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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 09:59
Samedi 3 Mai 2008
La CGT, les sans-papiers et le 2 Mai : occupation de la Bourse du Travail

Depuis hier après-midi, vendredi 2 mai, plusieurs centaines de sans-papiers occupent la Bourse du Travail rue Charlot, pour  protester contre la manière dont la CGT s'occupe du mouvement de grève en cours.
Nous publions plusieurs communiqués et informations, pour ensuite revenir en fin d'article sur un événement qui était inévitable vue la manière dont le mouvement était mené.
On trouvera également
ICI le communiqué de l'UD CGT 75 à ce propos, dont on reparlera à la fin...

COMMUNIQUE DE LA PART DE LA CSP 75:

VENDREDI 2 MAI - OCCUPATION DE LA BOURSE DU TRAVAIL PAR LA COORDINATION 75
85 rue Charlot, Métro République ( pas rue du château d'eau)

Par cette action la CSP 75 des sans papiers, regroupant l'ensemble des collectifs d'arrondissement, souhaite interpeller le syndicat CGT.

En effet la coordination 75 reconnaît l'exemplarité  du mouvement de grève conduit par le syndicat et l'association Droits Devant.
Ce mouvement a la mérite d'avoir mis sur la place publique les problèmes des travailleurs sans papiers et la nécessité pour eux d'etre régularisés.
Cette grève  a ouvert une brèche à une régularisation d'envergure pour les travailleurs sans papiers d'Ile de France.
Ainsi près de 1000 dossiers ont été déposés par la CGT auprès des différentes préfectures afin d'être favorablement étudiés.
En revanche, constat a été fait par la coordination 75, que les dépôts de dossiers sont assujettis à un appui de la CGT.
La preuve en a été faite ce mercredi 30 avril lorsque la coordination 75 des sans papiers s'est rendu en délégation pour déposer les dossiers d'un millier de travailleurs auprès de la Préfecture de Paris.
Ce dépôt nous a été refusé. Or nombre de grévistes appartiennent également à différents collectifs membre de la coordination 75 et à ce titre la CGT ne peut fermer les yeux sur le soutien que nous lui avons apporté.

Les questions que nous posons sont les suivantes:

* Quel est exactement l'ACCORD  qui a été passé entre l'Etat et les différents représentants de cette grève?

* Cet accord prévoit-il l'exclusivité pour la CGT ET DROITS DEVANT, du dépôt de dossiers Qui seront pris en compte par cet accord ?
CE QUI BIEN SÛR LIMITERAIT LA PORTEE D'UN MOUVEMENT QUI AURAIT PU CONDUIRE A DES REGULARISATIONS BIEN PLUS MASSIVES !

AINSI DEVANT LE MANQUE DE DIALOGUE ET L'OBSTINATION DE LA CGT A NOUS OUBLIER,
nous demandons :

* L'ouverture de discussions avec le syndicat pour envisager la prise en compte de la coordination 75 des sans papiers, dans les accords passés avec l'Etat.
* La prise en compte de nos dossiers de travailleurs sans papiers au même titre que ceux déposés par la CGT , afin qu'eux aussi soient "favorablement" étudiés.


Un article de Libération de vendredi 2 mai trace par ailleurs bien l'ambiance

Près de 300 travailleurs sans-papiers ont entamé une nouvelle occupation vendredi après-midi, à la Bourse du travail à Paris. Ils affirment que la CGT les a menés en bateau. «La CGT a pris en otage le mouvement. Nous, on prend en otage la Bourse du travail !» : devant le bâtiment rue Charlot, à Paris, Sissoko s’emporte face à un agent de sécurité. «Je suis rage de colère» , dit-il. A l’intérieur, des groupes de sans-papiers ont investi la cour, d’autres sont accoudés aux fenêtres. Ils chantent leurs revendications : «Nous sommes des travailleurs, nous sommes pas dangereux», «On veut des papiers et de la dignité».

«Baladés». Rien à voir, ici, avec une mobilisation traditionnelle. L’ambiance est un peu électrique. Tous les sans-papiers présents affirment qu’ils ont voulu rejoindre le mouvement de grève impulsé par la CGT et l’association Droits devant le 15 avril. Sans succès. «Nous avons eu quatre rendez-vous avec la CGT car on voulait nous aussi faire des occupations de lieux de travail, raconte Sissoko Anzoumane, responsable de la Coordination 75 sans-papiers. Mais ils nous ont baladés, en nous disant qu’il fallait attendre que Sarkozy s’exprime. Et quand ils ont eu un rendez-vous avec le cabinet du ministère de l’Immigration, ils ne nous ont même pas prévenus.»

