

Cela recouvre, en fait, plusieurs catégories:

D'une part, les paysans traditionnels et pauvres, peu équipés et pas nécessairement endettés; qui disparaissent le plus souvent par extinction : les enfants ne voulant pas reprendre l'exploitation de leurs parents.

D'autre part, des paysans modernisés, relativement bien équipés, mais très endettés; et qui, de ce fait, sont éliminés peu à peu.

Les premiers, qui sont à proprement parler des paysans pauvres, constituent principalement la base du MODEF. Les seconds, que l'on peut appeler: "moyen-pauvres" (moyens par leur équipement; pauvres par leur endettement), représentent plutôt celle des "Paysans-Travailleurs". Les uns sont dominés surtout par la bourgeoisie rurale. Les autres par le Crédit Agricole et les firmes agro-alimentaires.

A cela vient se superposer la distinction entre fermiers et métayers. Les fermiers possédent leur outillage, mais pas leur ferme. Les métayers ne possèdent ni l'un, ni l'autre. Leur position est déterminée par la possibilité qu'ils ont, ou non, d'accumuler. Cependant, ce qui est déjà difficile pour un paysan qui possède sa terre, se complique encore pour ceux qui ne la possèdent pas. Ces deux situations sont des survivances, intégrées par le système capitaliste, du mode de production féodal.

Ce sont les petits paysans qui sont, bien sur, les plus touchés par l'exode rural. Quand ils se maintiennent, c'est, le plus souvent, en subvenant tout juste à leurs besoins; sans dégager d'excédents capitalisables, et sans employer de main d'oeuvre salariée.

Cette couche, globalement, est soumise au processus de prolétarisation. Dans certains cas, la pénétration des firmes agro-alimentaires les transforme en "ouvriers à domicile". On leur fournit l'argent pour s'équiper, les matières premières qu'ils mettent en oeuvre... Le prix de rachat des produits est fixé par les organismes prêteurs. C'est le cas, par exemple, de nombreux élevages familiaux. Pour s'en sortir, le petit paysan travaille sans compter ses heures. Il est exploité; mais son exploitation n'est pas de même nature que celle de l'ouvrier.

C'est un petit producteur. Il est propri‚taire, même formellement, de ses moyens de production. Il vend des marchandises et non pas sa force de travail. Sur le marché, il cherche à tirer le meilleur prix de ce qu'il a produit. Et, ce faisant, il s'oppose aux intérêts des ouvriers. S'il vit pauvrement, c'est parce qu'il est soumis à la concurrence de capitalistes plus puissants; qui peuvent se permettre de vendre moins cher que lui.

Il s'agit donc d'une lutte entre capitalistes, où le petit est victime du gros. Cela induit souvent, parmi ces couches, une idéologie réactionnaire, de retour aux sources du capitalisme: à un capitalisme débarrassé des monopoles.

Ces différences séparent les couches paysannes, même les plus pauvres, de la classe ouvrière. Car leur aspiration est, le plus souvent, de devenir des entrepreneurs indépendants, sur la base de la propriété des moyens de production; alors même que celle-ci est de plus en plus illusoire.

Seules les fractions de ces couches qui abandonnent leur point de vue de "petit producteur", pour reconsidérer leur avenir et celui de l'agriculture dans un système économique et social différent, sont des alliées possibles de la classe ouvrière.

Les paysans moyens

Ils tirent de leur travail de quoi entretenir leur famille et leur exploitation; tout en dégageant un petit excédent qui peut-être capitalisé: ce fut le cas d'environ 200.000 agriculteurs en 1970. Pouvant investir un peu, ils subsistent, au prix de gros efforts en achats de terre et de matériel. Leur espoir est de se maintenir en tant que capitalistes. Certains résistent; d'autres disparaissent. Ils s'opposent plus ou moins à la classe ouvriŠre selon les différenciations en leur sein.

Ces couches se battent durement pour ne pas être absorbées ou disparaître. Elles s'affrontent souvent violemment à l'Etat et aux étrangers, qu'elles considèrent comme leurs ennemis principaux. Elles sont sensibles aux mots d'ordre nationalistes chauvins; et n'hésitent pas à passer aux actes : à renverser ou bloquer aux frontières des cargaisons de tomates espagnoles ou de moutons anglais; et même à foutre le feu à des préfectures.