La coordination 75, qui existe depuis une dizaine d’années, regroupe quatre collectifs parisiens de sans-papiers. Le plus important, celui du XIXe arrondissement, compte près de 2 000 membres. L’organisation affirme avoir présenté 1 000 dossiers pour des régularisations à la préfecture de Paris. «On avait tout fait comme la CGT. C’était des dossiers qui concernaient les travailleurs des métiers en tension, conformément à la circulaire du 7 janvier. Mais à la préfecture, on nous a dit qu’il fallait faire des présentations individuelles ou aller voir la CGT.» Devant la foule, Sissoko prend le microphone : «Nous allons faire passer le message aux médias du monde entier, crie-t-il. C’est un mouvement qui nous appartient.» A côté, Dabo Mankama acquiesce. Pour lui, la CGT a signé un accord avec le ministère : «Le cabinet d’Hortefeux leur a dit OK pour 1 000 régularisations mais ils ont demandé, en contrepartie, de calmer le mouvement. La CGT ne s’occupe que des sans-papiers qui ont leur carte dans leur syndicat.» Même son de cloche du côté de Solange. Assise sur les marches au milieu des grévistes, cette militante de SOS soutien aux sans-papiers dit en «avoir gros sur la patate. Lors d’une réunion, dimanche, la CGT nous a clairement dit : "on arrête le mouvement". C’est évident qu’il s’agit d’un "deal". En même temps, ces sans-papiers qui sortent de l’ombre, c’est une grande première, c’est remarquable.»

Des responsables de la CGT finissent par arriver. L’atmosphère devient de plus en plus tendue lorsqu’un sans-papiers lâche : «La CGT a trahi.» Raymond Chauveau, l’un des leaders du syndicat, s’avance vers lui : «Qui ose dire cela en face de moi ?» Dépassés par les événements, les syndiqués tentent de prendre la parole mais en sont empêchés par les huées. En aparté, Raymond Chauveau souffle : «Je comprends leur frustration énorme. Mais pendant ce temps-là, Hortefeux et Sarkozy doivent rigoler de nous voir ainsi pris en étau. D’autant qu’on a eu quatre réunions avec la coordination 75 pour leur expliquer la manière dont on fait les choses...» Un véritable dialogue de sourds finit par s’installer. Raymond Chauveau commence à expliquer les débuts de la sécurité sociale à un sans-papiers. «Comment les droits ont-ils avancé ?» assène t-il. Un peu perdu, l’Africain hésite puis finit par répondre : «Moi, je veux juste des papiers.» Dans le brouhaha, la tenue d’une réunion est décidée.

«Promesses»
. A la sortie, les sans-papiers affichent leur déception. «La CGT ne nous a fait que des promesses verbales», précise Mamoudou Diallo, président du collectif du XIXe arrondissement. En début de soirée vendredi, les sans-papiers s’organisaient pour passer la nuit. Lundi matin, ils devraient rencontrer le secrétariat du maire de la capitale, Bertrand Delanoë. Ils espèrent surtout que leurs 1 000 demandes de régularisation soient étudiées. Des dossiers qui viendront s’ajouter aux 1 000 déjà déposés par la CGT. Mercredi, trois premiers sans-papiers d’un restaurant de Neuilly ont été régularisés.



Retour maintenant sur l'analyse.
  • Depuis le début du mouvement gréviste, nous répétons que la CGT en est comptable.
    Quand on lance un mouvement de grève de plusieurs centaines de travailleurs, sur plus d'une dizaine de sites de travail, ce n'est plus un mouvement particulier, c'est une grève générale, globale, sur un problème qui concerne tous les sans-papiers. Les ouvriers sans-papiers ont bien compris l'enjeu de cette grève, et bien compris que le moment est favorable, que c'est maintenant qu'il faut y aller sans attendre, tous ensemble. C'est ce que nous  ne cessons de répéter. Si on ne voulait pas de mouvement global, il ne fallait pas y aller (ce qui n'est évidemment pas notre point de vue, nous ne pouvons que féliciter les camarades à l'origine de l'action). Un syndicaliste est responsable, il a des comptes à rendre aux travailleurs. Quant à l'allusion pernicieuse de la fin du communiqué de l'UD qui sous-entend que seuls les sans-papiers en grève sont des travailleurs, c'est particulièrement crapuleux et rentre tout à fait dans la différenciation entre les "bons" sans-papiers (ceux qui suivent la CGT sans poser de questions) et les autres...

  • Rendre des comptes, c'est ce qui se passe actuellement à la Bourse du Travail. Les négociations en sous-main, au cas par cas, les petits accords secrets au Ministère, tout cela vole en éclat par la lutte des classes, le rapport de forces. R. Chauveau a beau dire que la CGT a tenté d'expliquer les choses, il faut croire que la manière dont la Confédération voit le mouvement ne plaît pas aux sans-papiers. Et quand dans le communiqué, l'UD 75 parle de "provocation de la préfecture", c'est un véritable scandale.

  • Les sans-papiers affirment "C'est un  mouvement qui nous appartient" et ils ont raison. Depuis plusieurs mois, le mouvement des sans-papiers en région parisienne était mis "sous contrôle" de la CGT et de Droits Devants. Ils affirment aujourd'hui que c'est à eux de mener leur lutte, et nous les soutenons. Et en ce sens, c'est bien à eux et à personne d'autre de juger s'ils se mettent plus ou moins en danger dans ce mouvement collectif (voir le communiqué de l'UD).

  • Par contre, le mouvement des sans-papiers parisiens ne pose la question qu'en terme de "dépôt de dossier", alors que c'est bien d'une grève qu'il s'agit, une grève pour le rapport de force, pour une régularisation collective et non au cas par cas. Avec RESF, il y a déjà une longue expérience des dépôts de dossier, même collectivement. Faute d'une pression et d'un mouvement d'ensemble, cela n'aboutit qu'à des régularisations partielles, des rejets, des refus, des expulsions, à côté des quelques dossiers réglarisés. L'UD 75 le fait remarquer à juste titre dans son communiqué : c'est une grève. Mais ne répond pas à la question de fond : pourquoi la CGT n'appelle pas à élargir la grève ? Pourquoi la limiter aux actions en cours ? Comment envisage-t-elle la suite du mouvement, que propose-t-elle dans ce sens, hors le refus de l'élargissement, que tout le monde a bien compris ?
Que va faire la CGT maintenant, dans ses diverses tendances ? Que va faire le bureau confédéral ? Que va faire l'UL de Massy et R.Chauveau que les premiers laissent gérer la contradiction ?

Il n'y a maintenant plus le choix. Le mouvement des sans-papiers est en train de s'élargir.
Pour éviter qu'il ne parte dans tous les sens, pour lui donner du sens, pour construire un rapport de forces solide et avoir des résultats, l'heure est à la grève générale des sans papiers !
Faute de ce mouvement, le mouvement va s'éclater en multiples courants et tendances, plus ou moins locaux, plus ou moins combatifs, plus ou moins radicaux ou réformistes.
Il est de la responsabilité de la CGT, tant qu'il est encore temps, de remettre les pendules à l'heure, d'organiser ce mouvement gréviste, de reconnaître ses erreurs, de partager la direction avec les sans-papiers eux-mêmes. Il est temps que la grève démarre en province, à Lyon, Lille, Marseille, Toulouse et ailleurs.

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Publié par Où va la CGT ? - dans Sans-papiers
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commentaires

françoise 05/05/2008 14:12

Week end chargé pour tous les militants, tant étaient nombreux les lieux où
se rendre.
**********
A Nanterre, ils sont à peu près 200 à s’être réfugiés dans l’Eglise Saint
Paul, pour faire entendre leur voix et leur revendication : des papiers pour
tous.
Nous sommes tout de suite saisis par la gravité sur les visages. Les sans
papiers sont vigilants, attentifs envers leurs camarades grèvistes de la
faim.
L’accueil par les délégués est très chaleureux : il y a la volonté
d’écouter, de partager, de discuter, d’expliquer : la misère toujours, et la
lutte, en phase avec toutes les luttes actuelles..
Ce qui nous a frappés, et que nous avons également entendu à la bourse du
travail, c’est qu’ils sont fatigués, fatigués, souvent désespérés : ils se
sentent traqués, abandonnés. Ils ont peur, mais disent qu’il faut se battre
et que c’est le moment.
Il régnait une grande sérénité parmi tous ... Le délégué qui nous a reçu,
Seghir Boussaad, nous explique longuement la lutte, l’organisation de la
vie, ici. Beaucoup de nationalités mais aucun problème “on n’a qu’une
nationalité : on est des sans papiers”
Ils ont salué le passage de nombreux militants, dont la CGT locale, dès leur
installation... Mais aussi le Pcf, des militants associatifs....
Ils nous ont confirmé qu’effectivement, après la première réaction de
“surprise” le curé leur a témoigné et leur témoigne son soutien.
Saddok Guitoune nous a fait le plaisir de nous rejoindre, tard dans la
soirée, et nous avons partagé le repas et le thé.