La délimitation de ces couches d'avec la classe ouvrière ne se fait pas sur l'usage ou non de la violence. Car si elles sont radicales, c'est sur le contenu de classe bourgeois de leurs revendications et de leurs perspectives. En général, leur but n'est pas d'en finir avec le capitalisme, mais de conquérir pour eux mêmes une place dans le système.

La bourgeoisie agrarienne

La concentration de l'agriculture est un processus continu. Dans les années 70, environ 10% des exploitations réalisaient plus de 50% de la production; employant régulièrement de la main d'oeuvre salariée.

Ces exploitants qui représentent l'avenir de la classe capitaliste dans l'agriculture sont liés aux secteurs d'industrialisation de l'agriculture ; en amont comme en aval de la production. L'encadrement de l'agriculture par des firmes agro-alimentaires est de plus en plus poussé. Certaines phases du procès de production sont assurées par des entreprises qui utilisent la division du travail; comme dans l'industrie. Depuis les années 60, et la création du march‚ commun, les firmes ont développé, de manière accélérée, l'internationalisation des capitaux, des marchandises et de la main d'oeuvre.

La bourgeoisie agrarienne défend ses intérêts au sein de l'Europe, contre ses concurrents, sur le dos des petits paysans et des ouvriers.

Les couches salariées urbaines intermédiaires

D'où vient la croissance rapide des couches salariées?

Le développement de l'impérialisme entraîne un énorme accroissement de l'appareil bureaucratique d'Etat; donc des fonctionnaires; ainsi que de l'appareil gestionnaire et financier: banques, assurances, sièges des trusts multinationaux... De plus, en pénétrant tous les secteurs de la société, le capitalisme se soumet des couches autrefois indépendantes qui deviennent salariées: petits commerçants, artisans, etc... De nouveaux secteurs de la vie sociale sont soumis au règne de la marchandise: les loisirs, les arts, la culture, l'information, la production intellectuelle... Il en résulte le développement d'une masse de salariés qui croît plus vite dans les pays impérialistes que le nombre des ouvriers.

Ils sont dépossédés des moyens de production. Mais, en même temps, ils sont détenteurs d'une portion du savoir, et dépositaires d'une parcelle du pouvoir. Ils ont "le cul entre deux chaises". Ce qui fait que, de leur opposition au capital, dans certaines circonstances (par exemple: en mai 68), ne naît aucune classe pouvant se battre en tant que telle. Il peut parfois s'opérer en leur sein une différenciation entre ceux qui se rapprochent du prolétariat et ceux qui rallient la bourgeoisie.

Les quasi-prolétaires : la couche la plus proche de la classe ouvrière

La classe ouvrière n'est pas un bloc homogène, ni strictement délimité. Elle n'est pas isolée par un mur des autres couches de travailleurs exploités.

On appelle "quasi-prolétaires" ceux qui ne travaillent pas dans un secteur directement productif de plus-value, mais qui font un travail indispensable aux capitalistes pour réaliser cette plus-value. Ils travaillent souvent dans des conditions qui, sous certains aspects, sont similaires à celles des ouvriers:
  • Ils vendent leur force de travail à sa valeur.
  • Dans la division sociale du travail ils ont un rôle d'exécution.
  • Ils sont soumis à l'oppression et à l'aliénation capitaliste.
La différenciation entre employés et ouvriers se marque toutefois par des salaires souvent supérieurs; de meilleures conditions de travail; des avantages sociaux plus importants; etc... Mais ces différences sont relatives; et très variables. Certains facteurs jouent un rôle important dans la conscience de ces couches: le caractère plus ou moins parcellisé de leur travail; leur concentration en "pools" (par exemple: les dactylos); la sécurité ou non de l'emploi...

Parmi les employés aussi, il s'opère une différenciation entre ceux qui ont l'espoir de devenir de petits cadres, de grimper; qui s'allient idéologiquement à la bourgeoisie... et ceux qui sont conscients de n'avoir aucun avenir, et qui rejoignent les luttes prolétariennes.

La catégorie des "employés" ne peut pas être intégrée en bloc au quasi-prolétariat. Car il y a des "aristocrates employés", comme chez les ouvriers.