à la bourse du travail, rue Charlot... Nous recevons un appel de
Sissoko,dans l’après midi de vendredi, qui nous dit que les collectifs
parisiens sont installés à la bourse du travail, rue Charlot, parce qu’ils
estiment avoir été trahis par la CGT..
Nous avons hésité un petit moment à les rencontrer : nous ne souhaitions pas
laisser à penser que nous pouvions être pour quelque chose dans cette
occupation, du fait des divergences que nous affichons avec certains
dirigeants de la CGT...
Lorsque nous sommes arrivés à la bourse, la cour était remplie par les sans
papiers : nous en connaissons beaucoup, puisque une grande partie d’entre
eux vient du 19ème arrondissement de Paris, et que des liens nous unissent :
nous sommes “voisins” et à la création du collectif CSP 19, lorsque le
délégué était encore Karamoko, nous avions vu ensemble comment la CGT du
19ème pouvait héberger leur adresse officielle..
Nous connaissons bien également les autres collectifs, dont celui animé par
Djibril..
De nombreuses manifestations de quartier nous ont souvent réunis .. Des
repas, des fêtes, des réunions.. Des salles de réunion réservées pour eux à
la bourse..
Sissoko nous a rappelé la grande réunion que nous avons faite en mai 2007 à
“la Générale” (dans le 19ème) avec environ 300 sans papiers, dont ceux du 18
et du 11..et bien sûr, du 19..
L’idée était de dire “vous êtes des sans papiers, oui, mais aussi des
travailleurs et à ce titre , vous avez des droits.” Cette réunion avait été
un moment particulièrement riche où des militants conseillers des
prud’hommes avaient accepté de venir pour expliquer que oui, on peut porter
plainte contre un patron quand on est sans papiers.. Oui, on a droit à des
congés ...Et puis de réfléchir en même temps à ces questions récurrentes “si
j’ai des feuilles de paye avec un autre nom, comment faire mon dossier à la
préfecture ?”
Nous avons rendu compte de cette réunion dans le “Travailleur Parisien”,
mensuel de la CGT de Paris et sur Ucij.

Sissko nous rappelle cette rencontre et nous dit “c’est nous qui avons eu
l’idée en premier” . Il est vrai que ces collectifs parisiens ont une longue
histoire avec la CGT. Ils se sont syndiqués, pour nombre d’entre eux (et
notamment tous les délégués, au fil des années et au fil des luttes”) et ils
considèrent qu’ils sont les décideurs dans leurs actions et dans leur lutte
mais, pour eux, la CGT a a toujours été un partenaire particulièrement
privilégié..

C’est pourquoi très naturellement , dans le conflit actuel des grèvistes
sans papiers, qui a débuté le 15 avril, ils nous expliquent qu’ils sont
allés voir les organisateurs CGT du mouvement : R. Chauveau, D. Niel,
Olivier .. Et quelques autres .. Ils sont donc allés les voir le 17 avril
en disant “nous avons mille dossiers de sans papiers qui travaillent, ont
des feuilles de paye , des contrats de travail.. Et nous voulons nous
inscrire dans cette lutte . .. Quels sites pouvons-nous occuper, comment
pouvons-nous nous aussi nous mettre en grève, et nous battre avec les autres
et la CGT à nos côtés ? ... Et comment remettre le millier de dossiers que
nous avons déjà ?” .
On leur répond que les sites sont “remplis”, qu’il faut qu’ils en trouvent
d’autres, qu’ils s’organisent, et que pour les dossiers, ce n’est pas la
peine, parce que ce n’est pas le but : il n’est pas question de remettre des
dossiers à la préfecture ou à Hortefeux.. L’idée est plus de déclencher un
mouvement d’envergure qui ferait bouger la ligne du gouvernement sur cette
question..

Bon, Sissoko nous dit : on fait confiance et on décide d’attendre. Il était
en effet difficile pour eux d’organiser sans aide une grève, avec des sans
papiers travaillant dans de toutes petites boîtes, souvent un ou deux par
entreprise .. Comment déclencher une grève sans soutien ??

Quelques jours après, les sans-papiers apprennent, scandalisés, que la CGT
est allée traiter chez Hortefeux et qu’il y a un accord pour un dépôt de 600
puis de1000 dossiers.
Là, ils se sentent trahis.
ILS rencontrent à nouveau l’Ud cgt de Paris, pour protester et dire qu’ils
se sentaient dupés. L’”Ud de Paris leur a dit “on ne prend plus de dossiers
pour le moment. Allez les porter à la Préfecture”..

Ils sont allés à la Préfecture, avec des dossiers comme il faut (feuilles de
paye, contrat de travail..) et la PP leur répond “On ne prend pas de dépôt
en masse... on prend les dossiers de la CGT.. Allez voir la cGT”...

Ils retournent voir la CGT et là, on leur dit : “on ne prend plus de
dossiers pour le moment. Donnez-nous le nom de vos employeurs et vos
numéros de téléphone.. On vous fera signe”..

Et là, ils se sentent trahis.

Ils ont donc décidé d’occuper le lieu qui pour eux représente le mieux l’ud
CGT à Paris : la bourse du travail de la rue Charlot.
Depuis leur occupation, force est de constater qu’il y a peu de visites de
militants du soutien.. Toutes tendances confondues..

Ce qui nous prend aux tripes et qui nous serre le coeur, c’est un immense
sentiment de solitude, de désespoir, de grande désillusion.. Et, exprimée
par beaucoup, cette incompréhension de ce qu’ils considèrent comme une
trahison, de la part du syndicat qu’ils considèrent comme étant le plus
proche de leur mouvement et de leur lutte..

Inutile de dire que leurs conditions de vie sont, à la bourse,
particulièrement précaires : pas de lits, peu de couvertures ..
Ils s’attendent tristement, un peu “fatalistes” à se faire évacuer par les
services d’ordre des syndicats de la bourse, et non par la police.. (Sissoko
me dit avec un sourire un peu amer “je suis à la CGT. J’ai mon badge et ma
carte dans ma poche .. Et je vais me faire évacuer par d’autres militants de
la CGT” .. Sans commentaire)
Quelques visites d’anciens sans papiers qui disent “j’ai été régularisé
grâce à la CGT” et d’autres (peu) qui disent “je suis en grève sur tel
chantier ..vous cassez notre lutte”

Si la préfecture a intérêt à diviser et opposer les sans papiers et le
mouvement de soutien, nous appelons la “coordination du mouvement CGt”,
c’est à dire la CGT de Paris et consorts, à ne pas se faire les agents de la
préfecture en diabolisant la coordination 75 ... Qui n’est composée que
d’hommes et de femmes désespérés qui voient s’éloigner d’eux une occasion de
faire enfin entendre leur voix et aboutir LEUR revendication : les papiers.

Nous pensons que ce mouvement est suffisamment fort et puissant pour que le
mot d’ordre soit “poursuite de l’action.” et non “ on arrête pour le moment”

On peut considérer, par expérience, que sur 100O dossiers déposés, la moitié
peut-être seront régularisés .. Mais, si on en déposait, tous ensemble , 50
000 ou 100 000 ?

Impossible ? Voire !

Tous ensemble ! Pour l’application de la 13ème résolution du 48ème congrès
de notre CGT : “régularisation de tous les sans papiers”..

Jacques Gurfinkiel et Françoise Riou.

Jean 05/05/2008 07:49

Un document intéressant et incontestable à lire (commentaire reproduit de Indymedia).

Le mensuel des adhérents de la CGT « Ensemble ! ». Son numéro de mai consacre, sur 16 pages A3, 10 misérables lignes d'un encadré, page 7 aux sans-papiers. Pour annoncer la grande victoire : « les préfectures allaient étudier positivement leurs dossiers. », sans informer les adhérents qu'il y a eu un accord conclu avec le ministère de la honte, sans dire que même pour les 1000 dossiers choisis par la CGT et Droits devant, les refusés risquent l'expulsion.
Voici la véritable place et importance que la CGT accorde aux sans-paps, on est loin des grandes déclarations devant les médias. Aux adhérents la direction envoie un signal, 10 lignes sur 16 pages, cette histoire de sans-paps n'est pas important. C'est juste une instrumentalisation de la grève des sans papiers en vue d'une manipulation politique.