Les couches moyennes salariées et "l'intellingentsia"

On a vu que la division du travail, aggravée par le développement du capitalisme, avait développé de nouvelles couches; nécessaires à la conception et à la gestion de la production: cadres moyens, ingénieurs, etc... Ceux-ci sont carrément au service du capital et en reçoivent des avantages divers. Ils profitent de la plus-value extorquée aux ouvriers.

Parmi les couches moyennes, se trouvent aussi les intellectuels. Ceux-ci n'ont pas de rapports très définis aux moyens de production. Ils tirent un bénéfice de leur place dans le système capitaliste. Ils profitent de la division manuels-intellectuels et la plupart font tout pour la maintenir. Ils contribuent à diffuser l'idéologie bourgeoise (exemple: les enseignants ou les journalistes), tout en s'opposant à la bourgeoisie pour en obtenir plus d'avantages. Idéologiquement, ces couches sont le plus souvent influencées par les idées réformistes. Elles ont des aspirations d‚mocratiques et humanistes.

Dans des situations historiques données, certains membres de ces couches se sont alliés au prolétariat; par exemple : dans le cadre de la lutte anti-fasciste.


3 - Des alliances : avec qui ? contre qui ?

Pourquoi faire des alliances, et sur quelles bases ?

Nous avons vu que le prolétariat ne constituait pas, numériquement, la majorité de la population. Il représente la force principale; mais pas la seule force d'opposition à la bourgeoisie. Et surtout: les perspectives politiques de lib‚ration dans une société nouvelle, que propose le socialisme, puis le communisme, concernent et intéressent d'autres couches que la seule classe ouvrière. A terme, c'est la disparition des classes qui est en jeu. Et, dans une première phase, une société de transition, qui libère de la domination capitaliste non seulement le prolétariat, mais aussi d'autres opprimés.

Les alliances que le prolétariat passera avec d'autre couches ne seront pas les mêmes dans toutes les circonstances. Leur nature dépend essentiellement de deux facteurs :

* Dans quelle formation sociale se trouve-t-on ? Quelle est la classe dominante contre laquelle l'alliance va se nouer ?
* Quelle est la conjoncture? Le rapport de forces de la période favorise objectivement un rapprochement de certaines classes ou couches vers la classe ouvrière.

Le fait que le prolétariat ait la place décisive dans les rapports de production et qu'il soit le moteur des transformations ne garantit pas son indépendance politique. D'autres classes peuvent utiliser sa force pour atteindre des objectifs qui ne correspondent pas à ses intérêts véritables. Par exemple: en entraînant les prolétaires sur des enjeux nationalistes. C'est le cas du PCF !

Tout ce qui bouge n'est pas rouge

La classe ouvrière n'est pas la seule classe à s'opposer à la domination et à l'exploitation capitalistes. Mais toute opposition à la bourgeoisie n'est pas progressiste:

Certaines couches de la petite bourgeoisie s'opposent au capitalisme d'un point de vue réactionnaire. Nous l'avons vu : le petit producteur défend le prix de sa marchandise. Le petit paysan souhaite une hausse du prix des produits agricoles que l'ouvrier paiera plus cher. Il s'oppose au gros exploitant dans un rapport de concurrence. Ce qu'il rejette, ce sont les excès du capitalisme; pas le capitalisme lui-même. Il voudrait freiner la constitution de monopoles qui écrasent les petits. De-même le petit commerçant s'affronte aux grandes surfaces; etc...

Certaines luttes démocratiques engagent des forces au sein de la petite bourgeoisie. Car le fait que l'impérialisme pousse à la réaction suscite une opposition. Mais les questions démocratiques elles-mêmes ont un contenu de classe.

On pourra discuter ainsi des différentes manières de d‚fendre les droits des immigrés en France; ou bien des divers mots d'ordre d'opposition à la réparation du transfo pour Koeberg, dans la lutte à l'Alsthom; ou encore, de diverses questions de société comme l'école, la justice, logement, etc...

La petite bourgeoisie mène ces luttes de son point de vue de classe. Elle met en avant la nécessité de réformes; avec l'illusion d'une possible évolution vers un "capitalisme à visage humain": débarrassé de ses "abus". Ces luttes démocratiques concernent le prolétariat. Celui-ci a un rôle à jouer pour leur donner une orientation révolutionnaire. Mais il ne s'agit pas pour autant de s'allier à n'importe qui, sur n'importe quelle base. Les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément nos amis.