Patrice Bardet 04/05/2008 23:33

SANS PAPIERS en lutte>>>coordination nationale - 25, rue François Miron, 75004, Paris - tél : 01.44.61.09.59 – fax : 01.44.61.09.35 – mail : coordnatsanspap@wanadoo.fr - solidarité financière : compte bancaire N°80187841 –


LA CNSP APPELLE A L’UNITE DE TOUS

FACE AU GOUVERNEMENT SARKOZY/HORTERFEUX ET AU GRAND PATRONAT!


C’est avec inquiétude que la CNSP a lu :

- la déclaration de la CSP75 : « VENDREDI 2 MAI /OCCUPATION DE LA BOURSE DU TRAVAIL PAR LA COORDINATION 75, 85 rue Charlot, Métro République ( pas rue du château d'eau), Par cette action la CSP 75 des sans papiers, regroupant l'ensemble des collectifs d'arrondissement, souhaite interpeller le syndicat CGT. En effet la coordination 75 reconnaît l'exemplarité du mouvement de grève conduit par le syndicat de l'association Droits Devant. Ce mouvement a la mérite d'avoir mis sur la place publique les problèmes des travailleurs sans papiers et la nécessité pour eux d'être régularisés. Cette grève a ouvert une brèche à une régularisation d'envergure pour les travailleurs sans papiers d'Ile de France. (…)Ce dépôt nous a été refusé. Or nombre de grévistes appartiennent également à différents collectifs membre de la coordination 75 et à ce titre la CGT ne peut fermer les yeux sur le soutien que nous lui avons apporté. Les questions que nous posons sont les suivantes: *** Quel est exactement l'ACCORD qui a été passé entre l'Etat et les différents représentants. De cette grève? *** Cet accord prévoit-il l'exclusivité pour la CGT ET DROITS DEVANT, du dépôt de dossiers Qui seront pris en compte par cet accord? CE QUI BIEN SÛR LIMITERAIT LA PORTEE D'UN MOUVEMENT QUI AURAIT PU CONDUIRE A DES REGULARISATIONS BIEN PLUS MASSIVES ! AINSI DEVANT LE MANQUE DE DIALOGUE ET L'OBSTINATION DE LA CGT A NOUS OUBLIER, nous demandons : *** l'ouverture de discussions avec le syndicat pour envisager la prise en compte de la coordination 75 des sans papiers, dans les accords passés avec l'Etat. *** La prise en compte de nos dossiers de travailleurs sans papiers au même titre que ceux déposés par la CGT , afin qu'eux aussi soient 'favorablement' étudiés».


- de l’UD CGT Paris : « Vendredi 2 mai, à 14h30, un grand nombre de ces sans papiers emmenés par les responsables des collectifs parisiens envahissaient la Bourse du Travail demandant à la CGT de prendre les dossiers refusés par la Préfecture de Police de Paris. En montant cette provocation et en voulant dresser les sans papiers les uns contre les autres, la Préfecture de Police de Paris veut casser le mouvement des grévistes qui occupent leurs entreprises. Comme nous l’avons dit à maintes reprises, il n’est pas question d’exposer face à la Préfecture des non grévistes tant que les dossiers de ceux qui sont dans le mouvement n’ont pas été résolus positivement. Les sans papiers qui ont engagé le mouvement le 15 avril, et pour certains le 27 mars, sont des travailleurs. En se mettant en grève, ils font la démonstration de leur rôle et de leur place dans la société. Ils luttent pour les droits et la dignité de tous les sans papiers ».

La CNSP en appelle au sens des responsabilités de tous et de chacun et exprime sa confiance en tous et chacun.

Tous les sans papiers sont des travailleurs qu’ils soient avec ou sans « contrats de travail et fiches de salaires avec vraies ou fausses identités ».

L’UD CGT de Paris démasque elle même la stratégie de division des sans papiers qu’introduit le gouvernement : « Le 30 avril, la coordination des collectifs de sans papiers du 75 a déposé de son côté 1.000 dossiers de ses adhérents et ceci de son propre chef à la Préfecture de Paris. La Préfecture de Paris a renvoyé la coordination et ses 1.000 dossiers sur la CGT : véritable provocation qui malheureusement a été suivie d’effet ». Il apparaît ainsi qu’en « renvoyant la CSP75 vers la CGT », la préfecture de Paris cherche à opposer les uns aux autres.