Pour faire une alliance de classes, en ayant dans celle-ci le rôle dirigeant: le prolétariat doit d'abord se délimiter. Il doit affirmer ses perspectives dans un programme qui précise ses objectifs à long et à moyen terme. Il peut alors élaborer une tactique pour rallier à ses propositions certaines couches, appartenant à d'autres classes. Cette tâche ne se réalise pas spontanément. Seul un parti communiste peut la mener à bien.

Comment et avec qui engager des alliances ?

Selon ce qu'elles engagent, selon leurs enjeux, on distingue deux types d'alliances :

* Les alliances stratégiques. A une étape historique donnée, selon la compréhension qu'elles ont de leurs intérêts, certaines fractions de classes peuvent se rallier au prolétariat, avant même la révolution, dans la perspective de la prise du pouvoir. Dans la France impérialiste, ce niveau d'alliance concernerait le quasi-prolétariat de l'industrie, du commerce, de l'administration et des services.
* Les alliances tactiques. Elles n'engagent pas un accord sur le programme, mais permettent de constituer une force d'opposition sur des objectifs plus limités; pour mener des combats partiels. Par exemple: sur des enjeux démocratiques.

Faire scissionner les couches intermédiaires

La petite bourgeoisie ne constitue pas un bloc homogène. Le prolétariat a tout intérêt à observer et utiliser les différenciations en son sein. Certaines fractions sont aspirées par la bourgeoisie et s'intègrent à elle. D'autres, malgré leurs interêts matériels qui les placent "du côté du manche", ressentent durement l'oppression du système capitaliste: blocage des salaires; dégradation des conditions de vie et d'environnement; poids de la hiérarchie dans une division du travail aliénante; etc...

Livrées à elles-mêmes, ces couches n'ont pas une vision d'avenir. Elles risquent de se laisser attirer par des propositions réactionnaires pour sortir de leur impasse. Pour le prolétariat, c'est un enjeu essentiel de rallier des fractions de cette classe, en leur offrant des perspectives immédiates et d'avenir, dans un autre système économique et social. D'où l'importance d'avoir à proposer, à côté du programme général de la révolution, un programme concret rassemblant les revendications de la période. Exemple: la réduction du temps de travail; un moratoire sur le nucléaire; etc... Certaines fractions de la petite bourgeoisie, sans qu'elles puissent être ralliées aux perspectives du prolétariat, doivent être neutralisées dans les grands affrontements. Pour cela, il faut étudier leurs contradictions, afin de savoir les utiliser.

La conception réformiste des alliances de classe : des concessions sur le programme

Sur la base de la situation matérielle de ceux qui constituent leur base sociale (petite bourgeoisie et aristocratie ouvrière), les mouvements et partis réformistes ont développé des positions de compromis, de concessions, dans la lutte anti-capitaliste. Nombre de leurs membres sont de plus en plus intégrés à des postes de gestion: dans les mairies, les permanences des organismes sociaux (CE et autres), etc... Ils adoptent l'idéologie dominante, et ne jurent plus que par la réforme.

Le programme défendu par les réformistes noie le prolétariat dans un vaste front des "salariés anti-monopolistes". L'abandon d'un programme réellement indépendant entraîne tous les autres renoncements et tous les reculs. Le PCF, par exemple, préconise actuellement une alliance, au sein de l'entreprise, entre les ouvriers et les ITC (ingénieurs, techniciens et cadres), autour d'un objectif: la défense de l'entreprise. D'une position "de classe", il a glissé vers une position chauvine et opportuniste, qui mène la classe ouvrière à l'impasse politique. Son programme défend des intérêts étroitement nationaux, tels que: "produire français". Ces mots d'ordres chauvins nient le caractère impérialiste de la France. Cela amène les révisionnistes, comme tous les réformistes, à ne pas prendre en compte les tâches du prolétariat de la métropole vis à vis des peuples des pays dominés.

La solidarité internationale est un autre aspect des alliances que doit passer le prolétariat. C'est quelque chose qu'il ne faut pas sous-estimer. Car l'intérêt des prolétaires ne s'arrête pas aux frontières étroites de la nation. Les prolétaires n'ont pas de patrie !

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Publié par Où va la CGT ? - dans Théorie
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