La CNSP demande à la CGT, à tous les syndicats ainsi qu’à l’ensemble du mouvement social et démocratique français d’exiger à toutes les préfectures de recevoir les demandes collectives organisées (syndicats, CSP, associations, réseaux) de régularisation, notamment à de Paris.

La CNSP demande aux syndicats d’examiner très sérieusement l’idée d’une grève générale des sans papiers dans toutes les entreprises des secteurs du bâtiment, de l’hôtellerie, du nettoyage, de la sécurité, de la restauration, etc.

Un tel mouvement que seuls les syndicats peuvent organiser élargira la brèche déjà ouverte par la formidable prise de responsabilité du mouvement syndical français concrétisée par l’actuelle grève des sans papiers de la restauration.

Il n’y a pas et il ne peut y avoir d’opposition entre syndicats et CSP, de même qu’il ne peut pas et ne peut avoir de division entre sans papiers et soutiens associatifs ou individuels. Ce serait de part et d’autre une faute que nous payerons tous d’une manière ou d’un autre.

La CNSP invite l’UD CGT et la CSP75 a ouvrir le dialogue entre partenaire du mouvement social et définir ensemble une stratégie convergente et unitaire.

La CNSP appelle les sans papiers, les CSP, les syndicats, les associations française, les organisations de l’immigration, les organisations antillaises à organiser ensemble une manifestation unique et unitaire le samedi 10 mai à 15h de Place de Clichy à l’occasion de l’arrivée des Ch’tis sans papiers marcheurs et de la commémoration du crime contre l’humanité qu’ont été la traite et l’esclavage des noirs. Rendons hommage en même temps à feu Aimé CESAIRE.

Fait à Paris le 03/05/08

Zina 04/05/2008 10:45

Une info pour la généralisation de la lutte : une assemblée générale avec les sans-papiers se tiendra à Toulouse mardi 6 mai à 17h30 à la bourse du travail.

Jean 04/05/2008 10:14

Ci-joint un compte rendu de discussion (tentative de médiation) réalisé par Gilles Lemaire, ex porte-parole des Verts.

Paris samedi 3mai, 13h40

Bonjour

vous êtes tous informés de l'occupation de la Bourse du travail par quelques centaines de membres de la coordination 75 des collectifs de sans papiers, qui regoupe 4 collectifs (11ème, 12ème, 18ème, 19ème) depuis vendredi 14h.
Nous étions plusieurs militants de l'UCIJ et RESF présents toute l'après midi et tard dans la soirée à la Bourse qui avons cherché à nouer les fils du dialogue entre les responsables de la coordination 75 (les 2 Diallo, Sissoko,...) et les responsables CGT (dont le secrétaire de l'UD Paris, Raymond Chauveau,...). Les présents qui ont participé aux discussions sont Marie, Marylène, Pablo, moi-même de l'UCIJ, Brigitte, Corinne, Richard de RESF.
D'autres étaient présents sur les lieux dont Solange, qui voyait les choses autrement que nous (confère l'article de Libération).

les faits
Les collectifs de la coordination 75 ont rencontré à plusieurs reprises la CGT et Droits Devant avant et pendant la grève. Même si début janvier ils étaient sceptiques (comme beaucoup de membres de l'UCIJ sur la circulaire du 7 janvier et l'ouverture que cela pouvait représenter pour régulariser des travailleurs sans papiers) 2 jours après le début de la grève le 17 avril lors d'une réunion avec la CGT, ils ont dit leur volonté de s'y joindre. La CGT leur a dit deux choses:
1- d'accord, répertoriez les entreprises où vos adhérents travaillent, s'ils sont dans les entreprises en grève pas de problème ils rejoignent la grève (5 membres de la coordination 75 l'ont fait et sont donc dans les 1000 dossiers présentés par Droits Devant ! et la CGT)et peuvent porter le macaron coordination 75, s'ils sont dans d'autres entreprises, qu'ils se préparent et ils feront partie de l'éventuelle deuxième vague
2- ne récupérez pas de dossier ne faites pas de listes, c'est sur la base des grèves que l'on va négocier.
Le 21 avril rencontre de la CGT (Francine Blanche secrétaire confédérale et Raymond Chauveau Union régionale IDF) avec le directeur de cabinet d'Hortefeux. Du 22 au 28 dépôt de 1000 dossiers, les 600 grévistes, plus les occupants de sites bloqués, tous avec feuille de paie ou licenciés depuis juillet 2007 plus une centaine de femmes sans papiers travaillant dans les soins à la personne et n'ayant pas de contrats de travail et fiches de paie.
Les collectifs de la coordination 75 se sentent hors jeu et même trompés. Le 30 avril ils vont pour déposer 1000 dossiers à la préfecture de police de Paris. La préfecture leur dit non on ne prend pas de dossiers collectivement, mais un à un autrement allez voir la CGT.
Les collectifs de la coordination 75 ont l'impression d'avoir été trompés par la CGT et donc vendredi 2 avril à 14h occupent la Bourse du travail. Ils demandent que la direction confédérale de la CGT les recoive et soutienne le dépôt de leurs dossiers auprès du ministère.
Un dilaogue difficile sans résultat immédiat s'est tenu hier soir de 21h à 24h en notre présence mais nous sommes restés totalement silencieux laissant les responsables des collectifs et de la CGT dialoguer, voire s'engueuler.

Le point de vue de la CGT
La CGT prépare depuis plusieurs mois avec Droits Devant ! le mouvement de grève. On ne peut au pied levé envoyer des travailleurs sans papiers en grève alors que souvent ils sont 2, 3, 5, 10 au maximum 20 dans la même entreprise. Il faut les regrouper et préparer le soutien.
Le mouvement de grève a déjà obtenu plusieurs résultats importants : les sans papiers sont reconnus comme des travailleurs nécessaires à l'économie, le patronat se divise, le Gouvernement ne peut plus en rester sur sa position idéologique de chasse aux sans papiers.
Le Gouvernement a accepté d'examiner positivement 1000 dossiers le 21 avril. La CGT attend de voir le résultat réel de cet examen pour définir la deuxième vague du mouvement. Si la CGT déposait d'autres dossiers immédiatement ils ne seraient pas pris en compte.
Par contre si une grosse proportion des dossiers font l'objet d'une régularisation alors il ne sera pas possible au gouvernement de refuser de discuter d'une remise à plat de la politique gouvernementale d'ensemble. C'est l'objet de la lettre CGT, CFDT, CIMADE, LDH envoyé le 29 avril au premier Ministre. Ces organisations demandent l'ouverture de discussion avec les organisations syndicales, les collectifs de sans papiers, les associations.
Si il n'y a pas régularisation massive des 1000, une deuxième vague de grève aura lieu, nous nous y préparons, venez la préparer avec nous vous y avez toute votre place.

Le point de vue de la coordination 75
La coordination a dit dès le 17 que ses membres étaient prêts à faire grève
La coordination a manifesté avec la CGT et Droits Devant ! devant la CGPME, CGT, Droits Devant ! et la coordination 75 ont eu ensemble beaucoup de réunions. La CGT dit à la coordination le 17 ne préparez pas de dossiers et dépose 1000 dossiers de Droits Devant et de la CGT à partir du 22 et la coordination 75 est exclue.

Nous militants UCIJ et RESF, qu'avons nous fait ?
Nous avons dialogué longuement avec Sissoko, Dialo,... d'un côté et avec Raymond, Patrick,... de l'autre. Nous leur disions aux uns et aux autres les choses suivantes:
à la CGT :
- même si quelqu'uns viennent mettre de l'huile sur le feu, les animateurs de la coordination 75 sont responsables et ne sont pas manipulés
- écoutez les ils ont sincèrement l'impression d'avoir été trompés
- l'attente de la deuxième vague est pour eux difficile sans savoir à quelle échéance elle viendra; ils craignent que les 1000 dossiers CGT Droits Devant ! soient régularisés et que derrière plus rien ne se passe, que le gouvernement verrouille;
- il faut trouver une solution de sortie par le haut, qui permette aux deux parties de s'y retrouver
à la coordination 75 :
- le pouvoir tente de monter les sans papiers les uns contre les autres
- la CGT a une stratégie syndicale qui comme tout choix de stratégie peut légitimement être discutée mais ce ne sont pas des "traitres"
- discutez avec eux de comment vous pouvez vous insérer dans le mouvement

voilà où nous en sommes. Je retourne à la Bourse mais j'appelle tous ceux qui s'expriment sur la liste UCIJ à le faire avec esprit de responsabilité et en ayant l'intelligence de comprendre que monter les uns contre les autres ne sert que le gouvernement. Cette remarque n'interdit pas le débat, le dissensus mais demande instamment que les injures soient bannies de cette liste.

gilles lemaire